1944
. Des généraux confient au major John Reiman (Lee Marvin) la mission d’entraîner douze militaires condamnés à mort, à de longues peines de prison ou à des travaux forcés, afin de créer une unité chargée d’effectuer une mission commando officieuse en France occupée.

Les Douze salopards
(The Dirty Dozen)
Réalisé
par Robert Aldrich
Avec Lee Marvin, Ernest Borgnine, Charles Bronson, John Cassavetes, Robert Ryan, Telly Savalas, Donald Sutherland
Scénario : Nunnally Johnson et Lukas Heller, d'après le roman de E.M. Nathanson
Musique : Frank De Vol
Photographie : Edward Scaife
Un film MGM
USA - 145 mn - 1967

Ce film est emblématique à la fois du cinéma de Robert Aldrich et du rapport que la critique et le public entretiennent avec le réalisateur. Une méconnaissance de l’œuvre du réalisateur et des jugements à l’emporte-pièce ont rapidement associé les Douze salopards a un discours fascisant glorifiant la violence et l’anathème "la fin justifie les moyens". Dans le même temps, nombre de critiques y ont également vu un violent pamphlet contre l’armée.

Ce fossé qui sépare deux interprétations totalement antinomiques est due à la conception qu’a le réalisateur du genre dans lequel il œuvre, et plus largement à une vision personnelle et radicale du cinéma.

Les Douze salopards fait partie de ces films prenants pour toile de fond la Seconde Guerre Mondiale, occasion pour bon nombre de productions de glorifier l’héroïsme et le patriotisme, de célébrer le courage des combattants et leur sens du sacrifice et du devoir. Robert Aldrich avait déjà mis à mal cette conception de la guerre avec Attaque (Attack !, 1956), où un lieutenant interprété par Jack Palance était confronté à la lâcheté et au sadisme de son supérieur, où les horreurs de la guerre étaient dépeintes avec une rigueur et une honnêteté qui en faisaient ressortir l’absurdité et la folie.

Le propos d’Aldrich dans Les Douze salopards est encore une fois une condamnation de l’armée et de la guerre : "Je pense que la guerre réveille à la fois le meilleur et le pire en l’homme, mais pas seulement le pire. Prenez la séquence où Jim Brown sprinte à travers la cour du château, laissant tomber des grenades dans les systèmes de ventilations aspergés d’essence : j’ai essayé de dire là que ce ne sont pas seulement les Allemands qui commettent des actions particulièrement atroces et que les Américains agissent de même. La guerre est déshumanisante : il n’y a pas de guerre propre". Cette allusion à l’utilisation du napalm, alors que la guerre du Vietnam fait toujours rage, fait partie d’une critique lucide de la guerre et plus largement d’une société américaine à la violence inhérente. De Bronco Apache (Apache, 1954) où les convois de déportés Indiens étaient associés à ceux de l’Allemagne nazie à Fureur Apache (Ulzana’s Raid, 1972) qui, sous les oripeaux du western, est un véritable film de guerre au discours identique à celui des Douze salopards, le propos reste le même : la guerre ne peut être qu’inhumaine, et les prétendues règles ne peuvent en masquer les horreurs et la rendre ainsi acceptable.

Tiré d’un roman d’E.M. Nathanson, le scénario de Lukas Heller (collaborateur de longue date d’Aldrich avec Qu’est-il arrivé à Baby Jane, Chut… chut chère Charlotte, Le Vol du Phénix, Faut-il tuer Sister George ? et Trop tard pour les héros) et Nunnally Johnson (Les Raisins de la colère et La Route du tabac de John Ford), le scénario, en prenant comme protagonistes des criminels, pose comme postulat de base que la guerre est une affaire d’assassins.

