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Réalisation : Jean Renoir.
Scénario : Jean Renoir, Carl
Koch, Nina Martel-Dreyfus.
Musique : Joseph Kosma
Photographie : Jean-Paul Alphen, Jean
Bourgoin, Alain Douarinou
Producteur : Jean Renoir
Distribution : Andrex, Louis Allibert,
Pierre Renoir, Louis Jouvet…
France - 1938 - 126'
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Zone
2
Editeur : Studio Canal
Format : 1.33
Langues : français mono |


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14 Juillet 1789 : le Roi de France apprend que La
Bastille a cédé. A Marseille, un bataillon de
volontaires se prépare à rallier la capitale
pour précipiter la chute du régime… |
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Désamorçons immédiatement tout effet
de suspense : je n’aime pas La Marseillaise
de Renoir.
Voilà, la messe est dite, les jeux sont faits, l’affaire
est dans le sac.
Et maintenant ?
Maintenant que nous avons évacué le problème
de l’affect, une fois n’est pas coutume, endossons
une panoplie d’analyste rigoureux et penchons nous
sur l’un des plus gros échecs public de son
auteur.
Estampillée ‘réaliste’, l’œuvre
de Renoir a suscité quasiment autant de commentaires
esthétiques que sociopolitiques. Film consacré
à la Révolution Française cette Marseillaise
n’échappe bien évidemment pas à
cette règle (du jeu ?).
Avec La Marseillaise, Jean Renoir a souhaité
examiner à la loupe le quotidien de la Révolution.
L’intérêt du cinéaste se porte
avant tout sur les histoires individuelles qui composent
la grande Histoire. Film polyphonique, La Marseillaise
suit autant le parcours d’une troupe d’insurgés
marseillais que les affres de l’aristocratie parisienne.
En mélangeant ainsi les points de vue l’auteur
espérait, peut être, livrer le tableau convaincant
d’une époque révolue ? Le film s’attarde
sur l’anecdotique, et délaisse les morceaux
de bravoure que constituent les combats des Tuileries, ou
la prise de la Bastille. La caméra baguenaude parfois,
hésitante, comme impuissante à rendre compte
de l’intensité des affrontements décousus
et incertains. Pourtant elle s’attarde volontiers
sur le prosaïque : la découverte de la brosse
à dents par un roi de France, ou l’introduction
des tomates dans la capitale.
Renoir se plaisait à répéter que :
« Les préoccupations plastiques n’ont
rien à voir avec le métier de cinéaste
».(1) La prétendue vérité ne
s’accorde pas au perfectionnisme technique. Si les
dialogues sont le fruit d’une longue recherche, si
les décors ont été reconstitués
à partir de documents d’époques et si
les costumes exhalent un certain parfum d’authenticité,
la caméra de Renoir essaye de ne pas sacraliser ce
qu’elle filme, et d’éviter l’emphase
lyrique.
A ce titre La Marseillaise anticipe presque les
visées de Roberto Rossellini et de La prise de
pouvoir par Louis XIV, fiction télévisée
historique de 1966, construite comme un document brut sur
la régence.
Si l’on considère que le réalisme est
une qualité – au sens scientifique du terme
– esthétique, alors le film de Renoir appartient
à la catégorie des films dits réalistes.
Mais si l’on détermine le niveau de réalisme
d’une œuvre en fonction de sa posture idéologique,
de son éthique, alors force est de constater que
Renoir a livré avec La Marseillaise un film
politiquement orienté, déterminé même
avec tous ce que ce terme implique.
On sait que Jean Renoir fut plus qu’un simple sympathisant
du Front Populaire. Militant convaincu, il ne cacha ni ses
convictions politiques profondes, ni son amitié pour
des intellectuels communistes tels que Noémie Martel-Dreyfus,
Jacques Becker ou Jean-Pierre Dreyfus, qui participèrent
activement à la production de La Marseillaise
(financé en partie par la CGT). Il paraît difficile
de minimiser l’influence idéologique du Front
Populaire sur le projet de Renoir. Le récit semble,
en effet, obéir à un schéma prédéterminé,
articulé sur les grandes thématiques du P.C.F.
L’univers filmique (le XVIIIe siècle, la Révolution
Française) se lit alors à l’aune des
visées marxistes.
Ainsi le film s’ouvre-t-il sur la relève de
la Garde Royale - le soir du 14 juillet - cérémonial
guindé, hiérarchisé jusqu’à
l’absurde. Chaque geste, chaque posture des soldats-automates
brocardent le rigorisme de la Monarchie.
