Réalisé par Sergei Eisenstein
Avec Alexandre Antonov, Vlamdimir Barsky, Grifori Alexandrov, Marfa Lapkina, Vassilia Bouzenkov, Nicolas Tcherkassov, Niocolas Okhlopkov...
Scenario : Sergei Eisenstein...
Musique : Serge Prokofiev, Chostakovitch...
Photographie : Edouard Tissé
Montage : Sergei Eisenstein
Un film MosFilm
URSS - Années 20 à 40



4 Dvds Zone 2
Format 1:33
Langues : Muet et Russe
Ss-titres : Anglais / Français
N&B - Mono d'origine
Menus sonores et fixes


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Croulant sous les agios suite à une crise de Criterionite aiguë, Margo errait telle une âme en peine dans les allées d’une grande enseigne au logo marron-beige, croisant les doigts et priant de ne pas croiser le double coffret The Killers (Siodmak/Siegel) dont venait de se rendre coupable son éditeur préféré…

Aussi, évitant ostensiblement le rayon Z1, son regard se détourna alors vers le panneau des meilleures ventes pour découvrir avec stupeur (mêlée de joie) que le coffret Eisenstein de Films sans Frontières (qu’elle était censé chroniquer au lieu de déambuler dans les couloirs du dit magasin) trônait fièrement en 4° place des meilleures ventes hebdomadaires. Raison de plus pour se bouger un peu, Margo… Il restait sûrement quelques indécis à convaincre ! D’où ce texte, analyse approfondie des spécifications, qualités et défauts du coffret Intégrale Eisenstein concocté par FSF

Eisenstein fera bientôt l’objet d’un dossier concocté par votre serviteur. Mais pour rapidement vous faire une idée de ce coffret, voici un test technique approfondi accompagné de ces quelques notes sur Sergei Eisenstein, un des pères fondateurs de la cinématographie moderne au même titre que Chaplin ou Griffith.

Né en 1898, Eisenstein s’intéresse rapidement au théâtre, puis au cinéma. C’est d’ailleurs pour un intermède entre deux pièces qu’il créera sa première œuvre cinématographique : Le journal de Gloumov (bizarrement présenté sur le second DVD du coffret, ce qui nous amène d’ailleurs à nous poser des questions sur la hiérarchie choisie par Films sans Frontières pour sa somme Eisenstein : pour exemple, le premier DVD réunit son premier et son troisième long métrage, quand le second disque réunit son deuxième et son quatrième film et le quatrième DVD présente un court métrage réalisé bien avant Alexandre Nevski ou Que Viva Mexico, pourtant présents sur le troisième DVD. Ou quand l’espace disque semble décider de la ligne éditoriale. Pas bien grave, mais tout de même…).

Alternant réflexion théorique (à l’Institut du cinéma, mais aussi dans de nombreux livres et articles) et mise en pratique à travers ses films, Eisenstein révolutionne le montage, véritable dynamique de ses films, et invente la grammaire moderne du cinéma. Il ne s’agit alors plus de raconter une histoire selon les principes narratifs chers à Griffith et aux Américains, mais bien de créer du sens grâce notamment au choc de deux plans accolés l’un à l’autre. De ses théories naissent des films fabuleux qui vont bouleverser notre vision du 7° Art : La Grève, Octobre ou encore Le Cuirassé Potemkine, dont la célèbre séquence de l’Escalier d’Odessa sera maintes fois citée, copiée, plagiée (souvenez-vous la séquence finale des Incorruptibles de Palmiens).

Les aléas de sa vie de cinéaste le mèneront ensuite en Europe occidentale, où il vivote péniblement, puis à Hollywood où Fairbanks avaient promis de lui tracer une voie royale. Mais le communisme fait peur, et les projets d’Eisenstein tombent à l’eau les uns après les autres. Il se réfugie alors au Mexique et tourne, avec les fonds d’artistes socialistes, une épopée mexicaine (Que Viva Mexico) qui virera au fiasco faute de moyens.

Du pré de Béjine, qui lui succédera, ne subsistent aujourd’hui que des photogrammes, suite à une nouvelle interruption du tournage. Ce n’est alors qu’avec le splendide Alexandre Nevski que Eisenstein retrouvera sa place dans le giron du cinéma soviétique, et mondial. Malgré l’ambition du projet, Eisenstein en renie pas ses penchants expérimentaux et son sens inné du cadre et du montage, que l’on retrouvera aussi dans son dernier film, là encore malheureusement interrompu par la Censure, puis par la mort du cinéaste en 1948 : Ivan le Terrible.

