En 1876, après la défaite de Custer à Little Big Horn, la tension s’intensifie sur les frontières de l’Ouest où les tribus indiennes commencent à se regrouper pour partir en guerre. Dans un poste isolé, le capitaine Nathan Brittles (John Wayne), à la veille de prendre sa retraite, doit faire face à ce soulèvement. Ami d’un vieux chef, il fera tout pour éviter que le sang soit versé en effectuant un raid audacieux mais totalement inoffensif. Entre temps, nous assistons au déroulement de la vie quotidienne au Fort, deux jeunes lieutenants se disputant les faveurs de la nièce du commandant (Joanne Dru) ; celle-ci arbore un ruban jaune (le "yellow ribbon" du titre), symbole dans la tradition de la cavalerie américaine que son cœur est déjà pris.
La Charge Héroïque
(She Wore a Yellow Ribbon)
Réalisé par John Ford
Avec John Wayne, Joanne Dru, John Agar, Ben Johnson
Scenario : James Warner Bellah, Frank S. Nugent, Laurence Stallings
Musique : Richard Hageman
Photographie : Winton C. Hoch
Montage : Jack Murray
Un film RKO
USA - 100' - 1949
Second opus de la trilogie "cavalerie" de John Ford, situé entre Le massacre de Fort Apache et Rio Grande, ce film est la plus belle contribution de Ford au western et au cinéma, un poème élégiaque et nostalgique, véritable œuvre d’art dont nous redécouvrons, avec toujours autant de plaisir à chaque nouvelle vision, les innombrables beautés. Il est néanmoins préférable d’avertir ceux qui ne jurent que par le cynisme de Vera Cruz d’Aldrich ou par le réalisme des westerns de Peckinpah qu’ils risquent de ne pas apprécier cette merveille à sa juste valeur. Il est malgré tout difficile de rester insensible devant une si grande conjugaison de talents qui procure une émotion de tous les instants. Peut-être le film dans lequel le génie poétique, humain et pictural de Ford est le plus éclatant.

Cette trilogie est basée d’une part sur les récits de James Warner Bellah qui recréa une atmosphère en rapport direct avec l’Ouest des tuniques bleues, et de l’autre par les peintures de Frederic Remington, peintre réputé de la gent militaire au siècle dernier. John Ford nous fait entrer de plein pied dans l’intimité de ses soldats ; nous assistons ainsi à la vie quotidienne de ses hommes, soit en patrouille dans les paysages grandioses de Monument Valley, soit en garnison dans les forts construits pour protéger les frontières encore insoumises de l’Arizona et du Texas. Pour l’occasion, le réalisateur crée tout un petit monde folklorique et pittoresque dans lequel se rencontrent vielles ganaches au cœur tendre, officiers honnêtes et spirituels, sous-officiers buveurs, jeunes recrues impétueuses et courageuses, jeunes et jolies femmes audacieuses, capricieuses et aimantes. La sincérité de Ford emporte l’adhésion et le respect qu’il porte à ses personnages empêche ses films de verser dans la sensiblerie.

La chaleur de la vie en communauté sera une des lignes de force de ce film, et quel adolescent n’a pas rêvé, suite à la vision de celui-ci à la télévision, de pouvoir côtoyer et vivre, ne serait-ce qu’un moment, aux côtés de ce groupe d’hommes exemplaire et bon vivant. Solidarité, maintien de la loi et de l’ordre, traditions militaires (le ruban jaune), autant de valeurs qui témoignent de cette foi profonde de Ford dans les rites communautaires qu’il trouvait le mieux représentés dans cette cavalerie américaine qui a su intégrer les anciens ennemis qu’étaient les confédérés et les soldats de l’Union. Vision idyllique certes mais pleine de tendresse, d’humanité, de tolérance et de compréhension, vibrant hommage à ces cavaliers anonymes qui ont participé à la naissance des Etats-Unis d’Amérique. Ford évite ainsi de se jeter la tête la première dans le piège de l’apologie simpliste et balourde du patriotisme (comme c’est souvent le cas dans le cinéma américain actuel)."Faire des films qui témoignent de tant d’amour pour les traditions militaires sans être militariste relève de l’exploit" disait Lindsay Anderson, spécialiste fordien.

