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Réalisé par Otto Preminger
Avec Paul Newman, Eva Marie Saint,
Sal Mineo, Jill Haworth, Ralph Richardson, Peter Lawford, David
Opatoshu, Lee J. Cobb, John Derek, Hugh Griffith, Alexandra Stewart,
Gregory Ratoff, Felix Aylmer, Marius Goring...
Scénario de Dalton Trumbo adapté
du roman de Leon Uris
Musique de Ernest Gold
Photographie Panavision 70mm et Technicolor
de Sam Leavitt
Montage de Louis R. Loeffler
Générique conçu par
Saul Bass
Produit par Otto Preminger pour Carlyle
Alpina Production et United Artists
Distribué par United Artists
USA - 1960 - 212’
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DVD
9
Zone 1
Edité par MGM Home Entertainment
Format 4/3 2.35 :1
Langues : Anglais stéréo
surround
Sous-titres : Français, anglais
et espagnols
Durée DVD 208’ |


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Juillet
1947.
Chypre sous mandat britannique est présentement transformée
en immense camp d’internement pour réfugiés
juifs.
Tandis que se profile la session de vote de l’Assemblée
Générale des Nations Unies pour la partition
de la Palestine entre un état juif et un état
arabe, Kitty Fremont (Eva Marie Saint), infirmière
américaine veuve d’un correspondant de guerre,
rend visite au Général Sutherland (Sir Ralph
Richardson), chef de l’état major anglais sur
l’île et ami de son défunt mari. Citoyen
du monde aussi humain et tolérant que peut être
obtus et antisémite son aide de camp le Colonel Caldwell
(Peter Lawford), Sutherland convainc Kitty de consacrer de
son temps à aider les malheureux réfugiés
entassés au camp de Caraolos. Elle y rencontrera la
jeune Karen (Jill Haworth), adolescente de 14 ans adoptée
par un couple de Danois qui sut lui éviter la déportation
et qui aujourd’hui cherche à retrouver son père
biologique en regagnant pour cela la Palestine, auprès
de qui elle reportera son amour jusqu’à envisager
de l’adopter et de lui offrir un avenir neuf aux Etats-Unis.
Elle y rencontrera aussi le farouche Dov Landau (Sal Mineo),
jeune survivant d’Auschwitz qui ne vit plus que dans
la haine de l’occident et cherche coûte que coûte
à rejoindre les rangs des Combattants de la Liberté
de l’Irgoun, la plus extrémiste et la plus expéditive
des factions indépendantistes juives. Presque malgré
elle, elle rencontrera aussi et surtout Ari Ben Canaan (Paul
Newman), l’un des leaders de l’autre faction sioniste,
la Hagannah. Ari a débarqué sur l’île
pour affréter clandestinement un vieux navire, l’Olympia,
et organiser le départ de quelques 600 réfugiés
récemment arrivés à bord du cargo L’étoile
de David ; destination Haïfa. Karen et Dov font partie
des passagers. Ari désire ainsi faire entendre la voix
juive et alerter l’opinion internationale sur la présence
importante de colons sur cette terre promise de Palestine
dont le monde doit décider du partage.
Dépêchée à bord de l’Olympia,
désormais renommé Exodus et bloqué au
port par la marine anglaise, afin d’intercéder
auprès d’Ari pour obtenir la relaxe de Karen,
Kitty obtient gain de cause du combattant mais se heurte au
refus volontaire de la jeune fille. Le Général
Sheridan obtient de Londres la levée du blocus. Kitty,
d’abord mal à l’aise au contact des Juifs,
qu’elle associe malgré elle à la mort
de son mari (abattu par un avion en Palestine alors qu’il
prenait tous les risques pour un cliché photographique)
décide d’accompagner sa jeune protégée
durant la traversée. Elle apprend à se familiariser
avec la souffrance du peuple juif, s’éprenant
peu à peu du ténébreux Ari qui la convertit
progressivement à sa cause. Elle sera le témoin
direct d’événements historiques hors du
commun présidant à la naissance de l’état
d’Israël.
