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Réalisation : Kaneto Shindo
Scénario : Kaneto Shindo
Directeur de la photographie : Kiyoshi
Kuroda
Musique : Hikaru Hayashi
Studio : Kindaï Eiga Kyokai
Durée : 94 minutes
Distribution : Nabuko Otowa, Taiji
Tonoyama, Shinji Tanaka, Masonori Horimoto
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Zone
2
Editeur : Wild Side (Collection Introuvables)
Format : 2.35 (16/9)
Langues : Stéréo
Chapitrages : 12 chapitres |


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Chroniqués
par DvdClassik :
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Sur une île quasiment désertique de
l’archipel de Setonaikai (au sud-est du Japon), une
famille travaille sans interruption pour faire pousser graminées
et légumes. La difficulté de leur tâche
vient essentiellement du manque d’eau, qu’il faut
aller chercher sur l’île voisine au prix d’efforts
ininterrompus. Parmi les deux enfants, l’aîné
va à l’école jusqu’au jour où
survient un drame … |
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"Je
voulais faire un film très créatif au niveau
visuel. Raconter l’histoire avec des images. Une histoire
où chaque vue exprimerait un sentiment du bonheur,
de la tristesse, dans un décor naturel."
Kaneto Shindo
En 1961, la société de production indépendante
Kindaï Eiga Kyokai (créée dix ans auparavant
par le réalisateur Kaneto Shindo) connaît de
graves difficultés financières. Afin d’éviter
la faillite, Shindo doit trouver un projet potentiellement
lucratif. N’ayant plus les moyens de produire un film
dans un studio de Tokyo, il aborde le problème à
contre-pied et envisage de réaliser une oeuvre qu’il
qualifie "d’anti-commerciale" ! C’est
avec trois millions de yens, soit un dixième du budget
d’un film moyen, qu’il commence à travailler
sur L’île nue.
Dans un premier temps, Shindo réfléchit à
un scénario mettant en scène un couple de
paysans et leurs deux enfants sur une île aride de
l’archipel de Setonakaï. Son drame est minimaliste
et le script tient sur quelques pages. Au fond, l’objectif
n’est pas de construire une histoire pleine de péripéties,
mais plutôt de plonger le spectateur au cœur
d’une activité rurale difficile, certes, mais
admirable. Rapidement, Shindo réunit une dizaine
de techniciens avec lesquels il part sur l’île
de Mihara non loin d’Hiroshima. Cette équipe,
qui ne s’élargira pas au cours du temps, s’installe
dans une auberge du village en bord de mer où elle
restera pendant deux mois. Au large, une petite île
désertique se dresse majestueusement hors de l’eau.
Shindo la baptisera L’île nue…
L’île nue se présente encore
aujourd’hui comme un OVNI cinématographique.
Primée au festival de Moscou en 1961, cette œuvre
unique est une fenêtre contemplative sur le dur labeur
d’une famille de paysans. Pendant une heure trente,
le cinémascope de Shindo suit les quatre personnages
en proie aux joies et difficultés d’une existence
simple mais néanmoins riche en sentiments. De ce
travail, on aurait pu craindre un résultat des plus
ennuyeux. Mais dès les premiers plans, nos peurs
s’évanouissent devant tant de beauté
et d’expressivité. La question à laquelle
nous allons essayer de répondre est : "comment
Shindo a t’il réussi à réaliser
une œuvre si captivante avec un matériau d’une
telle simplicité ?"
Oublier les dialogues…
Pour
commencer, le cinéaste a choisi de développer
son histoire sans le moindre dialogue. Passionné
par le cinéma muet, qu’il voit comme un puits
d’expressivité, il souhaite que les images
de L’île nue se suffisent à
elles-mêmes. L’humanité des personnages
s’exprime dans un sourire lorsque le repas est dressé,
ou dans des larmes lorsque le sort vient frapper leur destinée.
Ici les regards pèsent plus lourd que tous les mots.
La bande son est celle de la nature : on y entend le vent
qui bruisse dans les feuilles, les baguettes qui tintent
contre la porcelaine des bols du déjeuner ou le bruit
sourd d’une bêche s’enfonçant dans
la terre aride. Cette mise en scène naturaliste fonctionne
à merveille et offre des séquences d’une
rare intensité.
La famille composée de deux parents et deux enfants
vit sur cette petite île depuis longtemps, toujours
peut-être. Les saisons rythment la culture du sol
et les mots ne sont guère nécessaires. Le
seul objectif des protagonistes est d’assurer leur
survie. Pour cela ils cherchent de l’eau douce sur
l’île voisine et irriguent leur terre. Parfois
la capture d’un poisson vient rompre la monotonie
du travail et provoque le rire. Une autre fois un seau d’eau
est renversé et occasionne une réprimande
physique. Jamais l’absence de dialogues ne perturbe
la narration.
