Réalisateur: Charles Chaplin
Année: 1921
Avec Charles Chaplin, Edna Purviance, Jackie Coogan et Baby Hathaway
Scénario : Charles Chaplin
Musique : Charles Chaplin
Directeur de la photo : Roland Totheroh et Jack Wilson



Z2-DVD5
Format 1.33
Langues : Version Originale
Sous-titre :anglais, français, italiens, allemands, espagnols, arabes, bulgares, croates, slovènes, roumains et hollandais.


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Par un surprenant
concours de circonstances, un enfant abandonné par sa mère (dont le seul pêché était d'être mère) se retrouve adopté par un mendiant...

Un film avec un sourire, peut-être avec une larme. Des films dont l’histoire et la mythologie mêlent autant la fiction et la réalité, The Kid est assurément l’un des plus troublants. Si Chaplin a hélas souvent été un artiste maudit, l’histoire de ce que beaucoup considèrent comme son premier long-métrage le prouve à qui en douterait. Agé de 30 ans lors du début du tournage en juillet 1919 (tournage qui s’étalera sur plus d’un an pour les raisons qui vont suivre), Chaplin est un personnage déjà mondialement connu du grand public par sa silhouette, son humour et sa présence scénique. John Carpenter affirma lors d’une interview que le premier film d’un cinéaste est souvent son plus personnel. Cette maxime s’applique parfaitement dans le cas de Chaplin.

The Kid n’était à l’origine qu’un projet de court-métrage de plus dans la carrière déjà bien fournie du réalisateur. Le contrat le liant à la First National l’obligeait à l’époque à fournir encore un certain nombre de courts-métrages sur une durée d’un an. Mais Chaplin, de plus en plus perfectionniste et ambitieux, décidait de consacrer d’avantage de temps à ses œuvres. La genèse de The Kid en est la preuve la plus flagrante. Le film gagnant en importance aux yeux de Chaplin, la production va donc s’étaler sur quasiment un an, au grand dam des producteurs qui ne voient pas d’un bon œil le fait que son film coûte autant d’argent (le film se présente en effet sur six bobines alors qu’un court "classique" n’en comporte que deux).

Sa vie privée et sa vie personnelle vont se mêler et parfois se confondre de manière troublante sur le tournage de ce film. La mère du fameux Kid est interprétée par son ancienne concubine Edna Purviance. Une chose n’arrivant jamais seule, deux semaines après le début du tournage, son premier enfant âgé de 3 ans décède. Triste conséquence, le couple qu’il forme avec Mildred Harris, sa première femme, se détériore ; femme que Chaplin remplacera trois ans plus tard par Lita Gray qui joue un petit rôle dans le film. A l’instar de David Cronenberg avec The Brood (Chromosome 3, 1979), le film va jouer son rôle d’exorciste et va permettre à son auteur d’affronter ses démons présents et passés.

Le drame qui s’est abattu sur l’auteur se sent et est exprimé de façon complètement imagée dans le film. Une des scènes d’ouverture voit Chaplin (un mendiant) se retrouver par hasard dans une rue où justement l’enfant est abandonné et qui, par un gag savoureux, celui du landau, va devenir le père du héros du film. Cette scène résume à elle seule les motivations profondes du cinéaste et représente la clé de voûte du film : l’image de la mère, dénigrée, renvoie également à la vraie mère de Chaplin que ce dernier a perdu de vue depuis plus de 6 ans. Le personnage de Chaplin est définitivement tiraillé entre le hasard de la situation (le mendiant n’aurait pas du passer par là) et le désir de devenir père.

Cette scène essentielle passée, le film se présente comme une succession de petits sketchs très souvent drôles (on rit vraiment) dépeignant la vie difficile du père et du fils. Le contexte exceptionnel dans lequel a été créé le film ne saurait néanmoins dissimuler et encore moins substituer les ambitions premières du cinéaste qui sont ici pleinement exprimées. Faire rire autant qu’émouvoir grâce à un style épuré à l’extrême (la mise en scène est très "économe"). L’aspect social de son œuvre est d’ores et déjà présente ici avec la misère quasi-constante.

Chaplin montre ici plus que jamais son sens unique de la scène, de l’instant, bref, tout ce qu’on aime au cinéma ; le tout au profit d’un récit connu de tous. Il s’agit sans doute du film le plus célèbre de Chaplin, le plus universel d’un des cinéastes les plus universels. Rien que l’affiche où l’on voit Chaplin et le Kid assis tous les deux sur une marche est probablement l’une des images de cinéma les plus célèbres. Il suffit d’ailleurs de se plonger dans les bonus du DVD et du reportage sur le cinéaste iranien Abbas Kiarostami pour se rendre compte à quel point le cinéma de Chaplin, dont The Kid reste l’une des pierres angulaires, reste ancré dans les esprits. Le visage du cinéaste orne même les murs de Téhéran aux côtés de ceux des membres du gouvernement. Un visage avec un sourire, peut-être avec une larme.

