
Réalisation : Raoul Walsh (1941)
Scénario : John Huston et W.R. Burnett d’après
un roman de Burnett
Photo : Tony Gaudio
Montage : Jack Killifer
Musique : Adolph Deutsch
Interprétation : Humphrey Bogart, Ida Lupino, Arthur Kennedy,
Alan Curtis, Joan Leslie, Henry Tull, Henry Travers, Jerome Cowan …
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Warner
Zone 1
4/3 1.33
Son : anglais mono
Sous-titres : anglais, français, espagnols
106 minutes |

Article
sur Imdb.com
Raoul Walsh - Un demi-siècle à Hollywood
- Calmann Levy
Raoul Walsh ou l’Amérique perdue -
Michel Marmin - Dualpha éditions
Bogart Biographie - A.M.Sperber, Eric
Lax - Belfond éditions
Le crime à l’écran, une
histoire de l’Amérique - Michel
Ciment - Découvertes Gallimard éditions
Les cahiers du cinéma - Dossier
Raoul Walsh – n° 555 |

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Après huit annnées d’incarcération, le
braqueur de banque Roy Earle (Humphrey Bogart) est libéré de
prison. En quête de rédemption, il accepte
néanmoins un dernier ?coup? afin d’assurer
ses vieux jours. La cible est le coffre d’un hôtel
de luxe situé aux alentours de Los Angeles. Au
cours de la préparation du hold-up, il rencontre
une famille de fermiers de l’Ohio avec laquelle
il se lie d’amitié et dont il tombe amoureux
de la fille (Joan Leslie). Parallèlement, il éprouve
un bon nombre de difficultés à souder son équipe
en vue du casse : deux hommes au tempérament bien
trempé et une jeune femme (Ida Lupino) à la
beauté vénéneuse composent ce groupe
en quête de richesses et d’aventures … |
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A
la lecture de son "pitch", High Sierra risque de faire
fuir un bon nombre de cinéphiles à la recherche
de la perle rare. Certains se diront qu’il s’agit
encore d’une histoire de gangster sur le déclin,
encore le récit d’un amour impossible, encore
des coups de feu et de la violence, encore et toujours
la même chose !! Mais derrière cette trame
vue et revue (dernièrement par Brian De Palma dans
Carlito’s Way en 1993) se cache une œuvre où se
conjuguent les talents de trois hommes d’exception
: Raoul Walsh, John Huston et Humphrey Bogart. En collaboration
avec Burnett, Huston rédige un scénario brillant
qui lui ouvrira les portes de la réalisation et
rencontre celui qui deviendra une des sources de son inspiration,
Humphrey Bogart. Bogey, quant à lui, décroche
son premier rôle majeur et signe une performance
inoubliable. Enfin, Raoul Walsh prouve - encore !! - l’efficacité de
sa mise en scène en réalisant un film qui,
60 ans après, continue de captiver les foules. Concentrons
nous sur High Sierra en rappelant la rencontre de ces trois
hommes.
Le scénariste : John Huston
Mars 1940, W.R. Burnett
publie un roman intitulé High
Sierra. Deux semaines plus tard, Jack Warner en achète
les droits et demande à John Huston d’en écrire
le scénario. Huston, dont le talent pour l’adaptation
littéraire donnera naissance à tant de chefs
d’œuvres (Moby Dick, L’homme qui voulut être
roi, Les gens de Dublin…), s’empare de
ce projet avec ferveur. L’histoire de Roy Earle et
de son équipe
de malfrats correspond parfaitement à certaines
thématiques qu’il développera tout
au long de sa carrière : un groupe d’hommes
part en quête d’un idéal et échoue
en s’autodétruisant. Huston développe
son script et se rapproche de Burnett avec lequel il collabore.
De cette association naîtra une amitié solide
: Huston, tout comme Bogart d’ailleurs, entretient
une passion pour les écrivains et s’entend à merveille
avec le romancier qui avait déjà signé Little
Caesar adapté en 1931 par Mervyn Leroy. Leur
script
reste
fidèle au roman et, sous la plume de Huston,
devient un scénario redoutablement efficace. La
caractérisation du personnage de Earle transforme
le gangster classique du cinéma des années
30 en un personnage plus complexe. Pour certains, ce film
marque la fin d’une époque, celle des récits
de mauvais garçons, et ouvre la voie à de
nouveaux personnages à la personnalité plus
riche. Dans son ouvrage sur le film noir (2) Michel Ciment écrit
: "Humphrey Bogart qui n’avait jusque là joué que
des rôles de durs (…) clôt ainsi un cycle
et s’apprête à en ouvrir un autre, celui
du détective privé, inauguré par Le
faucon maltais". C’est encore Huston qui signera
ce script et qui réalisera par la même occasion
son premier film. Mais au-delà de la complexité apporté au
héros, Huston écrit un scénario dont
la structure dramatique est parfaitement équilibrée.