Ce modus operandi aliénant, le cinéaste l’oppose
à la ferveur révolutionnaire de l’armée
de Valmy, filmée comme un ensemble bigarré
uni par une cause fédératrice. 
Pour le cinéaste, l’ "ordre révolutionnaire"
rend inopérant toute tentative de corporatisme, de
hiérarchisation sommaire. L’armée de
Valmy nous est présentée comme un ensemble
disparate de personnalités irréductibles motivées
par un objectif libertaire commun. C’est ici que le
refus du spectaculaire, et le sens du détail prend
toute son ampleur : « La salle de la première
où dominaient les bourgeois socialisants, les intellectuels
à la façon de mai 36, a semblé déçue
par l’absence d’effets brutaux et de gros lyrisme.
Mais la chaude simplicité, la vie de tous ces tableaux,
risquent d’aller beaucoup plus droit au cœur
d’un public populaire entendant parler son propre
langage ». (2)
Comment, dès lors, évoquer un quelconque réalisme
devant l’obédience de Renoir à l’idéologie
du P.C.F. ?
Renoir cinéaste réaliste ?
Oui…tout de même, je pense, même si j’avoue
détester ce terme un peu pompeux (allez c’est
décidé, à partir de maintenant je le
mets entre guillemets).
.La Marseillaise n’est pas un film ‘réaliste’,
si tant est qu’un film ‘réaliste’
existe, parce qu’il montre la Révolution Française…
il est ‘réaliste’ peut être parce
que derrière cette fiction sur la Révolution
Française se cache, à peine voilé,
le portrait d’une époque secouée par
des débats idéologiques intenses et mue par
un désir irrépressible de progrès social
: la France des années trente.
Peut être que le ‘réalisme’ désigne
moins une conformité au réel qu’un point
de vue conjoncturel. Il existe bien un réalisme socialiste,
un réalisme poétique…soit autant de
manières de décrypter le monde environnant
avec un filtre idéologique.
La Marseillaise peut être visionné
comme une peinture, en creux, de la France du Front Populaire,
le parti politique qui a rendu possible la réalisation
de cette œuvre. Dans La Marseillaise, le XVIIIe
siècle se lit à l’aune des enjeux politiques
des années trente et les choix de mise en scène
(polyphonie du récit pour décrire la collectivité,
découpage sobre qui évite au spectateur de
se couper de l’essentiel…) obéissent
aux idéaux frontistes. Comme toute œuvre de
propagande, l’intérêt de La Marseillaise
réside moins dans son contenu narratif que dans son
emballage formel, totalement représentatif d’une
époque, et donc d’un regard spécifique
sur le monde.
1. Cahiers
du cinéma 34-35 avril-mai 1954, propos recueillis
par Jacques Rivette et François Truffaut.
2. François Vinneuil, L’action française,
11 février 1938.
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Image
: Au début du film, un panneau annonce une restauration
de l'image, pourtant, en visionnant les premiers plans du
film, les fanatiques du noir & blanc ultra-restauré
feront sans doute un infarctus. Qu'on se rassure cependant,
seules les douze premières minutes sont vraiment
"datées" ou "abîmées"
; le reste est vraiment très convenable. Si l'on
fait abstraction d'une quantité très raisonnable
de points blancs, d'impuretés, de griffures et de
fines lignes verticales noires ou blanches, les contrastes
sont bons, la définition très satisfaisante
(on signalera quand même quelques secondes moyennement
définies voire carrément floues, notamment
à 5'50-53, 36'43- 37'00, 1h42'31-36) et il n'y a
pas de "mouvances".
Son : La version française est en
mono de 1938. Sur les dialogues, on a les petites saturations
et le petit grésillement habituels, mais c'est parfaitement
audible. La musique, elle, a un tout petit peu moins de
chance : parfois, on note quelques baisses de régime
en décibels.
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Bonus
: le disque nous propose une section filmographies (Jean
Renoir, Pierre Renoir, Lise Delamare, Edmond Ardisson,
Andrex), une bande annonce en noir et blanc bien restaurée
(6 minutes, sous la forme d'un entretien entre Jean Renoir
et Pierre Tchernia), une section affiches et photos (cinq
affiches et une quinzaine de photos), une scène
coupée d'environ 2 minutes avec Louis Jouvet et
Lise Delamare, bien datée et sous-titrée
en russe, un documentaire de 30 minutes bien intéressant,
signé Pierre François Glaymann ("Un
certain regard sur la Marseillaise", le film y est
dépeint comme l'écho du parcours d'un homme,
d'une époque, d'un pays...).
Merci au Commissaire Juve pour son aimable collaboration
concernant la partie technique.
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