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"Voici
Taha, Mukhtar d’Abi Yesha, et voici Karen,
secrétaire du comité des chambres du bungalow
18 au camp de Gan Dafna. Nous n’avons pas de kadi
pour prier pour l’âme de Taha et pas de rabbin
pour prier pour Karen. Taha aurait du vivre une longue vie,
entouré de son peuple, près de ses fils. La
mort aurait du venir à lui comme une vieille compagne
venant vous offrir le don du sommeil éternel. Au
lieu de cela, elle lui est venue sous les traits d’un
dément fanatique... Et Karen qui aimait tant la vie
et la vivait avec la pureté de la flamme, pourquoi,
pourquoi Dieu l’oublie-t-elle ? Pourquoi a-t-elle
du être rattrapée si jeune par la mort, si
seule et dans les ténèbres de la nuit ? Nous
Juifs, entre tous, ne devrions pas être surpris lorsque
la mort vient frapper près de nous. La folie du monde,
le massacre de millions des nôtres, devraient nous
y avoir accoutumé... Mais je ne m’y habitue
pas... Je ne peux et ne veux m’y habituer ! Je vois
ces deux corps inertes et ça me donne envie de hurler
comme le chien hurle à la mort ! Crier au meurtre,
pour que le monde entier m’entende et ne l’oublie
jamais ! Quoi de plus juste que ces deux là reposent
l’un à côté de l’autre,
dans la même tombe... ils la partageront dans la paix...
Les morts partagent toujours la terre en paix. Mais ça
ne suffit pas ! C’est au tour des vivants maintenant
!
A quelques kilomètres de nous des compagnons d’armes
se battent et meurent. Nous nous devons de les rejoindre,
mais avant, je jure, sur la dépouille de ces deux
êtres, que le jour viendra où les Arabes et
les Juifs partageront, dans une vie paisible, cette terre
qu’ils ont toujours partagée dans la mort !
Taha, mon vieil ami et mon très cher frère
; Karen, enfant de lumière et fille d’Israël
; Shalom."
C’est sur cette déchirante oraison funèbre
teintée d’un espoir qu’on aurait tant
souhaité prophétique que se referme la plus
belle et la plus noble sans doute des épopées
cinématographiques contemporaines. Mais en 1960,
la généreuse promesse tenue par Ari Ben Canaan
(Paul Newman) tenait déjà de l’utopie.
Israël et ses alliés de la vieille Europe sortaient
alors de la crise du Sinaï, le monde Arabe, à
commencer par l’Egypte et la Syrie, se radicalisait,
l’hydre de la nouvelle Organisation de la Libération
de la Palestine préparait sa renaissance (1964).
Et Israël, pourtant dirigée par le gouvernement
travailliste à tendance modérée de
David Ben Gourion (que Preminger semble très largement
projeter dans le personnage de Barak, le père d'Ari
Ban Canaan, interprété par Lee J. Cobb, même
si Ben Gourion existe véritablement à l’écran
) et Golda Meir (Affaires Etrangères) ne faisait
rien pour calmer le jeu, bien au contraire, puisque par
l’occupation des terres saintes de Cisjordanie, de
Jérusalem Est et de Gaza (déjà !) ils
tournaient le dos à la résolution 181 du Plan
de Partage de 1947, pourtant garant de la légitimité
internationale de la naissance de l’état d’Israël.
Le courage, l’honnêteté intellectuelle
et la sincérité du cinéaste, juif de
confession par sa naissance - même s’il s’est
toujours personnellement désintéressé
des dogmes religieux- ne prend que plus de relief dans ce
contexte géopolitique tendu. Il va de soi que compte
tenu de l’actualité, la pertinence du message
n’a rien concédé au temps passé.
