Réalisation : Howard Hawks (1962)
Avec : John Wayne, Hardy Kruger, Elsa Martinelli, Red Buttons, Gérard Blain, Bruce Cabot, Michèle Girardon, Valentin De Vargas …
Scénario
: Leigh Brackett d’après une histoire d’Harry Kurnitz et Howard Hawks
Directeur de la photographie : Russell Harlan
Musique : Henry Mancini
Studio : Paramount
USA - 159' - 1962



Zone 1 & Zone 2
Editeur : Paramount
Format 1.85
Langues : anglais mono restauré, français mono
Sous-titres : Anglais


Article sur Imdb.com
Livre
: Hawks par Todd McCarthy
50 ans de cinéma américain - Tavernier Coursodon - Editions Omnibus


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La dame du Vendredi (Z2)
Les hommes préfèrent les blondes (Z2)
Le Port de l'Angoisse (Z1)
Rio Bravo (Z2)
La Rivière Rouge (Z2)
Seuls les Anges ont des Ailes (Z1)

 

 



Sean Mercer (John Wayne) dirige un groupe de chasseurs au Tanganyika. Lors d’une poursuite l’un d’entre eux, surnommé Indian (Bruce cabot), est blessé par un rhinocéros. L’équipe doit alors surmonter cet incident et intégrer de nouveaux membres. Parmi ces derniers un français effronté (Gérard Blain), une jeune photographe pleine de charme (Elsa Martinelli) et un trio d’éléphanteaux viennent perturber la vie tranquille du camp …

Amoureux des grands espaces et d’aventures en tous genres Howard Hawks rêvait de réaliser un film situé au cœur de l’Afrique sauvage. Pendant son exil européen, il demande à Harry Kurnitz d’écrire l’histoire d’un groupe d’hommes pendant une saison de chasse. Mais après l’échec de La terre des pharaons, le budget demandé par Hawks dépasse les limites que lui imposent les studios. Pour y avoir accès il doit à nouveau faire ses preuves et signer un grand succès populaire. Il se tourne alors vers John Wayne avec qui il réalise un chef d’oeuvre : Rio Bravo. Le succès remporté par ce western parfait est énorme. Hawks est à nouveau convoité par Hollywood, son projet de chasse au Tanganyika alors intitulé Africa peut démarrer. Le réalisateur âgé de 65 ans se tourne vers sa fidèle collaboratrice, Leigh Brackett, pour écrire un scénario basé sur l’histoire qu’il avait imaginée avec Kurnitz. Le script est accepté par la Paramount et Hawks peut commencer son casting. A l’origine le film était prévu pour Gary Cooper. Celui-ci n’étant pas séduit par l’histoire, Hawks doit à nouveau faire appel au fidèle John Wayne qui l’accompagnera jusqu’à la fin de sa carrière. A côté du Duke il rêve de faire jouer Gable, mais ce dernier demande un cachet trop élevé. Comme toujours Hawks doit chercher de nouveaux talents : il se tourne vers un jeune français (Gérard Blain) repéré chez Chabrol, une belle italienne (Elsa Martinelli) et un comique venu de la télévision (Red Buttons) . Le tournage qui durera près de cinq mois démarre le 28 Novembre 1960 autour d’un camp construit en Tanzanie au pied du Kilimanjaro.

