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Réalisation : Raoul Walsh (1940)
Scénario : Jerry Wald, et
Richard Macaulay d’après
le roman "The long Haul" de A.I. Bezzerides
Photo : Arthur Edeson
Montage : Thomas Richards
Musique : Adolph Deutsch
Interprétation : Ida Lupino, George Raft, Humphrey Bogart,
Ann Sheridan, Gale Page, Alan Hale, Roscoe Karns, John Litel, George
Tobias…
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Warner
Zone 1
4/3 1.33
Son : anglais mono
Sous-titres : anglais, français, espagnols
95 minutes |

Article
sur Imdb.com
Raoul Walsh - Un demi-siècle à Hollywood
- Calmann Levy
Raoul Walsh ou l’Amérique perdue - Michel
Marmin - Dualpha éditions
Les cahiers du cinéma - dossier
Raoul Walsh - n° 555
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Joe et Paul Fabrini (George Raft, Humphrey Bogart) sont routiers
et sillonnent la région de San Francisco. Ils
essaient tant bien que mal de rembourser leur camion
et de faire face à de nombreuses dettes. Malgré leur
enthousiasme et leur courage, le sort s’acharne
sur eux par le biais d’accidents ou d’impayés...
jusqu’au jour où Joe est embauché dans
la compagnie dirigée par Ed Carlsen. Le soleil
semble à nouveau briller pour Joe : son travail
est enrichissant et il rencontre la belle Cassie (Ann
Sheridan) dont il tombe fou amoureux. Mais, Lana Carlsen
(Ida Lupino), l’épouse du patron, s’éprend
de Joe. Démesurément possessive, elle décide
alors de tout mettre en œuvre pour qu’il devienne
son homme… |
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En
1940, la Warner produit énormément de films
: en ces temps de guerre et de doutes, le public américain
est friand de divertissements. A court de scénarios,
le studio met en chantier de nombreux remakes et des
adaptations de nouvelles. A.I. Bezzerides publie son
premier roman intitulé Long Haul en 1938
et en cède immédiatement les droits à Warner.
Le studio en confie la réalisation à son
collaborateur le plus fidèle : Raoul Walsh dont
la personnalité correspond bien à cette
histoire de camionneurs.
A l’âge de quinze ans Walsh quitte le domicile
familial et part en quête d’aventures qui le
mèneront de Cuba, à Hollywood en passant
par le Mexique et les plaines du Montana. Lors de sa carrière
de réalisateur il restera attiré par les
récits d’aventures : que ce soit Objective
Burma, High Sierra ou encore The Big Trail,
le protagoniste "walshien" va toujours de l’avant.
They drive by night ne déroge évidemment
pas à la
règle.
Son héros, Joe Fabrini, est un homme inexorablement
attiré par la route. Chaque image du film concourt à définir
ce caractère volontaire et tourné vers l’avant.
A ce titre, le premier plan du film est révélateur
des ambitions de Walsh : un camion avance vers la caméra.
Image simple mais image de l’action, cette introduction
est la quintessence de l’art du cinéaste dont
la passion du mouvement est portée par le personnage
de Joe : du début jusqu’au final, il n’a
de cesse d’avancer vers son objectif, de construire
son avenir. Lorsqu’on lui propose un verre d’alcool,
il refuse systématiquement ce plaisir nocif à toute
ambition. Quand il s’arrête dans un relais
routier, il n’y reste que quelques minutes, le temps
de dévorer un steack sous les yeux admiratifs de
des piliers de bars. Et après le final, où Joe
a tout gagné, il est encore tenté d’abandonner
ses biens pour reprendre la route…
Le mouvement, l’énergie, l’action sont
autant de qualificatifs du cinéma de Raoul Walsh.
Son héros y puise la force de surmonter les épreuves
qui se dressent devant lui. Dans le cas de They Drive
by night, les difficultés pour aller de l’avant
sont multiples et variées. Il y a d’abord
Paul, le frère de Joe : interprété par
Bogart, ce personnage apparaît dans la première
scène. Endormi et inutile, il s’impose déjà comme
une charge pour Joe. Par la suite, Paul est blessé au
cours d’un accident de camion. Plongé dans
une profonde dépression, il retrouvera goût à la
vie au contact de son frère. Le héros walshien
franchit les obstacles grâce à son énergie
mais au-delà, il communique ce dynamisme au groupe
(ce sera encore le cas d’Errol Flynn dans Objective
Burma) et par extension aux spectateurs. De la force,
il en est encore question pour affronter le modèle
social américain qui se présente comme un
nouvel obstacle à son avancée : les frères
Fabrini transportent des marchandises, mais les acheteurs
rechignent à les payer. Pour faire face à cette
situation, Joe les menace physiquement et obtient son dû.
