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Réalisé par
Luis Bunuel
Avec Jeanne Moreau, Michel Piccoli,
Georges Géret, Muni, Françoise Lugagne
Scenario : Luis Bunuel, Jean-Claude
Carrière
Photographie : Roger Fellous
Un film Ciné Alliance
France - 98' - 1964
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Zone 1
Un DVD Criterion
DVD9
Format 2.35:1 anamorphique 16/9
Langues : Français Mono
Ss-titres : Anglais
N&B - Mono d'origine
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Celestine, jeune domestique vivant à
Paris, s’installe en Province chez ses nouveaux employeurs,
Mr et Mme Monteil. Son arrivée va progressivement semer
le trouble chez la famille et les habitants du village. |
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Lorsqu’en 1963, Luis Bunuel accepte l’offre
du producteur Serge Silberman de tourner une nouvelle version
du roman de Octave Mirbeau, on pouvait légitimement
s’interroger sur l’intérêt d’une
nouvelle adaptation : Jean Renoir avait déjà
fait la sienne et le matériau de départ semblait
à priori assez éloigné de l’univers
du cinéaste (de son propre aveu, le roman n’est
qu’une base de départ). Pourtant, Journal
d’une femme de chambre est l’un des plus
flagrants témoignages du génie Bunuelien en
même temps qu’une sorte de résurrection
de son cinéma. Dès les premières minutes,
le cadre est posé : Celestine arrive à la
gare de la ville où elle va désormais travailler.
Elle entre dans un univers nouveau comme le spectateur entre
dans le monde du cinéaste pour ne plus en sortir.
Le film débute donc par une évocation (par
là-même une critique) de la vie bourgeoise
comme l’auteur l’avait déjà fait
auparavant, plus timidement, avec Tristana ou La
vie criminelle d’Archibald de La Cruz pour ne
citer que ces deux exemples. Le Bunuel grinçant et
controversé des années 20 est donc bien présent
avec sa peinture acerbe de la classe dite dominante, de
la religion ou encore dans sa façon de dépeindre
avec une noirceur sans égale le fascisme d’une
certaine France des années 20 : Bunuel, cinéaste
du réel.
Mais l’essentiel du film, ce qui fait sa valeur et
son importance, ne réside pas uniquement dans ces
aspects. En effet, le film glisse progressivement sans que
le spectateur ne s’en rende compte vers ce que le
critique Alain Bergala appelle "l’émotion
du surgissement". Surgissement de l’incroyable,
de l’absurde ou encore de l’irréel de
certaines situations qu’il convient de ne pas dévoiler
pour ne pas nuire au plaisir du spectateur. Certains le
font en parlant de surréalisme, notion à la
fois juste et trop réductrice : juste car le film
frappe directement dans l’inconscient ; réductrice
car cela rabbaisserait Bunuel à l’état
de simple formaliste.
Bunuel, cinéaste de l’imaginaire.
A l’instar de Los Olvidados ou de Belle
de jour, deux de ses pièces maîtresses,
le réel et l’imaginaire (le terme de suréel,
bien que "cliché" conviendrait mieux) coexistent,
se mêlent étroitement pour ne former qu’un
tout. Jamais par la suite, Bunuel ne parviendra à
trouver un équilibre aussi parfait entre ces deux
éléments qui résument à eux
seuls une grande partie de son cinéma. Cet enchevêtrement
a pour conséquence de plonger le spectateur dans
des sensations rarement ressenties au cinéma, entre
fascination, incompréhension voire malaise dans certaines
scènes (cf la scène où Celestine dit
"oui" à son futur époux). Tout cela
avec une maestria d’autant plus extraordinaire que
cette mise en abyme est invisible à l’écran,
totalement impalpable : Bunuel nous plonge progressivement
dans un étourdissant tourbillon sensoriel. Tourbillon
de sentiment qui doit beaucoup au talent de co-scénariste
de Jean-Claude Carrière auquel il convient de rendre
hommage. Manquait manifestement à ses films, jusque
L’Ange exterminateur, une base scénaristique
forte et solide (surtout lors de sa période Mexicaine).
C’est chose faite avec ce film tant il est clair à
la vision du film que Bunuel avait besoin de s’entourer
d’un proche collaborateur(il s’agit de sa première
association avec Carriere), dont l’importance dépasserait
le strict cadre de l’écriture (les deux hommes
seront très proches l’un de l’autre jusqu’au
bout). L’association semble même tellement bien
fonctionner que le cinéaste offre un petit rôle
à Carriere dans le film, celui du curé.
Journal d’une femme de chambre est donc une
œuvre d’une grande importance puisqu’il
propose une sorte d’épure, aussi bien dans
le style du film que dans sa matière scénaristique
et thématique. Un film donc à voir et à
revoir tant plusieures visions semblent nécessaires
pour en explorer les inépuisables richesses.
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Image : Une restauration des plus incroyables.
Le très beau N&B de Roger Fellous est superbement
retranscris. Les contrastes sont tout bonnement inouïs.
Seuls subsistent d’inévitables tâches
et autres menus défauts de master. Rien d’alarmant
pour ce qui est de loin le meilleur moyen de voir le film(un
Z2 se faisant toujours attendre).
Son : Un mono clair et sans fioritures.
Cette piste française mono d’origine a également
été dépoussiérée pour
notre plus grand plaisir. Pas de bruit, des dialogues
clairs : l’essentiel est sauf.
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Malheureusement
peu nombreux, les bonus sont néanmoins de qualité
:
-Une interview de Jean-Claude
carrière tournée pour l’occasion
dans laquelle il revient avec précision et intérêt
sur son ancien collaborateur, leur travail et bien sur
sur Journal d’une femme de chambre(à noter
que l’entretien est chapitré).
-Interview texte de Bunuel par deux journalistes
où il parle du film, de ses amis surréalistes
et tente parfois d’analyser son travail. Intéressant.
-Bande-annonce d’époque
avec une Jeanne Moreau narratrice.
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