Réalisateur : Mario Bava
Scénario : Mario Bava, Enzo Corbucci, Ennio De Concini, Eliana De Sabata, Mino Guerrini, Franco Prosperi
Photographie : Mario Bava
Musique : Robert Nicolosi, Adriano Celentano (la chanson "Furore")
Studio : Une production Galatea / Coronet
Durée : 86 mn
Distribution : Leticia Roman, John Saxon, Valentina Cortese, Titti Tomaino


86 mns / NB
Zone All
DVD9
Format 1.66 4/3
Langues : Italien / Français
Sous-titres : Français / Anglais
Mono
Chapitrage et menus fixes


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Chroniqués par DvdClassik :
Le corps et le fouet (Z2)

 

 



Nora Davis, jeune américaine, se rend à Rome visiter une amie de sa famille. Elle fait la connaissance dans l’avion d’un homme qui sera arrêté à l’aéroport pour trafic de stupéfiants. Le soir de son arrivée et malgré l’avis rassurant du Docteur Bassi qu’elle a croisé dans l’appartement, la femme qui l’héberge décède sous ses yeux. Prise de panique Nora s’enfuit dans les rues et est victime d’une agression. A peine a-t-elle eu le temps de reprendre ses esprits qu’elle est témoin du meurtre d’une femme avant de sombrer à nouveau inconsciente.

Personne ne voudra croire Nora. N’a-t-elle pas subit un choc psychologique lors de son agression ? En tant que grande amatrice de romans policiers n’est-elle pas victime de ses mauvaises lectures ? Nora mènera sa propre enquête avec l’aide du Docteur Marcello Bassi qui en plus de lui servir d’assistant et de guide lui fera une cour effrénée


Financé en partie
par les capitaux américains de Samuel Z.Arkoff, le film était à l’origine destiné à n’être qu’une comédie policière de plus. Le scénario après être passé entre plusieurs mains atterrit dans celles de Mario Bava qui le modifia et lui donna sa forme définitive. La fille qui en savait trop devint le film fondateur d’un genre qui allait connaître de nombreuses illustrations dans les années 60 et 70 en Italie : le giallo.


Giallo signifie jaune en italien, couleur de la couverture de ce qui était, à cette époque, l’équivalent en Italie de notre série noire. Bava, féru de cette littérature, en projeta ses bases sur pellicule et donna au genre son chef-d’œuvre : Six femmes pour l’assassin en 1964. Les meurtres à l’arme blanche, la ritualisation des crimes et toute une imagerie propre au genre (l’imperméable noir de Nora) se retrouvent à l’écran. En considérant ces éléments aujourd’hui on ne peut que comprendre l’intérêt que Bava pouvait y porter tant cet univers semble proche de celui qui est le sien dans Le masque du démon ou Le corps et le fouet. Erotisme et fascination pour le macabre s’y mêlent déjà subtilement dans une vision gothique et légèrement perverse. Le trauma originel, le fétichisme musical, le souvenir à réinterpréter se retrouveront également dans ce qui est considéré aujourd’hui par beaucoup comme le chef-d’œuvre de Dario Argento : Profondo Rosso en 1975.

Dans La fille qui en savait trop, Bava, à travers le personnage de Nora, règle gentiment ses comptes avec le concept de "mauvais genre", lui qui, en tant qu’artisan boulimique de travail, les a à peu près tous pratiqués de la science-fiction au péplum en passant par le film de vampires ou le western.

Bava tourna la version que souhaitaient les américains et parallèlement à celle-ci des séquences qui ne furent utilisées que dans la version italienne du film. La version américaine sortie sous le nom de "The evil eye" inclue des séquences supplémentaires de comédie (la romance entre Nora et le Docteur Bassi y est plus présente) et supprime notamment les allusions aux produits stupéfiants ainsi que la voix-off qui accompagne le récit. Autre séquence absente de la version italienne : celle où Nora se déshabillant se sent observée par un portrait accroché au mur qu’elle finit par recouvrir d’un écharpe, portrait qui n’est autre que celui de Mario Bava ! La musique de Robert Nicolosi fut également remplacée par un score de Les Baxter.

La jeune et jolie Leticia roman tient parfaitement son rôle d’ingénue et ses grands yeux effrayés (remember Barbara Steele) captent toute notre attention. En tant que vedette du film, elle eut le choix de son partenaire et recommanda son ami John Saxon (que l'on retrouvera notamment en 1982 dans Ténèbres de Argento). On sait aujourd’hui que la communication fut difficile entre lui et Mario Bava, et Saxon semble traverser le film comme un zombie, absent et particulièrement peu expressif…

Si les moments de comédie du film peuvent prêter à sourire par leur manque évident de subtilité, ils instaurent néanmoins un intéressant climat de sous-tension sexuelle, et toujours sous un angle pariculier, témoin cette étonnante séquence de plage où la démarche de John Saxon, bien décidé à prendre les devants après avoir été maintes fois tenu à distance par Nora, est assimilée à celle d’un assassin.

Du film on retiendra surtout l’admirable mise en scène de Mario Bava et son traitement photographique. Le génie de Bava explose dans ses cadres et ses éclairages tranchés. L’inquiétante obscurité de la nuit nous plonge dans l’angoisse et s’oppose aux rassurantes ballades dans une Rome inondée de soleil. Mario Bava par le traitement baroque qu’il applique aux événements tragiques vécus par Nora prolonge notre impression de cauchemar et maintient jusqu’au bout l’ambiguïté sur la réalité des faits, impression renforcée par la "pirouette" finale.

Mario Bava, en plus d’être un chef opérateur de génie s’affirme définitivement avec La fille qui en savait trop comme un metteur en scène de grand talent et s'il est aujourd'hui reconnu on ne peut que regretter qu’il ne lui ait jamais été confié de projet plus ambitieux.

C’est Films Sans Frontières qui édite le film dans sa collection Auteurs regroupant également Le masque du démon et La maison de l’exorcisme du même Mario Bava.

Image : Si la copie du film est incontestablement marquée par le temps, elle s’avère superbement contrastée et nous restitue à merveille l’excellent travail photographique de Mario Bava. La compression du DVD est quasiment irréprochable contrairement à la définition, qui, si elle s’avère globalement satisfaisante, laisse apparaître quelques zones de flou sur certains contours.

Son : S’il est difficile dans le cas présent de parler de "version originale" puisque comme pour la plupart des films italiens de cette époque celui-ci est doublé, c’est néanmoins la version italienne qu’il faudra privilégier pour sa plus grande richesse en termes d’ambiances. La version française s’avérant tout de même très satisfaisante techniquement et plutôt bien doublée, on pardonnera donc pour une fois au spectateur le choix de la V.F.



Bonus
: On aurait aimé découvrir les séquences de la version américaine, il faudra se contenter du service minimum. Le menu de la page suppléments propose deux entrées : Biographie et Fiche historique qui renvoient au même texte déroulant qui s’avère par ailleurs enrichissant et fort bien documenté. C’est peu : néanmoins devant la qualité globale de l’édition on ne fera pas la fine bouche.


L’édition américaine sortie chez Image Entertainment ne propose pas elle non plus la version "Evil eye" et il est probable qu’il faille attendre encore quelques temps pour pouvoir comparer les deux films sur un même DVD.


Un film chroniqué par Harry Dawes