Howard
Hughes, producteur mégalomane de la RKO
et passionné d’aviation, souhaitait réaliser
un film à la gloire des Marines. Soupçonné
de sympathie communiste en pleine période maccarthyste,
Nicholas Ray, à la RKO depuis ses débuts avec
Les amants de la nuit, accepte cette commande du producteur
pour rentrer dans ses bonnes grâces. Il utilisera
pour la première fois à cette occasion la
couleur dont il deviendra par la suite un maître avec
entre autres Johnny Guitar et Traquenard.
Une autre première, il aura aussi le droit d’utiliser
des images d’archives de l’armée pour
les y intégrer à son film. Trois scénaristes
dont James Edward Grant, scénariste habituel de John
Wayne jusqu’à Alamo, travaillent sur
le film.
Nous ne pouvons alors que déplorer
ce ratage total pour lequel on ressent tout le long le manque
de conviction de Ray qui n’a fait aucun effort dans
sa mise en scène. On pourrait croire qu’il
a été réalisé par n’importe
quel tâcheron hollywoodien.
Le film qui aurait pu à la rigueur se justifier en
temps de guerre comme outil de propagande pour remonter
le moral des troupes ne trouve ici aucune justification
: nous sommes en 1951 et même si la guerre froide
est d’actualité, les Japonais n’y sont
alors pour rien.
Les archives couleur de prises de vues réelles de
combats aériens sont assez mal intégrées
par le montage aux scènes de studio. Le scénario
ayant demandé l’effort de plusieurs hommes
n’aboutit malheureusement qu’à une suite
de clichées et à une construction complètement
inintéressante. Seule la scène du retour de
John Wayne au foyer possède une certaine tendresse
et l’on retrouve ici à un degré quand
même mineur la patte du grand Nick.
L’interprétation n’est pas non plus à
la hauteur : nous avons connu Robert Ryan et John Wayne
beaucoup plus inspirés et seul Jay C.Flippen arrive
à nous faire décrocher des sourires. Un film
totalement terne sombrant la plupart du temps dans la médiocrité.
Pas même réussi en tant que simple divertissement,
l’ennui nous gagne assez rapidement.
Amateurs de ce poète romantique
et lyrique de l’image, abstenez-vous afin de ne pas
risquer de subir une cruelle désillusion.