
Réalisé
par Jacques Becker
Avec Raymond Rouleau, Micheline Presle,
Jean Chevrier, Gabrielle Dorziat, Françoise Lugagne, Jeanne
Fusier-Gir, Jane Marken
Scénario de Maurice Aubergé,
Jacques Becker et Maurice Griffe
Dialogues de Maurice Aubergé
Musique de Jean-Jacques Grünenwald
Photographie noir et blanc de Nicolas
Hayer
Produit par André H. des Fontaines
France - 106’ - 1945 |

Zone
2
Edité par Studio Canal
Format 4/3 1.33 :1
Langues : Français
Sous-titres : Aucun
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Paris
1944. Enlacé à un mannequin revêtu
d’une robe de mariée, un homme gît, mort,
au pied d’un élégant immeuble de la Rue
Saint-Honoré.
Flash-back : Jeune couturier brillant mais dispersé,
séducteur impénitent, Philippe Clarence est
comme à l’accoutumée en retard pour la
création de sa nouvelle collection. Insatisfait de
la pièce de jersey qu’il doit travailler, il
retrouve son ami Daniel Rousseau, accessoirement fils de son
fournisseur, pour lui faire part de ses récriminations.
A cette occasion, il fait la rencontre de Micheline, une jeune
Rémoise que Daniel doit épouser trois semaines
plus tard. Immédiatement sous le charme, Clarence propose
de lui confectionner sa robe de mariée, et, profitant
du départ de Daniel pour Lyon où sont établies
les soieries familiales, il invite Micheline à dîner
et entreprend de la séduire. La jeune fille ne tarde
pas à succomber...
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Troisième
long-métrage de Becker
(si on met à part L’Or
du Cristobal,
entrepris juste avant le début de la guerre mais
qu’il renonça à terminer), Falbalas
est le premier à échapper totalement au genre
policier, très prisé sous l’occupation.
Ayant fait montre à l’occasion de son précédent
film, l’admirable et accablant Goupi
Mains Rouges,
d’un talent d’entomologiste hors pair au travers
de la description des mœurs d’une certaine France
rurale, il était tout naturel qu’il applique
ce même talent à la description d’un
milieu qu’il connaissait mieux, puisque sa mère
anglaise y avait longtemps évolué, celui de
la haute couture parisienne.
Effectivement, par touches suggestives,
Becker sait admirablement suggérer le quotidien de
ces petites mains qui triment dans l’ombre sous la
férule d’une contremaître égoïste
et dictatoriale sous ses allures pittoresques (Jeanne Fusier-Gir
: "Je n’ose pas aller trouver le patron, je vais
envoyer une arpète... une arpète, ça
ne risque rien !"), comme il sait fustiger les petites
mesquineries et jalousies qui sont le lot de cet univers
professionnel, presque exclusivement féminin. Mais
si, égal à lui-même, Becker sait faire
vivre cette profusion de simples silhouettes avec une singularité
confondante, s’il manifeste un véritable génie
de documentariste dans la description des rites d’une
maison de haute couture, il n’en demeure pas moins
que ce portrait d’un certain milieu de la haute bourgeoisie
parisienne d’alors nous laisse un peu sur notre faim.
Nous aurions aimé un peu plus de verve et un peu
moins d’abstraction dans la peinture de l’époque,
surtout lorsque l’on connaît le talent hors
du commun de Becker à saisir l’air du temps,
comme en attestera son chef-d’œuvre absolu, Rendez-vous
de juillet. Ici, les relations conflictuelles entre
les générations ne sont qu’esquissées
au gré des apparitions en pointillé de la
tante de Micheline (Jane Marken) et le contexte socio-historique
reste délibérément flou. L’intrigue
prend place en 1944 mais on sent Becker constamment bridé
par l’obligation de faire abstraction de toute présence
de l’occupant allemand. Si Goupi Mains Rouges
s’affranchissait sans heurts de ces limites, c’est
parce qu’il s’agissait avant tout d’une
fable, dont l’intemporalité, justement, lui
permettait de fustiger les travers d’une certaine
France séculaire, vivier des "valeurs"
pétainistes. Pour Falbalas, l’absence
de contexte historique pénalise l’acuité
de la description.
Reconnaissons donc que Falbalas
ne convainc pas –pas totalement- dans sa description
de milieu. Il n’en reste pas moins une superbe introspection
des tourments qui entourent la création artistique.
"L’âme de la robe, c’est le corps
de la femme. Une robe sans âme, c’est une robe
qui n’a pas été pensée, créée
pour personne... pour une femme". Par cette confession
exaltée faite à Micheline au soir de leur
première rencontre, Clarence se dévoile totalement.