C’est Dore Schary, du temps où il était
à la tête de la production de la Metro-Goldwyn-Mayer,
qui avait commandité à Leon Uris (l’auteur
de Battle Cry qu’adapta Raoul Walsh en 1955)
un roman autour des événements présidant
à la naissance de l’état d’Israël,
avec l’idée de l’adapter ultérieurement
pour l’écran. Publié en 1958, l’épais
manuscrit d’Uris devint un best seller immédiat
et durable (80 semaines de présence successive dans
les charts de l’édition) vendu à plus
de quatre millions d’exemplaires. Mais avec l’évolution
de la situation au Moyen et Proche Orient, la MGM commença
à estimer qu’une fresque aussi exigeante financièrement
représentait un projet trop risqué au regard
des menaces que ne manqueraient pas de faire peser les factions
arabes sur les installations de la major, pour ne rien dire
du risque de boycott à l’égard de toutes
les productions estampillées MGM. Ayant découvert
le roman grâce à son agent littéraire
de frère Ingo, et immédiatement fasciné,
Preminger mesura très vite l’impasse dans laquelle
se trouvait la MGM et se rapprocha de la major pour lui
en racheter les droits d’adaptation pour la somme,
modique au regard de la popularité du roman, de 75
000 dollars, soit très exactement ce qui avait été
initialement déboursé par Dore Schary pour
acquérir les droits du roman qu’il avait commandité
! Preminger
ne procéderait pas autrement trois années
plus tard pour récupérer les droits d’adaptation
du roman de Henry Morton Robinson The Cardinal
auprès de la Columbia, à ceci près
que dans le cas présent la MGM se désengageait
totalement du projet, le producteur et réalisateur
indépendant se tournant vers ses amis de United Artists
(et plus particulièrement Arthur Krim qui lui avait
mis le pied à l’étrier sept ans plus
tôt en finançant sa première production
indépendante, The moon is blue) pour le
pourvoi du budget de son projet.
Krim octroie à Preminger une ligne de crédit
de 3.5 millions de dollars, somme coquette mais néanmoins
serrée pour une fresque d’une telle ampleur
(à la même époque ou presque des superproductions
d’une échelle assez comparable telles que Spartacus
ou Lawrence of Arabia engloutirent 12 millions
de dollars, la version du Cid produite par Bronston,
8 millions), tournée en décors naturels à
Chypre et Israël et brassant une population de quelques
45 000 figurants selon la publicité de l’époque.
Ce chiffre est probablement très exagéré,
mais la séquence de l’annonce des résultats
du vote de Flushing Meadows pour la partition de la Palestine
sur l’esplanade de l’Agence Juive témoigne
d’une figuration pléthorique qui ne doit pas
grand chose à l’affluence réelle sur
ces mêmes lieux quelques treize années plus
tôt. Afin de tenir le budget, Preminger optera pour
six mois de répétitions intensives avant un
tournage réel on location ramassé sur quatorze
semaines. Mais avant cela se pose le problème de
l’adaptation.
Preminger fait initialement appel à l’auteur
du roman initial, mais la collaboration des deux hommes
n’aboutit pas, le cinéaste reprochant à
Uris de ne pas savoir faire vivre un dialogue vif suffisamment
significatif et synthétique (le script de The
Cardinal du à Robert Dozier est probablement
le plus haut point d’accomplissement de ces recherches
premingeriennes) pour permettre de compenser la dilution
des récitatifs du roman original. Il avait manifesté
les mêmes reproches à Nelson Agren lorsque
celui-ci avait entrepris l’adaptation de son propre
roman L’homme au bras d’or. Le réalisateur
fait alors appel au dramaturge Albert Maltz, mais pressé
par le temps doit le congédier pour faire appel à
un écrivain à l’inspiration plus fluide
et à la plume plus rapide. Wendell Mayes qui fit
merveille pour Anatomy of a murder (et qu’il
devait retrouver ensuite sur Advise and consent
et, avec moins de bonheur, sur In harm’s way)
n’étant pas disponible, Preminger se retourne
alors vers Dalton Trumbo, client blacklisté de son
frère Ingo, réputé pour sa rapidité
d’exécution mais sans emploi officiel dans
l’industrie cinématographique depuis dix ans
(il travaillait alors officieusement au script du Spartacus
de Kirk Douglas). En quatre jours Trumbo, supervisé
de très près par Preminger qui a toujours
considéré que la direction d’un script
devait incomber au réalisateur de la même façon
que tous les éléments de la mise en scène,
livre un scénario qui satisfait son employeur. Preminger
n’hésitera pas à braver les interdits
et à réhabiliter son scénariste en
le créditant dûment au générique.
Kirk Douglas lui emboîtera le pas sur Spartacus.