En amont des combats, c’est l’armée en elle même qui est prise pour cible par Aldrich. Le réalisateur n’aura de cesse tout au long de sa carrière de stigmatiser le pouvoir de domination et la capacité de nuisance des institutions : l’armée avec Attaque !, Fureur Apache ou encore L’Ultimatum des trois mercenaires (Twilight’s Last Gleaming, 1977), l’univers carcéral dans Plein la gueule (The Longest Yard, 1974), la police dans Bande de flics (The Choirboys, 1977)…

Toute la première partie du film nous montre l’entraînement de la Dirty Dozen, la lente négation de leurs individualités jusqu’à ce qu’ils fusionnent dans le groupe. Aldrich en prenant pour sujet de cette destruction programmée de l’individu, des êtres hors normes, farouchement individualistes et bornés, nous laisse imaginer ce qu’un tel entraînement peut provoquer avec les jeunes adolescents avalés habituellement par la machine militaire. D’ailleurs Kenneth Hyman avant de produire le film, a également produit le magnifique Colline des hommes perdus (The Hill, 1965) de Sidney Lumet sur un sujet similaire.

 
 
L’autre aspect de la charge anti-militariste consiste à représenter sans fard la hiérarchie militaire. Cyniques, immoraux, les actes des généraux nous montrent tout ce que l’apparente droiture du corps militaire recèle d’hypocrisie. C’est également la scène d’ouverture sur la pendaison d’un condamné à mort, qui, par sa précision glaciale, nous jette à la figure l’inhumanité et l’abjection de cet acte barbare. C’est aussi le sadisme des instructeurs, les rapports de domination et d’humiliation qu’Aldrich exacerbe par le jeu très efficace de plongées et contre-plongées dont il est coutumier.

Mais d’ou vient donc l’incompréhension que ce film a suscité à de nombreuses reprises ? Pourquoi Aldrich s’est-il vu traiter de fasciste ? C’est dans son traitement de la violence et la place qu’il accorde au spectateur qu’il faut en chercher l’origine.

L’identification du spectateur ne passe pas par les habituelles figures héroïques du cinéma de guerre. Dans un premier temps celui-ci s’associe au personnage de Lee Marvin grâce à son esprit frondeur et son insolence face à des généraux abjects. Mais dès les premières prises de contact avec les "salopards", l’autoritarisme et la violence du personnage sont évidents. Or le spectateur ne pouvant s’identifier aux "victimes" de cet officier (des assassins, des violeurs…) il en vient à souhaiter la réussite de l’entreprise de "mise au pas" des condamnés. C’est peut-être alors que certaines personnes, par manque d’un repère clair auquel s’accrocher, en viennent à associer la pensée d’Aldrich à celle fascisante de ce programme militaire déshumanisant. Dans un deuxième temps, quand les crapules deviennent des figures héroïques, l’identification à ceux-ci n’en est pas pour autant facilitée. Car c’est alors la représentation de la violence qui va faire encore une fois tanguer le spectateur sur ses bases. Le public qui va voir un film de guerre, y va pour se divertir. Il y a alors eu peu de films depuis Cote 465 d’Anthony Mann ou Amère victoire de Nicholas Ray à montrer la violence de la guerre dans sa réalité crue. Peckinpah, Fuller, Aldrich livrent un cinéma sans concessions, où la violence n’est pas édulcorée et où l’action n’a pas valeur unique de divertissement. Certes tout la partie commando des Douze salopards est trépidante, le suspens est mené de main de maître, on tremble pour la réussite de la mission et la survie des combattants. Mais cette partie est constamment envahie par un déferlement de violence qui ne peut que renvoyer le spectateur face à sa fascination morbide pour ce spectacle de mort. C’est le commando américain qui comme on l’a vu plus haut va faire périr des officiers allemands et des innocents par un abominable succédané de napalm, après avoir également envisagé de les gazer.

