
King
of kings (Le roi des rois) Réalisation
: Nicholas Ray (1961)
Scénario : Philip Yordan
Directeur de la photographie : Frantz
Planer, Milton Krasner, Manuel Berenguer
Musique : Miklos Rozsa
Montage : Renée Lichtig et Harold
Kress
Studio : MGM
Durée : 171 minutes
Distribution : Jeffrey Hunter, Siobhan
McKenna, Hurd Hatfield, Ron Randall, Viveca Lindfords, Rita Gam, Carmen
Sevilla, Robert Ryan … |

Zone
1
DVD 9
Editeur : Warner
Format : 2.35 (16/9)
Langues : anglais 5.1 et mono
Sous-titres : anglais, français et espagnols
Découpé en 52 chapitres, le film est proposé
sur un DVD contenant également les bonus |


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Tandis
que le peuple de Judée est sous la domination romaine,
Marie donne naissance à son fils Jésus (Jeffrey
Hunter) dans une étable de Bethléem. Peu à
peu le jeune homme prend conscience de son rôle de Messie
et part prêcher la parole de Dieu sur les bords du Jourdain.
Sa popularité croissante et les nombreuses révoltes
menées par Barrabas inquiètent les responsables
du temple et les Romains… |
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Les
grandes histoires de l’humanité ont toujours
fait l’objet de nombreuses représentations
artistiques. De la peinture à l’écriture,
les artistes ont livré leur vision des grands événements.
Au 20ème siècle un nouvel art apparaît
grâce à l’invention des frères
Lumière. Le cinéma s’empare alors de
l’histoire et des légendes de jadis pour nous
livrer une quantité de films dont certains furent
de grandes réussites. Mais offrir au spectateur un
récit connu n’est pas chose facile. L’effet
de surprise, inhérent à toute fiction originale,
disparu, il faut alors faire preuve d’un grand talent
de conteur pour captiver et passionner le public des salles
obscures. Néanmoins quelques réalisateurs
de talent ont réussi ce tour de force comme James
Cameron (Titanic, 1997), Victor Flemming (Jeanne
d’Arc, 1948) ou encore Cecil B. DeMille avec
sa fresque consacrée à Moïse (Les
dix commandements, 1956)…
Parmi les plus grandes légendes de l’humanité,
celle de Jésus-Christ est source de nombreuses adaptations.
Certaines ont fait l’objet de scandales comme ce fût
le cas de La passion de Mel Gibson ces derniers mois et
de façon plus injuste celui de La dernière
tentation du Christ de Martin Scorsese en 1988. D’autres
se sont contentés d’une mise en image des écrits
du nouveau testament, délaissant la réflexion
et offrant un spectacle de type péplum. Parmi ces
films on retrouve King of kings de Nicholas Ray.
En 1953, la Fox sort le premier film en cinémascope
(format extra large) : La tunique de Henry Koster.
Le succès du spectacle (plus de 20 millions de dollars
de recette) redonne un élan aux salles de cinéma
qui avaient tendance à se vider avec la popularité
de la télévision. A partir de cette date,
les studios se jettent dans des productions extravagantes.
De
nombreux réalisateurs de renom tentent l’aventure
avec plus ou moins de succès comme Delmer Daves,
Douglas Sirk, Robert Rossen, Michael Curtiz, Robert Wise
ou encore Howard Hawks. Parmi les producteurs, le nom de
Samuel Bronston devient une référence dans
ce genre de spectacle. Pour monter des projets comme Le
Cid (Anthony Mann, 1961) ou La chute de l’empire
romain (Anthony Mann, 1964), Bronston décide
de quitter Hollywood pour créer ses propres studios
dans la banlieue de Madrid en Espagne. Son premier projet
sur ces nouvelles terres n’est autre que Le roi
des rois pour lequel il fait appel à Nicholas
Ray.
Spécialiste du film noir et romantique, Ray développe
une thématique tournée autour de la violence
pulsionnelle de ses héros. Ses oeuvres sont appréciées
par la critique et le succès public est au rendez-vous
avec Rebel Without a cause (La fureur de vivre,
1955) dans lequel il met en scène James Dean dans
un cinémascope à la fois tragique et superbe.