Ford avait beau ne pas se considérer comme un grand progressiste, il est utile de rappeler que cet homme n’était ni raciste ni intolérant : il emploie pour figurants, dans ce western comme dans les suivants, les Indiens Navajos afin de contribuer modestement à les sortir de la misère. Au lieu de se livrer à une peinture d’un ennemi indien sanguinaire, il peint une nation fière, victime elle aussi de ses contradictions, les jeunes refusant d’écouter leurs aînés Et puis contrairement à son titre français qui pourrait nous faire croire à un film belliciste, peu de morts ici exceptés trois odieux trafiquants d’armes. Au contraire, le ton du film se rapproche plus de son titre original She wore a yellow ribbon : phrase conjuguée au passé qui annonce la nostalgie, celle d’un monde révolu qu’admirait le réalisateur et celle du personnage principal pour le métier et le groupe qu’il va quitter pour réintégrer la vie civile. La chronique prenant souvent le pas sur l’épique, une émotion intense baigne l’ensemble de ce chef d’œuvre.

Le génie de Ford transpire à chaque instant mais cependant, il serait injuste d’oublier le talent de Laurence Stallings et Frank S. Nugent, auteurs du scénario. Succession de scènes toutes plus belles les unes que les autres, il est difficile d’oublier celle célèbre, d’une exceptionnelle tendresse, au cours de laquelle dans un formidable et baroque crépuscule rougeoyant de studio, Nathan Brittles se rend sur la tombe de son épouse décédée pour lui raconter ce qu’il a fait de sa journée ; une ombre apparaît et monte sur la pierre tombale, c’est celle d’Olivia, émue, venant lui apporter des cyclamens. Impossible de ne pas garder un souvenir attendri de cet autre moment bouleversant au cours duquel le même John Wayne, effectuant son dernier passage des troupes en revue, reçoit de ses hommes une belle montre en argent ; pour y lire l’inscription gravée à l’intérieur, il chausse de petites lunettes, celles-ci n’arrivant cependant pas à cacher les larmes qui lui montent aux yeux (L’idée des lunettes a été improvisée par l’acteur lors du tournage de la scène). Mais il faudrait aussi parler de ses petits gestes apparemment insignifiants et de ces plans muets qui sont la marque de fabrique de Ford : Brittles tapant sur l’épaule d’Olivia pour la consoler, chiquant pour se donner de la consistance au moment de prendre des décisions importantes…

De conception et d’exécution profondément romantique, le film se développe à une cadence sereine, ce qui ne l’empêche pas de comporter de nombreuses scènes d’actions épiques et mouvementées magnifiquement réalisées. Le générique est déjà en soi une petite merveille : le fameux ruban jaune flotte tout du long accompagné par la chanson-titre chaleureusement entonnée par un chœur d’hommes qui pourrait être celui des soldats. Le film s’ouvre ensuite directement sur la superbe chevauchée d’une diligence emballée et sans conducteurs et se termine par la fameuse charge pleine de fougue et de vigueur. La scène de la poursuite de Ben Johnson par les Indiens est même tellement parfaite que Ford la retournera quasiment telle quelle dans Le convoi des braves sans presque y changer un angle de prise de vue.

La belle composition de Richard Hageman, mélange de thèmes tendres, épiques et de chansons traditionnelles sert admirablement le film ainsi que la somptueuse photo de Winton C. Hoch à l’oscar amplement mérité. L’irréalisme flamboyant des couleurs procure une joie sans aucune mesure : les bleus profonds des uniformes, les rouges des ciels au crépuscule, la beauté des tenues soldatesques et coiffures indiennes, tout est d’une beauté confondante. Monument Valley n’a jamais été aussi bien photographié (même la photo de La prisonnière du désert n’est pas aussi renversante) et la perfection des cadrages prouve une fois de plus qu’un film n’a pas obligatoirement besoin du format large pour procurer de l’ampleur aux paysages et à l’action : les images de la troupe avançant à pied sous l’orage ne sont pas prêtes de s’effacer de nos mémoires. La cavalerie est filmée ici par Ford et Hoch dans une sorte de folklore idéalisé : les paysages, les hommes et les chevaux sont tous revêtus de leurs traits les plus séduisants et ce n’est pas pour nous déplaire.