Quand il l’a enfin gagné, ce sont les prêteurs
qui se manifestent pour récupérer les dettes
des deux frères. Cette fois-ci, c’est en fuyant
avec l’aide de ses amis routiers que Joe trouve la
solution. Pourtant, il finira par payer ses dettes et la
morale capitaliste (!!) sera sauve. Dans l’Amérique
libérale, il faut se battre et rester unis pour
réussir. Welcome to the jungle, le héros
"walshien" mourra (High Sierra, L’enfer
est à lui) ou triomphera (Objective Burma,
They Drive by night).
Enfin, la dernière épreuve dont Joe doit
s’affranchir n’est autre que Lana, l’épouse
du patron, cette femme à la beauté charnelle
et vénéneuse, interprétée par
la sublime Ida Lupino. La première scène
qui les réunit montre Lana au bord d’une fenêtre
tandis que plus bas, Joe se bagarre entouré d’une
foule admirative. Evidemment, il triomphe et s’impose
comme un leader, un chef de meute venant défendre
son titre. Les yeux sombres de Lana scintillent alors de
mille feux et Joe devient l’objet de ses convoitises.
Pour le séduire, elle usera de tous les moyens et
détruira sans scrupule les obstacles qui la séparent
de son objectif. Ici, c’est la morale du héros
walshien qui est mise en exergue: Joe considère
son patron comme un ami et envisage son avenir auprès
de la belle Cassie dont il est épris. Cette dernière
a le charme et la beauté de la raison. Sage et attentionnée,
elle représente l’épouse idéale,
le modèle américain ! En l’opposant à Lana,
Walsh crée un contraste saisissant. De cette opposition,
le charme de Lana n’en paraît que plus puissant,
diabolique presque ! Mais Joe n’y cède pas,
sa morale au service de ses ambitions est bien trop forte
pour cela.
Certains iront reprocher à Walsh une approche trop
manichéenne de ce personnage : réglée
comme un mécanisme parfait, sa volonté n’est
jamais prise en défaut. Sa résistance à Ida
Lupino fera sourire les plus cyniques. Aujourd’hui,
fort est à parier, qu’un remake du film montrerait
un héros teinté de faiblesses et attiré par
la beauté du diable. Chez Walsh, il n’en est
pas question, son personnage en tire une forme de noblesse,
désuète certes, mais au combien admirable
!
Pour interpréter Joe Fratini, Raoul Walsh choisit
George Raft : torse bombé, regard profond, démarche
volontaire, Raft incarne à la perfection ce personnage à la
psychologie simple. Sa performance nullement complexe à réaliser,
tient surtout dans l’énergie qu’il insuffle à Joe.
En l’exprimant sans la moindre faille et en imposant
son personnage en puissance, Raft réalise un tournant
dans sa carrière : las des rôles de gangsters
durs et sans pitié (Scarface), il cherche des caractères à dimension
humaine et, avouons le, une plus grande popularité.
Cette volonté expliquera, d’ailleurs, son
refus d’interpréter le bandit Roy Earle dans
le film suivant de Walsh : High Sierra. Il laissera ainsi
la place à Humphrey Bogart qui joue le rôle
de son frère dans They drive by night.
Prénommé Paul, le cadet des Fratini est
un personnage en proie au doute : partagé entre
son désir d’être sur la route et son
besoin de se sédentariser, de construire une famille.
Ce rôle est idéal pour Bogey : il n’est
qu’un caractère secondaire, mais ses apparitions
sont convaincantes et forcent l’admiration de Walsh.
Pour
jouer le rôle de Cassie, la belle barmaid qui
fait chavirer le cœur de Joe, Warner fait confiance à Ann
Sheridan. Superbe châssis (comme le dit Joe lorsqu’il
la rencontre !!), sourire enjôleur et gouaille permanente
confèrent à son personnage un charme évident.
Pour
lui faire face et personnaliser cette "femme dangereuse"
(comme le rappelle le titre
français) Walsh propose à Jack
Warner une jeune actrice encore méconnue : Ida Lupino.
Le patron du studio n’est guère emballé par
ce choix mais Walsh parie que Lupino réussira les
essais au point qu’ils serviront pour le film ! La
jeune comédienne rencontre Walsh et fait son premier
test avec la scène où elle avoue un meurtre
: elle stupéfait alors l’équipe présente
sur le plateau grâce à une performance époustouflante.