Aldrich rejette la facilité de combats idéalisés et montre l’abominable. Le public ne peut donc qu’être saisi et doit remettre en question sa vision de l’héroïsme devant cette peinture anti-manichéenne au possible, qui refuse constamment de délimiter des frontières claires et immuables entre le bien et le mal. Aldrich n’aurait pu réussir cette ambitieuse entreprise sans le concours d’acteurs tous plus justes les uns que les autres : outre Lee Marvin, Ernest Borgnine et Charles Bronson, tous trois des habitués du cinéaste (Attaque ! et L’Empereur du nord pour le premier, Bronco Apache et Vera Cruz pour le dernier, et pour Ernest Borgnine une collaboration qui s’étale sur plus de trente ans de Vera Cruz à La Cité des dangers en 1975) ce casting parfait est aussi composé de Ralph Meeker, George Kennedy, Robert Ryan, Telly Savalas, Richard Jaeckel, George Kennedy, Trini Lopez, Ralph Meeker et les jeunes Donald Sutherland et John Cassavetes. Les Douze salopards est le plus grand succès public de Robert Aldrich, succès tel qu’il lui offre l’opportunité de racheter les studios Famous Player-Lasky. Il renforce ainsi son statut d’indépendant et cette acquisition lui permet de tourner des œuvres de plus en plus personnelles et radicale, telles Le Démon des femmes (The Legend of Lylah Clare, 1968), Faut-il tuer Sister George ? (The Killing of Sister George, 1968) et Pas d’orchidées pour Miss Blandish ! (The Grissom Gang, 1971).


Image
: Belle surprise, l’image proposée par Warner est bien supérieure à celle de la première édition simple Zone 1. Transfert 16/9 ; copie en assez bon état ; bon rendu des couleurs, lorsque l’on sort des teintes vert-de-gris propres aux films de guerre et des scènes d’intérieur ou nocturnes qui occupent la quasi-totalité du métrage… autant dire que les couleurs chatoyantes ne sont pas légion ! La copie n’est pas exempte de défauts : certaines scènes sont floues ou granuleuses ; lors des dialogues en allemand, des sous-titres anglais incrustés envahissent l’écran. Le gros défaut de cette édition consiste en un recadrage minime mais bel et bien présent.

Son
: Le film, contrairement à ce qui est annoncé sur la jaquette, est proposé en stéréo. Le son est propre, les dialogues et la musique se détachent parfaitement.

Warner
143 mn
Zone 2
Chapîtrage fixe et sonore
Format cinéma : 2.20: 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Français, Anglais, Italien
Dolby Digital 2.0
Sous titres : Français, Anglais, Italien, Allemand, Espagnol, Arabe, Bulgare, Roumain, Néerlandais. Anglais et Italien pour sourds et malentendants


Image :
Il nous aura fallu attendre longtemps avant d'avoir une édition entièrement satisfaisante des Douze Salopards, mais ce double DVD est à ce jour la meilleure : une image charnue, qui conserve juste ce qu'il faut de grain pour ne pas paraître asseptisée, des couleurs franches sans être trop vives, une copie de belle qualité, une compression sans défaut, bref un travail d'excellente qualité. Ajoutons un cadrage plus respectueux du format original, et on pourra dire qu'on tient là une édition de référence.

Son : Ne fuyez pas en lisant que la bande son a été remixée en 5.1. Issue des copies 70 mm, cette version est dynamique, riche en basses, et concentre l'essentiel des effets sur les voies avant, évitant ainsi d'obtenir un son dénaturé, éloigné de l'original. Les nostalgiques des lointains Dimanche soirs sur TF1 seront également ravis de retrouver une bonne vieille VF en mono.
Warner Home Video
149 mn
Zone 1,2,3,4
Menu fixe et musical
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.85 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : anglais Dolby Digital 5.1, français Dolby Digital mono
Sous titres : anglais, français, espagnol