Le plaisir visuel est d’autant plus fort qu’il est constamment accompagné d’une intense émotion due à une interprétation hors-pair. Le casting se compose de Ben Johnson en ex-officier sudiste spirituel ; John Agar et Harry Carey Jr, les deux soupirants de la magnifique et espiègle Joanne Dru ; George O’Brien et Mildred Natwick, le major et son épouse ; Victor McLaglen, personnage de sergent pittoresque dont la scène de beuverie est l’une des plus dynamique du cinéma de Ford ; enfin, nous ne pouvons pas finir ce dithyrambe sans parler de John Wayne dans le plus beau rôle de sa carrière, tout du moins le plus émouvant, celui de ce capitaine sur le point de quitter l’armée. A aucun moment, nous ne pensons que l’acteur était beaucoup plus jeune que son personnage et la performance n’en est que plus touchante. Cette interprétation est faite de petites touches, une certaine manière de chiquer, de fumer, de se racler la gorge et de répéter des phrases devenues célèbres comme Ne vous excusez pas, c’est un signe de faiblesse. Tour à tour sévère, drôle, attendrissant, colérique, droit, humain, le Duke prouve ici, s’il en était besoin, qu’il était un formidable acteur.

L’une des ambitions du 7ème étant de faire rêver le spectateur, nous ne pouvons décemment pas reprocher à Ford son manque de réalisme, la sincérité de sa vision d’un formidable humanisme n’étant peut-être pas plus fausse que l’excessif cynisme d’autres artistes aussi talentueux. C’est pour cette même raison que la pirouette finale, fortement chargé émotionnellement, ne sent pas la volonté des producteurs de terminer sur une fin heureuse mais est typique du caractère optimiste de Ford à cette période bénie de sa vie, et comme l’a dit Allan Eyles "C’est là la plus attendrissante et la plus pardonnable des happy-ends !" *

Une simplicité et une pureté de la mise en scène, un constant ravissement pour les yeux, les oreilles et le cœur, un film éclatant d’humour, rempli de respect et de tendresse pour ses personnages, traité avec vigueur, romantisme, poésie et panache, cette charge héroïque est l’une des plus belles oeuvres que nous ait données le cinéma.

Bonus critique : extrait de La grande aventure du western de Jean-Louis Rieupeyrout’ (1964) : "…Ainsi le film permit à l’histoire de se développer sur un plan dynamique et un plan sentimental dont l’étroite alliance colora le style de Ford des teintes retrouvées ultérieurement : tout ce qui peut émouvoir, enflammer, faire vibrer, se rencontra ici sous le joli titre enrubanné, air du folklore militaire particulièrement prisé du réalisateur."

* John Wayne edition Henry Veyrier 1976

Vous imaginez un peu ma joie de me retrouver avec le DVD collector de ce qui reste encore aujourd’hui mon film de chevet ! Car il faut bien l’avouer, si certains les trouvent un peu encombrants, les boîtiers des collectors Montparnasse sont de toute beauté. Celui de She wore a yellow ribbon ne vient pas déroger à la règle et à l’intérieur de ce magnifique objet, outre le DVD dans un beau et sobre digipack, nous trouvons un livret de 16 pages superbement maquetté. Il contient de splendides images du film en noir et blanc illustrant des repères biographiques sur John Ford, une belle et courte analyse du film par Clélia Cohen, et enfin une filmographie sélective du grand cinéaste américain.

Image : Le DVD reprend le master de la première édition, à savoir le plus beau travail jamais effectué par les Editions Montparnasse que ce soit au niveau restauration ou compression : une copie somptueuse qui nous fait redécouvrir ce chef-d’œuvre absolu dans un confort optimal avec des couleurs flamboyantes jamais vues jusqu’à présent pour ce film sur n’importe quel autre support que ce soit. L’image étant déjà un régal pour les yeux, il était difficile de faire mieux.

Son : En revanche, en plus de la piste mono de très bonne tenue, nous est proposé une piste en Dolby Digital 5.1 discrète et contribuant à donner une encore plus grande clarté à cette bande son. Bref, la quasi-perfection technique à tous les niveaux.

Editions Montparnasse
100 mn
Zone 2
Menu fixe
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : anglais Dolby Digital 5.1 et mono 2.0
Sous titres : Français
Image : Quel plaisir que de pouvoir redécouvrir cette merveille dans une copie aussi bien restaurée ! Les Editions Montparnasse nous ont concocté ici un pressage excellent, peut-être le plus beau de leur catalogue RKO. Jamais, nous aurions pu croire, au gré des multiples diffusions télévisuelles, que les images et couleurs de ce film seraient de cette qualité. Le flamboiement du technicolor avec ces bleus et ces rouges profonds est saisissant, la maestria de la photographie de Koch étant parfaitement restituée. Peu de problèmes de compression, ou si peu visibles, dans un master d’une propreté étonnante qui nous éblouit de seconde en seconde.

Son : Le son a lui aussi été très bien travaillé et le résultat offre très peu de souffle et un mono tout à fait correct quand on se réfère à l’âge du film. Même si les cinéphiles se doivent de préférer la VO, il est intéressant de savoir que le doublage français est ici très réussi même si la bande son est un peu plus agressive, moins douce que la version américaine.

