Réalisation : Billy Wilder (1960)
Scénario : Billy Wilder et IAL Diamond
Directeur de la photographie : Joseph Lashelle
Musique : Adolph Deutsch
Studio : MGM
Durée : 120 minutes
Distribution : Jack Lemmon, Shirley MacLaine, Fred MacMurray, Ray Walston, David Lewis, Jack Kruschen, Joan Shawlee, Edie Adams …



Zone 2
Editeur : MGM
Format 2.35, 16/9 compatible 4/3
Langues : anglais (mono), français (mono), allemand (mono), espagnol (mono), italien (mono)
Sous-titres : Anglais, Français, Espagnol, Italien, Allemand, Hollandais, Danois, Suédois, Norvégien


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Sunset Boulevard (Z1)

 

 



C.C. BAXTER est employé dans une société d’assurance new-yorkaise. Célibataire, il n’hésite pas à prêter son appartement à ses supérieurs en quête de relations extra-conjugales. En échange de ce service, le jeune Baxter se voit offrir un nouveau poste dans la société. Tout semble se dérouler à merveille jusqu’à ce que le chef du personnel s’encanaille de la jeune liftière dont CC est secrètement amoureux …


Après avoir réalisé
Some like it hot dont le scénario fût co-écrit avec IAL Diamond, Billy Wilder cherche un sujet qui lui permettrait de réitérer cette association qui manqua de peu l’Oscar en 1959. Depuis quelques années il traîne une idée que lui inspira Brève rencontre de David Lean. Il le raconte en ces termes : "Un homme marié avait une liaison avec une femme mariée et cet homme utilisait l'appartement d'un copain pour ses débats amoureux. Je m'étais toujours demandé ce qui se serait passé si l'ami en question avait pénétré dans la chambre juste après le départ des deux amants. Je sentais là un personnage original et intéressant et j'avais pris quelques notes à ce sujet."

Manifestement ces quelques notes aboutirent à un travail inspiré puisque la récompense manquée l’année précédente par le duo Wilder/Diamond s’offrit enfin à eux. Ce scénario où tous les mécanismes de la dramaturgie sont exploités avec talent est d’une habileté sans faille. Le spectateur passe ainsi du rire aux larmes en un clin d’oeil et vit chaque obstacle du protagoniste avec émotions. Les scènes s’enchaînent avec fluidité et les effets dramatiques sont savamment calculés. A titre d’exemple, la scène où CC Baxter découvre le miroir cassé de Fran est pleine d’intensité… Wilder s’affranchit de dialogue, il lui suffit d’un objet et d’un regard pour exprimer toute la peine du pauvre Lemmon !

La richesse du scénario vient également d’une caractérisation forte des personnages. En premier lieu CC Baxter est un "monsieur tout le monde" auquel le spectateur peut facilement s’identifier. Mêlant humour, lâcheté et tendresse il est cet employé qui veut réussir par tous les moyens. Les aventures auxquelles il est ensuite mêlé et ses confrontations avec ses voisins (les Dreyfuss), le poussent à redéfinir ses objectifs. A partir du troisième acte, on assiste alors à la genèse d’un être humain, remettant en cause le système pour un amour auquel il croit enfin. Aux yeux du docteur Dreyfuss, CC Baxter devient enfin un "Mensch" (autrement dit "un être humain") et le public est comblé ! A ses côtés Fran représente une féminité fragile et douce. Manipulée tout au long du récit par un mâle dominant et cynique, elle finira par ouvrir les yeux et découvrir le vrai sens du mot "Amour" … A côté de ce duo, Sheldrake et la clique des patrons donnent une image décadente et machiste du cadre dirigeant. Ici la critique de Wilder est satyrique. A travers ces personnages, il fustige le mâle américain, et d’une certaine façon s’attaque directement à l’ "american dream".

Pour interpréter CC Baxter, Wilder fait à nouveau confiance à Jack Lemmon et lui offre son plus beau rôle. C’est avec un talent immense qu’il habite chaque face de son personnage. Cette seconde collaboration avec Billy Wilder donnera ensuite naissance à quatre autres films dans lesquels il continuera de briller. A ses côtés, Shirley McLaine interprète Fran. Elle passe de la joie à la plus cruelle des désillusions avec une facilité déconcertante. Et c’est tout en finesse qu’elle exprime la fragilité de son personnage. Pour faire face à deux comédiens d’une telle sensibilité, Wilder choisit Fred Mac Murray pour incarner l’ignoble Sheldrake. Ce dernier hésite longtemps avant d’accepter le rôle. Lorsque le scénario s’offre à lui il travaille alors pour Disney, dont il vante les parcs d’attractions dans des spots publicitaires. Le rôle cynique qui lui est alors proposé risque de nuire à son image. Mais finalement, il ne peut résister à la tentation de travailler avec Wilder. Il s’empare du rôle et campe un Sheldrake manipulateur et sans scrupule.

Enfin, on ne peut parler des talents réunis autour de ce film sans évoquer le travail du décorateur français Alexandre Trauner ! Après avoir oeuvré aux côtés de Marcel Carné dans Les enfants du paradis, il rejoint l’équipe de La garçonnière pour monter des décors qui seront récompensés par un Oscar. A l’image des rues New-Yorkaises qui ouvrent le film, la compagnie d’assurance qu’il imagine est un immense espace où les hommes se concentrent sans pouvoir se parler. En dehors de ce lieu, l’appartement de CC est une cellule exprimant la solitude. Un petit canapé face au poste de télévision, un réfrigérateur rempli de pizzas et une absence de touche féminine donnent autant d’éléments sur la personnalité du héros…

En 1993 lors d’une interview accordée au Nouvel observateur, François Forestier demande à Billy Wilder quels sont ses films préférés. Celui-ci répond "Le Gouffre aux chimères, avec Kirk Douglas, en 1951. Et La Garçonnière, avec Jack Lemmon". Parmi trente films qui sont pour la plupart des chefs d’œuvre, La garçonnière occupe une place à part. A mi-chemin entre ses comédies pures (Certains l'aiment chaud , Sept ans de réflexion…) et ses drames plus cyniques (Boulevard du crépuscule, Assurance sur la mort), cette comédie satyrique mêle les genres avec talent et offre au spectateur une œuvre totale, dont l’excellence fût récompensée par cinq Oscars dont celui du meilleur film


Image
: Le DVD édité par MGM propose un format respecté 2.35. Le noir et blanc est très élégant et même si on remarque parfois une mauvaise gestion des contrastes, provoquant de légers effets de surbrillance, on ne peut qu’être satisfait. Côté master, la copie est bonne et ce n’est pas les très rares tâches qui viendront gâcher la vision du film.

Son : La piste originale en mono est très correcte. Aucun souffle ne vient parasiter des dialogues et une bande son qui se détachent avec clarté.





Encore une fois MGM offre le régime minimum. Une bande annonce au format 16/9 et des menus fixes qui rendent cette édition un peu triste…


Un film chroniqué par George Kaplan