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Hôtel du Nord
Réalisation : Marcel Carné (1938)
Scénario : Henri Jeanson, Jean Aurenche d’après
le roman d’Eugène Dabit
Directeur de la photographie : Armand Thirard, Louis Née
Musique : Maurice Jaubert
Studio : SEDIF
Durée : 93 minutes
Distribution : Arletty, Louis Jouvet, Annabella, Jean-Pierre Aumont,
Bernard Blier, Andrex, Paulette Dubost, Jeanne Marken, François
Perrier …
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Zone
2
Editeur : MK2
Format 1.33
Langues : Français mono |

Article
sur Imdb.com
Les films de Carné - Michel
Perez - Edition Ramsay
Ma vie à pleines dents - Marcel
Carné - L’Archipel
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Dans un hôtel situé sur le bord du canal Saint-Martin à Paris,
on célèbre une communion. Les propriétaires
et clients de l’établissement fêtent
l’événement autour d’un repas
chaleureux lorsqu’un couple de jeunes amoureux
(Pierre et Renée) arrive pour prendre une chambre.
Au cours de la nuit, un coup de feu retentit ! Pierre
(Jean-Pierre Aumont) et sa jeune compagne (Annabella)
ont tenté de se suicider. Renée est blessée
tandis que le jeune homme, incrédule, décide
de prendre la fuite… Après avoir été soignée,
Renée est hébergée par les hôteliers
qui lui proposent un emploi de serveuse. Dès lors,
son destin se mêlera à celui des clients
de l’hôtel et notamment à ce couple étrange
et haut en couleurs formé par Monsieur Edmond
(Louis Jouvet) et Raymonde (Arletty)… |
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Lorsqu’ Arletty
déclame "Atmosphère, atmosphère
est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère
???" elle ne mesure évidemment pas l’impact
qu’aura
cette réplique sur la mémoire cinéphile
française. Au fil du temps, la célèbre
tirade se métamorphose en témoignage d’un
cinéma hexagonal qui avec Renoir, Becker et Carné,
a su mêler la réalité sociale, le pittoresque
d’une époque et une certaine forme de poésie.
Pendant quelques décennies, et avant que la nouvelle
vague ne vienne tout bouleverser, ces quelques réalisateurs
- et bien d’autres dans leur sillon - nous ont offert
un grand nombre de films inoubliables que la critique a
porté au Panthéon du septième art.
Mais derrière cette reconnaissance justifiée,
le label "chef d’œuvre du cinéma
français",
synonyme d’intouchabilité, rebute souvent
les jeunes cinéphiles qui ne voient dans Hôtel
du nord ou autre Quai des brumes que des œuvres trop
reconnues et quelque peu désuètes. Aujourd’hui
la mode cinéphile préfère Hawks ou
Tourneur à Marcel Carné ! Il est donc temps
pour les amoureux du cinéaste de souffler sur la
poussière qui enveloppe cet Hôtel du nord et d’inciter les nouveaux cinéphiles à le
(re)découvrir …
Pour cela, commençons par rappeler la genèse
de l’œuvre, encore une fois passionnante, avant
de s’atteler à une analyse succincte, honnête
et enthousiaste !!
La naissance de l’hôtel
En 1938, Lucachevitch
président de la société de
production SEDIF, contacte Marcel Carné pour lui
faire part de son intention de tourner un film avec la
star du studio, Annabella. La jeune actrice à la
beauté virginale a connu de nombreux succès
sur grand écran. Mais pendant les années
qui précèdent la guerre, elle incarne surtout
l’idéal féminin. A l’instar d’une
Laetitia Casta aujourd’hui, on admire plus son visage
angélique que son talent de comédienne !
Les Français l’adorent et les Américains
aussi : depuis deux ans elle habite Hollywood où un
contrat la lie à la puissante Fox. Malgré cela,
elle reste comédienne pour la SEDIF qui lui propose
de venir à Paris et d’y tourner son unique
film français de l’année.
