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En
1876, après la défaite de Custer à Little
Big Horn, la tension s’intensifie sur les frontières de l’Ouest
où les tribus indiennes commencent à se regrouper pour partir
en guerre. Dans un poste isolé, le capitaine Nathan Brittles (John
Wayne), à la veille de prendre sa retraite, doit faire face à
ce soulèvement. Ami d’un vieux chef, il fera tout pour éviter
que le sang soit versé en effectuant un raid audacieux mais totalement
inoffensif. Entre temps, nous assistons au déroulement de la vie
quotidienne au Fort, deux jeunes lieutenants se disputant les faveurs
de la nièce du commandant (Joanne Dru) ; celle-ci arbore un ruban
jaune (le "yellow ribbon" du titre), symbole dans la tradition
de la cavalerie américaine que son cœur est déjà
pris. |
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Second
opus de la trilogie "cavalerie" de John Ford, situé
entre Le
massacre de Fort Apache et Rio Grande, ce
film est la plus belle contribution de Ford au western et au cinéma,
un poème élégiaque et nostalgique, véritable
œuvre d’art dont nous redécouvrons, avec toujours autant
de plaisir à chaque nouvelle vision, les innombrables beautés.
Il est néanmoins préférable d’avertir ceux
qui ne jurent que par le cynisme de Vera
Cruz d’Aldrich ou par le réalisme des westerns
de Peckinpah qu’ils risquent de ne pas apprécier cette merveille
à sa juste valeur. Il est malgré tout difficile de rester
insensible devant une si grande conjugaison de talents qui procure une
émotion de tous les instants. Peut-être le film dans lequel
le génie poétique, humain et pictural de Ford est le plus
éclatant.
Cette trilogie est basée d’une part sur les récits
de James Warner Bellah qui recréa une atmosphère en rapport
direct avec l’Ouest des tuniques bleues, et de l’autre par
les peintures de Frederic Remington, peintre réputé de
la gent militaire au siècle dernier. John Ford nous fait entrer
de plein pied dans l’intimité de ses soldats ; nous assistons
ainsi à la vie quotidienne de ses hommes, soit en patrouille
dans les paysages grandioses de Monument Valley, soit en garnison dans
les forts construits pour protéger les frontières encore
La chaleur de la vie en communauté sera une des lignes de force
de ce film, et quel adolescent n’a pas rêvé, suite
à la vision de celui-ci à la télévision,
de pouvoir côtoyer et vivre, ne serait-ce qu’un moment,
aux côtés de ce groupe d’hommes exemplaire et bon
vivant. Solidarité, maintien de la loi et de l’ordre, traditions
militaires (le ruban jaune), autant de valeurs qui témoignent
de cette foi profonde de Ford dans les rites communautaires qu’il
trouvait le mieux représentés dans cette cavalerie américaine
qui a su intégrer les anciens ennemis qu’étaient
les confédérés et les soldats de l’Union.
Vision idyllique certes mais pleine de tendresse, d’humanité,
de tolérance et de compréhension, vibrant hommage à
ces cavaliers anonymes qui ont participé à la naissance
des Etats-Unis d’Amérique. Ford évite Ford avait beau ne pas se considérer comme un grand progressiste, il est utile de rappeler que cet homme n’était ni raciste ni intolérant : il emploie pour figurants, dans ce western comme dans les suivants, les Indiens Navajos afin de contribuer modestement à les sortir de la misère. Au lieu de se livrer à une peinture d’un ennemi indien sanguinaire, il peint une nation fière, victime elle aussi de ses contradictions, les jeunes refusant d’écouter leurs aînés Et puis contrairement à son titre français qui pourrait nous faire croire à un film belliciste, peu de morts ici exceptés trois odieux trafiquants d’armes. Au contraire, le ton du film se rapproche plus de son titre original She wore a yellow ribbon : phrase conjuguée au passé qui annonce la nostalgie, celle d’un monde révolu qu’admirait le réalisateur et celle du personnage principal pour le métier et le groupe qu’il va quitter pour réintégrer la vie civile. La chronique prenant souvent le pas sur l’épique, une émotion intense baigne l’ensemble de ce chef d’œuvre.