Dans ce décor, qui apparaît comme un immense terrain de jeu pour grands enfants, Hawks installe son équipe, son matériel et prend son temps … Loin des yeux et des oreilles des nababs de la Paramount, il laisse éclater son style et affiche sa thématique comme rarement auparavant. Dés le premier plan décrivant un groupe d’hommes scrutant l’horizon en quête de proies, le spectateur sait qu’il est dans un film du grand Howard Hawks. En effet, Hatari rassemble un groupe de personnalités prêtes à en découdre dans un but unique comme on avait pu le voir dans Rio Bravo, The Big Sky ou Air Force. Ces hommes auquel le réalisateur aime s’identifier sont animés d’une passion commune. Leur travail consiste ici à capturer des animaux pour les vendre aux zoos occidentaux. L’amitié qui les unit repose sur cette activité et sur une camaraderie renforcée par des moments de détente. Dans ses précédents films, le groupe imaginé par Hawks faisait face à une adversité figurée par des hors la loi ou des ennemis de guerre. Ici le danger, lié au plaisir, est représenté par les risques occasionnés par les parties de chasse mais également par l’intrusion dans le groupe d’hommes de personnages féminins. Cette figure narrative est un grand classique dans la thématique du réalisateur du Port de l’angoisse ou L’impossible monsieur Bébé. Ici encore la femme a une forte personnalité et son charme vient troubler l’ambiance quelque peu immature du groupe de grands garçons mené par John Wayne. Inutile de chercher dans cette représentation du sexe opposé un quelconque machisme : ni idiotes, ni potiche, la femme Hawksienne est sportive, intelligente, raffinée, indépendante et cultivée. Dans Hatari, il met en scène un archétype de cette femme en la personne d’Elsa Martinelli : campant une jeune photographe pleine de fougue et de joie de vivre, elle est l’idéal du réalisateur. A l’écran elle séduit John Wayne qui, en chef d’équipe, est la représentation du réalisateur. Le Duke interprète Sean Mercer, personnage blessé par la disparition de son ancienne compagne. D’apparence rustre, il ne prend du plaisir que dans les aventures de chasse et l’ambiance potache du groupe. Mais la belle Alessandra vient faire basculer son cœur et révèle un homme tendre et attentionné.

En dehors de ce personnage interprété par Elsa Martinelli, une autre jeune femme vient perturber l’unité du camp : la jeune Brandy que le groupe a vu grandir devient très séduisante et commence à faire chavirer les cœurs. Sa féminité met en rivalité trois membres de la joyeuse troupe dont les personnalités différentes donnent naissance à de nombreux conflits et à des scènes d’une grande drôlerie. C’est là un des points les plus intéressants d’ Hatari: contrairement à ce que certains imaginent, il ne s’agit pas d’un film d’aventure en Afrique. Ce thème ne sert finalement que de décor aux relations d’un groupe dont l’objectif est de séduire la gente féminine et de s’amuser. Il faut se rendre à l’évidence, Hawks signe à travers ce film une comédie pleine d’entrain et de bonne humeur, ponctuée ici et là par quelques scènes de chasse qui apparaîssent comme des interludes à l’évolution des héros.

Ces relations entre les protagonistes sont filmées avec minutie par un réalisateur amoureux de ses personnages. Mais ici comme jamais auparavant il s’affranchit totalement de l’intrigue, le groupe n’a pas d’ennemis, et n’a aucun objectif défini clairement. Il apporte ainsi une vision moderne du cinéma qui séduira la nouvelle vague française. Truffaut, Rivette ou Godard verront en lui un précurseur aux nouvelles règles qu’ils allaient briser dans les années 60.

Cependant cette rupture avec la dramaturgie classique n’est pas le seul élément moderne du cinéma de Hawks. A travers Hatari, il met en place une méthode de travail basée sur l’improvisation qu’il avait toujours utilisée, avec plus ou moins de liberté, pendant sa longue carrière. A l’instar d’un Robert Altman, Hawks pensait que l’étape la plus difficile d’un film était le casting. Une fois son groupe de comédiens réuni, il se contente de les laisser prendre leur marque pour ensuite les filmer. Hatari n’échappe pas à la règle et c’est sans doute pendant ce tournage qu’il offre la plus grande liberté à ses interprètes. Une fois installé en Tanzanie, Hawks laisse sa troupe s’épanouir : Wayne et Kruger s’impliquent totalement dans leur rôle et deviennent de véritables chasseurs. Grâce à ses blagues potaches et une bonne humeur constante, Red Buttons met de l’ambiance et donne de l’unité au groupe. Enfin certains comme les français Blain et Girardon entrent en conflit avec le réalisateur ou le reste de l’équipe : le jeune Gérard Blain s’accroche avec Wayne au sujet de questions politiques et dés lors l’importance de son personnage est considérablement restreinte. En refusant les avances de Hawks Girardon voit également son rôle réduit au strict minimum. De leur côté Red Buttons ou Hardy Kruger jouent des personnages dont le poids ne cesse de s’accroître pendant le tournage. Cette façon de redéfinir les rôles de ses personnages en fonction des personnalités des comédiens était facilitée par l’extraordinaire travail de Leigh Brackett qui chaque jour réécrivait les dialogues et les scènes à la demande de Hawks. Cette méthode de travail alors très rare a inspiré des cinéastes modernes comme Godard, Carpenter ou Allen.

