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Réalisé par Robert Enrico
Avec Bourvil, Lino Ventura, Marie Dubois,
Jean-Claude Rolland
Scénario et dialogues : José
Giovanni, d’après son livre Le Haut-fer
Musique : François de Roubaix
Directeur de la Photographie : Jean
Boffety
Opening
France – 124 mn - 1965
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Opening
124 mn
Zone 2 – Import Belge
Format cinéma : 2.35:1
Format vidéo : 2.35 :1 respecté
Langue : Français en mono d’origine
Pas de sous-titres
Chapitrage et menus animés |


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Chroniqués
par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour
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A
la mort de son père, Hector Valentin revient
d’Amérique pour hériter d’une scierie
dans les Vosges. Il exploite avec les pires difficultés
sa petite entreprise condamnée à la ruine par
la concurrence acharnée de Therraz, l’homme fort
de la vallée. Deux hommes sortant de prison vont chercher
à gagner les faveurs d’Hector et à travailler
dans la scierie. Hector croit en leur amitié et les
deux ex-truands vont l’aider à survivre. Ils
suggèrent pour cela l’idée d’employer
de la main d’oeuvre pour le moins bizarre : dix libérés
conditionnels… |
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Les
Grandes Gueules est l’archétype
même du petit film français sans prétention,
trop méconnu du grand public et qui bat pourtant
des records d’audience lors de chacune de ses nombreuses
diffusions télévisées. Il y a une légende
qui dit que la France ne sait pas faire des films d’action
et encore moins des westerns. Or, ici c’est bien une
fable de l’Ouest que le réalisateur Robert
Enrico et le scénariste et romancier José
Giovanni nous livrent. Et d’un grand cru. Remplacez
Monument Valley par le monde des scieries des Vosges avec
le méchant qui contrôle toute la région.
Dans les westerns traditionnels, c’est du bétail,
ici c’est du bois et des parcelles de forêts.
Mais voilà qu’arrivent les héros solitaires.
Ce sont des ex-détenus. Ils vont aider les petits,
les oppressés, mais auront aussi leurs intérêts
personels. Il y a d’autres dizaines de références
au genre tout le long du film (le chapeau de Bourvil, sa
carabine, les poses magnifiées de Ventura, la cigarette
à la main et le regard fatigué, le train …).
Mais ce qui aurait pu être une simple
série d’hommages, mais surtout de reproduction
de la recette du western, se révèle vraiment
réjouissant et jubilatoire, et ce pour plusieurs
raisons. Tout d’abord, grâce aux acteurs, premiers
comme seconds rôles. Bourvil qui joue ici le rôle
d’Hector, en artisan dominé par la situation
mais déterminé, est véritablement émouvant
du début à la fin et atteint son paroxysme
dans la scène finale du film aux côtés
de Lino Ventura. Et pourtant, ce film a été
réalisé un an après le Corniaud
(1964) et un an avant la Grande Vadrouille
(1966) de Gérard Oury. Le spectateur voit alors encore
plus le génie de l’acteur, parfaitement crédible
en petit entrepreneur qui rêve de pouvoir vivre librement.
Ensuite, l’affiche est partagée avec Lino Ventura,
qui s’avère comme toujours très bon
: ce couple unique qu’il forme avec Bourvil (ils ne
joueront plus jamais ensemble par la suite) fonctionne vraiment
bien. Lino Ventura se transforme ici en personnage trouble
et ammoral dont le spectateur apprend qu’il joue un
double jeu. Il agit pour lui-même et non par amitié.
Rien n’est gratuit, mais les masques tomberont et
ses motivations évolueront à la fin du film.
Marie Dubois apporte sa touche de féminité
à l’œuvre, et même si elle est peu
présente sur l’écran, elle tient une
place décisive dans le cercle des personnages et
les directions qu’ils prendront par la suite. Le film
accumule une pléiade de figures familières
des amateurs de cinéma français de cette époque
qu’il est toujours agréable de retrouver :
Jean-Claude Rolland, Michel Constantin (le Trou
de Jacques Becker), Jess Hahn (Cartouche de Philippe
de Broca), et d’autres comédiens que nous connaissons
sans que, pour beaucoup, il soit possible de les nommer.
Seconde raison de la réussite du
film : José Giovanni. Cet ancien condamné
à mort finalement grâcié possède
un réel don pour raconter les histoires et pour nous
plonger dans un univers pessimiste mais réaliste.
Plusieurs de ses romans ont été adaptés,
notamment le Trou (Becker), le Deuxième
Souffle (Melville), Classe tout Risque (Sautet)
et Deux Hommes dans la Ville (Giovanni). Ici, c’est
son roman le Haut-fer qui est porté à l’écran
par Robert Enrico.
Il nous raconte donc ce combat titanesque de David contre
Goliath, du patron de petite entreprise contre de gros exploitants.