C’est l’intégrale de ces longs métrages, plus quelques courts et films inédits ou amputés que l’on retrouve enfin en DVD Z2 grâce à Films Sans Frontières. Disponibles en coffret ou à l’unité, les DVDs ne présentent aucun livret superflu (les bonus écrits pullulent par contre sur chaque galette). A noter des jaquettes assez agréables, même si le fameux beige crème de la tranche façon FSF nous semble toujours aussi inesthétique. Attaquons donc les caractéristiques de chacun des films…

DVD1 - LA GREVE / OCTOBRE
Le premier DVD propose deux films : La Grève et Octobre ainsi qu’une première fournée de suppléments qui vont de l’intéressant au passionnant. Bien que pas forcément très intuitifs (on ne sait jamais trop ce qui a été sélectionné ou non sur la page d’accueil – et cette remarque s’appliquera à tous les DVDs de la série, à cause d’un système de surbrillance assez malheureux), les menus nous mettent d’emblée dans le bain grâce à un design astucieux faisant ouvertement référence au travail iconographique du socialisme et de la propagande des années 20 en Russie, via un jeu sur les typos et les couleurs assez sympathique.

Comme nous allons le voir, chaque métrage est accompagné d’un texte (à chaque fois assez long – minimum 5 pages - intéressant et parfois agrémenté de photos) relatif au film, ainsi que d’un chapitrage fixe et de la possibilité de sous-titrer (ou non) les cartons en français ou en anglais.

Image : Bienveillance de mise lorsqu’il s’agit de chroniquer des films vieux de 80 ans… Reste qu’il y aurait de toutes façons peu à redire sur la copie d’Octobre : malgré les années, le film nous est offert dans une copie très acceptable et ce malgré quelques artefacts, griffures ou saletés. Un contraste parfois hésitant reste le seul reproche que l’on pourra faire à un film dont la compression ne souffre quasiment jamais de la présence d’un second long métrage sur la même galette.

Un peu plus abîmé, notamment dans ses premières minutes, La Grève offre toutefois une copie honnêtement définie et contrastée, bien que parfois un peu brûlée dans ses blancs. Et si la compression se fait de temps à autre assez gênante dans certains arrières plans, on se retrouve là encore devant la plus belle version qu’il nous ait été donné de voir du premier chef d’œuvre d’Eisenstein.

Son : Octobre, bien que muet, bénéficie d’une superbe partition musicale rajoutée après coup par le collaborateur d’Eisenstein Grigor Alexandrov et composée par le grand compositeur Dmitri Chostakovitch. Son mono d’origine, très propre. On peut par contre se poser des questions sur la pertinence de la bande sonore de la Grève, parfois composée de morceau jazzy (54’30) ou d’effets sonores superflus (bruits de bris de verre etc…) et ne collant pas forcément au film.

Bonus : Impressionnant bonus que ce Pré de Béjine, film réputé perdu et que l’on retrouve sous une forme inédite sur ce DVD. Accompagné d’une introduction de cinq minutes, le Pré de Béjine est en fait une tentative assez ahurissante de reconstitution d’un film perdu, via des photogrammes fixes montés tels des plans de cinéma. Certains seront perplexes face à une telle idée mais reconnaissons qu’il se dégage de ce film maudit l’émotion intense d’assister à la découverte d’une œuvre rare. Œuvre dont la beauté des cadrages et des gros plans éclate même sous forme de photogrammes. Le film n’existe pas, et pourtant, l’on sent Eisenstein derrière chaque image. A noter que le film est lui aussi accompagné d’un texte de quelques pages

Biographie (à la navigation assez malaisée lorsque des photos - zoomables - agrémentent le texte) assez complète d’Eisenstein sous la forme d’un texte d’une dizaine de pages.

Notes d’Eisenstein (5 pages sur le montage des attractions + 2 pages sur Octobre)

Apparat critique (articles de son ami Maxime Strauch, de Chapier, de Lourcelle, de de Baroncelli)





DVD2 – LE CUIRASSE POTEMKINE / LA LIGNE GENERALE

Second DVD là encore riche en contenu, que ce soit côté longs métrages ou bonus… Etrangement, la masse d’informations gravée sur ces DVDs ne semble guère nuire à la compression en général, même si l’on remarque quelques effets néfastes du MPEG2 sur certains plans fixes.