Et quel scénario ! Il est à la base du miracle
Exodus. La grande réussite des deux hommes
est d’avoir tissé un entrelacs tout à
la fois dense et ramifié d’une dizaine de personnages
significatifs tant par leur portée humaine que politique,
tout en évitant le schématisme inhérent
à ce type de caractérisation. Le personnage
de Paul Newman puise bien évidemment son inspiration
dans la figure emblématique de Yossi Harel, chef
suprême de la Hagannah qui affréta le Président
Warfield, un vieux cargo de 4000 tonnes pour le transformer
en ce véritable Exodus 1947 chargé de 4500
immigrants rescapés des camps de la mort, et arraisonné
puis abordé dans un bain de sang (trois morts) par
la Royal Navy le 18 juillet 1947. Mais il est bien plus
que cela : il personnifie l’inévitable compromission
du révolutionnaire dans la violence, assumée
et revendiquée par son oncle Akiva, représentant
des factions terroristes de l’Irgoun et du Stern et
à contrario occultée avec obstination par
son père Barak, face officielle, entre idéalisme
et pédagogie de l’esprit nationaliste (que
Ben Gourion reproche à Preminger à la sortie
du film sa complaisance dans la description des événements
violents préalables au vote de la résolution
181 renforce d’ailleurs l’analogie ressentie
entre le personnage de Barak et la figure du célèbre
homme d’état).
Il n’est qu’un raccourci, une petite lâcheté
très justifiable au regard des pressions et menaces
de toutes sortes qui se sont faites jour durant le tournage,
que l’on pourrait reprocher au cinéaste et
à son scénariste : celle de n’avoir
jamais donné de visage à la revendication
partisane et combattante de la Palestine arabe, si ce n’est
au travers de la figure louable et généreuse
de John Derek, l’ogre extrémiste revêtant
les traits d’un suppôt du nazisme caricatural
et déplacé (Marius Goring).
La présence impérialiste anglaise est elle
superbement dépeinte par les portraits des deux officiers,
respectivement miroirs de la dignité humaine et du
courage affichés par les insulaires durant le conflit
mondial tout juste évacué et Colonel Blimp
au petit pied, engoncé dans ses préjugés
et son protectionnisme, annonçant déjà
la perte de souveraineté d’un empire colonial
britannique privé de lucidité politique.
Quant à la figure de Kitty Fremont, à laquelle
Preminger choisit d’associer le visage lisse et sans
aspérité d’une formidable Eva Marie
Saint, elle symbolise bien évidemment le regard de
l’occident neutre – et, partant, du spectateur
- d’abord simple témoin étranger et
indifférent aux événements, puis, victime
des préjugés, glissant vers l’incompréhension
(sa tentative de récupération de Karen, comme
le refus des mères à se séparer de
leur progéniture au moment d’amorcer la grève
de la faim sur l’Olympia font échos aux accusations
officielles du Gouvernement de Sa Majesté, qui poussa
le ridicule jusqu’à prétendre publiquement
que les réseaux clandestins juifs organisaient des
rafles pour enlever des enfants contre la volonté
de leurs parents) avant de prendre conscience de l’urgence
de la situation et de se laisser embarquer dans un conflit
dont les enjeux pourtant, la dépasseront toujours.
Mais Exodus n’est rien moins qu’une
simple épopée commémorative. C’est
avant tout une œuvre de romancier, parcourue d’une
vibration humaine qui n’a pas de prix. Cette vibration
tient tout autant de la richesse de l’écriture,
de cette faculté à nouer la grande et la petite
histoire, que de la simplicité parfaite de spontanéité
du style.
Sans jamais la trahir (nul révisionnisme dans leur
démarche), Preminger et son scénariste n’hésitent
pas à remodeler l’histoire à leur convenance
pour y ancrer leur récit. Le dynamitage de l’hôtel
King David est intervenu un an avant le ‘coup publicitaire’
de l’Exodus ? Qu’à cela ne tienne, c’est
pourtant Dov Landau (Sal Mineo) qui sera l’exécuteur
des basses œuvres dans la vision qu’en a Preminger,
précipitant le malheur de celle qu’il aime,
la douce Karen qui venait d’y retrouver son père.