Mais en parallèle à cette bataille, l’auteur
traite de la morale et de la vengeance, de l’importance
des traditions et des valeurs de ces artisans, mais aussi
des préjugés sur les anciens détenus
et de l’amitié.
Pourtant, malgré la volonté
du spectateur, il n’y aura pas de happy end. Ce film
se devait de finir tragiquement, et donc de façon
très réaliste. L’incendie à la
fin du film indique que le personnage de Bourvil, malgré
tous ses efforts, a perdu. David s’est fait battre
par Goliath, car finalement c’est toujours le plus
faible qui meurt. Et lorsque le mot fin apparaît à
l’écran, le spectateur a encore en tête
toutes les épreuves que cette scierie a vécues
: les sabotages, les moqueries, les soulèvements,
les tentatives d’évasion et les machinations
de vengeance ne sont rien comparativement à cette
image des ‘mercenaires’, tous ensemble sur le
wagonnet, tentant de vivre honnètement leur réinsertion
en chantant et riant. Une image fraternelle qui n’a
pas vieilli.
En dehors de ces moments, l’auteur
sait nous faire sourire, grincer et compâtir grâce
à des dialogues qui, sans non plus être du
Audiard restent très agréables, mais aussi
grâce à une histoire réaliste dans laquelle
le niveau de chaque scène est à peu près
égal tout du long.
La musique (élément essentiel
du …western) donne véritablement toute son
identité au métrage et adhère parfaitement
bien à cet univers de bois qui sent bon la sciure.
Encore une fois, il ne faut pas s’attendre à
du Ennio Morricone. Pourtant, les quelques notes de François
de Roubaix déclinées sur plusieurs rythmes
vous resteront un bon bout de temps en tête.
Les choix de Robert Enrico, alors
jeune réalisateur (il n’a que deux films à
son palmarès : La Belle vie et la Rivière
du Hibou), s’avèrent souvent justes et
remplis de références westerniennes, qui font
mouche ; c’est un film de genre, sans prétention,
mais qui touche par sa sincérité et sa cohérence
réaliste. De plus, l’univers des scieries des
Vosges n’a pas vieilli et il est très agréable
d’inviter toute cette bande – Giovanni, Enrico,
Ventura, Bourvil et les autres – dans son lecteur
DVD pour se plonger (et se replonger) dans cette petite
scierie en difficulté mais malgré tout optimiste.
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Le DVD est, comme le film, une petite édition, avec
ses bonnes et ses mauvaises surprises.
Tout d’abord l’image : elle est au format original,
en 16/9 - 2.35, ce qui accentue l’ambiance westernienne.
C’est plutôt une bonne nouvelle, quand on sait
que les diffusions télévisées sont
presques toutes recadrées en Pan & Scan (odieux
procédé qui consiste à couper purement
et simplement l’image sur ses bords afin de la faire
contenir dans une surface réduite de moitié).
Par contre, la qualité technique de la copie laisse
un peu à désirer. En effet, le master est
terne, et un léger voile couvre l’écran
durant toute la durée du film. Les couleurs sont
délavées, mais cela donne un aspect un peu
plus crasseux et sale qui correspond à l’esprit
du film, et qui est vite oublié par le spectateur.
L’étalonnage semble avoir été
oublié, et ne vous étonnez pas si votre image
change légèrement de teinte d’une scène
à l’autre. Mais comparé à la
VHS en 4/3 pleine de publicité et usée par
les rembobinages et lectures multiples, il ne faut pas hésiter
…
Le son est en mono d’origine
qui se révèle propre et audible. Mais ne
vous attendez pas à du DTS ou du THX. De toute
façon, ça n’aurait pas été
dans l’esprit du film.
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En
supplément, quelques filmographies
et photos de tournage viennent agrémenter
le tout. Mais le meilleur bonus est l’entretien
de près de 20 minutes, enregistré en 2000
spécialement par Opening, et qui se révèle
véritablement passionnant. On découvre alors
que le scénariste-écrivain-réalisateur
raconte les anecdotes et la genèse des Grandes
Gueules comme dans son film, avec humilité,
nostalgie et authenticité. Il faut signaler que les
bonus ne sont pas indiqués sur la jaquette qui n’est
pas franchement étincelante. On aurait préféré
la sobriété d’une affiche originale,
mais c’est vraiment pour chercher des choses à
redire. De plus, il est dommage que l’éditeur
n’ait pas inséré la bande-annonce d’époque.
Cela aurait pu donner une idée de la manière
dont le film a été présenté
au public (film d’action, western, drame, etc. ?).
Ps1 : Le DVD, comme tout DVDY, est à
vendre sur Cdiscount à prix cassé. Vous
pouvez le trouver en effet à moins de 5 euros si
vous achetez un autre DVD. Et à ce prix-là,
c’est une véritable affaire !
Ps2 : Si l’univers de José
Giovanni vous intéresse, son autobiographie sortie
en 2002 sous le titre ‘Mes Grandes Gueules’
est à l’image de l’homme et de ses
œuvres : simple mais extraordinaire et passionnante.
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