Image : Le Cuirassé Potemkine, comme les autres films du coffret, est précédé d’un déroulant rappelant que le film a été restauré en 1976 par la Cinémathèque d’Etat et le musée Eisenstein (on remarquera en passant que les cartons et autres intertitres ont tous été refaits…) Les tout premiers plans laissent pourtant craindre le pire : copie sale, sautes d’images, image grisée... Heureusement, la scène des hamacs rassure rapidement sur la qualité du master : malgré les ans, nous voilà face à une version tout à fait honorable, certains plans ou séquences retrouvant même une seconde jeunesse grâce à un très beau contraste. Vous en viendrez même à oublier les inévitables (et nombreuses, autant vous prévenir) poussières, déchirures et autres artefacts qui n’auront pas été nettoyés. A noter toutefois que la fameuse scène de l’Escalier d’Odessa est malheureusement une des plus abîmées du métrage (sautes, zébrures et contraste mal défini)… Mais là encore, un peu d’indulgence. Malgré ces défauts, cela reste la meilleure copie qu’il nous ait été donné de voir à ce jour du chef d’œuvre d’Eisenstein.

Le film n’étant pas précédé du déroulant annonçant sa restauration par la Cinémathèque, l’on peut effectivement se demander si La Ligne Générale a bénéficié des mêmes efforts que ses illustres voisins, les premières minutes du film constituant en effet les plus décevantes de tout le coffret. C’est en effet à un véritable déluge de poussières que l’on assiste, sorte de Pompei cinématographique. Heureusement, là encore, le tout s’améliore nettement ensuite, certains gros plans éclatant même de beauté. On pardonnera d’autant plus alors les tâches continuant à parsemer le film jusqu’à son terme.

Son : Le Cuirassé Potemkine propose trois pistes sonores différentes… La Version Meisel, datant de 1926 et supervisée par Eisenstein. La version Krioukov (composée pour la réédition du film dans les années 50) et la version Chostakovitch, en fait des extraits de ses œuvres apposés au film pour sa ressortie en 1976.

Partition musicale assez étrange pour La Ligne Générale, manifestement plaquée depuis peu (la jaquette nous annonce qu'elle a été composée par Galeshka Moravioff, PDG de FSF...) et ne cachant pas son aspect très synthétique, voire électronique. Pas désagréable toutefois : nous ne sommes heureusement pas chez Giorgio Moroder…

Bonus : Le Cuirassé Potemkine est accompagné d’un texte de 7 pages sur sa conception. Intéressant et instructif… Il en va de même pour La Ligne Générale lui aussi assorti d’un texte assez remarquable.

Le Journal de Gloumov : document exceptionnel que ce court métrage de 5’39’’ minutes, initialement prévu pour être la première collaboration d’Eisenstein avec Dziga Vertov et qui, suite à un empêchement de ce dernier, constituera en fait la première expérience cinématographique de Sergei Eisenstein. Evidemment muet, sans musique additionnelle, le film est un petit bijou drolatique (voire surréaliste avant l’heure) à la copie toutefois assez abîmée.

Biographie assez complète d’Eisenstein sous la forme d’un texte d’une dizaine de pages. A noter que cette biographie est la même que celle présente sur les trois autres DVDs.

Notes d’Eisenstein consacrées à ses deux films

Apparat critique (articles de presses d’époque – ou écrits lors de la ressortie du film – et plutôt pertinents dans l’ensemble)






DVD3 – QUE VIVA MEXICO / ALEXANDRE NEVSKI

Troisième DVD et là encore, un double programme avec Alexandre Nevski et Que Viva Mexico.

Image : Que Viva Mexico bénéficie d’une introduction émouvante de 5’ de son co-réalisateur Grigori Alexandrov sur la genèse (le mépris d’Hollywood, le tournage au Mexique, le soutien de divers artistes américains ou mexicains) du film, le tout présenté plusieurs décennies plus tard sur fond d’images d’archives. Très instructif à propos d’un tournage dont l’équipe se résumait à… trois personnes (Eisenstein, Tissé et Alexandrov). Le même Alexandrov reviendra au cours du film raconter (à l’aide de photogrammes) une séquence jamais tournée par manque de moyens. Là encore, un document rare et bouleversant pour les aficionados d’Eisenstein.

Après un prologue assez abîmé, le master offre finalement de bien beaux atours, malgré quelques variantes de contraste parfois gênantes (entre différents plans et à l’intérieur d’un même plan). Reste par ailleurs que les griffures se font plus rares que dans les films précédemment testés et que l’on atteint parfois la magnificence d’un I Am Cuba (film et support, s'entend)…

Alexandre Nevski : copie très propre malgré un scintillement assez prononcé notamment au début du film… A déplorer aussi une compression qui se fait salement sentir sur certains longs plans fixes, notamment dans les arrières plans de ciels, nombreux dans le film. Reste que si quelques tâches et autres saletés viennent de temps à autres nous rappeler que l’on n’est pas chez Criterion, vous serez bluffés par la gestion des contrastes, splendide et qui écrase sans problème vos vieilles VHS - que vous pouvez d’ores et déjà passer au marteau pilon sans l’ombre d’un remords malgré les quelques remarques des lignes précédentes.