Walsh ne s’était pas trompé, la prise
d’essai est conservée, Jack Warner a perdu
son pari mais son studio a gagné une star ! Après
le succès public et critique de They Drive by
night (les journaux écrivant que Lupino vole la vedette à Raft
et Sheridan) Warner lui propose une prolongation de contrat
de sept ans. La jeune actrice anglaise devient la nouvelle
icône du studio et obtiendra la tête d’affiche
pour High Sierra, devant Bogart !
De la performance
d’Ida Lupino le public retiendra
surtout la scène du tribunal : la belle Lana, vêtue
d’une robe noire, se lance dans un monologue emprunt
de folie et termine dans des hurlements - "The doors
made me do it" - et des larmes. Elle stupéfie alors
l’audience
du procès et cloue les spectateurs à leur
strapontin. Cependant, d’autres scènes sont
remarquables, et en particulier celle qui suit le meurtre
perpétré par Lana : elle sort du garage et
s’arrête devant la cellule photo électrique
qui achèvera sa victime. Si elle la franchit, les
portes se refermeront et emprisonneront sa victime qui
mourra asphyxiée. Ida baisse alors les yeux, hésite,
les relève, fixe la caméra devant laquelle
son regard se diabolise et franchit la cellule… Une
femme fatale est née !! Ce plan magnifiquement mis
en scène par Walsh et interprété par
Lupino est d’une force inouïe. Fort est à parier
que cette séquence restera longtemps gravée
dans vos mémoires cinéphiles…
Pourtant They drive by night n’est pas encore
reconnu comme un grand Walsh. Tavernier et Coursodon louent
la
qualité de la mise en scène mais n’en
font par pour autant un incontournable. Idem pour Michel
Marmin qui dans son ouvrage range cette "femme dangereuse"
dans les petits films de Walsh. Evidemment, cette oeuvre
n’a pas l’ampleur ni l’ambition d’un
Voleur de Bagdad ou de The big Trail. Néanmoins,
il possède un charme puissant et fait preuve d’une
efficacité mordante qui vous captivera de bout en
bout. Je défie donc le moindre spectateur de regarder
sa montre pendant ces 90 minutes d’actions non-stop.
Et si tel était le cas n’hésitez pas à m’écrire
!
Walsh rulez !
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Image : Le master utilisé sur ce DVD a bénéficié d’une
restauration de bon niveau. Quelques tâches blanches
apparaissent de temps à autre mais elles ne gênent
en aucun cas le spectacle. La définition est sans
doute le point faible de ce DVD. Attention cependant, elle
n’a rien de catastrophique ! Variable, elle alterne
le très bon (notamment dans les scènes d’intérieur)
et le moyen (quelques images légèrement floues
par moment, surtout au début du film). La compression
est en revanche parfaitement réussie. Aucun effet
de brillance ou de pixellisation n’est à signaler.
Les contrastes ont un beau rendu et les scènes de
nuit restent parfaitement lisibles.
Son : Warner ne propose
qu’une piste sonore anglaise
en mono, mais c’est l’essentiel ! Elle distille
les dialogues et la musique discrète d’Aldoph
Deutsh sans le moindre parasite. C’est du bon travail
agrémenté de sous-titres blancs et très
bien intégrés à l’image.
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Divided
Highway : the story of They drive by night (10'35")
: ce court documentaire est consacré au film. Vous
n’y trouverez pas énormément de détails
concernant le tournage. Cependant, l’analyse des
carrières de Bogart, Raft et Lupino reste intéressante
ainsi que l’histoire de la genèse du film.
Compte tenu de la notoriété du film nous
pouvons nous estimer heureux d’avoir accès à ce
supplément.
Swingtime in the movies (19'04") : ce
divertissement mettant en scène quelques comiques
propose une parodie de tournage hollywoodien. Le décor
s’écroule,
le réalisateur tombe à l’eau … Parallèlement
quelques morceaux chantés accentuent le côté "entertainment?"du
documentaire. Rien de bien passionnant ni en rapport avec
le film de Walsh mais les amoureux d’Hollywood y
trouveront certainement de quoi se réjouir !
Theatrical trailer (1'51") : une bande
annonce du film dans un état de conservation dégradé qui
permet d’apprécier d’autant plus le
travail effectué sur le DVD !
Conclusion :
méconnu, ce film de
Walsh mérite
d’être découvert. Le DVD proposé par
Warner permet de le faire dans des conditions audio et
vidéo correctes, en proposant quelques bonus et
tout cela pour un prix très modique. N’hésitez
donc pas !
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