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Réalisé par Joseph L. Mankiewicz
Avec Humphrey Bogart, Ava Gardner, Edmond O’Brien, Marius
Goring, Valentina Cortese…
Scénario : Joseph L. Mankiewicz
Musique : Mario Nascimbene
Photographie : Jack Cardiff
Un film United Artists
USA - 125 mn - 1954
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MGM
DVD
125 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais, Français, Allemand, Espagnol
Sous titres : Anglais, Français, Allemand, Espagnol
Mono d’origine |


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Harry Dawes, réalisateur américain sur le déclin,
se rend en Espagne accompagné d’un producteur,
de son associé et d’une starlette, tous
trois une certaine image de la vulgarité hollywoodienne.
Leur but : trouver la nouvelle future star du cinéma
américain qu’ils pensent trouver en Maria
Vargas - danseuse flamenco dans un cabaret miteux de
Madrid. Tout d’abord peu convaincue, Maria accepte
finalement, séduite par l’intelligence et
la finesse d’Harry Dawes dont elle devient rapidement
l’amie. Après trois films, Maria D’Amata
(son pseudonyme) est une star planétaire mais
elle se lasse vite de ce monde qui la dépasse
et l’ennuie. Plus que la célébrité,
c’est bien l’amour et le bonheur que cherche
cette Cendrillon moderne… |
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Pourquoi… ?
Pourquoi Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, monuments
d’érudition et d’intelligence cinéphile
appliquée au cinéma américain, eux
qui ont su si souvent mettre en mots un certain amour fou
pour le cinéma américain, eux qui semblent
capable de défendre jusqu’à la mort
des cinéastes aimés sur des dizaines de pages
- pourquoi donc ces deux papes de la critique française
ne consacrent-ils dans leur dictionnaire qu’un riquiqui
feuillet et demi au grand Joseph L. Mankiewicz, poussant
même leur logique au point de ne citer La Comtesse
aux Pieds Nus qu’une fois, posée là,
sans considération aucune, entre une évocation
d’All About Eve et du Limier… Pas la peine
de retourner l’objet dans tous les sens, de se pincer
pour y croire ou de s’enquérir de l’éventuelle
disparition de 12 pages consacrées à Mankiewicz
sur les presses de l’éditeur : les faits sont
là. Tavernier et Coursodon font l’impasse
sur cet immense cinéaste, et sur ce qui restera
un des films les plus brillants d’une filmographie
exceptionnelle.
Note pour plus tard : envoyer une
lettre aux deux auteurs dès la fin de cette chronique pour enquêter
sur les raisons de cet ostracisme… ;-)
Tout de même… Tatave… Ce n’est
pas d’un vulgaire film sorti à la sauvette
en 1954 dont nous parlons ici, mais bien de la Comtesse
aux Pieds Nus. Et si nous n’avons guère pour
habitude de faire courbette devant quelque forme d’aristocratie,
comment ne pas faire exception pour cette Contessa, si
belle et si fragile et qui mériterait, en plus d’une
révérence, une considération tout
autre. Car avec ce treizième film, le réalisateur
de Cléopâtre semble atteindre une certaine
forme de perfection filmique, dont il nous avait déjà donné un
aperçu plus que probant dans All About Eve, Mrs
Muir ou Chaînes Conjugales… La
Comtesse aux Pieds Nus, ou une certaine idée de la noblesse cinématographique.
Le
casting déjà… Humphrey Bogart,
au sommet de sa carrière et dont la simple apparition
en imperméable sous la pluie le confirme au Panthéon
des mythes hollywoodiens. Il est ici un réalisateur
désabusé (en qui l’on pourra parfois
reconnaître le scénariste et réalisateur
du film, Mankiewicz lui-même…) et terriblement
humain, dont l’intelligence et la douceur font tâche
dans un milieu du cinéma dépeint comme une
immense fosse aux lions. Etrange héros d’ailleurs
que ce Harry Dawes, ni premier rôle (il disparaît
parfois plus de vingt minutes au milieu du film), ni star
omniprésente, il est au service du film. Au diapason
de cet étrange personnage, Bogart livre ici une
de ses compostions les plus émouvantes, délaissant
la classe innée de certains de ses héros
précédents pour nous offrir le portrait tout
en nuances d’un homme fatigué et usé par
les drames de la vie.
La Comtesse aux Pieds Nus, c’est aussi une
formidable galerie de seconds rôles où chaque
personnage semble avoir sa chance, malgré la bonne
dose de cynisme du film... Ainsi, bien que ridiculisé dès
les premières minutes du film, Oscar Muldoon (génial
Edmond O’Brien déjà croisé dans
The Killers, Jules Cesar du même Mankiewicz, L’Homme
qui Tua Liberty Valance, La Horde Sauvage ou encore Le
Jour le Plus Long) voit sa psychologie étoffée
au fur et à mesure du film, et ce malgré un
scénario qui au premier abord ne lui offre pas la
part belle. Tout comme le comte Vincenzo Torlato Favrini,
dont la vie part en lambeaux, symbole d’une monarchie
en fin de course, mais qui n’est en rien le pantin
de l’histoire, lui qui comme sa sœur (personnage
tragique et beau brossé en deux répliques
et une scène), reste poignant et humain de bout
en bout. A l’image aussi de ce prétendant
au trône, membre d’une bien triste Jet Set
et roi de pacotille, à qui Mankiewicz offre pourtant
les plus belles et plus émouvantes réparties
du film :
"Ma chère Lulu, il y
a comtes et comtes, comme il y a rois et rois. Parmi
les comtes,
Torlato Favrini est
un roi. Tout comme moi, parmi les rois, je suis un clown."