C’est sûrement en voyant ce film où la
virtuosité de Ray éclate au grand jour que
Bronston songea à Ray pour réaliser des films
d’entertainment En 1960, il lui propose un remake
de Cecil B.DeMille : King of kings. Aucun document
ne semble exister pour comprendre le choix de Ray. Ce genre
de projet paraît tellement en inadéquation
avec son cinéma qu’il demeure étonnant
qu’il ait accepté cette production à
des fins artistiques. Mais Ray est un cinéaste au
parcours tumultueux et rares sont les analystes capables
d’expliquer sa filmographie où l’on retrouve
pêle-mêle des petits films noirs, un western
romantique et féministe, d’énormes machines
hollywoodiennes ou encore un film X !! Le mystère
Nicholas Ray prend donc un nouvel élan lorsque le
cinéaste s’embarque pour l’Espagne où
il tourne de mai à septembre 1960.
Le roi des rois sort sur les écrans américains
en octobre 1961 et ne rencontre pas le succès espéré.
En regardant le film, force est de constater que le travail
réalisé est de qualité. Mais il lui
manque un soupçon de passion qui aurait évité
au spectateur de sombrer dans un ennui rédhibitoire…
King of kings raconte la vie de Jésus en
respectant fidèlement l’imagerie chrétienne
(1). Le Christ interprété par Jeffrey Hunter,
parfaitement coiffé, la peau blanche et le regard
bleu clair semble sortir d’une banlieue de Stockholm
tandis que Marie, Ponce Pilate ou autre Barrabas n’offrent
ni le charisme nécessaire à leur personnage
ni par ailleurs l’apparence méditerranéenne
qu’une reconstitution "réaliste"
aurait dû imposer. De plus, la vie du Christ est tellement
connue par le public, le cinémascope devenu si "courant",
que le film n’offre plus la moindre surprise. A
la différence de Martin Scorsese qui apporte une
part de doute et de faiblesse à son personnage en
le plongeant au cœur de symboles passionnants (La
dernière tentation du Christ), Ray doit se contenter
de filmer un Christ empreint d’un profond et triste
académisme.
Parallèlement à la vie de Jésus, le
film raconte le destin de Barrabas que le scénario
tente maladroitement d’opposer à celui du Christ.
Malheureusement les deux histoires se déroulent sans
jamais se mêler et le public est "ballotté"
entre ces deux films dans le film sans comprendre quel est
le lien exact entre les deux hommes. Y en avait-il un d’ailleurs
ou Bronston a t’il décidé de mêler
le destin de Barrabas à celui du Messie pour apporter
à son métrage la dose d’action et de
combat nécessaire à toute grande production
digne de ce nom ? Le mystère demeure …
Malgré ces défauts, King of kings
possède néanmoins quelques qualités
qu’il faut souligner. Parmi celles-ci l’interprétation
de Robert Ryan est inoubliable. Le comédien fidèle
de Ray (On dangerous ground, The flying leatherneck,
Born to be bad) interprète Jean-Baptiste. Malgré
sa taille de géant et son type très américain,
il prouve grâce à un jeu tout en intériorité
que l’apparence ne compte guère si le talent
est présent et on peut parier qu’il aurait
été plus crédible que le pauvre Jeffrey
Hunter dans le rôle de Jésus !! Dans le rôle
de Jean-Baptiste, il campe le seul personnage chez lequel
semble brûler la passion. La scène la plus
intense du film est d’ailleurs à mettre à
son crédit : lorsqu’il est capturé par
les soldats d’Hérode puis confronté
aux dirigeants de Jérusalem, Ryan incarne la pauvreté
et la passion des démunis opposées à
l’opulence des puissants. On sent alors chez Jean-Baptiste
un esprit de révolte contenu, une violence intériorisée
prête à exploser. Autrement dit, le cinéma
de Nicholas Ray devient presque palpable. On croit alors
que le film va tendre vers une intensité et une passion
"Rayenne" mais malheureusement il n’en est
rien. Ryan
n’a fait qu’entretenir l’illusion et nous
montrer ce qu’aurait pu être King of Kings
si Nicholas Ray avait été plus inspiré
ou simplement plus libre. Lorsque Hérode ordonne
qu’on décapite Jean-Baptiste, on imagine Bronston
ordonner qu’on tranche définitivement toute
l’ambition artistique de Nicholas Ray. Une vraie tristesse
pour tous les admirateurs du cinéaste !
