Réalisé par David Lynch
Avec Jack Nance, Charlotte Stewart, Allen Joseph, Jack Fisk, Laurel Near
Scénario : David Lynch
Musique : Peter Ivers (chansons), David Lynch
Photographie : Frederick Elmes
USA – 90 mn - 1977


Edition Film Office
90 mn
Zone 2
DVD9
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langues : Anglais
Sous titres : Français
Stereo
Chapitrage non fixe


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Chroniqués par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour

 

 




Dans une ville industrielle
, Henry Spencer mène une vie sans histoire, jusqu'au jour où sa fiancée, Mary, lui dit qu'elle a eu un bébé de lui et qu’il s’agit d’un monstre. Il se marie donc avec elle, mais ne supportant pas les hurlements incessants du bébé, Mary s'en va et laisse Henry seul avec l'enfant. Pendant les moments de répit que lui laisse son fils, Henry se met à rêver, notamment d'une dame cachée derrière le radiateur chantant une mélancolique rengaine...

Il est courant de parler d'OVNI cinématographique pour chaque film de David Lynch. Pourtant, le désastreux Dune mis à part, un seul répond vraiment à cette qualification : Eraserhead.

Eraserhead entre dans la famille restreinte des films expérimentaux aboutis, aux côtés de, par exemple, 2001: L'Odyssée de l'espace, La Nuit du Chasseur, ou Persona. Et curieusement, bien qu'étant le premier film de son auteur, il s'agit du plus définitif de sa carrière. En effet, jamais Lynch ne sera aussi radical, jamais il n'expérimentera autant du point de vue des effets spéciaux (qui n'ont pas pris une ride) et de la bande-son, et jamais il n'atteindra encore un tel degré de perfection. Mais maintenant, en tant que spectateur, que penser de cette œuvre ?
En effet, ce film venu d'ailleurs est bien difficile à aborder. D'ailleurs, c'est quoi Eraserhead ? Un film d'horreur ? Une comédie noire ? Une fable surréaliste ? Un peu tout ça à la fois, mais pas seulement. Le premier film du grand cinéaste qu'est aujourd'hui Lynch n'est pas du genre à se révéler à la première vision. La première fois, on est un peu dérouté par cet univers absurde, pervers, et un peu repoussant. Et l'histoire, y en a-t-il une ? Bref, on ne sait qu'en penser...
Lynch voit son film comme le bilan des années passées à Philadelphie. Et bien figurez-vous qu'en y regardant de plus près, c'est peut-être l'interprétation la plus juste.
A la seconde vision, fait étrange, le film devient merveilleux. Ce qui nous paraissait repoussant la première fois dégage à présent une grande poésie et une douce mélancolie. Et cette fois, on pense à un film précis : 2001 de Kubrick. En effets, sur plusieurs points, les deux films se font écho, notamment sur leur premier et dernier plan (pour l'anecdote, Kubrick affirmera que Eraserhead est le seul film qu'il aurait aimé réaliser) : 2001 s'ouvrait sur une spectaculaire levée de planètes dans un ciel en Cinérama sur le grandiloquent ‘Ainsi parlait Zarathoustra’ de Richard Strauss. Cette ouverture nous indiquait que nous allions assister à un voyage à travers l'infiniment grand.
Eraserhead a lui aussi droit à une ouverture cosmique, sauf que ici, le ciel est en 4/3, nous n'avons droit qu'à une unique et minuscule planète, et qu'un visage, celui du personnage principal, apparaît en surimpression pour remplir tout l'écran. Ce plan nous dit que nous allons voyager à l'intérieur de l'esprit du personnage, à travers l'infiniment petit, soit une odyssée intérieure, jusque dans les tréfonds de son âme. Et ce voyage, comme celui de Dave Bowman, le héros de 2001, aboutira à une sorte de pureté astrale.
Donc après une seconde vision, on est enfin capable de voir en Eraserhead une autre histoire que celle marquée au dos de la jaquette. Eraserhead, c'est le récit d'un homme prisonnier de son quotidien morne et sans issue, qui dans son appartement délabré, trouvera un échappatoire temporaire par le rêve. En rêvant d'une voisine affriolante, d'une dame dans un radiateur, sorte de grand-mère fantasmée, qui lui sourit, et lui chante dans sa rengaine, "In heaven, everything is fine...", un paradis qui n'existe certainement pas dans ce monde, et dont il ne peut que rêver. C'est l'une des bases du cauchemar lynchien, qu'on retrouvera dans presque tout ses films futurs : l'être humain est prisonnier de sa condition, et cherche en vain une porte de sortie. Cette porte de sortie, ça peut être la mort (Twin Peaks, Mulholland Drive...), une route (Sailor et Lula), ou la folie (Lost Highway, Mulholland Drive). Mais la plupart du temps, les personnages sont rattrappés par leur cauchemar. Finalement, le cauchemar lynchien, ce n'est rien d'autre que la condition humaine.

Pour conclure, Eraserhead est loin d'être ce petit film méchant et bêtement provocateur dont on l'a trop souvent qualifié. Il s'agit en fait d'une oeuvre intime, tragique et désespérée, d'un poème cosmique aux multiples facettes. Tout simplement, un beau film.




Image
: Bien que présentant quelques griffures et poussières, la copie est de bonne tenue, et les noirs profonds, la lumière et les contrastes sont bien rendus. Quelques défauts de compression sont à signaler. Cependant, ils sont rares et peu voyants. Ils ne sont donc pas gênants.


Son : Pour ce film, l'éditeur se devait d'apporter autant de soin au son qu'à l'image. Et c'est le cas. La bande son stéréo est claire et propre, et nous permet de profiter de la bande son si particulière du film. Seule la VO est présentée, mais pour les amateurs de VF qui s'aventurent sur ce site, il y a tellement peu de répliques que ça ne devrait pas les gêner ;-)

Remarque: Les sous-titres sont imposés, mais ne fonctionnent pas sur certains lecteurs, notamment les Goldstar.



L'histoire d'Eraserhead
: Un court documentaire qui explique la genèse du film et rappelle les conditions chaotiques du tournage.

Interview de David Lynch : Une interview écrite du réalisateur, qui parle surtout de l'élaboration de la bande sonore. Ce n'est pas inintéressant, mais peu interactif.


Un film chroniqué par Philip Marlowe