On
a souvent reproché à Mankiewicz une certaine
amertume, quelques excès de cynisme et de misanthropie
qui viendraient gâcher un indéniable talent
de conteur et de cinéaste (un film comme The
Honey Pot - Guêpier pour trois abeilles témoigne
en effet d’un certaine acrimonie). Mais ce serait
oublier un peu vite toute la tendresse que celui-ci peut
accorder aux personnages les plus humbles de son film (seconds
rôles, troisièmes rôles, figurants -
les gitans chez qui se rend Maria Vargas par exemple…),
tout comme aux plus exposés : on peut ainsi avancer
sans crainte que La Comtesse aux Pieds Nus fait partie
des films les plus humains du grand Bogart, grâce
notamment à des dialogues, brillants, incisifs ou
tendres qui dessinent un personnage fatigué mais
vivant. Tout comme il pourrait bien être le plus
bel écrin jamais offert à Ava Gardner - en
compagnie de La Nuit de l’Iguane peut être… Resplendissante, éblouissante,
la star est aussi crédible en Cendrillon madrilène
qu’en nouvelle star hollywoodienne. Personnage complexe,
aux multiples fêlures, Maria Vargas semble ne pouvoir être
jouée que par Ava Gardner dont la beauté et
le talent n’ont jamais été aussi éclatants.
Servie
par une formidable direction artistique, Gardner, en robe
d’apparat et bijoux somptueux, traverse les
immenses plateaux de Cineccita éclairés avec
amour par le grand Jack Cardiff, remarquable directeur
de la photographie connu pour son travail avec le duo Powell-Pressburger
: A Matter of Life and Death, Le Narcisse Noir, Les
Chaussons Rouges - dont la superbe photographie est très proche
de La Comtesse - mais aussi Les Amants
du Capricorne, Pandora, African Queen ou Les Vikings). C’est ici
un véritable feu d’artifice de couleurs et
de teintes, où un simple mariage devient une véritable
féerie visuelle.
Joyau pour les yeux, La Comtesse est aussi une superbe mécanique cinématographique, parfaitement
huilée et réglée au millimètre,
qui voit Mankiewicz jouer avec le temps, se permettant
quelques effets de montage déjà entraperçus
chez Kubrick (L’Ultime Razzia) puis maintes fois
repris, chez Tarantino ou Gus Van Sant dernièrement
: une même scène vue sous différents
angles, révélant divers points de vue sur
un même événement. Brillant, le procédé est
réputé casse-gueule mais il n’a ici
rien d’un gadget, et la dispute entre Maria et Alberto
Bravano reste un des moments les plus poignants et passionnants
du film, tant ce véritable tournant scénaristique
est éclairé d’un jour nouveau lors
de la seconde vision.
Cinéaste joueur (cf Le Limier), Mankiewicz pousse
l’astuce jusqu’à multiplier les retours
en arrières puis en avant, engageant le récit
dans de sinueux détours : on compte ainsi pas moins
de huit flash-backs, certains étant eux-mêmes
composés de flash-back dans le flash-back, le tout étant
raconté par quatre narrateurs différents
: Harry, Oscar, Torlato Favrini et Maria ! Loin d’être
novateur (puisque déjà utilisé par
exemple dans Eve - 1950 - du même Mankiewicz ou dans
Les Ensorcelés de Minnelli en 1952), le procédé n’en
reste pas moins formidable de brio et d’intelligence,
offrant au film et à ses spectateurs une palette
d’émotions ample et généreuse,
du comique au tragique pur.
Car sous ses airs de portrait
acide des mondes du cinéma,
de la Jet Set et de l’aristocratie, La Comtesse
aux pieds Nus prend des accents "sirkiens" dans
un final du plus beau mélo. Sueur, sang et larmes
: tous les ingrédients sont réunis pour élever
un mausolée digne du destin de Maria Vargas, superbe
héroïne d’un des films les plus justes
et les plus bouleversants qu’Hollywood ait consacré au
cinéma. Et une belle idée de cadeau numérique
pour le noël de Bertrand Tavernier… ;-)
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Image :
A sa sortie, le DVD de La
Comtesse aux pieds Nus avait
reçu une volée de bois vert dont on cherche
encore aujourd’hui l’origine avec étonnement.
Car si effectivement, l’image est loin d’être à la
hauteur d’un Criterion (eux qui savent rendre hommage
au formidable travail de Jack Cardiff), avouons tout de
même que l’on a connu bien pire en terme de
qualité. Certes assez terne (le gros reproche que
l’on pourrait faire à cette copie, surtout
quand on admire le travail colorimétrique du directeur
de la photo du film), le master offre toutefois une image
exempte de tout artefact ou autre poussière. Tout
comme l’on peut se réjouir d’une compression
sans faille et qui sait se faire discrète… Alors
oui, attendons sereinement une réédition
digne du film. Mais dans l’attente, ce DVD MGM remplacera
avantageusement votre VHS usée jusqu’à l’os.
Son : Pas de soucis de ce côté là :
un son clair et distinct, un mixage dialogues / fond
musical bien équilibré, pas de 5.1 superflu.
Tout ce qu’il faut pour profiter des brillants
dialogues du grand Joseph Mankiewicz (nous vous conseillons
comme d’habitude d’éviter comme la
peste une VF d’époque, qui non contente
d’être un peu sourde, est surtout loin d’être à la
hauteur de la vraie version du film).
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Bonus : Outre des menus réduits au strict minimum, une
seule pauvre petite bande-annonce d’1’50’’ sans
grand intérêt (si ce n’est nous éclairer
sur les couleurs un peu passées du film présenté sur
le DVD).
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