Les films Essanay
Réalisation : Charles Chaplin
Scénario : Charles Chaplin
Directeur de la photographie : Harry Ensign à partir de Charlot fait la noce. Le cameraman de Charlot débute est iinconnu.
Studio : Essanay Films Manufacturing Company
Durée : Variable
Distribution (acteurs récurrents) : Charles Chaplin, Ben Turpin, Leo White, Edna Purviance, Billy Armstrong…

Les films Mutual
Réalisation : Charles Chaplin
Scénario : Charles Chaplin
Directeur de la photographie : Pour Charlot chef de rayon, Charlot pompier et Charlot violoniste : Frank D. Williams, assisté de Roland Totheroh
Studio : Lone star Mutual
Durée : Variable
Distribution (acteurs récurrents) : Charles Chaplin, Edna Purviance, Eric Campbell, Albert Austin, Leo White, James T. Kelley, Frank J. Coleman…



Zone 2
6 DVD 9
4/3 Format cinéma respecté
Noir et blanc
Dolby Digital 2.0 (mono)
Menu et chapitrage sonores et animés
Menu et sous-titres en anglais, français, allemand


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Panorama des courts métrages réalisés et interprétés par Charles Chaplin, alias Charlot, entre 1915 et 1917, dans deux studios hollywoodiens aujourd’hui disparus, l’Essanay et la Mutual .

En 1915, Charles Chaplin, star montante du cinéma, quitte la Keystone Company pour honorer un nouveau contrat au sein de la compagnie Essanay, qui lui propose un salaire bien plus important que celui qu’il touchait jusque là. C’est à partir de cette année que le personnage de Charlot, va acquérir une renommée internationale et que le personnage se forgera la personnalité qu’il ne quittera que bien des années plus tard.
Chaplin acquiert une certaine liberté au sein du studio, même s’il n’aime pas l’ambiance beaucoup trop rangée qui y règne la bas . Néanmoins, grâce à une équipe fidèle, Charles Chaplin va pouvoir créer le mythe "Charlot" et réaliser toute une série de films burlesques, se mettant lui même en scène. En 1916, son contrat à la Essanay prenant fin, il rejoint la Mutual company, et tourne un certain nombre de courts-métrages, entouré par une grande partie de l’équipe de la Essanay, qui n’a pas hésité à le suivre dans un autre studio.


Charlot est un personnage distrait, opportuniste, naïf, bagarreur, souvent malchanceux, amoureux ; en 28 courts-métrages tournés respectivement pour la Essanay puis pour la Mutual, il a réussi à créer un personnage bien plus fouillé que dans les films de la Keystone. Quatre vingt dix ans plus tard, le personnage de Charlot est toujours aussi connu et apprécié qu’à l’époque, il est l’un des seuls acteurs dont la silhouette se reconnaît parmi d’autres ; un pantalon trop large, une veste étriquée, un chapeau melon, des chaussures trop grandes et une canne, le mythe est né.

C’est Charles Chaplin lui même qui écrivait et réalisait ses films à un rythme très soutenu, environ un film toutes les trois semaines, ce qui témoigne de son incroyable inventivité. Il s’occupait également du montage de ses films, et n’hésitait pas à en couper de nombreuses scènes. D’ailleurs, après son départ de la Essanay, les dirigeants du studio n’ont pas hésité à reprendre des chutes de plusieurs de ses films, pour créer un ultime court métrage estampillé Essanay : les avatars de Charlot (montage de scènes coupées de Charlot cambrioleur, d’un film inachevé et de scènes tournés après le départ de Chaplin).

La mise en scène de Chaplin est généralement assez simple, on le lui a d’ailleurs plus tard reproché, l’accusant de faire des plans trop peu élaborés, limités à une camera fixe, et laissant uniquement les acteurs jouer leur rôle. Cependant , la réalisation a parfois des éclairs de génie comme dans Charlot veut se marier ; le film se termine par une poursuite en voiture extrêmement dynamique et ingénieuse. Les reproches formulés contre la mise en scène de Chaplin ne sont pas immérités, mais malgré ce bémol, l’inventivité, le dynamisme et le constant renouvellement des gags font de la plupart des courts-métrages, de véritables bijoux . A ce propos Stanley Kubrick a déclaré qu’à l’époque des films muets, pour voir des films avec une âme, il fallait se tourner vers Chaplin, mais il ne fallait pas être regardant quant à la qualité de la mise en scène ; si au contraire on voulait voir des films plastiquement superbes mais sans aucune âme, il fallait se tourner vers Eisenstein…

Au court de ces vingt huit courts-métrages, on a pu voir un Charlot caméléon, malgré son costume traditionnel. Il a tour à tour été vagabond bien sur, mais également pompier, machiniste, boxeur, homme de ménage dans une banque, policier, évadé de prison, travesti, il a même tourné sa propre version (parodique) de Carmen. Malgré toutes ces transformations, l’âme du personnage de Charlot est restée constamment présente.