L’objectif de Roy Earle est clair, les obstacles
qu’il rencontre pour y parvenir sont nombreux et
captivants, et le troisième acte crée une
tension qui ne cesse de croître pour aboutir à ce
final inoubliable. Ce script impressionne Bogart dès
la première lecture ; le comédien sent qu’il
tient un écrin unique pour faire briller son talent.
Il demande alors le rôle à Jack Warner …
L’acteur : Humphrey Bogart
Mais
dans un premier temps c’est Paul Muni qui est
pressenti pour interpréter Roy Earle. Il le refuse
considérant, comme beaucoup, que ce High Sierra ne
sera qu’un film de gangsters de plus. Huston,
vient de rencontrer Bogart, admire son talent et pousse
Warner à lui proposer le rôle. Il est vrai
qu’à la lecture du roman de Burnett, le personnage
de Roy Earle semble prédestiné à Bogey
: "Il avait le visage brûlé et les
cheveux drus, noirs et ondulés ; il avait les sourcils
fournis, un nez épais, et une bouche ferme et pleine
qui parfois se réduisait à une fine ligne
; il avait les yeux sombres mais contrairement à la
plupart des yeux sombres, ils n’étaient pas
doux ; il donnait l’impression d’une laideur
virile".
Mais Warner n’aime pas trop Bogart, qui le lui rend
bien en le traitant régulièrement de "tapette"
(1) ! Après avoir fait une croix sur Muni et rejetant
Bogart, il ne lui reste plus qu’une option : George
Raft. Le partenaire de Bogey dans They Drive by night est
emballé par le rôle. Mais Bogart s’en
mêle et lui rappelle que Roy Earle est "encore" un
personnage à la destinée tragique et que
les vrais héros, ceux que le public adore, ne meurent
pas ! Embobiné par le discours de Bogey, Raft ne
voit pas le coup venir et demande une réécriture
du scénario : Earle doit s’en sortir et c’est à cette
condition qu’il interprètera le rôle.
Huston intervient alors en indiquant à Warner que
ce choix est inimaginable. Walsh à qui on vient
de confier la réalisation tente de convaincre Raft,
et lui explique que les ligues de vertu et la censure refuseront
qu’un criminel ne soit pas puni à la fin du
film. Mais Raft s’entête, refuse le rôle
et finit par imposer à Jack Warner le nom d’Humphrey
Bogart. La manœuvre de Bogart appuyé par son
ami Huston a bien fonctionné ! Ce couple terrible
du cinéma américain, ne s’arrêtera
d’ailleurs pas en si bon chemin et saura, au long
des années, se jouer des studios pour réaliser
de nombreux chefs d’œuvres. Mais ceci est une
autre histoire, revenons à Bogart et High Sierra.
Devant
les refus consécutifs de Raft et Muni, Jack
Warner cède et propose à Bogart de faire
quelques essais. Earle est un personnage sur le fil du
rasoir. Il tente de contenir sa violence et de se ranger
dans une vie paisible mais les évènements
le font souvent déborder. Bogey, d’un naturel
râleur et qui aime jouer au dur malgré sa
gentillesse instinctive, endosse ce rôle avec une
facilité déconcertante. Pendant les essais,
il passe de la douceur d’un sourire à la violence
d’un regard avec un talent hors norme et prouve à Warner
(et sa clique de producteurs exécutifs) qu’il
incarne à lui seul une nouvelle génération
d’acteurs, capable de changer de registre en un clin
d’œil. A la différence d’un Cagney
ou d’un Raft, Bogey n’est pas qu’un dur
avec quelques moments de faiblesse : il est capable d’être
fleur bleue et d’incarner la violence la plus tendue
en un seul plan. Il lui suffit d’un coup d’œil
(son fameux regard caméra), d’un rictus ou
d’un mouvement du corps !
C’est donc décidé, Bogey incarnera
Roy "Mad dog" Earle. Cependant, Jack Warner craint que
le film n’ait pas le succès escompté.