Ce sont ces liens ramifiés que le cinéaste
tisse entre chacun de ses personnages qui confèrent
à son récit son caractère à
la fois universel et intimiste. En soi, l’attaque
de la prison d’Acre menée conjointement par
les sionistes modérés de la Hagannah et les
terroristes de l’Irgoun se justifie pour ses organisateurs
par l’urgence à rassembler toutes les forces
combattantes pour asseoir au besoin la sanction des urnes
de Flushing Meadows. Mais juste avant, Preminger a pris
soin, au sortir d’une séquence bouleversante
mettant aux prises les deux frères ennemis (à
Acre Barak rend visite à son frère emprisonné
et condamné Akiva, dont il nie l’existence
depuis des années) murés dans leur incommunicabilité,
de faire dire à Lee J. Cobb qu’il ne supportera
pas de laisser son frère mourir par la corde anglaise.
La séquence de l’assaut se pare dès
lors de façon indicible de ce supplément de
passion romanesque.
Le style de caméra enveloppant et fluide de Preminger,
refusant tout effet démonstratif n’a jamais
été plus prégnant que pour cette fresque
généreuse. La très longue séquence
de la préparation de la prise de la prison d’Acre
puis de son
assaut proprement dit, constitue probablement l’exception
qui confirme cette règle. Ici la virtuosité
naturelle du style du réalisateur explose aux yeux
de tous. Cette séquence constitue un véritable
tour de force : par le simple truchement d’une succession
de cadrages tantôt serrés et s’attachant
aux préparatifs les plus abscons, tantôt panoramiques
pour situer la topologie et la dynamique du processus, puis
par le recours à de petits plan-séquences
d’action d’une sécheresse admirable,
montés comme une mécanique de précision
en respect de la respiration naturelle offerte par la bande
son (l’intégration de l’impact des déflagration
au tempo de la musique composée par Ernest Gold laisse
béat d’admiration), Preminger et son fidèle
monteur Louis Loeffler donnent corps à un suspense
étouffant. Du grand art qui annonce, avec plus de
dix ans d’avance, les grands morceaux de bravoure
de montage des Parrains de Coppola.
Il est ici nécessaire de s’attarder quelques
instants sur ce fameux score d’Ernest Gold que nous
venons de mentionner. Si la fresque de Preminger atteint
ce véritable état de grâce, elle le
doit aussi à cette musique brûlante et parfois
survoltée, qui si elle ne surligne rien sait se nourrir
des inspirations les plus diverses (ethniques mais aussi
martiales) pour nourrir le souffle fluctuant de l’œuvre.
Stridence douloureuse des cordes pour le thème de
Karen, martèlement de percussions oppressantes témoignant
de l’occupation anglaise, souffle généreux
des cuivres de l’espoir, la gamme des émotions
offertes par cette composition est d’une diversité
rare. Elle est à verser au crédit du génie
du compositeur bien évidemment mais témoigne
aussi du flair infaillible de Preminger en la matière,
qui autorisa Gold à effectuer des recherches autour
des musiques juives et arabes avant de se lancer dans la
composition proprement dite. Le score qui nous est offert,
qui intègre certains arrangements autour de thèmes
et mélodies ethniques traditionnelles, est la résultante
de ces recherches. Il valut un oscar à son compositeur
et reste l’une des bandes originales les plus vendues
à ce jour (l’album commercial resta quatorze
semaines en tête des charts musicaux ) ; l’une
des plus belles aussi. C’est peu dire qu’il
contribue pour beaucoup aujourd’hui à la pérennité
toute relative du chef-d’œuvre de Preminger.
Exodus fut pourtant un succès incontestable
du box office, générant la quatrième
plus grosse recette de l’année 1960. Mais,
de façon incompréhensible, son aura n’a
cessé de pâlir depuis, malgré la défense
de laudateurs passionnés, qui ne sont pas loin de
le considérer comme le plus haut fait d’arme
de son auteur dans la dernière partie créatrice
de sa carrière (ainsi de Coursodon et Tavernier).
Entre les deux admirables panoramiques qui ouvrent et referment
le récit, Preminger nous donne à vivre une
bouleversante histoire d’amour, pour une terre, pour
des êtres. Il nous donne à voir une poignante
leçon d’histoire, sobre et digne comme cette
inoubliable séquence où la technique s’efface
par pudeur au profit du verbe commémoratif : Dov
traduisant pathétiquement toute l’horreur des
camps de la mort lors d’un interrogatoire froid mais
sans concession mené par Akiva et finissant par avouer
ses fêlures et sa faiblesse d’homme-enfant ;
insoutenable et sublime tout à la fois.