Si malgré le nombre important de courts-métrages tournés en l’espace de deux ans, et leur grande diversité, on ressent une certaine unité, c’est certainement grâce à l’équipe qui a entouré Chaplin et principalement sa troupe d’acteurs. Quand on évoque le Chaplin période Essanay/Mutual, comment ne pas citer Edna Purviance et Eric Campbell. Edna Purviance est apparue pour la première fois à l’écran avec Chaplin dans Charlot fait la noce, deuxième court-métrage pour la Essanay, et elle est restée sa partenaire féminine jusqu'à l’opinion publique en 1923. Pendant 8 ans, Chaplin et Purviance ont donc été indissociables sans avoir pour autant été jusqu’à former un duo, mais son apport a été indéniable dans la carrière de Chaplin ; plus qu’un simple faire valoir, elle était souvent l’enjeu des scénarios, et l’on se demandait souvent si Chaplin allait réussir à conquérir sa belle. On remarquera souvent qu’il avait plutôt tendance à s’effacer devant les fiancés d’Edna, comme dans Charlot vagabond, mais il a malgré tout réussi à la conquérir à plusieurs reprises.

L’autre figure essentielle de la troupe de Chaplin est sans conteste l’imposant Eric Campbell, constamment cantonné aux rôles de méchants, et toujours grimé d’une énorme moustache et de sourcils proéminents, c’est l’antithèse physique de Charlot. Tantôt prétendant d’Edna Purviance au même titre que Charlot, tantôt patron de Charlot, ou bien encore collègue de travail, il n’a de cesse de le martyriser, ce qui donne lieu à de nombreuses bagarres savamment chorégraphiés, comme dans Charlot patine. Il aurait certainement pu continuer de nombreuses années avec Chaplin, mais il est malheureusement decédé dans un accident de la route en 1917.

Parmi les éléments essentiels du cinéma de Chaplin, qu’on pourrait presque qualifier d’acteurs, on ne peut pas ne pas citer les objets et les décors. En effet, Chaplin a toujours aimé jouer avec eux, que ce soit un fer à cheval dans Charlot boxeur, une pastèque dans Charlot et le comte ou bien encore un escalator dans Charlot chef de rayon. L’apogée de cette interaction avec les objets se situe dans le jouissif Charlot rentre tard , ou seul le fidèle Albert Austin fait une apparition au début du film, la suite est uniquement composée d’un Charlot complètement ivre, en proie à des objets récalcitrants comme une table, un escalier, ou bien encore un lit. Ces objets passifs deviennent alors des acteurs à part entière avec lesquels Chaplin joue réellement. Enfin, il faut citer une scène mémorable de Charlot machiniste, où Chaplin, devient un hérisson humain en assemblant des chaises sur son dos, les épines de l’animal étant représentées par les pieds des chaises.

Dans ces vingt huit courts-métrages, on retrouve très souvent le même genre de scènes qui sont à la base du cinéma de Chaplin : des scènes de dîner, de bagarres, des poursuites dans la rue ; on remarque aussi qu’un décor est récurrent : la rue en T, sorte de croisement de rue que l’on retrouvera plus tard, notamment dans The kid. Tous ces films jettent les bases des futurs longs métrages du maître, et on retrouve de nombreuses influences, ou de petits détails dans ses films suivants. Dans Charlot violoniste par exemple, il adopte une jeune fille abandonnée comme dans The kid ou Les feux de la rampe.


Ces deux années à la Essanay puis à la Mutual ont permis à Chaplin de forger les bases de ses futurs chefs d’œuvres. On remarque d’ailleurs qu’en deux ans, les progrès effectués, que ce soit au niveau de la réalisation, des scénarios ou même tout simplement des thèmes abordés sont flagrants. Il n’hésite pas à se faire beaucoup plus grave, comme dans L’émigrant, ou on voit un Charlot émigré Russe, arriver sur l’île d’Ellis Island à New York, dans l’espoir d’atteindre la terre promise ; cet espoir est suivi par le traitement rude, infligé par les autorités américaines qui traitaient ces étrangers comme du bétail . Cette gravité, toujours mêlée d’humour et de tendresse, annonce déjà des films comme Le cirque ou The kid.

Si ces films sont d’une qualité inégale, ils demeurent néanmoins indispensables pour celui qui souhaite se plonger dans l’univers de Charlot et comprendre la genèse de ses futurs longs métrages.