Le nom de Bogart n’est pas encore assez connu et
pour attirer les foules, le studio lui donne comme partenaire
Ida Lupino dont l’Amérique raffole. Le couple
déjà réuni dans They drive by
night,
s’entend à merveille (Huston parlait d’ailleurs
d’une relation platonique entre les deux comédiens)
et livre une performance qui marquera les esprits. Dans
certaines scènes, Bogart est d’une douceur
touchante. A titre d’exemple, son dialogue avec la
belle Joan Leslie sous le ciel étoilé tend
presque vers la romance à l’eau de rose !
Idem quand il rentre seul en voiture après avoir
revu la jeune fille : il sourit béatement, comme
un collégien amoureux. Mais derrière cet
air enfantin, Earle est rapidement dévoré par
une rage explosive. Ainsi lorsqu’il apprend que Marie
(Ida Lupino) a été battue par leur partenaire
de braquage (Alan Curtis), son visage se transforme, tous
ses muscles se tendent et le doux Bogey se métamorphose
en un paquet de nerfs à faire pâlir Joe Pesci
!! Pour la première fois devant une caméra,
Bogart exprime l’immense palette de son jeu d’acteur.
Il peut évidemment remercier John Huston de lui
avoir offert ce personnage passionnant mais il doit également
beaucoup à l’ancien comédien, Raoul
Walsh, qui le dirige avec une précision remarquable.
Le
cinéaste : Raoul Walsh
Après 54 jours de tournage, Walsh entre en salle
de montage avec son collaborateur Jack Killifer et finalise
le film. Le 21 janvier 1941, High Sierra sort sur les écrans
avec le nom d’Ida Lupino en tête d’affiche
et celui de Bogart juste en dessous. Bogey est fou de rage
devant ce choix du studio mais il est trop tard pour changer
quoi que ce soit. Le succès du film est au rendez-vous,
l’Amérique tombe sous le charme de Bogey et
apaise ainsi sa rancune.
Si le film est une telle réussite et jouit encore
d’une réputation sans faille, c’est évidemment
grâce au scénario de John Huston, à l’interprétation
de Bogart et dans une moindre mesure à celle d’Ida
Lupino. Mais tout cela ne serait rien sans le talent de
Raoul Walsh. Le réalisateur qui fut d’abord
acteur chez Griffith, est définitivement passé derrière
la caméra depuis la mésaventure qui lui fit
perdre un œil. Lorsqu’il réalise High
Sierra, on peut d’ailleurs remarquer une scène
qui rappelle précisément son accident : au
début du film Earle conduit dans le désert à vive
allure et manque de renverser son véhicule en évitant
un lièvre. Cet événement provoque
la rencontre avec la famille de fermiers de l’Ohio
auprès de laquelle il tente d’inverser le
cours de son destin. Dans le cas de Walsh le choc avec
l’animal ne fût pas évité, et
fit voler en poussières ses prétentions d’acteur.
Cette scène est un beau pied de nez à tous
ceux qui ne voient en Walsh qu’un artisan, un bon
faiseur. Avec cette séquence, il inscrit sa propre
histoire sur la pellicule et prouve qu’il était
totalement impliqué dans ses films, autrement dit
un artiste à part entière ! Mais au-delà de
cette anecdote révélatrice, High Sierra permet à Walsh
de mettre en scène un groupe mené par un
homme au caractère bien trempé. A la différence
de Hawks chez qui le héros puise sa "force" dans
le groupe, Walsh se concentre avant tout sur l’individu.
Le groupe est ici réuni pour le mettre en valeur
et mesurer sa "force". Par conséquent – et à la
différence de Hawks - les seconds rôles sont
en retrait par rapport au héros. Les critiques qui
cherchent à donner un rôle central à Ida
Lupino ne réalisent pas à quel point High
Sierra n’est que le destin d’un homme
en fuite et tourné vers son objectif. Objectif de
changer de vie auprès de Marie ou Velma, finalement
peu importe car pour Earle il n’est question que
de "fuite en avant". Dans cette optique, il ne cessera
d’agir,
quitte à se retrouver face à la mort. C’est
cela le cinéma de Raoul Walsh, de l’action
et encore de l’action. Lors d’une interview
pour Présence du cinéma, le cinéaste
explique d’ailleurs cette caractéristique
de son art : "Action, action, action. Cela a été le
thème des premiers films, et c’est le thème
de ceux qui ont du succès aujourd’hui. Que
l’écran soit sans cesse rempli d’évènements.
Des choses logiques dans une séquence logique. Cela
a toujours été ma règle – une
règle que je n’ai jamais eu à changer".