Outre cette grande modernité qu’apporte Hatari, il faut tout de même parler des scènes de chasse qui sont absolument spectaculaires. Introduite à l’histoire comme des interludes, elles permettent à Hawks de filmer des captures d’animaux sauvages avec un réalisme impressionnant. Pour ce faire, l’équipe s’était entourée de spécialistes des véhicules et techniques de captures et certains comme John Wayne ont pris beaucoup de risques pour donner de la crédibilité à leurs scènes. Ainsi lors des séquences motorisées c’est le Duke en personne qui est sur le siège du chasseur. De la même façon c’est lui qui ligote les animaux pour les immobiliser. Incontestablement, ce film aura participé à la création du mythe Wayne !

Finalement Hatari s’impose comme une œuvre profondément moderne et attachée aux idées d’un réalisateur hors norme que la nouvelle critique encensera. Paramount avait imaginé un grand film d’aventure, et Hawks lui a finalement servi une comédie moderne et pleine de fraîcheur. Son succès ne fût pas aussi retentissant que celui de Rio Bravo, mais les jeunes américains apprécièrent ce film sorti durant l’été 1962 et aujourd’hui les grands enfants que nous sommes restent émerveillés devant tant d’enthousiasme, de talents et de générosité.

Supplément critique (Hawks – Todd McCarthy – Edition Solin “Actes sud”) :
"Qui n’aime pas le film peut légitimement le qualifier de trop long, juvénil, simplet, dépourvu de tension dramatique, et sans conséquence. Mais si vous l’aimez rien de tout cela n’a d’importance, et les deux heures quarante passées avec les personnages peuvent même vous paraître trop courtes."

Image : Paramount signe ici une très belle restauration : le master utilisé pour la création du DVD offre une bonne qualité. Aucune tâche ni griffure ne viennent entacher la vision du film. Le transfert numérique nous offre le film dans son format original, soit 1.85:1. Visible pour la première fois sous cette forme, la copie affiche de très belles couleurs mettant en valeur la superbe lumière africaine. La définition de l'image est inégale et c’est là le point faible du DVD. Dans l’ensemble elle est assez moyenne. Les contours ne sont pas définis très nettement et deux scènes d’intérieur affichent une image quasiment floue. Heureusement elles sont courtes et on oublie assez vite ce défaut. On aurait évidemment souhaité plus de netteté dans la définition, mais il ne faut pas oublier que le film a été tourné il y a 40 ans et aujourd’hui le DVD permet de le redécouvrir dans des conditions jusqu’alors inégalées.

Son : La bande son mono restaurée est de très bonne qualité. Elle n’affiche aucun défaut, les dialogues se détachent clairement de la superbe partition musicale d’Henry Mancini. Sur ce point Paramount a effectué un excellent travail Pour ceux que ça intéresserait, la bande son française est très mauvaise. Complètement étouffés, les dialogues sont difficilement audibles. Il suffit de l’écouter quelques secondes pour se précipiter sur la VO !

Le master du DVD zone 2 est exactement le même que celui du zone 1. Les mêmes flous lors de deux scènes d’intérieur, sinon la même très belle qualité de la copie et de l’encodage pour le reste du film : enfin, nous pouvons redécouvrir cette merveille dans des conditions presque idéales. Pourquoi presque ? Car cette excellente surprise est en grande partie gâchée par une bourde monumentale de l’éditeur (en souhaitant que ce soit bien une bourde et non un "fait exprès") : l’absence de sous titres français. On pensait ce genre d’erreur terminé depuis Alamo ; la preuve en est que non. Alors les non anglophiles (que nous sommes quand même en majorité) devront se rabattre sur la version française qui ne gâte pas les deux personnages féminins. Pour le reste, elle se laisse écouter avec tout de même un certain plaisir surtout que le doubleur habituel de John Wayne officie ici.

Bref, comment le même éditeur peut, dans le même temps, nous offrir peut-être les deux plus beaux DVD de l’année (Sunset Boulevard et Il était une fois dans l’Ouest) tout en continuant à mériter le bonnet d’âne pour ce genre d’oublis (car il semblerait que La taverne de l’irlandais ait ‘bénéficié’ de cette même lacune) ?


Malheureusement Paramount se contente du strict minimum avec une bande annonce d’origine. Elle permet de réaliser à quel point le studio attendait un film d’aventure. Vendu aux spectateurs comme tel, le film n’est jamais présenté comme une comédie. Cette stratégie marketing explique en partie les résultats décevants du film au box office.