L’île nue est un film du geste. Celui
du travail de la terre, mais également du transport
de l’eau. Les parents portent les seaux à l’aide
d’une palanche. Cette tige de bois souple se tord
sous le poids du liquide et force les hommes à se
déhancher. De ce mouvement capté sur la pellicule
de Shindo naît l’expression de l’effort,
celui qui permet à l’humanité d’assurer
ses besoins les plus primaires.
Prendre son temps…
Mais ce qui surprend le plus dans L’île
nue, c’est la répétition des images
et la longueur des plans. Le port des seaux d’eau
à la palanche évoqué précédemment,
le maniement de la godille pour faire avancer le bateau,
l’arrosage de la terre sont autant de gestes filmés
dans de longues séquences avec une patience hypnotisante.
Cette attention portée à chacun des mouvements
révèle le vrai visage de l’effort. Il
ne s’agit pas de l’exploit violent et subi réalisé
par le super héros d’un blockbuster ou d’un
manga, mais de la réalité du travail. Tout
n’est qu’attention, concentration et répétition.
Là encore on aurait pu craindre
de s’ennuyer devant de telles images. Mais les visions
de Shindo associées au thème musical –
lui aussi récurrent – de Hikaru Hayashi enveloppent
le spectateur dans une bulle de beauté et de contemplation.
Regarder L’île nue, c’est comme observer
l’apparition d’un arc-en-ciel ou le coucher
du soleil … Ici, il y a un amour de la photographie
qui rappelle Soy Cuba (1964) de Kalatozov. D’ailleurs
le premier plan de chacun des deux films est quasiment identique
et d’une beauté comparable (un long travelling
aérien sur le décor où va se dérouler
le drame).
Rester naturel
Si
les images de Shindo sont splendides, c’est parce
qu’il a su les composer avec une patience amoureuse
mais aussi parce qu’il a choisi de tourner avec le
plus grand naturel. Il faut avouer que les paysages de l’archipel
nippon sont tout simplement sublimes : la mer est lisse,
le relief découpé avec harmonie et les cieux
riches en nuances. Dans ce décor, chaque élément
contribue à la méditation et Kaneto Shindo
opte pour le noir et blanc afin d’évoquer l’aspect
brut de cette beauté : au regard du spectateur, les
îles de Setonakaï font figure de paradis sur
Terre et le cinéaste amplifie ce sentiment grâce
à un soin du cadrage de tous les instants. En revanche,
pour les habitants de l’île, la beauté
n’est pas évidente : les quelques kilomètres
carrés de terre et de rochers perdus dans une mer
cristalline constituent la source de leur souffrance. Cette
opposition entre la beauté plastique du paysage et
la difficulté à y vivre est suggérée
par une photographie où les filtres orangés
exacerbent les contrastes : les noirs sont profonds, les
cieux assombris, tandis que les nuages et les roches sont
d’une blancheur brute, presque aveuglante. Au-delà
de cette symbolique suggérée par l’image,
chaque plan est un superbe cliché qui impressionnera
les photographes amateurs et captivera les yeux des spectateurs
de tout âge.
Dans un souci de perfectionnisme kubrickien - entre les
deux artistes le rapport à la photo est évident
- Shindo accentue le naturalisme de sa mise en scène
grâce à des comédiens complètement
fondus dans le paysage. Paradoxalement, c’est le manque
de moyens attribués à la production qui finit
par engendrer un tel résultat : ne pouvant avoir
sous contrat des acteurs de renommée, Shindo se tourne
vers deux de ses connaissances, Nabuko Otowa et Taiji Tonoyama.
Il leur propose le rôle du couple en leur promettant
qu’ils seront payés si le film fait des bénéfices
! Pour Tonoyama, c’est la première fois qu’il
incarne un personnage principal. Acteur de second rôle,
il est choisi pour son professionnalisme mais également
pour son origine insulaire : natif d’une île
voisine à celle du tournage, Tonoyama est familier
avec la ruralité de l’archipel et endosse le
rôle avec une facilité déconcertante.
Son déhanchement lorsqu’il porte les seaux
d’eau, son agilité à manier les outils
en font un paysan tout à fait crédible. Parallèlement,
la jeune Otowa est très à son aise dans ce
personnage de femme meurtrie par l’effort et infaillible
dans sa détermination. C’est peut-être
elle qui, dans le film, incarne le plus intensément
la souffrance humaine : lorsque la palanche pèse
sur ses frêles épaules, tout son corps s’affaisse
et ses muscles se raidissent à l’extrême.
Ici, il n’y a pas de place pour la simulation. Les
seaux sont bien remplis et l’effort est réel.