Lucachevitch,
admiratif de la courte mais fructueuse carrière
de Marcel Carné, propose au cinéaste un tournage
avec la vedette pendant la période estivale. L’idée
de travailler avec cette actrice populaire et de bénéficier
de la puissance financière de la SEDIF n’est
pas pour déplaire à Carné qui accepte
le projet et se met en quête d’un sujet susceptible
de séduire la jeune fille ainsi que les producteurs.
Rapidement, il pense au roman d’Eugène Dabit
(lauréat du prix populiste en 1929) intitulé Hôtel
du Nord. Par chance, Annabella connaît l’ouvrage
et s’enthousiasme pour le projet. Lucachevitch donne
alors son accord à Carné en lui demandant
une seule chose : "Monsieur Carné, faites-moi
un quai des brumes, mais un quai des brumes moral !!".
La
production commence au printemps 1938 et Carné souhaite
de nouveau travailler avec son ami Jacques Prévert
qui a signé les scénarios de Jenny, Drôle
de drame et Le quai des brumes… Malheureusement,
le poète en voyage aux USA ne rentrera pas avant
plusieurs mois. Privé de son associé, Carné se
tourne alors vers Jean Aurenche et Henri Jeanson auxquels
il propose l’adaptation du roman. L’ouvrage
de Dabit qui décrit la population d’un petit
hôtel parisien n’est pas pour déplaire
aux deux hommes : les destins s’y mêlent avec
fureur et chaque personnage participe à une vision
réaliste et charmante du Paris des années
trente. Carné aime cette galerie de caractères
mais il souhaite y greffer une histoire d’amour afin
de dramatiser le scénario. Il demande à Aurenche
et Jeanson d’imaginer le destin d’une fille
(Annabella) amoureuse d’un beau marin aux tendances
suicidaires (Jean-Pierre Aumont). Les scénaristes
rédigent leur script tandis que les comédiens
commencent à répéter leur rôle.
Mais rapidement, Jeanson prend en grippe le couple de jeunes
tourtereaux qu’il trouve fade et sans le moindre
intérêt. Il imagine alors un autre couple,
composé d’un ancien voyou (Monsieur Edmond)
et d’une prostituée (Raymonde), qu’interprèteront
Louis Jouvet et Arletty. Jeanson ne s’arrête
pas là et décide de réduire au maximum
le rôle de Jean-Pierre Aumont en rédigeant
des dialogues plats et sans le moindre intérêt.
Rapidement, Arletty et Jouvet deviennent les héros
du drame. Carné, qui adore ces deux comédiens,
est ravi de la tournure du scénario, Annabella ne
se plaint pas et Lucachevitch, peu enclin à entrer
en conflit avec l’équipe, finit par s’incliner
devant la situation.
En Août 1938, les impressionnants décors
d’Alexandre Trauner sont terminés et le tournage
peut commencer. Pendant plusieurs mois, Carné mènera
sa troupe jusqu’à l’avant-première
du film organisée le 10 décembre 1938 au
cinéma Marivaux. Après avoir eu tant de mal à accepter
la grisaille du Quai des brumes, les critiques
tombent en extase devant cet Hôtel du Nord ensoleillé.
La mise en scène de Carné est applaudie mais
c’est surtout Arletty qui retient l’attention
des journaux. Dans le journal Candide, Jean Fayard écrit
"Arletty parvient à mettre de l’humour,
presque de la poésie, dans les plus basses querelles". Steve
Passeur ajoute dans Le Journal : "C’est
un mélodrame ironique, angoissant, bien agencé,
remarquablement cinématographié et joué d’une
façon miraculeuse par Monsieur Louis Jouvet et par
Mademoiselle Arletty". Enfin Marcel Achard (l’Intransigeant)
enfonce le clou en déclarant : "En mettant en
scène
Arletty, Carné a prouvé qu’il avait
aussi un très grand sens du comique … Arletty
est géniale, tout simplement. Géniale. Et
c’est peu dire".