Son : Le son de Que Viva Mexico est d’une clarté plus que satisfaisante, tant dans les voix off (textes d’Eisenstein lus par Bondartchouk) que dans les musiques . A noter ici et là l’ajout d’effets sonores redondants et inutiles sur les images, effets dont on aimerait connaître l’origine (Eisenstein, Alexandrov lors du remontage… ou Films Sans Frontières ?).

Même si l’on peut lui accorder le bénéfice de l’âge, force est de reconnaître que la bande son d’Alexandre Nevski déçoit, notamment en regard de la qualité de l’image. Les chuintements sont légions lors des dialogues, ce qui nous ferait presque oublier la magnificence de la composition de Prokofiev, servie paradoxalement par un très beau mono. A noter que vous pourrez regarder la séquence de la bataille sur la glace mixée et rééditée par Galeshka Moravioff dans une version stéréo.

Bonus : Que Viva Mexico est accompagné du classique "Autour du film", bonus texte de 5 pages assez intéressant et qui permet de mettre le film en perspective. Il en va de même pour le bonus d’Alexandre Nevski et son très beau texte signé Barthélémy Amengual, auteur du livre-référence : Que Viva Eisenstein.

Les Notes d’Eisenstein couchées sur ce DVD recèlent quelques petits trésors comme celle superbe lettre du maître du cinéma Russe à un autre maître, américain celui-ci : Charlie Chaplin. Vous pourrez lire par ailleurs des extraits de ses mémoires consacrés au Mexique ainsi qu’un très beau texte sur Prokofiev, qu’il tenait pour "le plus grand compositeur de cinéma".

La biographie, semblable à celle déjà chroniquée plus haut et présente sur les quatre DVDs de la série..

Apparat critique, avec un analyse élogieuse de Que Viva Mexico par les Cahiers du Cinéma (Que Viva Eisenstein) ainsi que des textes – non datés - de George Sadoul et Dominique Fernandez.





DVD4 - IVAN LE TERRIBLE
Seul DVD du coffret à présenter un seul film, mais quel film ! Fresque d’une durée de presque trois heures, le film devait au départ être composé de trois parties mais ne sera finalement, malheureusement, qu’un diptyque.

Image : A l’image de la majorité des autres films du coffret, la copie offre un superbe travail sur le contraste, avec une gestion du Noir et Blanc vraiment splendide. Une splendeur qui nous permet d’oublier là encore quelques effets de rémanence, scintillement et autres tâches ou poussières. Il conviendra bien sûr de comparer avec le coffret Criterion, mais l’on tient là toutefois une splendide copie de Ivan le Terrible (allez jeter un simple œil sur la première séquence de couronnement, aux nuances de N&B parfois époustouflantes, pour vous en convaincre), d’autant que les problèmes de compression parfois constatés sur les autres DVDs se font beaucoup plus discrets.

A noter aussi que le DVD de Films sans Frontières se tire plus qu’honorablement des séquences en couleur de la fin, pourtant piégeuses avec ses rouges chatoyants. De même, les scènes teintés d’or sont réellement superbes.

De même que pour Alexandre Nevski, on pourra regretter une bande son plutôt déficiente (en ce qui concerne les dialogues surtout, là encore assez sourds et non exempts de souffle, puisque la partition de Prokofiev est elle plutôt bien sertie)


Bonus
: Dernier bonus alléchant et rare, Romance Sentimentale, poème visuel et musical (le générique parle d’une étude cinématographique) réalisé de loin par Eisenstein – c’était plutôt le projet de Tissé et Alexandrov – afin de subsister lors d’un séjour à Paris. Le film est en fait un court métrage expérimental qui confirme la passion d’Eisenstein pour les innovations de montage. A noter toutefois une image assez abîmée…

A noter que le film est lui aussi accompagné d’un texte d'une page.

Biographie (toujours la même) assez complète d’Eisenstein sous la forme d’un texte d’une dizaine de pages.

Notes d’Eisenstein (3 textes assez longs d’Eisenstein sur Ivan, La Fonction de l’Art et la Cruauté)

Apparat critique (avec notamment de très beaux textes de Rohmer et Rivette)



Un film chroniqué par Margo Channing