DVD1
- LA GREVE / OCTOBRE
Le premier DVD propose deux films : La Grève
et Octobre ainsi qu’une première
fournée de suppléments qui vont de l’intéressant
au passionnant. Bien que pas forcément très
intuitifs (on ne sait jamais trop ce qui a été
sélectionné ou non sur la page d’accueil
– et cette remarque s’appliquera à
tous les DVDs de la série, à cause d’un
système de surbrillance assez malheureux), les
menus nous mettent d’emblée dans le bain
grâce à un design astucieux faisant ouvertement
référence au travail iconographique du socialisme
et de la propagande des années 20 en Russie, via
un jeu sur les typos et les couleurs assez sympathique.
Comme nous allons le voir, chaque métrage
est accompagné d’un texte (à chaque
fois assez long – minimum 5 pages - intéressant
et parfois agrémenté de photos) relatif
au film, ainsi que d’un chapitrage fixe et de la
possibilité de sous-titrer (ou non) les cartons
en français ou en anglais.
Image : Bienveillance de
mise lorsqu’il s’agit de chroniquer des films
vieux de 80 ans… Reste qu’il y aurait de toutes
façons peu à redire sur la copie d’Octobre
: malgré les années, le film nous est offert
dans une copie très acceptable et ce malgré
quelques artefacts, griffures ou saletés. Un contraste
parfois hésitant reste le seul reproche que l’on
pourra faire à un film dont la compression ne souffre
quasiment jamais de la présence d’un second
long métrage sur la même galette.
Un peu plus abîmé, notamment dans ses premières
minutes, La Grève offre toutefois une
copie honnêtement définie et contrastée,
bien que parfois un peu brûlée dans ses blancs.
Et si la compression se fait de temps à autre assez
gênante dans certains arrières plans, on
se retrouve là encore devant la plus belle version
qu’il nous ait été donné de
voir du premier chef d’œuvre d’Eisenstein.
Son : Octobre, bien que muet,
bénéficie d’une superbe partition
musicale rajoutée après coup par le collaborateur
d’Eisenstein Grigor Alexandrov et composée
par le grand compositeur Dmitri Chostakovitch. Son mono
d’origine, très propre. On peut par contre
se poser des questions sur la pertinence de la bande sonore
de la Grève, parfois composée de morceau
jazzy (54’30) ou d’effets sonores superflus
(bruits de bris de verre etc…) et ne collant pas
forcément au film.
Bonus : Impressionnant bonus
que ce Pré de Béjine, film
réputé perdu et que l’on retrouve
sous une forme inédite sur ce DVD. Accompagné
d’une introduction de cinq minutes, le Pré
de Béjine est en fait une tentative assez ahurissante
de reconstitution d’un film perdu, via des photogrammes
fixes montés tels des plans de cinéma. Certains
seront perplexes face à une telle idée mais
reconnaissons qu’il se dégage de ce film
maudit l’émotion intense d’assister
à la découverte d’une œuvre rare.
Œuvre dont la beauté des cadrages et des gros
plans éclate même sous forme de photogrammes.
Le film n’existe pas, et pourtant, l’on sent
Eisenstein derrière chaque image. A noter que le
film est lui aussi accompagné d’un texte
de quelques pages
Biographie (à la navigation assez
malaisée lorsque des photos - zoomables - agrémentent
le texte) assez complète d’Eisenstein sous
la forme d’un texte d’une dizaine de pages.
Notes d’Eisenstein (5 pages sur
le montage des attractions + 2 pages sur Octobre)
Apparat critique (articles de son ami
Maxime Strauch, de Chapier, de Lourcelle, de de Baroncelli)

DVD2 – LE CUIRASSE POTEMKINE / LA LIGNE GENERALE
Second DVD là encore riche en contenu, que ce soit
côté longs métrages ou bonus…
Etrangement, la masse d’informations gravée
sur ces DVDs ne semble guère nuire à la
compression en général, même si l’on
remarque quelques effets néfastes du MPEG2 sur
certains plans fixes.
Image
: Le Cuirassé Potemkine, comme les autres
films du coffret, est précédé d’un
déroulant rappelant que le film a été
restauré en 1976 par la Cinémathèque
d’Etat et le musée Eisenstein (on remarquera
en passant que les cartons et autres intertitres ont tous
été refaits…) Les tout premiers plans
laissent pourtant craindre le pire : copie sale, sautes
d’images, image grisée... Heureusement, la
scène des hamacs rassure rapidement sur la qualité
du master : malgré les ans, nous voilà face
à une version tout à fait honorable, certains
plans ou séquences retrouvant même une seconde
jeunesse grâce à un très beau contraste.