La belle composition de Richard Hageman, mélange de thèmes
tendres, épiques et de chansons traditionnelles sert admirablement
le film ainsi que la somptueuse photo de Winton C. Hoch à l’oscar
amplement mérité. L’irréalisme flamboyant
des couleurs procure une joie sans aucune mesure : les bleus profonds
des uniformes, les rouges des ciels au crépuscule, la beauté
des tenues soldatesques et coiffures indiennes, tout est d’une
beauté confondante. Monument Valley n’a jamais été
aussi bien photographié (même la photo de La Le plaisir visuel est d’autant plus fort qu’il est constamment
accompagné d’une intense émotion due à une
interprétation hors-pair. Le casting se compose de Ben Johnson
en ex-officier sudiste spirituel ; John Agar et Harry Carey Jr, les
deux soupirants de la magnifique et espiègle Joanne Dru ; George
O’Brien et Mildred Natwick, le major et son épouse ; Victor
McLaglen, personnage de sergent pittoresque dont la scène de
beuverie est l’une des plus dynamique du cinéma de Ford
; enfin, nous ne pouvons pas finir ce dithyrambe sans parler de John
Wayne dans le plus beau rôle de sa carrière, tout du moins
le plus émouvant, celui de ce capitaine sur le point de quitter
l’armée. A aucun moment, nous ne pensons que l’acteur
était beaucoup plus jeune que son personnage et la performance
n’en est que plus touchante. Cette interprétation est faite
de petites touches, une certaine manière de chiquer, de fumer,
de se racler la gorge et de répéter des phrases L’une des ambitions du 7ème étant de faire rêver le spectateur, nous ne pouvons décemment pas reprocher à Ford son manque de réalisme, la sincérité de sa vision d’un formidable humanisme n’étant peut-être pas plus fausse que l’excessif cynisme d’autres artistes aussi talentueux. C’est pour cette même raison que la pirouette finale, fortement chargé émotionnellement, ne sent pas la volonté des producteurs de terminer sur une fin heureuse mais est typique du caractère optimiste de Ford à cette période bénie de sa vie, et comme l’a dit Allan Eyles "C’est là la plus attendrissante et la plus pardonnable des happy-ends !" * Une simplicité et une pureté de la mise en scène, un constant ravissement pour les yeux, les oreilles et le cœur, un film éclatant d’humour, rempli de respect et de tendresse pour ses personnages, traité avec vigueur, romantisme, poésie et panache, cette charge héroïque est l’une des plus belles oeuvres que nous ait données le cinéma. Bonus critique : extrait de La grande aventure du western de Jean-Louis Rieupeyrout’ (1964) : "…Ainsi le film permit à l’histoire de se développer sur un plan dynamique et un plan sentimental dont l’étroite alliance colora le style de Ford des teintes retrouvées ultérieurement : tout ce qui peut émouvoir, enflammer, faire vibrer, se rencontra ici sous le joli titre enrubanné, air du folklore militaire particulièrement prisé du réalisateur." * John Wayne edition Henry Veyrier 1976 |
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Vous
imaginez un peu ma joie de me retrouver avec le DVD collector de ce qui
reste encore aujourd’hui mon film de chevet ! Car il faut bien l’avouer,
si certains les trouvent un peu encombrants, les boîtiers des collectors
Montparnasse sont de toute beauté. Celui de She wore a yellow ribbon
ne vient pas déroger à la règle et à l’intérieur
de ce magnifique objet, outre le DVD dans un beau et sobre digipack, nous
trouvons un livret de 16 pages superbement maquetté. Il contient
de splendides images du film en noir et blanc illustrant des repères
biographiques sur John Ford, une belle et courte analyse du film par Clélia
Cohen, et enfin une filmographie sélective du grand cinéaste
américain.