Edité dans un sublime coffret par ARTE vidéo, la qualité technique surprend positivement pour des films si âgés. L’éditeur a fait de grands efforts en matière de suppléments, notamment par la présence de nombreuses images très rares et par un long document présenté par Pierre Tchernia.

DVD 1 : Chaplin’s Essanay comedies 1915 : Charlot débute (His new job), Charlot fait la noce (A night out), Charlot boxeur (The champion), Charlot dans le parc (In the park), Charlot veut se marier.

DVD 2 : Chaplin’s Essanay comedies 1915 : Charlot vagabond (The tramp), Charlot à la plage (by the sea), Charlot apprenti (Work), Mam’zelle Charlot (A woman), Charlot à la banque (The bank).

DVD 3 : Chaplin’s Essanay comedies 1915-1916 : Charlot marin (Shanghaied), Charlot au music hall (A night in the show), Charlot joue Carmen (Burlesque on Carmen), Charlot cambrioleur (Police), les avatars de Charlot (Triple trouble) DVD 4 : Chaplin Mutual comedies 1916: Charlot et le comte (The count), Charlot musicien (The vagabond), Charlot pompier (The fireman), Charlot machiniste (Behind the screen).

DVD 5 : Chaplin Mutual comedies 1916 : Charlot rentre tard (One A.M), Charlot usurier (The pawn shop), Charlot chef de rayon (The floorwalker), Charlot patine (The rink).

DVD 6 : Chaplin Mutual comedies 1917 : L’émigrant (The immigrant), Charlot s’évade (The adventurer), Charlot fait une cure (The cure), Charlot Policeman (Easy street).

L’image : Malgré l’age des films, presque 90 ans, l’image est surprenante ; certes il y a régulièrement des poussières, des taches, des scratches, l’image n’est pas toujours stable, mais malgré cela, l’image est d’une grande qualité (au vu de l’âge des films bien sur), toujours bien éclairée, bien contrastée, très nette ;les défauts de pellicule contribuent au charme de ces courts métrages.

Le son : Totalement muets lors de leur sortie, les films se sont vus rajoutés une partition musicale de nombreuses années plus tard, à la demande expresse de Charles Chaplin. La musique est en mono, mais d’une grande qualité sonore.


De nombreux suppléments, plus ou moins anecdotiques, émaillent cette édition.

Bravo Charlot : Présenté sur les DVD 1 et 4, voici un documentaire de 38' narré par l’immense Pierre Tchernia, qui revient sur le début de la carrière de Chaplin et présente certaines images rares, comme l’une des premières apparitions de Chaplin à l’écran, ou bien encore Charles Chaplin, pas encore Charlot, mais personnage de la haute société, vil, quasi diabolique, et surtout méconnaissable.

Fatty’s new role (11'): Court métrage burlesque en une bobine , produit par la Keystone, mettant en scène le célèbre Fatty qui avait partagé l’affiche avec Chaplin à plusieurs reprises, quand ce dernier était encore sous contrat avec la Keystone. Ici Fatty met à mal un tenancier.

Charlie’s white elephant/Charlie et sa belle : (7'30") Film d’animation de 1916 ou Charlot et Fatty tentent de séduire une jolie fille en lui ramenant un éléphant. L’animation est très rudimentaire et les décors quasi inexistants. Le film dégage une impression très étrange, très éloignée des courts métrages.

Mabel and Fatty viewing the world’s fair at San Francisco (10') : Actualités Keystone de 1915 ou les deux stars de la Keystone visitent l’exposition universelle de 1915 se déroulant à San Francisco…très anecdotique…

Little Tich (2'30") : Numéro de clown filmé en 1900 par le système de cinéma sonore Phono-cinema-theatre. L’expérience est intéressante, la synchronisation image/son est concluante, mais à l’écran, le résultat est d’un intérêt quasi inexistant.

Mabel, Fatty and the law (9') : Burlesque de 1915 en une bobine mettant en scène la jolie Mabel et le gros Fatty dans un marivaudage burlesque dans un parc. Le résultat est très brouillon.

The musical marvel (11') : Burlesque de 1917 situé dans un saloon . Là encore, le résultat ne présente que peu d’intérêt, le scénario est quasi inexistant, prétexte à quelques gags assez vulgaires, mais montre l’acteur Ben Turpin, membre de la troupe de Chaplin, en haut de l’affiche.

A noter que la qualité technique de ces courts métrages et très largement inférieure aux courts-métrages de Chaplin.

La collection cinéma muet
: Bande annonce de 8 mn présentant les 10 premiers films de la collection (Cyrano de Bergerac de Augusta Genina, les courts métrages de Chaplin, Nanouk l’esquimau de Robert Flaherty, The marriage circle comedie d’Ernst Lubitsch et Le voleur de Bagdad de Raoul Walsh).


Un film chroniqué par Joshua Baskin