C’est son inspiration qui se nourrit de la valse de
ses conquêtes féminines plus que quelque appétit
sensuel de monstre égocentrique et insatiable. Ainsi,
lorsque Clarence annote méthodiquement et ouvertement
des dates de début et de fin de ses relations "sentimentales"
ces fiches bristol qu’il associe à chacune
de ses créations, c’est moins par perversité
ou sécheresse de cœur que par asservissement
total au dictât de cette même inspiration. Que
Micheline, finalement assez superficielle et inconsistante,
reste imperméable à cet aveu est déjà
assez révélateur du drame qui va se nouer.
Jusqu’alors, Clarence ne s’était jamais
trouvé contraint, au crépuscule de l’une
de ses liaisons, à reconsidérer la nature
même de ses sentiments. La rupture avec Lucienne,
aussi orageuse soit-elle, s’était accomplie
sans arrière pensée, le couple qu’il
formait avec la fière jeune femme, aussi inapte que
Micheline à appréhender le processus créatif
de son amant, n’étant plus viable depuis longtemps
-d’où d’ailleurs, son incapacité
à mener à bien sa nouvelle collection. Bien
plus clairvoyante, la douce Anne-Marie, incarnée
avec beaucoup de subtilité par la nouvelle venue
Françoise Lugagne, avait quant à elle su taire
les élans de son cœur et se muer avec compassion
en fidèle et dévouée assistante, effacée
sinon résignée, afin de laisser s’exprimer
celui qu’elle aimait d’un amour sans condition.
La séparation avec Micheline, elle,
n’a rien de naturel. C’est le retour de Daniel
et la perspective d’un mariage proche qui la précipitent.
Il est permis de penser que la passion de Clarence pour
Micheline n’est pas en soi très différente
de celle qu’il avait pu éprouver pour ses maîtresses
précédentes. Simplement elle est avortée,
artificiellement, alors que Clarence n’a pas mis la
touche finale à son processus créatif, et
ce même si la rencontre avec la jeune fille lui a
permis de remettre sa collection sur les bons rails. La
touche finale, c’est cette robe de mariée,
qu’il devait lui confectionner, cette robe de mariée
qui est le clou de toute collection et dont les spectateurs
attendent patiemment la présentation avant de célébrer
le génie du créateur, cette robe de mariée
sur laquelle Micheline, après leur séparation,
lui aura refusé tout droit de regard, cette robe
de mariée dont, une dernière fois, il revêtira
symboliquement un mannequin, afin de la rectifier selon
ses désirs et de faire resurgir le fantôme
de la jeune femme, avant, halluciné, de se jeter
par la fenêtre.
D’aucun pourront rétorquer
qu’il s’agit d’une interprétation
très subjective, qu’après tout Clarence
était disposé à tout abandonner pour
retrouver Micheline, ce qui semblerait signifier qu’elle
aurait su révéler chez lui des sentiments
bien réels. Mais même la fidèle Solange
(la grande Gabrielle Dorziat) seule figure du film capable
de lire en Clarence et de le comprendre, n’y croit
pas plus que cela. Lorsque Philippe lui justifie sa décision
de départ par sa volonté de ne pas blesser
d’avantage celle qui n’est encore qu’une
"jeune fille", prête à tout abandonner,
alors que lui "ne laisse rien", elle rétorque
que pour "une jeune fille qui a tout le temps d’avoir
des complications de cœur, il en laisse lui trois cents
en proie aux vertiges d’estomac". Et de fait,
comment adhérer à cette sentence ? Pourquoi
Clarence s’inquiéterait-il du devenir d’une
jeune fille trompée, lui qui négligea sans
remords l’amour sans limite d’Anne-Marie, la
conduisant au suicide ? Si Clarence peut affirmer ne rien
laisser derrière lui, c’est sans doute qu’il
est conscient de ne pouvoir aller de l’avant sans
achever sa création, et qu’illusoirement il
se persuade y parvenir en s’enchaînant davantage
à cette fille.