Outre la bande-annonce (non sous-titrée), MGM nous gratifie d’une featurette promotionnelle de 9 minutes, intitulée Operation Dirty Dozen, une publicité fort sympathique pour Lee Marvin : Lee Marvin est vraiment un chic type, qui a toujours le sourire et qui est très gentil avec ses partenaires, avec qui il n’hésite pas à déjeuner dans un pub de Londres et à flâner dans les rues de Soho. Lee Marvin n’est pas qu’une star de cinéma, c’est aussi un être humain comme vous et moi… il faut voir ce passionné de motocross sur le fameux circuit de Southdown le dimanche après-midi ! Commandez dès aujourd’hui votre Lee Marvin, vous ne le regretterez pas, et si vous trouvez moins cher dans un rayon de 30 km, MGM vous rembourse la différence. Vous apprendrez aussi que ce tournage n’était pas qu’une partie de rigolade et que la production a mis les moyens pour vous offrir ce spectacle de qualité. Bonus chroniqués par Susie Derkins.

Disque 1 :

Introduction by Ernest Borgnine :
présentation sympathique du film par l'acteur, qui rappelle quelques annecdotes connues sur le tournage.

Commentaire audio
: les propos du capitaine Dale Dye, de l'historien du cinéma David J. Show, du producteur Kenneth Hyman, de l'auteur E.M. Nathanson et des acteurs Jim Brown, Trini Lopez, Stuart Cooper et Colin Maitland sont montés pour donner un commentaire précis, détaillé et vivant, riche en annecdotes sur le tournage.

Operation Dirty Dozen : là, je vous renvoie aux propos de Susie Derkins.

Theatrical Trailer

Disque 2 :

The Dirty Dozen : Next Mission :
Attention, c'est du lourd ! Une suite/remake en forme de téléfilm capté mollement par le vétéran du genre Andrew McLaglen, tout en zooms et grisaille derickienne dans lequel Lee Marvin, Ernest Borgnine et Richard Jaeckel reprennent leurs rôles, vingt ans après - et quelques semaines plus tard dans l'histoire. Même si l'on ne doute pas que certains se procureront cette édition uniquement pour le (re)voir, on ne peut que vous encourager à ne pas perdre votre temps.

Armed and Deadly : the Making of The Dirty Dozen
- 30 mn 54 : les acteurs survivants, ainsi que quelques spécialistes d'Aldrich et du film de guerre, retracent l'historique des Douze Salopards. Ils replacent tout d'abord le film dans son contexte historique, en tant que rupture avec le cinéma héroïque traditionnel où la notion de sacrifice domine. Ils reviennent ensuite sur le casting : comment le rôle de Lee Marvin devait être à l'origine tenu par John Wayne, qui préféra aller faire ses Berets Verts - pas de chance, Duke ! On y apprend aussi que c'est Frank Sinatra qui, au vu du retard pris par le tournage, conseilla à Trini Lopez de quitter le plateau afin de privilégier sa carrière... et voilà pourquoi son personnage se brise le coup en sautant en parachute. Tous rendent un hommage appuyé à Robert Aldrich, qui malgré la promesse d'une nomination aux Oscars, refusa de couper la scène où Jim Brown jette des grenades dans la cave où sont enfermés les allemands. "War is Hell"...

The Filthy Thirteen : Real Stories from Behind the Lines - 47 mn 09 : E.M. Nathanson revient sur ses "sources" et son enquête sur les commandos suicide de l'armée américaine ; à l'arrivée, un segment fort intéressant, riche en témoignages.

Marine Corps Combat Leadership Skills - 29 mn 38 : Etrange supplément que voilà ! Il s'agit d'un film de recrutement pour le corps des Marines, datant du débu des années 80 et présenté par Lee Marvin en personne. Si de nombreuses images d'entraînement font bien entendu songer à Full Metal Jacket - le rasage, les dortoirs -, ce film n'occulte en rien la réalité du terrain. Un objet de curiosité.

Aucun de ces suppléments n'est sous-titré.

Test technique de Franck Suzanne.

En savoir plus
La fiche Imdb du film
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Bronco Apache
La Cité des dangers

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