Vous en viendrez même à oublier les inévitables
(et nombreuses, autant vous prévenir) poussières,
déchirures et autres artefacts qui n’auront
pas été nettoyés. A noter toutefois
que la fameuse scène de l’Escalier d’Odessa
est malheureusement une des plus abîmées
du métrage (sautes, zébrures et contraste
mal défini)… Mais là encore, un peu
d’indulgence. Malgré ces défauts,
cela reste la meilleure copie qu’il nous ait été
donné de voir à ce jour du chef d’œuvre
d’Eisenstein.
Le film n’étant pas précédé
du déroulant annonçant sa restauration par
la Cinémathèque, l’on peut effectivement
se demander si La Ligne Générale
a bénéficié des mêmes efforts
que ses illustres voisins, les premières minutes
du film constituant en effet les plus décevantes
de tout le coffret. C’est en effet à un véritable
déluge de poussières que l’on assiste,
sorte de Pompei cinématographique. Heureusement,
là encore, le tout s’améliore nettement
ensuite, certains gros plans éclatant même
de beauté. On pardonnera d’autant plus alors
les tâches continuant à parsemer le film
jusqu’à son terme.
Son : Le Cuirassé Potemkine
propose trois pistes sonores différentes…
La Version Meisel, datant de 1926 et supervisée
par Eisenstein. La version Krioukov (composée pour
la réédition du film dans les années
50) et la version Chostakovitch, en fait des extraits
de ses œuvres apposés au film pour sa ressortie
en 1976.
Partition musicale assez étrange
pour La Ligne Générale, manifestement
plaquée depuis peu (la jaquette nous annonce qu'elle
a été composée par Galeshka Moravioff,
PDG de FSF...) et ne cachant pas son aspect très
synthétique, voire électronique. Pas désagréable
toutefois : nous ne sommes heureusement pas chez Giorgio
Moroder…
Bonus : Le Cuirassé
Potemkine est accompagné d’un texte
de 7 pages sur sa conception. Intéressant et instructif…
Il en va de même pour La Ligne Générale
lui aussi assorti d’un texte assez remarquable.
Le
Journal de Gloumov : document exceptionnel que
ce court métrage de 5’39’’ minutes,
initialement prévu pour être la première
collaboration d’Eisenstein avec Dziga Vertov et
qui, suite à un empêchement de ce dernier,
constituera en fait la première expérience
cinématographique de Sergei Eisenstein. Evidemment
muet, sans musique additionnelle, le film est un petit
bijou drolatique (voire surréaliste avant l’heure)
à la copie toutefois assez abîmée.
Biographie assez complète d’Eisenstein
sous la forme d’un texte d’une dizaine de
pages. A noter que cette biographie est la même
que celle présente sur les trois autres DVDs.
Notes
d’Eisenstein consacrées à ses deux
films
Apparat critique (articles de presses
d’époque – ou écrits lors de
la ressortie du film – et plutôt pertinents
dans l’ensemble)

DVD3 – QUE VIVA MEXICO / ALEXANDRE NEVSKI
Troisième DVD et là encore, un double programme
avec Alexandre Nevski et Que Viva Mexico.
Image
: Que Viva Mexico bénéficie d’une
introduction émouvante de 5’ de son co-réalisateur
Grigori Alexandrov sur la genèse (le mépris
d’Hollywood, le tournage au Mexique, le soutien
de divers artistes américains ou mexicains) du
film, le tout présenté plusieurs décennies
plus tard sur fond d’images d’archives. Très
instructif à propos d’un tournage dont l’équipe
se résumait à… trois personnes (Eisenstein,
Tissé et Alexandrov). Le même Alexandrov
reviendra au cours du film raconter (à l’aide
de photogrammes) une séquence jamais tournée
par manque de moyens. Là encore, un document rare
et bouleversant pour les aficionados d’Eisenstein.
Après un prologue assez abîmé,
le master offre finalement de bien beaux atours, malgré
quelques variantes de contraste parfois gênantes
(entre différents plans et à l’intérieur
d’un même plan). Reste par ailleurs que les
griffures se font plus rares que dans les films précédemment
testés et que l’on atteint parfois la magnificence
d’un I Am Cuba (film et support, s'entend)…
Alexandre Nevski : copie très propre malgré
un scintillement assez prononcé notamment au début
du film… A déplorer aussi une compression
qui se fait salement sentir sur certains longs plans fixes,
notamment dans les arrières plans de ciels, nombreux
dans le film. Reste que si quelques tâches et autres
saletés viennent de temps à autres nous
rappeler que l’on n’est pas chez Criterion,
vous serez bluffés par la gestion des contrastes,
splendide et qui écrase sans problème vos
vieilles VHS - que vous pouvez d’ores et déjà
passer au marteau pilon sans l’ombre d’un
remords malgré les quelques remarques des lignes
précédentes.
