Réalisé par Alexander Mackendrick
Avec Tony Curtis, Burt Lancaster, Susan Harrison, Marty Milner, Sam Levene
Scénario Clifford Odets et Ernest Lehman d’après le roman de ce dernier
Musique Elmer Bernstein, Chico Hamilton quartet
Photographie James Wong Howe
Production Norma-Curtleigh Productions (Hecht, Hill, Lancaster)
MGM - 93’ - 1957


DVD MGM
Durée 93 minutes
Zone 2
Format film 1.66 :1
Format TV 16/9 compatible 4/3
Langues anglais, allemand, français, italien, espagnol
Sous-titres français, italien, espagnol, hollandais, suedois, norvegien, danois, anglais, allemand
Chapitrages et Menus fixes


Article sur Imdb.com


Votre avis nous intéresse

Chroniqués par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour

 

 




New York. Minable agent publicitaire de Broadway, Sidney Falco sert d’informateur au tout puissant éditorialiste d’un journal, J.J Hunsecker, qu’il hait et envie à la fois. Celui-ci le charge d’une basse besogne : briser par un scandale l’idylle nouée entre sa propre sœur Susan et un jeune guitariste, Steve Dallas. Apres un premier échec, Falco parvient à ses fins, moyennant chantage….

Le Grand Chantage est une peinture acide et sans complaisance du journalisme mondain et du show business, une plongée nocturne et impitoyable en plein cœur de Broadway ou des personnages errent et se débattent comme dans un cauchemar. Martin Scorsese dit, à propos de ce film, "Sweet smell of success est un film clé, le premier qui ait atteint la brutalité émotionnelle du monde du show business. Le type d’acidité qu’on devine dans les relations de Lancaster et Curtis existe toujours, même si, aujourd’hui, les choses sont un peu plus policées".

Le personnage principal du film, J.J Hunsecker, est un échotier dépourvu de moralité, arrogant et sarcastique, qui se sert de tout le monde, aussi bien les attachés de presse que les artistes ou hommes politiques. C’est un personnage qui a besoin de détruire pour affirmer sa puissance. L’amour qu’il porte à sa jeune sœur est entaché d’une passion malsaine et quasi-incestueuse qui tourne à l’obsession. Il fera tout pour briser le jeune musicien dont elle est amoureuse. Face à lui, Sidney Falco est un petit publiciste sans scrupules, hypocrite et cynique, obnubilé par la réussite sociale.

Le Grand chantage est un authentique film noir, notamment à travers le personnage de Falco, chez qui on retrouve des similitudes avec le personnage de Harry Fabian (Richard Widmark) dans Les Forbans de la nuit de Jules Dassin. C’est leur ambition démesurée qui en fait des personnages noirs : ce sont des êtres manipulés mais qui ne s’en rendent pas compte, aveuglés par l’importance qu’ils se donnent. A trop vouloir s’élever au niveau de Hunsecker, Falco, comme Fabian, finira par être passé à tabac par un policier corrompu, sorte de brute épaisse. Quant à Hunsecker, s’il ne perd pas son statut à la fin du film, il sera puni d’une autre façon par sa sœur qui se libérera du joug fraternel.

Dans le rôle de Falco, Tony Curtis livre sans doute la plus belle composition de sa carrière, avec celle de L’étrangleur de Boston de Richard Fleischer, loin de ses rôles de séducteurs. Face à lui, Burt Lancaster casse aussi une image qui lui colle à la peau, celle d’un acteur physique spécialisé dans les films d’aventures et les westerns. Il donne beaucoup de prestance à son personnage. Il confirmera, trois ans plus tard, son indéniable talent d’acteur en recevant l’oscar pour Elmer Gantry de Richard Brooks.

Sinon, comment ne pas parler du film sans évoquer la superbe photographie de James Wong Howe, un des plus grands chefs opérateur d’Hollywood, qui crée un univers claustrophobe et nocturne, renforçant le côté noir du film (les scènes de jour sont assez rares). On a l’impression d’être dans un immense piège à rats dans lequel les protagonistes se débattent tant bien que mal pour exister. L’essentiel du film se passe dans des lieux clos mais vivants : boites de nuits, clubs...On trouve très peu de scènes d’extérieurs, celles-ci étant d’ailleurs tournées en décors réels.

Le scénario d’Ernest Lehmann et de Clifford Odets est admirable. Ce dernier signe des dialogues impitoyables, amers et ironiques sur le monde du spectacle qui sont un régal pour l’ouïe, notamment les affrontements verbaux entre Hunsecker et Falco : "I’d hate to take a bit out of you.You’re a cookie full of arsenic". D’ailleurs, ils sont pour beaucoup dans la réussite du film. La musique jazzy est omniprésente et contribue à donner une atmosphère particulière au film.

Alexander Mackendrick signe là son chef d’œuvre. Sa carrière a été assez courte finalement : une douzaine de films pas plus parmi lesquels l’admirable Cyclone à la Jamaïque et quelques classiques de la comédie British comme Tueurs de dames, Whisky à gogo et l’Homme au complet blanc.

Le Grand chantage est reconnu aujourd’hui comme une des meilleures productions de la ‘triplette’ Lancaster-Hill-Hecht mais fut en son temps un bide commercial. D’après Burt Lancaster, ce film était même le plus grand fiasco que sa société de production ait jamais produit. Néanmoins il l’aimait beaucoup. Le trio de producteurs décida par la suite de se tourner vers des oeuvres plus rentables financièrement et le film suivant sera un grand succès au box-office : L’Odyssée du sous-marin Nerka de Robert Wise.

Image : Le film est proposé dans une copie assez propre malgré une image parfois granuleuse et une infime ligne blanche verticale à certains moments (on la voit à peine, ce n’est pas du tout gênant). Du point de vue du contraste, on peut regretter que l’image soit parfois trop sombre mais dans l’ensemble, elle rend justice au formidable travail du chef opérateur James Wong Howe. La compression est plus que correcte, pas de souci de ce côté là. On peut également déplorer que les sous-titres soient proposés dans un bandeau noir. A noter que le format est respecté.

Son : Le film est proposé avec sa version mono d’origine. Très peu de souffle, les dialogues sont parfaitement rendus, et vu que ces derniers font la force du film, on ne peut être que satisfait. Le DVD rend également justice à l’ambiance sonore et musicale du film, élément essentiel car celui-ci baigne dans une ambiance jazzy très agréable.



Une simple bande-annonce du film à se mettre sous la dent, les bonus n’étant pas le point fort de l’éditeur.

Il faut absolument découvrir ce film méconnu ne serait-ce que pour l’interprétation magistrale de Tony Curtis et Burt Lancaster ainsi que pour les superbes dialogues de Clifford Odets. Le support DVD lui rend justice et c’est tant mieux.

Un film chroniqué par Altar Keane