
Réalisé
par Irving Reis
Avec Cary Grant, Myrna Loy, Shirley Temple,
Rudy Vallee, Harry Davenport
Scénario : Sidney Sheldon
Musique : Leigh Harline
Photographie : Robert De Grasse et Nicholas
Musuraca
Un film RKO
Etats-Unis – 95 mn – 1947 |

Editions
Montparnasse Collec. Pocket
95 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3 N&B
Langues : Anglais et français
Dolby Digital mono
Sous titres : Français
Mono d’origine
Menus fixes |


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Chroniqués
par DvdClassik :
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Susan
Turner (Shirley Temple), jeune lycéenne, tombe
amoureuse de Richard Nugent (Cary Grant), un séduisant
artiste venu dans son école discourir de la tradition
classique de la peinture. Quelques heures plus tôt,
l’artiste comparaissait devant la sœur de Susan,
la juge Margaret Turner pour coups et blessures lors d’une
bagarre dans un club. Subjuguée par l’artiste,
Susan s’introduit chez lui en son absence, prétextant
qu’elle souhaite lui servir de modèle. Nugent
est surpris en la présence de Susan par une Margaret
qui n’hésite pas à le faire embarquer
au poste de police. L’artiste tentera de convaincre
son avocat de son innocence dans cette affaire ; une mission
délicate compte tenu de sa réputation de charmeur
invétéré. Nugent va se retrouver bien
malgré lui pris dans un triangle amoureux… |
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1947, la Commission des Activités
Anti-américaines présidée par J. Parnell
Thomas entend ses premiers témoignages. Pour l’ultra
conservateur, il ne fait aucun doute que l’industrie
du cinéma est rongée par le mal rouge. Une
liste noire circule ; le climat n’est pas au beau
fixe pour qui désire vivre du septième art.
C’est dans cette atmosphère pesante que naît
le projet de Deux sœurs vivaient en paix,
une œuvre légère à mille lieues
des préoccupations politiques anti-communistes.
Si on se réfère à Coursodon et Tavernier
(1), ce film n’a jamais existé. Pas une ligne,
pas une référence… rien. Même
constat en ce qui concerne son malheureux réalisateur
Irving Reis : nada. On se pose alors des questions sur la
qualité d’un film qui a pourtant remporté
l’Oscar du meilleur scénario et rempli les
caisses de la RKO cette année-là. Ce n’est
certainement pas Cary Grant qui aurait donné tort
aux deux auteurs en ce qui concerne le pauvre Reis, à
qui il dénie le droit à la réalisation
de cette comédie classique. En 1946, Cary Grant sort
de deux succès critiques et publics, Notorious
et Night and day. L’acteur souhaite ardemment
retourner à ses premières amours : la comédie.
La MGM lui propose The Hucksters, mais c’est
finalement Clark Gable qui acceptera le rôle. Arrive
alors le script de Sidney Sheldon, Deux sœurs vivaient
en paix. Grant souhaite honorer le contrat qui le lie
à RKO et accepte donc le projet. L’enthousiasme
de Grant ne représente pas pour autant une quelconque
garantie ; l’acteur a refusé de nombreux projets.
Irving Reis est proposé par le studio afin de tourner
le film. Grant lui préfère Leo McCarey. Reis
a pourtant un solide passé derrière lui. Il
est le fondateur et directeur de la station CBS pour laquelle
il a écrit, produit et réalisé de nombreux
dramatiques radio dans les années 30, notamment War
of the worlds en collaboration avec Orson Welles. Il
est ensuite entré à la Paramount en 1938 comme
scénariste puis est passé à la RKO
deux ans plus tard, en tant que réalisateur de B-movies.
Le curriculum n’impressionne pas Grant qui accuse
Reis de ne rien entendre à la comédie (le
film marquera la seule et unique collaboration entre les
deux hommes). Le tournage fut donc des plus pénibles,
que ce soit dû aux relations houleuses entre les deux
artistes ou encore suite aux investigations du FBI menées
à l’encontre de Grant, interrogé pour
l’amitié qu’il portait à Howard
Hughes . Pour couronner le tout, Frank Vincent, ami et partenaire
en affaires de Grant, décède d’une crise
cardiaque. Rien de tout cela ne transparaît à
l’écran. Grant est semblable à lui-même
: magnifique. Le film rapporte 5,5 millions $ au box-office
; un succès public qui permit au Studio de se la
couler douce jusqu’en 1948.
Deux sœurs vivaient en paix marque la première
collaboration de Cary Grant avec sa partenaire Myrna Loy,
qu’il retrouvera un an plus tard sur Mr. Blandings
builds his dream house, un autre succès de la
RKO. L’alchimie fonctionne à merveille entre
les deux acteurs, il ne faut d’ailleurs pas longtemps
à son personnage du juge Turner pour tomber sous
le charme de Richard Nugent. Dès les premiers plans
communs, l’honorable juge ne peut cacher son attachement
à cet artiste un rien débauché, dont
le mode de vie semble à des années lumières
de l’univers logique et sérieux de la magistrate.
La
romance débute rapidement, Richard Nugent donne une
conférence sur la peinture à laquelle assiste
la jeune Susan, qui ne tarde pas à se découvrir
une passion pour le pinceau et pour l’artiste en particulier.
Surpris en la compagnie de Susan par sa sœur la juge
Margaret Turner, Nugent n’a d’autre choix que
de céder aux exigences de Margaret s’il veut
échapper à la prison. Nugent va devoir détourner
Susan de son amourette pendant que l’oncle Matt (Ray
Collins) s’évertuera à pousser Margaret
dans les bras de Richard. Un triangle amoureux qui donne
droit à du comique de situation, ceci dit rien de
bien extraordinaire pour un Grant que l’on a déjà
connu bien plus comique, en cela aidé par de meilleurs
scénarii. Quoiqu’il en soit, Temple et Grant
tirent magnifiquement leur épingle du jeu, notamment
lors des nombreuses scènes de « je t’aime
moi non plus » ou lors des vaines tentatives de Grant
pour tomber dans l’oubli amoureux. Le casting sauve
donc un film qui aurait semblé bien terne sans ses
stars. Myrna Loy est tout à fait crédible
en juge sérieuse et Shirley Temple en adolescente
fascinée par son chevalier en armure brillante.
Au final, Deux sœurs vivaient en paix s’en
sort comme une comédie familiale honnête, mais
certainement pas le film magistral annoncé par Serge
Bromberg. Après tout, Tavernier et Coursodon devaient
avoir leurs raisons…
(1) COURSODON (Jean-Pierre) et TAVERNIER
(Bertrand), 50 ans de cinéma américain, Paris,
Omnibus, 1995, 1268 p.
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