Editions Montparnasse - Pocket
126 mn
Zone 2
Menu fixe et muet
Chapîtrage existant mais sans page correspondante
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : anglais / français mono 2.0 d'origine
Sous titres : Français
Mais là où les collectors Montparnasse ont toujours frappé très fort, ce sont avec leur bonus : c’est grâce à ces suppléments que, malgré le ratage de certains titres tels La captive aux yeux clairs, les cinéphiles pouvaient néanmoins y trouver leur comptant. Concernant le titre qui nous intéresse, ils sont au nombre de cinq :

Une bande annonce d’époque horriblement abîmée, sans presque plus aucunes couleurs et annonçant un style de film totalement contraire au chef d’œuvre de Ford. Elle nous fait croire entre autre que le personnage de Joanne Dru est une femme provocante pour qui tous les hommes vont être prêts à mourir !!! Comme on peut le constater, ce n’est pas un phénomène nouveau que la bêtise souvent abyssale d’une majorité de bandes-annonces.

Une galerie de tableaux de Frederic Remington, le peintre dont Ford dit s’être beaucoup inspiré pour sa trilogie "cavalerie". On s’aperçoit alors qu’effectivement les poses et les cadrages sont parfois littéralement copiées par le cinéaste sur les œuvres du peintre auxquelles toutefois Ford a rajouté sa touche personnelle qui nous est si chère, son humanisme et sa chaleur humaine, les tableaux de Remington étant d’une grande froideur.

A ribbon on the land : analyse du film par Tag Gallagher à l’aide d’un montage exclusivement réalisé à partir d’extraits de La charge héroïque. Cet écrivain et collaborateur de revue telles Les Cahiers du cinéma, Trafic ou Film comment ne m’a pas semblé avoir été conquis par le film ou, s’il l’a été, sa passion ne transparaît à aucun moment puisqu’il n’a à peu près rien à dire d’intéressant sur ce chef-d’œuvre. Ces 17 minutes nous semblent alors durer une éternité d’autant plus que les images du film sont tirées d’une autre et hideuse copie extrêmement mal compressée : seul avantage, nous faire nous rendre compte de la différence avec la superbe copie proposée pour le film.

Un entretien avec John Ford dirigé par son propre petit fils (sa fille étant aussi présente). Se déroulant avec pour arrière fond le film lui-même, cet entretien est intéressant car il n’est pas courant d’entendre parler ce génie du cinéma. Malheureusement, à cette époque, Ford accusait le coup de la vieillesse et il ne cesse de faire répéter les questions. D’une durée d’environ 25 minutes, ce supplément nous apprend tout de même quelques anecdotes de tournage et la vision qu’avait Ford de son film et de la mise en scène. John Ford n’hésite d’ailleurs pas à remettre à sa place son fils quand celui-ci, pas modeste pour un sou, sort des contre-vérités ou des erreurs d’interprétation sur l’œuvre de son père. John Ford se livre librement, sans arrière pensée, quitte à rabrouer les intervieweurs.

Elle portait un ruban jaune : bonus produit et réalisé par l’éditeur lui-même, cet entretien de 20 minutes avec Bernard Eisenschitz est de loin le morceau le plus passionnant de ce DVD. Le rédacteur en chef de la revue Cinéma sait de quoi il parle et lui, a visiblement adoré le film dont il partage l’idée avec moi qu’il s’agit là, plastiquement, de la plus belle réussite de Ford. Cet entretien est divisé en plusieurs parties toutes plus intéressantes les unes que les autres ; Eisenschitz, très à l’aise, éloquent et convaincant, revient entre autre sur les relations que Ford entretenait avec l’armée dans son œuvre, sur le fait que Ford a toujours été du côté des opprimés et des Indiens en particulier (ça ne fait pas de mal de mettre une nouvelle fois les pendules à l’heure alors que trop de monde encore traite le cinéaste de réactionnaire), sur la nostalgie poignante de cette œuvre crépusculaire à nulle autre pareille. 20 minutes essentielles et qui conforteront les amoureux de ce film qui se sentiront ainsi encore un peu moins esseulés..







Une rapide présentation
du film par Serge Bromberg, le directeur de Lobster Films ne cache pas son admiration pour l'oeuvre de John Ford et son amour pour ce film en particulier.

En savoir plus
La fiche Imdb du film
Lindsay Anderson, John Ford (Ramsay Poche Cinema)

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