Son
: Le son de Que Viva Mexico est d’une clarté
plus que satisfaisante, tant dans les voix off (textes
d’Eisenstein lus par Bondartchouk) que dans les
musiques . A noter ici et là l’ajout d’effets
sonores redondants et inutiles sur les images, effets
dont on aimerait connaître l’origine (Eisenstein,
Alexandrov lors du remontage… ou Films Sans Frontières
?).
Même si l’on peut lui accorder le bénéfice
de l’âge, force est de reconnaître que
la bande son d’Alexandre Nevski déçoit,
notamment en regard de la qualité de l’image.
Les chuintements sont légions lors des dialogues,
ce qui nous ferait presque oublier la magnificence de
la composition de Prokofiev, servie paradoxalement par
un très beau mono. A noter que vous pourrez regarder
la séquence de la bataille sur la glace mixée
et rééditée par Galeshka Moravioff
dans une version stéréo.
Bonus : Que Viva Mexico
est accompagné du classique "Autour
du film", bonus texte de 5 pages assez intéressant
et qui permet de mettre le film en perspective. Il en
va de même pour le bonus d’Alexandre Nevski
et son très beau texte signé Barthélémy
Amengual, auteur du livre-référence : Que
Viva Eisenstein.
Les Notes d’Eisenstein couchées
sur ce DVD recèlent quelques petits trésors
comme celle superbe lettre du maître du cinéma
Russe à un autre maître, américain
celui-ci : Charlie Chaplin. Vous pourrez lire par ailleurs
des extraits de ses mémoires consacrés au
Mexique ainsi qu’un très beau texte sur Prokofiev,
qu’il tenait pour "le plus grand compositeur
de cinéma".
La biographie, semblable à celle
déjà chroniquée plus haut et présente
sur les quatre DVDs de la série..
Apparat critique, avec un analyse élogieuse
de Que Viva Mexico par les Cahiers du Cinéma
(Que Viva Eisenstein) ainsi que des textes – non
datés - de George Sadoul et Dominique Fernandez.

DVD4 - IVAN LE TERRIBLE
Seul DVD du coffret à présenter un seul
film, mais quel film ! Fresque d’une durée
de presque trois heures, le film devait au départ
être composé de trois parties mais ne sera
finalement, malheureusement, qu’un diptyque.
Image : A l’image
de la majorité des autres films du coffret, la
copie offre un superbe travail sur le contraste, avec
une gestion du Noir et Blanc vraiment splendide. Une splendeur
qui nous permet d’oublier là encore quelques
effets de rémanence, scintillement et autres tâches
ou poussières. Il conviendra bien sûr de
comparer avec le coffret Criterion, mais l’on tient
là toutefois une splendide copie de Ivan le
Terrible (allez jeter un simple œil sur la première
séquence de couronnement, aux nuances de N&B
parfois époustouflantes, pour vous en convaincre),
d’autant que les problèmes de compression
parfois constatés sur les autres DVDs se font beaucoup
plus discrets.
A
noter aussi que le DVD de Films sans Frontières
se tire plus qu’honorablement des séquences
en couleur de la fin, pourtant piégeuses avec ses
rouges chatoyants. De même, les scènes teintés
d’or sont réellement superbes.
De même que pour Alexandre Nevski, on pourra
regretter une bande son plutôt
déficiente (en ce qui concerne les dialogues surtout,
là encore assez sourds et non exempts de souffle,
puisque la partition de Prokofiev est elle plutôt
bien sertie)
Bonus : Dernier bonus alléchant et rare,
Romance Sentimentale, poème visuel
et musical (le générique parle d’une
étude cinématographique) réalisé
de loin par Eisenstein – c’était plutôt
le projet de Tissé et Alexandrov – afin de
subsister lors d’un séjour à Paris.
Le film est en fait un court métrage expérimental
qui confirme la passion d’Eisenstein pour les innovations
de montage. A noter toutefois une image assez abîmée…
A noter que le film est lui aussi accompagné d’un
texte d'une page.
Biographie (toujours la même) assez
complète d’Eisenstein sous la forme d’un
texte d’une dizaine de pages.
Notes d’Eisenstein (3 textes assez
longs d’Eisenstein sur Ivan, La Fonction
de l’Art et la Cruauté)
Apparat critique
(avec notamment de très beaux textes de Rohmer
et Rivette)