Au-delà du chef d’œuvre, Exodus
est assurément, au sens noble du terme, une magistrale
leçon de cinéma didactique.
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Trois heures et demie de fresque compressées sur
un malheureux disque simple face et double couche,
c’est plus que ne peut supporter cette édition,
pourtant très allégée en termes de
suppléments ou de pistes sonores disponibles. C’est
bien simple, pour votre serviteur Exodus représente
sans doute à ce jour la pire édition jamais
visionnée sur le support numérique, du moins
pour un produit proposé par une major hollywoodienne.
Passons sur le fait que MGM n’ait pas jugé
opportun de recourir à un master anamorphique. C’est
rageant pour une fresque d’une telle ampleur mais
l’éditeur est coutumier du fait. Au moins nous
épargne-t-il le charcutage d’un pan and scan.
Mais sacrebleu, n’était-il pas possible de
proposer ce chef-d’œuvre sur deux disques, en
profitant par exemple de la césure introduite par
l’entracte originale, ici totalement éludée
? Ou à tout le moins sur un DVD double face double
couche ?
De fait le matériau ayant servi au mastering numérique
semble assez bon. Bien sûr la compression est tellement
grossière qu’elle ne favorise pas l’émergence
des défauts les plus traditionnels des bandes anciennes
: scratches et autres griffures, points blancs, etc. Mais
les couleurs sont franches, et l’aspect général
semble remarquablement conservé. Mais las... cette
compression est un supplice. La moindre couture de vêtement
au premier plan semble atteinte de scintillements dus à
l’instabilité, pour ne rien dire des arrière-plans
caractérisés par une mouvance épileptique.
C’est particulièrement vrai pour toutes les
premières séquences situées à
Chypre. L’environnement général étant
dans son ensemble au dénuement, les responsables
du mastering ont du se dire qu’ils pouvaient ici pousser
les taux de compression dans leurs derniers retranchements
: il ne nous reste que nos yeux pour pleurer devant le spectacle
offert par les murs de rocaille atteints de dédoublements,
par l’ondoiement saccadé des arbres lors de
la première rencontre entre Kitty et le Général
Sutherland dans les jardins de l’état major
anglais, ou bien encore par les cisaillements des barbelés
dans toutes les séquences au camp d’internement,
barbelés que l’on jurerait parcourus par un
incessant courant alternatif...
Par la suite cela s’arrange quelque peu, et avec beaucoup
de bonne volonté l’admirateur pourra faire
l’impasse sur les multiples scories visuelles entachant
la vision de l’objet de sa passion cinéphilique
pour se laisser emporter par le lyrisme puissant de la fresque.
Mais les possesseurs de téléviseurs 16/9 s’abstiendront
ici de zoomer l’image 4/3 sous peine de voir resurgir
dans leur monstruosité aggravée par l’effet
loupe les motifs de leur abattement initial.
Des dialogues clairs pour cette unique version stéréo,
dite surround, mais qui ne se caractérise pas par
son relief. Le score anthologique d’Ernest Gold peine
à exprimer toute sa mesure, d’autant qu’il
aurait bien besoin d’une véritable restauration
: saturant régulièrement dans les aigus, il
manifeste aussi de ci de là quelques dissonances
désagréables pour l’oreille. N’accablons
pas MGM sur ce dernier point néanmoins. Le compact
disc de la musique originale conduite par Ernest Gold diffusé
par Buddha Records manifestait les mêmes carences.
En bref, voilà une édition qui témoigne
d’un mépris du consommateur cinéphile
qui laisse d’abord pantelant puis ivre de rage.
Si MGM France avait dans l’idée de proposer
une édition zone 2, qu’il ne se gêne
surtout pas pour rectifier le tir...
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Le
regard fixe, digne et décidé de Paul Newman
vous accueille au son du puissant main title de la bande
originale composée par Ernest Gold.
En dehors du chapitrage découpé en 24 segments,
vous n’aurez que la bande originale d’époque
à vous mettre sous la dent. Encore heureux, pourrait-on
remarquer, au regard du seuil de compression catastrophique
atteint sur le film. Quoi qu’il en soit, cette bande-annonce
au format respecté ferait plutôt preuve d’une
tenue supérieure au métrage, et ce même
si les couleurs manquent un peu d’éclat.
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