Image : Ce ne sera pas une surprise, l’image est très belle. Le grand mérite des éditions MK2 est justement de ne pas polir l’image, de ne pas trop la numériser pour au final la rendre trop artificielle et supprimer ainsi le grain d’origine. Le master est superbement dépoussiéré, les contrastes sont bons, la définition impeccable. Une image qui respecte autant les standards récents de qualité numérique que l’œuvre d’origine. Du très bon travail.

Son : Ici aussi deux pistes sont proposées, le mono d’origine et son alter ego en 5.1. Que les "anti-remixage" soient rassurés, pas d’esbroufe ici. La piste 5.1 est sobre, axée sur les trois voies centrales et donne un certain panache à l’ensemble sans qu’à aucun instant le spectateur ne se fasse la réflexion que l’on a affaire à du dolby digital. Les enceintes arrières sont intelligemment exploitées, discrètes mais bien présentes. La piste mono est elle aussi présente sur le DVD mais les possesseurs de Home-Cinema se doivent de privilégier le remix.

Préface (5’) : Présentation rapide et succincte du contexte difficile dans lequel s’est réalisé le film et son histoire par David Robinson.

Chaplin Aujourd’hui (26’) : Ce documentaire commenté par Alain Bergela développe ce qui a déjà été dit dans la courte préface, à savoir l’histoire du film de sa création à sa sortie. Le documentaire fourmille d’anecdotes, d’images d’archives, de screen-tests. Pêle-mêle on y trouve des films de familles où l’on voit un Chaplin vieilli mais toujours souriant jouant avec ses petits-enfants ou encore des images de Jackie Coogan en public lors de la sortie triomphale du film. Mais le point fort de ce documentaire reste le commentaire du réalisateur iranien Abbas Kiarostami qui revoie le film pour l’occasion accompagné d’un de ses acteurs fétiches et de son fils. Le parallèle effectué entre son œuvre et celle de Chaplin est plus qu’enrichissant, certaines scènes chez Kiarostami se retrouvant quasi à l’identique chez Chaplin. Le documentaire nous donne aussi la possibilité de voir l’influence de Chaplin en Iran. A la fois amusant et émouvant. Le point fort de ces bonus.

Scènes coupées en 1971 : Au nombre de trois, il s’agit, comme mentionné dans le documentaire précédent, de scènes mettant en lumière les relations mère/fils. Si elles semblent superflues et alourdir le reste du film, elles n’en restent pas moins intéressantes lorsque l’on connaît les difficultés familiales du cinéaste, et plus particulièrement ses relations avec sa mère.

Comment faire des films (1918) : Ce petit film étrange, produit et écrit par Chaplin, met en lumière pendant 15 minutes des images du cinéaste au travail avec ses collaborateurs, en plein montage ou nous montre encore la construction de son propre studio. Le film est en outre parsemé de gags. Pas indispensable mais surprenant.

My Boy (1921) : D’une durée de 55 minutes, il s’agit ni plus ni moins que du cinquième film du jeune acteur présenté ici dans son intégralité ; la copie est très mauvaise mais ne faisons pas la fine bouche !

Documents : Cette section évoque en segments l’histoire du film à travers le temps.

Jackie Coogan danse (1920 - 5’) : Ce petit film nous montre comment de façon amusante Chaplin a réussi à convaincre les producteurs de son film de mener à bien son projet sans entraves.

Nice&Friendly (1922 - 10’) : Court-métrage présentant la première collaboration entre Jackie Coogan et Charlie Chaplin. Une certaine noirceur se fait clairement sentir dont la morbidité rappelle en partie le contenu de The Kid.

Charlie sur l’océan (1921 - 4’) : On suit le cinéaste pendant 4 minutes dans son voyage à New-York en tant qu’immense star. Il suffit de voir le nombre d’autographes qu’il signe et l’accueil qui lui est réservé à son arrivée.

Jackie Coogan à Paris (1924 - 2’) : Un des nombreux voyages de Coogan l’amena à Paris où là encore, le succès fut au rendez-vous. Un triomphe lui est logiquement réservé.

Nouvelle partition (71 - 2’) : On voit pendant quelques instants le réalisateur se muer en compositeur, vieilli mais toujours capable d’assurer son rôle d’artiste.

Bandes-annonces : Elles sont au nombre de trois. Une américaine de très mauvaise qualité proposant un patchwork d’images fixes et animées. La deuxième est allemande et la troisième néerlandaise et a la particularité de ne pas montrer d’images du films. Des panneaux donnant envie au spectateur de faire le déplacement. Original.

Galerie de photos : Elles se présentent sous forme déroulante pendant trois minutes et nous montre un mélange de photos de tournage et du film en lui-même.

Affiches du film : 15 affiches provenant de différents pays.

La Collection Chaplin (10’43") : Comme à son habitude, MK2/Warner nous propose un florilège de bandes-annonces. Y figurent celles de : Le Kid, L’opinion publique, La ruée vers l’or, Le cirque, Les lumières de la ville, Les temps modernes, Le dictateur, Monsieur Verdoux, Les feux de la rampe, Un roi à New York et La grande revue de Charlot.


Un film chroniqué par Leopold Saroyan