La performance des deux comédiens est étonnante
et sera applaudie par la critique du festival de Moscou
en 1961. Pour l’anecdote, Shindo rappelle dans le
commentaire audio du DVD que les journalistes étaient
persuadés que Nabuko Otowa et Taiji Tonoyama étaient
de véritables paysans ! Si cette idée peut
paraître saugrenue elle n’est pas totalement
idiote puisque tous les autres protagonistes du film sont
des habitants de la région …
Les deux enfants, par exemple, viennent du village qui abrite
l’équipe de techniciens. Shindo les a repérés
dans une école voisine et leur a proposé le
rôle ! De la même façon, tous les autres
personnages (des figurants), sont filmés sur leur
lieu de vie. Lors des plans du village, il n’y a quasiment
aucune mise en scène. Cette approche documentaliste
de la réalisation, offre des séquences d’une
rare harmonie et participe à la splendeur qui émane
de L’île nue.
Finalement, ce treizième long métrage de Shindo
se présente comme un film d’une rare beauté
et d’une profonde intensité dramatique. Nous
l’avons vu, ce résultat fascinant n’est
pas le fruit du scénario, mais d’une mise en
scène ingénieuse et profondément intelligente.
Dans les "Lettres françaises",
George Sadoul fait également part de sa fascination
pour le travail de Kaneto Shindo : "Dans l’île
nue, film sans paroles, la révolution du montage
sonore devient plus évidente. Un simple soupir y
prend une valeur expressive comparable à ce que fut
un battement de paupière pour exprimer une profonde
émotion au temps du muet".
L’île nue est évidemment d’une
incroyable richesse. Celle qui marque les mémoires
d’une empreinte immuable liée à des
valeurs universelles. Les efforts entrepris par nos héros
sont simplement humains et, à fortiori, proches de
tous les spectateurs. En supprimant les dialogues et en
filmant le labeur, le drame et la beauté de la nature,
Shindo affranchit son film de toute barrière culturelle.
Son succès, tant public que critique, sera mondial.
A chacun désormais, de faire abstraction de ses peurs
face à un cinéma contemplatif et muet et de
se plonger dans cette oeuvre d’une rare force cinématographique.
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 Le
Dvd proposé par Wild Side brille par la beauté
de ses menus créés dans un design parfaitement
en accord avec l’esprit du film et sonorisés
par la partition d’Hayashi. La qualité de l’image
et du son sont au rendez-vous comme nous allons le voir
ci-après.
Image : si certains DVD peuvent se passer
d’une image parfaite, celui de L’île
nue n’en fait évidemment pas partie. Wild
Side, dans son effort continu pour une restauration des
chefs d’œuvres classiques, propose ici un mastering
exemplaire. L’image proposée dans un 16/9 de
toute beauté ne présente quasiment aucune
griffure ou point blanc. La définition est précise
et rend un bel hommage au piqué de l’image.
Les contrastes sont appuyés et les défauts
inhérents à certaines numérisations
sont "presque" absents : les puristes trouveront
bien un ou deux plans légèrement instables,
mais ce serait du pointillisme primaire que de les décrire.
Soyons francs : l’image proposée sur ce titre
est splendide, une des plus belles qu’il nous ait
été donné de voir pour un film de cette
époque.
Son : sur ce plan, rien à signaler
de particulier. Le mono proposé est propre et permet
d’apprécier la bande son, alliant bruitage
et musique, dans des conditions idéales. Les rêveurs
auraient aimé un 5.1 enveloppant et propice à
une plongée dans l’atmosphère du film,
mais gardons les pieds sur terre : le mixage d’origine
est parfait et amplement suffisant.
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Commentaire
audio de Kaneto Shindo et Hikaru Hayashi: dans
ce commentaire sous-titré en français, le
réalisateur et le compositeur du film relatent
avec nostalgie le tournage de L’île nue.
Derrière le micro, on sent deux vieux hommes pleins
de sagesse et encore amoureux de leur travail. Shindo
raconte de nombreuses anecdotes de tournage et interroge
souvent Hayashi sur son inspiration musicale. Leur dialogue
tournent autant autour du film et de ses images que sur
la musique. Parfois, devant une des merveilleuse photos
de L’île nue, un silence s’installe.
Les deux artistes laissent les images défiler avant
de les commenter et de s’extasier devant la beauté
des paysages. Bref, un document très intéressant
à écouter, d’autant plus appréciable,
que les ouvrages ou autres médias (web) consacrés
à ce film sont d’une grande rareté
en français ou en anglais.
Filmographie : Assez classique
ce bonus permet de découvrir la filmographie du
réalisateur et des quatre comédiens principaux.
Galerie Photos : 20 photographies du
film et 13 clichés du tournage sont propos dans
cette section.
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