Quoi qu’il en soit, tout le talent
de Becker réside aussi dans cette faculté
à conserver le mystère en n’insistant
sur rien. Sa mise en scène, élégante,
discrète mais savamment orchestrée au gré
d’un découpage technique minutieux, fait de
lui le plus digne représentant français du
classicisme. Plans sages, tempo régulier et presque
lent, dialogues simples dénués de toute recherche
emphatique ou poétique, contrairement à beaucoup
de films français de l’époque ; il n’y
a rien d’ostentatoire dans Falbalas. Pourtant
la chronique s’empreint peu à peu d’un
tragique latent, plus douloureux que bien des mélodrames
revendiqués. Comme toujours chez Becker, chaque comédien
semble irremplaçable dans son rôle. C’est
notamment le cas de Raymond Rouleau. Cet ancien pensionnaire
du Conservatoire de Bruxelles, très à l’aise
dans la fantaisie (Clarence déjà dans Dernier
Atout ; L’honorable Catherine auprès
d’Edwige Feuillère), s’était rarement
montré à son avantage en jeune premier romantique.
Il était même, avouons le, franchement transparent
dans L’Assassinat du Père Noël
ou Mam’zelle Bonaparte. Il est ici comme
transfiguré et communique au personnage de Philippe
Clarence toute la dimension exaltée et véritablement
hantée qui le rend absolument inoubliable.
Signalons que Becker, huit ans plus
tard, retrouvera l’univers de la mode le temps d’une
comédie merveilleuse de charme et de simplicité,
portée par l’abattage de l’exquise Anne
Vernon, Rue de l’estrapade, prouvant une
fois de plus son talent éclectique, l’un des
plus sûr du cinéma français. Jean Servais
y campait un styliste en définitive assez proche
de Clarence, à ceci près qu’il s’avérait
finalement homosexuel.
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Image : La jaquette annonce que le DVD proposé
est issu d’une copie restaurée et remastérisée
en haute définition. Force est de reconnaître
que l’image est très propre, totalement exempte
d’artefacts de compression. Malgré tout, elle
manque d’un peu de piqué, et évoque
plus le passage intempestif au réducteur de bruit
que le transfert haute définition... L’image
reste néanmoins le point fort de cette édition.
Son : Côté
son, en effet, c’est la catastrophe. Très honnêtement,
cette édition numérique n’est en rien
supérieure à la VHS éditée par
Film Office il y a quelques années. Cette piste monophonique
est empreinte d’un souffle constant, et croyez-m’en,
il ne s’agit pas de quelques petits crachotements.
Sur certaines scènes, les dialogues sont rendus totalement
inintelligibles (ainsi des commentaires laconiques des couturières
regroupées autour du cadavre de Clarence, dès
l’ouverture du film). N’était-il donc
pas possible d’effectuer un véritable travail
de restauration sur cette bande-son ?
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Signalons immédiatement que la jaquette promet la
bande-annonce originale du film, mais que de bande-annonce
il n’y en a point sur ce DVD... Ou alors il s’agit
d’un bonus caché !
Nous sont par contre proposés :
· Un extrait de l’émission Le
Club de Cinéfil, qui nous restitue la genèse
du film et plus particulièrement la rencontre entre
Becker et Micheline Presle.
· Des critiques d’époque
lues par Jean-Jacques Bernard., issues de cette même
émission.
· Les filmographies exhaustives
de Jacques Becker, Raymond Rouleau, Micheline Presle, Jean
Chevrier et Gabrielle Dorziat, mais qui ne précisent
pas les noms des réalisateurs des films interprétés
par les quatre comédiens.
· Une galerie constituée
de deux affiches et dix-huit photos du film affichées
en plein écran.
· Des archives consacrées
aux essais de comédiens (on y voit notamment les
bouts de test de Françoise Lugagne)
· Une interview d’une dizaine
de minutes de Micheline Presle, qui aurait du constituer
le point d’orgue de ces suppléments. Malheureusement,
la remarquable comédienne s’est toujours montrée
assez réfractaire lorsqu’il s’agit d’évoquer
le passé et le moins que l’on puisse dire,
c’est que les éclairages qu’elle porte
sur le tournage ne brillent pas par leur pertinence. Elle
avoue d’ailleurs qu’elle avait occulté
ce titre jusqu’à ce qu’elle le redécouvre
récemment. Les anecdotes concernant Becker ou Rouleau
sont redondantes avec la présentation de l’émission
Le Club, et in fine on ne retient guère que la description
des conditions de tournage sous l’occupation. Ceci
dit, sur le sujet, mieux vaut voir le superbe Laissez-Passer
de Tavernier ou lire l’essai de Pierre Darmon, Le
monde du cinéma sous l’occupation (éditions
Stock).
· Enfin, les autres titres de la collection Classique
de Studio Canal nous sont présentés sous formes
de jaquettes.
Abondance n’est pas synonyme de qualité
: tel pourrait être le verdict concernant ces bonus
somme toute assez décevants.
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