Il est vrai qu’après avoir joué dans
cet Hôtel du Nord, Arletty connaît une popularité immense
et accède au statut de star. Elle le doit évidemment à son
talent, mais surtout à un rôle parfaitement écrit
par Jeanson et dirigé d’une main de maître
par Marcel Carné.
Hôtel du Nord un film d’ambiance
Arletty
incarne une fille des rues parisiennes, un "Gavroche" féminisé et
résolument moderne. L’adjectif
peut surprendre car aujourd’hui les plus jeunes d’entre
nous ont cette sensation de film préhistorique lorsqu’ils
entendent Arletty expliquer à Edmond que si elle
est une atmosphère, lui est un drôle de bled
!! Mais si son bagout et son argot peuvent prêter à sourire,
ils reflétaient à l’époque,
le langage de la rue. Celui qui s’approprie les mots
pour les transformer en poésie. "Atmosphère,
atmosphère est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère
???" est à nos grands-parents ce que les répliques
de Jamel ou les rimes de Saïan Supa Crew sont à notre
culture. L’argot d’avant guerre ou le verlan
d’aujourd’hui ont les mêmes racines,
celles des pavés et de la grisaille des grandes
métropoles. Alors Arletty ringarde ?
Mais derrière ces répliques pleines de charme,
se cache un personnage profond et passionnant. Raymonde
est une femme de caractère : prostituée au
cœur tendre, elle n’en est pas pour autant soumise.
Certes elle aime son Edmond, mais elle n’hésite à lui
répondre et lui dire ce qu’elle pense. Lorsqu’il
fuit avec la jeune Renée, Raymonde ne s’attriste
guère. Indépendante, elle trouve un autre
homme (l’éclusier, génial Bernard Blier)
qu’elle dominera comme une reine. Cette force qu’elle
dégage va à l’encontre de la femme
au foyer soumise telle que l’imagerie d’avant
guerre l’a définie. En interprétant
Raymonde, Arletty impose une héroïne moderne
qui préfigure les mouvements féministes d’après-guerre.
De
son côté Jouvet n’a pas grand chose à envier à Arletty
en ce qui concerne le pittoresque : son costume gris, son
chapeau bas, sa démarche tranquille et ses répliques
bien pesées en font un personnage étrange
et attachant. Le comédien, qui avait interprété le
rôle de Monseigneur Soper dans Drôle de drame,
fait encore une fois preuve de talent en imposant son charisme
sur la pellicule de Carné. Au fil de l’histoire,
Edmond devient le caractère central de l’histoire
et Jouvet le transforme en héros de l’Hôtel
du Nord.
Aux côtés de ce duo, une pléiade de
personnages crée l’ambiance si particulière
du film : le patron paternaliste de l’hôtel,
sa femme tendre et protectrice, le jeune étudiant
homosexuel, le policier raciste et méfiant ou encore
l’éclusier trompé puis dominé par
Raymonde mais toujours souriant constituent une troupe
bigarrée et attachante qui donne vie à l’impressionnant
décor entièrement reconstitué par
Alexandre Trauner dans les studios de Billancourt. Cette
ambiance de quartier, où les dialogues fusent et
les couples s’enlacent semble avoir influencer le
cinéma de Cédric Klaplish (Chacun cherche
son chat notamment) où la multiplicité des
personnages projetés dans un décor unique
contribue à faire vivre la pellicule … Le
jeune et talentueux cinéaste français n’a
rien inventé, il ne fait que reprendre la sauce
d’Hôtel du Nord avec légèreté pour
l’adapter au Paris d’aujourd’hui!
Cependant,
si l’ambiance fonctionne à merveille,
il manque à Hôtel du Nord l’intensité dramatique
et la poésie des plus grandes œuvres de Carné.
Contrairement au Quai des Brumes, Drôle
de drame ou Les enfants du paradis, le décor
de l’hôtel finit par l’emporter sur le
récit.
Carné a beau s’efforcer pour donner de la
puissance à son dernier acte (le plan en contre-plongée
sur Jouvet de retour de Marseille est à ce titre
impressionnant) c’est au final l’hôtel
et ses cris, ses rires et ses pleurs que le public retiendra.