High
Sierra ne déroge évidemment pas à la
règle et enchaîne les situations dramatiques
sur un rythme soutenu. Aucun temps mort n’est à déplorer
et le spectateur se régale des péripéties
vécues par Bogart. A titre d’exemple le casse
et la poursuite en voiture sont remarquables. Il serait
vain de décrire ces scènes tant les images
de Walsh sont puissantes et parfaitement calculées.
Sachez simplement que le hold-up vous tiendra en haleine
grâce à un suspense idéalement entretenu
et que la poursuite automobile (la plus longue filmée
par Walsh !!) vous fera vibrer avant de vous conduire vers
un final vertigineux.
Finalement, High Sierra s’avère
donc être
autre chose qu’un film de gangsters parmi tant d’autres
! Il marque d’abord l’émergence de deux
talents légendaires du cinéma : John Huston
et son acolyte Humphrey Bogart. Ce projet qui fut le terrain
de leur rencontre – Huston assista à chaque étape
du tournage - leur ouvrira les portes du succès
qui fera d’eux des légendes du septième
art : Le Faucon Maltais (1941). Pour Walsh, High
Sierra est une nouvelle pierre apportée à l’édifice
qui le consacre aujourd’hui comme un géant.
Un concentré d’action nerveux, parfaitement écrit
et interprété, autrement dit, un chef d’œuvre
dont il signera le remake huit ans plus tard dans un décor
de western : La fille du désert (Colorado Territory).
"Walsh rulez !" ;-)
(1) Raoul
Walsh – Un demi-siècle à Hollywood – Calmann
Levy
(2) Le crime à l’écran, une histoire
de l’Amérique – Michel Ciment – Découvertes
Gallimard éditions
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Image : Le film est proposé par Warner dans son format
d’origine (1.33, 4/3) et bénéficie
d’un master restauré. Quel en est le résultat
?
Côté définition, l’image est
riche en détails et atteint un niveau très
honorable. Que ce soit dans les plans rapprochés
ou larges, aucun flou n’est à déplorer.
La copie nettoyée ne présente que très
peu de griffures ou points blancs et le travail, effectué par
les techniciens Warner est une belle réussite
de ce point de vue. Par contre, la compression nuit à la
qualité de l’image tant dans la gestion
des contrastes que dans la pixellisation de certains
arrières plans. Attention cependant, le DVD présente évidemment
certains défauts (beaucoup de bruit sur les gros
plans, et une palette de gris délavée)
mais dans l’ensemble ce n’est pas une catastrophe
(on est bien loin du DVD honteux de L’inconnu du
Nord Express chez le même éditeur !). Reste
qu’après des éditions comme Aventures
en Birmanie ou Scaramouche, l’éditeur nous
avait habitué à un niveau de perfection
difficile à oublier …
Son : L’unique piste sonore proposée est
en mono anglais. D’un niveau très correct
elle ne génère aucun souffle parasite et
offre un rendu acceptable. Les sous-titres anglais, français
ou espagnols sont quant à eux parfaitement intégrés
et discrets.
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Curtains
for Roy Earle : The story of High Sierra (15’05)
- Non sous-titré : Ce documentaire raconte
de façon succincte la
genèse du film par le biais d’interviews
(Eric Lax l’auteur de la biographie "Bogart"
et Joan Leslie notamment) et de documents issus des
archives
de la Warner (de nombreuses notes sont lues par une
voix off). Riche en anecdotes ce bonus se concentre
surtout
sur la carrière de Bogart qui prit, avec High
Sierra, un envol définitif. On y voit notamment
de nombreuses photos des essais de l’acteur ainsi
que quelques images de ses premiers films (The
petrified forrest en particulier). Finalement,
ce supplément n’apporte rien
de bien extraordinaire à ceux qui ont lu la biographie
de Bogey, mais il reste agréable à visionner,
ne serait-ce que pour les quelques images délivrées
et le plaisir nostalgique de revoir Joan Leslie.
Theatrical
Trailer (2’38) - Non sous-titré : C’est
ici la même bande annonce que celle
proposée sur le DVD d’Aventures en Birmanie.
Très abîmée, elle permet cependant
de relativiser les défauts de l’image du
film. C’est toujours ça !
Conclusion : on
peut évidemment regretter que
Warner n’ait pas proposé ce film avec une
restauration à la hauteur d’Aventures
en Birmanie ou autre Moonfleet. Le travail
reste néanmoins
respectable et ne doit en aucun cas nous faire oublier
qu’en acquérant ce DVD, on tient un trésor
du cinéma. Malheureusement trop méconnu
en France, on a peu de chance de voir arriver ce Walsh
dans une édition collector bénéficiant
d’un nouveau master N’hésitez donc
pas, ce film est un "must see".
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