A côté de cet éclair de génie
apporté par Ryan, il faut également mettre
en avant la qualité des cadrages et la beauté
du super-technirama (2). Chaque plan est parfaitement composé
et rappelle que Nicholas Ray fût sans doute l’un
des plus brillants "cadreurs" de l’histoire
du cinéma : qu’ils soient fixes ou en mouvements
(la danse de Salomé) aucun des plans de King of kings
ne peut être pris en défaut ou être qualifié
de moyen ! Ray se permet même certaines expériences
comme ces superbes images offertes par un objectif large
posé sur le sommet de la croix supportant Jésus
! Ce type d’expérience détonne dans
une production trop calibrée et fait malheureusement
figure d’exception…
King of kings est donc un film malade. Malade des
ambitions d’un producteur en quête de grandeur
et de démesure, malade comme le sont tant de productions
contemporaines pour lesquelles les effets visuels semblent
primer sur le contenu de l’histoire et la passion
que réclame le public (vous avez dit Troie
??). Pour conclure citons cette phrase de Jean Wagner dans
"Nicholas Ray" (3) : "Nicholas
Ray depuis le début de sa carrière, nous avait
toujours surpris, mais de là à devenir une
sorte d’imagier saint-sulpicien, il y avait une marge
qu’aucun de ses admirateurs n’aurait osé
pronostiquer. En un mot ce n’est pas un mauvais film,
c’est bien plus grave, c’est un film impersonnel
…".
(1) Pour l’anecdote, la voix-off
est celle d’Orson Welles. Celui-ci trouva le film
si mauvais qu’il refusa d’apparaître
au générique !
(2) Le super technirama est un format créé
par technicolor en 1957 pour concurrencer le cinémascope
de la Fox ou le VistaVision. Les formats de diffusion
sont les mêmes (2.35:1).
(3) Nicholas Ray – Jean Wagner – Editions
Rivages/Cinéma
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Image
: Attention DVD d’exception !! L’image de King
of Kings est tout simplement somptueuse et ravira les amoureux
du film. D’un point de vue définition, le niveau
de détail est remarquable. Le master ne recèle
quasiment aucun défaut de type tâches ou griffures.
Enfin, la compression est parfaite puisqu’elle ne
génère pas le moindre défaut. Les contrastes
sont superbes et les couleurs ont un rendu éclatant
tout en étant maîtrisées (aucune surexposition).
Bref, avec ce DVD le cinémascope prend toute sa valeur,
et encore une fois nous devons applaudir Warner pour le
travail effectué ! Côté son
: Sur ce point le travail est également de très
bonne qualité. Le DVD propose une bande son mono
d’origine et un remix en 5.1. Comme souvent chez Warner,
la piste 5.1 a été créée avec
respect pour l’œuvre. Aucun effet de bruitage
sur les arrières, seule la musique utilise ces canaux
ce qui permet de plonger au cœur de la partition de
Miklos Rosza. La piste mono, légèrement plus
dynamique est également de bonne facture et permettra
aux puristes de se retrouver dans l’ambiance "originale"
!! A noter que ces deux bandes sonores sont parfaitement
nettoyées. Aucun souffle n’est à signaler,
les dialogues se détachent avec clarté tandis
que la bande originale est distillée avec douceur
par vos enceintes.
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La
section bonus est composée des segments suivants
directement accessible via un menu.
Cast and Crew : ce supplément
commun chez Warner permet d’accéder aux informations
concernant les principaux intervenants sur le film.
The camera’s window of the world
(3’57) : Ce document abîmé et malheureusement
trop court permet de voir des images du tournage en Espagne.
On découvre ainsi Nicholas Ray, les principaux
interprètes ainsi que les milliers de figurants.
Impressionnant !
King of kings impressive premiere on
2 coasts (1’49) : sur un fond musical, nous assistons
à un défilé de star se rendant à
la premiere du film à New York et à L.A.
King of kings Egyptian Theater premiere
(1’08) : Même principe que précédemment.
Pas très intéressant mais les images d’archives
ont tout de même un certain charme.
Theatrical trailer (1’34) : Bande
annonce en très bonétat qui met en avant
le cinémascope et le spectacle proposé.
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