Image : Le DVD reprend le master de la
première édition, à savoir le plus beau travail
jamais effectué par les Editions Montparnasse que ce soit au
niveau restauration ou compression : une copie somptueuse qui nous fait
redécouvrir ce chef-d’œuvre absolu dans un confort
optimal avec des couleurs flamboyantes jamais vues jusqu’à
présent pour ce film sur n’importe quel autre support que
ce soit. L’image étant déjà un régal
pour les yeux, il était difficile de faire mieux. |
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Image
: Quel plaisir que de pouvoir redécouvrir cette merveille
dans une copie aussi bien restaurée ! Les Editions Montparnasse
nous ont concocté ici un pressage excellent, peut-être le
plus beau de leur catalogue RKO. Jamais, nous aurions pu croire, au gré
des multiples diffusions télévisuelles, que les images et
couleurs de ce film seraient de cette qualité. Le flamboiement
du technicolor avec ces bleus et ces rouges profonds est saisissant, la
maestria de la photographie de Koch étant parfaitement restituée.
Peu de problèmes de compression, ou si peu visibles, dans un master
d’une propreté étonnante qui nous éblouit de
seconde en seconde.
Son : Le son a lui aussi été très bien travaillé et le résultat offre très peu de souffle et un mono tout à fait correct quand on se réfère à l’âge du film. Même si les cinéphiles se doivent de préférer la VO, il est intéressant de savoir que le doublage français est ici très réussi même si la bande son est un peu plus agressive, moins douce que la version américaine. |
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Mais là où les collectors Montparnasse
ont toujours frappé très fort, ce sont avec leur bonus :
c’est grâce à ces suppléments que, malgré
le ratage de certains titres tels La captive aux yeux clairs, les cinéphiles
pouvaient néanmoins y trouver leur comptant. Concernant le titre
qui nous intéresse, ils sont au nombre de cinq :
Une bande annonce d’époque horriblement abîmée, sans presque plus aucunes couleurs et annonçant un style de film totalement contraire au chef d’œuvre de Ford. Elle nous fait croire entre autre que le personnage de Joanne Dru est une femme provocante pour qui tous les hommes vont être prêts à mourir !!! Comme on peut le constater, ce n’est pas un phénomène nouveau que la bêtise souvent abyssale d’une majorité de bandes-annonces. Une galerie de tableaux de Frederic Remington, le peintre dont Ford dit s’être beaucoup inspiré pour sa trilogie "cavalerie". On s’aperçoit alors qu’effectivement les poses et les cadrages sont parfois littéralement copiées par le cinéaste sur les œuvres du peintre auxquelles toutefois Ford a rajouté sa touche personnelle qui nous est si chère, son humanisme et sa chaleur humaine, les tableaux de Remington étant d’une grande froideur. A ribbon on the land : analyse du film par Tag Gallagher à l’aide d’un montage exclusivement réalisé à partir d’extraits de La charge héroïque. Cet écrivain et collaborateur de revue telles Les Cahiers du cinéma, Trafic ou Film comment ne m’a pas semblé avoir été conquis par le film ou, s’il l’a été, sa passion ne transparaît à aucun moment puisqu’il n’a à peu près rien à dire d’intéressant sur ce chef-d’œuvre. Ces 17 minutes nous semblent alors durer une éternité d’autant plus que les images du film sont tirées d’une autre et hideuse copie extrêmement mal compressée : seul avantage, nous faire nous rendre compte de la différence avec la superbe copie proposée pour le film.
Elle portait un ruban jaune : bonus produit et réalisé
par l’éditeur lui-même, cet entretien de 20 minutes
avec Bernard Eisenschitz est de loin le morceau le plus passionnant
de ce DVD. Le rédacteur en chef de la revue Cinéma sait
de quoi il parle et lui, a visiblement adoré le film dont il
partage l’idée avec moi qu’il s’agit là,
plastiquement, de la plus belle réussite de Ford. Cet entretien
est divisé en plusieurs parties toutes plus intéressantes
les unes que les autres ; Eisenschitz, très à l’aise,
éloquent et convaincant, revient entre autre sur les relations
que Ford entretenait avec l’armée dans son œuvre,
sur le fait que Ford a toujours été du côté
des opprimés et des Indiens en particulier (ça ne fait
pas de mal de mettre une nouvelle fois les pendules à l’heure
alors que trop de monde encore traite le cinéaste de réactionnaire),
sur la nostalgie poignante de cette œuvre crépusculaire
à nulle autre pareille. 20 minutes essentielles et qui conforteront
les amoureux de ce film qui se sentiront ainsi encore un peu moins esseulés.. |
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