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Jack
Carter, tueur à la solde du gang Fletcher de Londres, revient dans
sa ville natale de Newcastle pour l'enterrement de son frère Frank.
Carter soupçonne très vite que cet homme sans histoire a
été assassiné. Glenda et Doreen, la maîtresse
et la fille de Frank, de vieilles connaissances de Carter, ou Cyril Kinnear,
le chef de la pègre locale, ont aussi leurs idées sur la
question. |
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Dernière
tournée
Tout comme The
Wicker Man, La loi du Milieu (Get
Carter) est un de ces films dits cultes qui semblent être
avant tout parlants pour une génération donnée dans
un pays donné : un film respirant l'Angleterre à chaque
moment, une "anglicité" - ici populaire et sordide -
inimitable. Passé un peu inaperçu à sa sortie en
1971, La loi du Milieu est devenu trésor national
britannique au milieu des années 90 (en particulier pour les lecteurs
de magazines masculins ou le cinéaste Guy Ritchie), en pleine vague
de nostalgie rétro pour les années 70. Dépositaire
d'une "Cool Britannia" certes un peu exotique de ce côté
de la Manche, La loi du Milieu n'en demeure pas moins
un excellent polar. Michael Caine, roc en costume trois pièces,
prenant d'assaut un Newcastle désolé, passé au prisme
réaliste de Mike Hodges, le final sur la plage abandonnée,
le thème musical de Roy Budd (repris par le magazine télévisé
Campus), ou Britt Ekland donnant une définition particulière
du terme call girl, sont autant d'éléments mémorables.Pour son premier film de fiction, le documentariste Mike Hodges adapte un livre de Ted Lewis, Jack's Return Home, roman noir qui aurait reposé dans une pinte de bitter et où le réalisme provincial d'une petite ville anglaise est l'antichambre d'un monde de ténèbres. La loi du Milieu est produit par Michael Klinger (producteur entre autre de Répulsion et Cul-de-sac de Polanski) et la MGM qui impose Michael Caine dans le premier rôle. Hodges est d'abord surpris du choix, estimant qu'une star n'accepterait jamais d'interpréter un personnage aussi antipathique que Carter (sa formation documentaire le faisait initialement envisager un casting d'inconnus). Caine explique sa participation en invoquant les résonances personnelles (les origines modestes communes de Carter et Caine) que suscita pour lui Carter, le "fantôme de Michael Caine" selon ses termes, double distordu de lui-même s'il avait mal tourné pendant son adolescence. Tout comme ses cousins américains cinématographiques policiers, pessimistes/permissifs de l'époque, le film de Hodges est imprégné de son temps, des gros titres des journaux alors que l'insouciant Swinging London tourne au lendemain qui déchante. Adieu Beatles et bienvenue Conservateurs. La Grande-Bretagne découvre l'IRA, les agressions racistes et homophobes, les attaques de banque en série et, en 1970, le premier kidnapping avec rançon. Dans son scénario, Hodges capte plus précisément - à travers le parking-restaurant désert de Brumby, le roi des machines à sous de Newcastle - la décomposition urbaine du Nord de l'Angleterre (sur fond d'urbanisme anarchique et de corruption d'élus locaux), le nouveau crime organisé anglais (Les Tueurs de dame n'ont plus rien à envier à la Mafia, et le film dissipe très vite l'image de légèreté des truands anglais) et le trafic de films pornographiques alors en essor. Autant de composantes d'un climat sordide qui fait la valeur du film. Hodges fait remarquer: "le film ne traite pas seulement de Carter, mais observe aussi les structures sociales et le pays déshérité dont il est issu." Hodges
transpose l'action du roman du Yorkshire à Newcastle, lieu encore
plus cinégénique et "drame visuel" selon
lui. Britt Ekland (argument de charme imposé par la MGM, dans le
rôle de la maîtresse de Carter), Ian Hendry (Répulsion
et la première saison de Chapeau Melon et Bottes de cuir)
et le dramaturge John Osborne rejoignent Caine au casting. Les efforts
de diplomatie déployés par l'équipe londonienne de
tournage pour ne pas froisser les habitants (d'autant que Newcastle est
dépeinte comme une ville peu joyeuse dans le film) ont valeur sociologique
: la capitale contre la province, le nord de l'Angleterre contre le Sud,
les Londoniens dans le vent contre les "Geordies" dans les mines
(nom familier qu'utilisent les habitants du nord pour se désigner).
Michael Caine, selon sa biographe Ellen Gallagher, aurait affirmé:
"j'ai toujours convoyé une image ouvrière, mais
à Newcastle, je me suis rendu compte que j'étais davantage
‘classe moyenne’". Hodges s'applique pendant le
tournage à trouver le moindre détail faisant couleur grise
locale et emploie les habitants comme figurants, qu'il veut les plus felliniens
possibles.
Ouragan sur le Caine |
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![]() Image : le grain un peu trop prononcé pendant la séquence prégénérique effraye d'abord mais la qualité de la copie est ensuite constante, en dépit de quelques griffures et tâches ça et là. Disons-le : on n'espère pas d'un film aussi déprimant dans la couleur du papier peint une définition absolue. L'image est certes un peu pâle (en particulier dans les extérieurs jour) mais convient tout à fait au parti pris documentaire de Hodges. Comme le fait remarquer l'acteur du film Bryan Mosley (Brumby): "le soleil ne brille jamais dans La Loi du Milieu". Son : pistes mono disponibles en anglais, français et italien et pléthore de sous-titres. Dialogues et musique y sont un peu étouffés. La piste anglaise est bien sûr indispensable pour confronter l'accent londonien de Carter et celui de Newcastle. La partition de Roy Budd étant devenu un semi-classique, Warner a la bonne idée d'offrir une piste claire avec la BO isolée, où guitares funky-cockney, et surtout le thème principal presque orientalisant, hanté par un clavecin et une lourde basse, font merveille. |
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Commentaire
audio de Mike Hodges, Wolfgang Suschitzky (directeur de la photographie)
et Michael Caine : interventions enregistrées séparément
mais idéalement informatives, du moins pour les anglophones car
non sous-titrées (c'est un disque Warner). Hodges est prolixe quant
à ses intentions (le sens de la fatalité, "la haine
de Carter [qui] est essentiellement une haine de soi") et ses
souvenirs de tournage ; le commentaire de Suschitzky est avant tout technique
(rapportant comment son expérience documentaire et celle de Hodges
ont été utiles pour travailler dans des endroits exigus
et y dissimuler les lampes) ; Caine y va de sa petite leçon d'acteur,
([dans le film] "tout tient au regard des acteurs").Bandes-annonces : elles sont au nombre de trois. Une bande-annonce classique en exercice sympathique de déification ("Michael Caine EST Carter"), en disant bien sûr beaucoup trop long. Suit une BA pour la première du film à Newcastle, compromis entre promotion et diplomatie où Caine remercie la population. Enfin, la "bande-annonce musicale" montre brièvement le musicien Roy Budd jouer le thème musical du film, tout en regardant le générique. Anecdotique au-delà du plaisir musical, d'autant qu'on ignore en quelle occasion (une émission TV) cela fut tourné. Comme d'habitude chez Warner, des notes de production du film. |
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