Steve
Thompson retrouve Los Angeles qu'il a quitté deux ans auparavant
après son divorce d’avec Anna. Très vite son amour
obsessionnel pour elle refait surface et il entreprend tout pour la
revoir. Mais Anna est désormais la compagne de Slim Dundee, malfrat
notoire dont la bande va surprendre les retrouvailles entre Steve et
Anna. Pour détourner les soupçons de Slim et se donner
du temps, Steve invente le projet de l'attaque d'un fourgon blindé,
celui de la Compagnie pour laquelle il travaille désormais. Mais
le plan échoue...
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Pour toi j'ai tué
Criss Cross
Realisé par Robert Siodmak
1948 - 88mn - N&B
Production : UI (Michael Kraike)
Scénario : Daniel Fuchs
D' après le roman de Don Tracy
Photographie : Frank Planer
Musique : Miklos Rozsa
Casting : Burt Lancaster (Steve Thompson)
, Yvonne De Carlo (Anna), Dan Duryea (Slim Dundee), S. Mc Nally
(Pete Ramirez),Richard Long (Slade Thompson), Tom Pedi (Vincent),
Percy Helton (Frank), Alan Napier (Finchley)
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Pour
ceux qui souhaiteraient découvrir les arcanes du Film Noir, genre
cinématographique qui livra ses meilleurs fruits entre 1941(The
Maltese Falcon) et 1958 (Party Girl) voilà
sans conteste un film étalon par ses parti pris stylistiques mais
aussi scénaristiques. A commencer par la complexité psychologique
des personnages dont les intrigues et manipulations constituent autant
d'entremêlements très justement justifiés par le titre
Criss Cross. De chassés-croisés, il en
est également question entre le passé et le présent
: pour amener le spectateur a saisir l'engrenage à l'origine du
drame, le réalisateur utilise ce procédé inhérent
au Film Noir qu'est le flash back. Siodmak avait déjà usé
avec bonheur du flash back dans The Killers ; ici, encore
une fois, il s'en sert pour mieux mesurer l'ampleur de la fatalité
dont sont victimes les personnages et notamment Steve Thompson (Burt Lancaster
qui incarne un homme au profil assez proche de celui de The Killers),
prisonnier impuissant du passé. De cette situation il apparaît
que le présent n'a aucune existence réelle : Steve Thompson
traverse l'écran comme animé par une force invisible, âme
damnée comme d'innombrables figures du Film Noir.
Cet amour obsessionnel pour Anna est le véritable moteur du film.
C'est lui qui lui imprime son rythme. C'est parce que Steve a cherché
a revoir Anna qu'il se fait surprendre par Slim Dundee, le nouveau mari
d'Anna, et qu'il improvise le projet de cette attaque au fourgon. Et c'est
parce qu'il l'aime aveuglement qu'il la retrouvera à la fin du
film dans l'espoir naïf de partir avec elle. Mais Anna, malicieusement
interprétée par Yvonne De Carlo n'est pas une femme fatale
habituelle du Film Noir. Elle
a été autrefois mariée à Steve et depuis leur
divorce a refait sa vie avec Slim Dundee, petit caïd du milieu, et
profite comme elle l'entend de tous les avantages matériels que
cette situation lui apporte. A vrai dire ce fatum apparaît vite
comme une seconde peau pour Steve dont on se demande dans quelle mesure
il ne serait pas masochiste. D'ailleurs cette phrase imagée en
dit long sur la non volonté de Steve de se défaire de ce
passé accablant : "Un homme mange une pomme. Un morceau
du trognon se coince entre ses dents. Il veut le dégager avec le
cellophane de son paquet de cigarettes. Qu'est ce qui se passe ? Le cellophane
se coince aussi!"
Robert Siodmak, réalisateur américain, a cette particularité
d'avoir réalisé ses premiers films en Allemagne où
il a passé son enfance. Son premier film, Les hommes le
dimanche (1929), est l'occasion d'une collaboration entre futurs
grands d'Hollywood (Billy Wilder , Fred Zinneman, Edgar G. Ulmer). Les
évènements en Allemagne l'amènent jusqu'aux USA.
Très vite il s'essaie aux intrigues policières, ce sera
Fly by Night en 1942 (pour la Paramount), petit film d'espionnage
alerte, une incursion remarquée et remarquable dans le fantastique
avec Son of Dracula en 1943. Puis viennent les premiers
chefs-d'oeuvre d'une carrière américaine presque exclusivement
consacrée au Film Noir dont Siodmak devient l'un des Maîtres
: The Suspect, Phantom Lady (1944),
The Killers (1946), Thelma Jordan (1949)...
Deux ans après The Killers, Siodmak livre ici un film d'une étonnante
virtuosité plastique où plans larges et plans moyens s'entremêlent
(encore une fois) sans effets gratuits. De très rares gros plans,
un sens de l'épure "langienne" renforcent cette idée
d'intemporalité, comme si les personnages évoluaient dans
un monde sans décors ni détails, une idée assez personnelle
du Paradis en somme, peuple de figures extatiques. Cette
profusion de plans moyens, cette caméra qui tient chaque individu
à distance respectable accroissent davantage encore ce sentiment
d'impuissance des protagonistes vis a vis de la fatalité et distillent
au spectateur un sentiment de malaise en l'empêchant de s'identifier
a l'un ou l'autre personnage. Ce malaise, Siodmak l'entretient savamment
et nous fait partager son goût pour un suspense "hitchcockien"
dans la scène fameuse et insoutenable de la chambre d'hôpital
où Burt Lancaster, immobilisé dans son lit redoute l'arrivée
prochaine d'un tueur a la solde de Slim. Et que dire de cette scène
finale à la maîtrise absolue dans laquelle Siodmak manifeste
un sens approprié de la suggestion pour nous offrir le spectacle
à son comble de la réunion de trois personnages qui, bien
involontairement, vont se trouver réunis dans la mort.
A noter l'admirable score de Miklos Rosza (Double Indemnity,
The Killers, Adam’s Rib, The
Asphalt Jungle, Moonfleet) qui, par son thème
récurrent et entêtant, renforce un peu plus l'assouvissement
des personnages à une espèce de force invisible et implacable.
N'oublions pas, à ce propos, le rôle essentiel tenue par
la photographie soignée aux contrastes sophistiqués de Frank
Planer, à l'opposée du style réaliste de The
Phantom Lady que Siodmak avait réalisé 4 ans auparavant
mais aussi d'autres films noirs de cette époque tels que Thieves
Highway de Jules Dassin ou Pickup on Southstreet
de Samuel Fuller. Non ici, au contraire, l'irréalité naît
de ce présent ‘passif’ et impalpable qui prive les
hommes de toute initiative ou décision. Ils appartiennent désormais,
comme ce film, à L'éternité.
Petite parenthèse ludique pour les plus perspicaces d'entre vous
: essayez de trouver la scène où Tony Curtis fait sa première
apparition à l'écran...
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