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Réalisé par John Huston
Avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Edward G. Robinson, Lionel
Barrymore
Scénario : John Huston et Richard Brooks d’après
la pièce de Maxwell Anderson
Musique : Max Steiner
Photographie : Karl Freund
Un film Warner Bros.
Etats-Unis - 97 mn - 1948
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97
mn
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : En Dolby Digital 2.0 mono : anglais, français, italien
Sous titres : anglais, français, italien, néerlandais,
arabe, espagnol, portugais, allemand, roumain, bulgare, anglais et
italien pour malentendants.
Mono d’origine
Chapitres et menus fixes |


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Frank McCloud (Humphrey Bogart), vétéran de la
deuxième guerre, se rend à Key Largo en
Floride. Il séjourne à l’hôtel
que tiennent Nora Temple (Lauren Bacall), la veuve de
son ami George qu’il avait sous son commandement
au front, et James Temple, le beau père de celle-ci.
L’hôtel est occupé par le gangster
Johnny Rocco (Edward G. Robinson) et sa bande. Rocco
exige que McCloud lui fasse quitter les Etats-Unis pour
Cuba. Un huis clos qui se termine par un face à face
en pleine mer. |
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L’œuvre
est inspirée de la pièce éponyme de
Maxwell Anderson : Key Largo. Le producteur Jerry Wald
estimait que le sujet ferait une excellente adaptation
cinématographique. Il pensa directement à John
Huston pour la mise en scène. Le thème est
un classique du théâtre américain :
des gangsters bloqués chez l’habitant. Huston,
qui avouait détester ce genre de pièce et
l’œuvre de Maxwell Anderson en particulier,
accepta néanmoins le contrat et se rendit avec Richard
Brooks à Key West afin de démarrer l’écriture
du scénario.
Huston et Brooks remplacèrent l’épilogue
de la pièce originale par celui du roman de Ernest
Hemingway To have and have not, un tour de passe-passe
rendu possible par la suppression du final de Hemingway
dans le film homonyme de Howard Hawks.
"Notre adaptation de Key Largo actualisait et dramatisait
la pièce homonyme de Maxwell Anderson qui datait
de 1930. Les grands espoirs qu’avait fait naître
l’arrivée de Roosevelt au pouvoir avaient été déçus.
Le milieu – incarné à l’écran
par Edward G. Robinson et ses acolytes – redevenait
puissant, du fait de l’apathie générale.
C’était le thème de notre film. Edward
G. Robinson accepta le rôle de Johnny Rocco avec
réticence. Il n’aimait guère ce type
de personnage. C’était comme s’il eut été vraiment
un gangster impatient de s’acheter une conduite.
Ce que l’on a surtout retenu de Key Largo, c’est
la première scène où l’on voit
Robinson dans son bain, un gros cigare aux lèvres.
Il a l’air d’un crustacé dans sa carapace" déclarait
Huston.
Le personnage de Johnny Rocco est
inspiré du truand
Lucky Luciano. Rocco représente le stéréotype
du gangster que personne n’arrête. Les otages
comprennent rapidement qu’il ne reculera devant rien
pour arriver à ses fins. La seule force qui le déstabilise
est l’ouragan qui frappe Key Largo. Huston s’est
inspiré de l’ouragan qui tua près de
800 personnes en 1935 dans les Florida Keys. La nature
seule peut contrecarrer ses projets, car si Rocco ne craint
pas les hommes, en revanche ses armes se révèlent
dérisoires face à la fureur divine. Plus
qu’un croquemitaine, la tempête sert également à accentuer
le côté inhumain du gangster : Rocco refuse
l’abri à une famille amérindienne prise
dans la tourmente de l’ouragan.
Key Largo fait partie
d’un des sept films tournés
par le duo Huston-Bogart ; le quatrième et dernier
film joué par le couple - à la ville comme à l’écran
- Humphrey Bogart - Lauren Bacall. Les deux acteurs se
sont rencontrés trois ans plus tôt sur le
tournage de To have and have not. Robinson et Bogart ont
eu, pour
leur part, l’occasion de jouer ensemble à cinq
reprises. C’est un groupe soudé qui participe
au tournage, une petite famille. Huston, Bogart et Bacall
partagent d’ailleurs les mêmes convictions
; tous les trois ont milité contre la Commission
des activités anti-américaines, dont l’ombre
menaçante planait sur l’industrie cinématographique
de l’immédiat après-guerre. Bogart
et Bacall étaient des membres renommés du
Comité pour la défense du Premier Amendement
: la liberté d’opinion et de presse. Comme
le soulignait John Huston : "Le communisme n’était
rien en comparaison avec le mal causé par les chasseurs
de sorcières. Ceux-ci représentaient les
ennemis véritables de ce pays." Key
Largo développe un message politique fort dans cette Amérique
de la guerre froide : les gangsters imposent un régime
de terreur aux honnêtes citoyens. Bogart incarne
dans Key Largo, tout comme dans Casablanca, l’honneur
et la droiture. Il refuse de se compromettre, il choisit
le combat contre le mal. Mais, désillusionné,
il ne prend pas parti d’emblée pour un des
deux camps, il ne s’opposera à Rocco qu’une
fois convaincu de sa totale inhumanité ; le meurtre
de deux jeunes Amérindiens et d’un shérif.
Tout comme dans Les Insurgés, que Huston tournera
un an plus tard, le film appelle à la résistance
et dénonce l’oppression sous toutes ses formes.
La
performance scénique de Bogart est époustouflante.
Les gros plans sur son visage sont une leçon pour
tout acteur. Quand Rocco tend un revolver et demande à McCloud
de le descendre, celui-ci hésite. L’expression
de ses traits à ce moment précis vaut tous
les mots. Une prestation que peu d’acteurs sont capables
de reproduire de nos jours.
Le film de Huston compte de nombreuses
similitudes avec le film d’Archie Mayo La forêt pétrifiée,
tourné 12 ans auparavant : des otages sont retenus
par un gangster en cavale. La différence tient au
rôle que campe Bogart dans les deux métrages.
La forêt pétrifiée exalte la notion
de sacrifice ; le poète Leslie Howard donne sa vie
afin que soit capturé le sociopathe joué par
Bogart. Dans Key Largo, Bogart trouve une raison pour mener
une bataille qui ne le concerne pas directement, à l’image
du spectateur qui est appelé à se rebeller
contre un climat de terreur. Une guerre sépare les
deux films. Un conflit qui modifiera le visage de l’Amérique.
En
conclusion, si Key Largo peut aujourd’hui apparaître
par trop théâtral, il demeure cependant une œuvre
riche en dialogues et en personnages de qualité.
Son intérêt découle davantage de son
message politique et de ses détails que d’une
intrigue manichéenne dont l’issue ne fait
aucun doute.
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