Il est clair que Jeanson, en qui Carné avait toute
confiance, s’est emparé du scénario
pour en faire un écrin à dialogues. Dès
lors, il n’est pas faux de constater qu’il
manque ici la patte d’un grand dramaturge… Ne
cherchons pas bien loin, il manque Prévert tout
simplement !
Le poète qui, aux côtés de Carné,
donna naissance au Quai des brumes ou Les
enfants du Paradis nourrit ces films d’une puissance dramatique et poétique
qui manquent à Hôtel du Nord. Reste néanmoins
une oeuvre étonnante de vie, un spectacle à cœur
ouvert sur le Paris des années trente. Alors désuet
ce troisième long métrage de Carné ?
A l’instar de La grande illusion ou de La
règle
du jeu de son collègue Jean Renoir, Hôtel
du Nord demeure un fantastique témoignage de l’époque.
Témoignage traité à la fois avec sobriété et
modernité que les jeunes amoureux du cinéma
peuvent encore et toujours déguster avec passion.
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Le DVD proposé par MK2 est réussi. Il propose
le film dans une qualité jamais observée
auparavant et propose en suppléments quelques bonus,
certes peu conséquent, mais rares et pleins de charme.
Un livret de 8 pages agrémenté de photos
et de commentaires sur le film accompagne le DVD. A noter
qu’une édition du titre existe (toujours chez
MK2) accompagnée du livre d’Eugène
Dabit.
Image : Comme à son habitude MK2 propose un
transfert de grande qualité pour ce titre. Malgré ses
65 années, l’ Hôtel du nord nous est
montré dans toute sa beauté. La définition
est remarquablement précise, les contrastes bien
appuyés et le master d’origine a été nettoyé avec
minutie. Il ne reste quasiment aucune griffure ou point
blanc. Enfin la compression ne génère ni
instabilité des arrières plans, ni fourmillements.
Bref, un excellent travail de restauration !
Son : La bande son est proposée en mono d’origine.
Aucun souffle n’est à signaler, par contre
les dialogues sont légèrement étouffés
et empêchent de parfaitement comprendre toutes
les répliques des personnages. Rien de catastrophique
cependant.
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Présentation du
film par Serge Toubiana (4’21) : Dans ce documentaire
Serge Toubiana raconte la genèse du film qu’il
met en parallèle avec certains évènements
historiques (l’invasion de la Tchécoslovaquie
en 1938 par exemple). De courte durée mais riche
en anecdotes, cette présentation se déguste
avec intérêt et constitue un parfait préambule
avant la projection du film.
Entretien avec Marcel
Carné (8’57) : L’interview
est menée par Jacques Chancel en 1989. Félicité par
le journaliste, Carné répond avec modestie
et gentillesse. Il revient notamment sur sa collaboration
avec Jacques Prévert pour lequel il éprouve
une sincère amitié.
Henri Jeanson (7’38) : dans
ce document télé qui
date de 1959, le célèbre dialoguiste s’adresse
directement à la caméra et parle de l’Hôtel
du Nord avec sa gouaille légendaire. Il n’hésite
d’ailleurs pas à brocarder le jeune François
Truffaut (très drôle !).
Arletty (1’39) : court montage d’interviews
pendant lesquels Jeanson, puis Carné parlent avec
passion d’Arletty. Pour terminer, une interview de
la comédienne alors âgée de 70 ans
mais chez laquelle on retrouve le bagout de Raymonde !
Arletty
par Jacques Prévert (1’20) :
en voix off, Jacques Prévert parle du génie
d’Arletty pour laquelle il emploie une série
d’adjectifs tous plus élogieux les uns
que les autres.
Le décor d’Alexandre Trauner (3’54)
: interrogé par Pierre-André Boutang,
le célèbre décorateur revient
sur son travail auprès de Carné dans
Hôtel du Nord et parle avec nostalgie de son
ami Prévert.
Bande annonce : une bande annonce
d’époque
et très mal conservée qui permet d’apprécier
le travail de restauration opéré par
MK2 sur ce titre.
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