
|
Réalisateur : Max Ophuls
Avec : James Mason, Babara Bel Geddes,
Robert Ryan, Frank Ferguson, Curt Bois, Natalie Schafer
Scénario : Arthur Laurents d’après
le roman "Wild Calendar" de Libbie Block
Musique : Frederick Hollander
Directeur de la photo : Lee Garmes
USA – 1949 – 89’
|

Wild
Side Video
Zone 2
Noir et Blanc
Format cinéma : 1.37
Format vidéo : 4/3
Langues : anglais et français
en mono 1.0
Sous-titres : français imposés
sur la version originale |


|
Chroniqués
par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour
|
|
|
|

|
Leonora
Eames, une jeune femme au tempérament de midinette,
s’imagine avoir ses entrées dans "le grand
monde" en feuilletant des magazines de mode. Après
avoir pris des cours de maintien pour devenir mannequin, elle
fait la rencontre d’un richissime industriel, Smith
Ohlrig, qu’elle finit par épouser, concrétisant
ainsi son rêve. Mais son riche époux fait montre
d’une sévérité et d’un autoritarisme
qui confine à l’exploitation pure et simple.
Allant parfois jusqu’à humilier son épouse
devant ses employés, Ohlrig se révèle
un homme névrosé avec un fort complexe de supériorité
qui considère tout son entourage comme faisant partie
de ses biens matériels. Leonora, ne supportant plus
son statut de femme soumise et corvéable à merci,
s’échappe de sa prison dorée. Revenue
en ville, elle trouve un emploi de secrétaire médicale
au cabinet du modeste docteur Quinada, un homme d’une
haute stature morale et non intéressé par l’argent,
dont elle finit par s’éprendre. |
|
 |
Pour
un spectateur qui découvrirait Max Ophuls
avec ce film, gageons que la rencontre avec ce grand cinéaste
aurait un air de légère déception,
compte tenu de la formidable réputation acquise par
ce réalisateur virtuose, réputation ô
combien justifiée il va sans dire. Né en Allemagne
au début du XXème siècle et très
tôt attiré par la scène, Ophuls s’est
en premier lieu distingué dans son pays d’origine
comme acteur et surtout metteur en scène de théâtre.
Vint ensuite le cinéma au début des années
30 où Ophuls manifesta très tôt son
goût pour les mélodrames faussement légers,
l’intrusion du spectacle dans le réel et les
personnages de femmes en quête d’amour. Libelei,
en 1932, fut le film qui le rendit célèbre
en Allemagne, puis dans toute l’Europe. Devant fuir
son pays lorsque les Nazis s’installèrent au
pouvoir, le cinéaste émigra en France en 1933.
Il commença alors une carrière plutôt
cosmopolite puisqu’il travailla également en
Italie et en Hollande. Il dut ensuite gagner la Suisse suite
à l’occupation de la France par les Allemands.
Puis, à l’instar de beaucoup de ses confrères
d’Europe de l’Est, il finit par rejoindre les
Etats-Unis en 1941.
Mais comme il fut justement l’un des derniers à
débarquer à Hollywood, Ophuls connut maintes
difficultés à trouver sa place parmi les dizaines
d’émigrants déjà installés.
Ainsi, de 1941 à 1946, il fut associé à
de nombreux projets qui avortèrent tous, dont la
célèbre production du riche et mégalomane
Howard Hughes, Vendetta, de laquelle Ophuls fut
congédié comme un malpropre. Il réalisa
enfin son premier film américain en 1947 : L’exilé,
un film de cape et d’épée produit par
Douglas Fairbanks Jr. Le cinéaste tourna ensuite
l’un de ses nombreux chefs-d’œuvre Lettre
d’une inconnue (1948), sublime mélodrame
discret et désenchanté, adapté de Stefan
Zweig, avec Joan Fontaine et Louis Jourdan. En 1949, Ophuls
enchaînera avec ses deux derniers films américains
: Caught, qui nous intéresse ici, et Les
désemparés.
La production de Caught fut assez mouvementée
comme l’explique avec précision le petit livret
fournit par Wild Side Video. Film indépendant (une
production Enterprise) distribué par MGM, Caught
avait été d’abord prévu pour
Ginger Rogers trois ans plus tôt. Suite à de
nombreux changements et désaccords artistiques et
financiers, le projet échoua dans les mains de Max
Ophuls grâce à l’entremise du producteur
Wolfgang Reinhardt, fils du réputé metteur
en scène de théâtre allemand Max Reinhardt.
Le réalisateur travailla en étroite collaboration
avec le scénariste Arthur Laurents. Ensemble, ils
parvinrent à s’éloigner du matériau
original, une romance à l’eau de rose, pour
faire de leur film une sorte de "women’s picture",
un sous-genre assez prisé par Hollywood à
cette époque. Sans oublier la référence
volontaire à Howard Hughes à travers le personnage
du milliardaire égocentrique et capricieux Smith
Ohlrig, Max Ophuls se vengeant ainsi indirectement de Hughes
après ses déboires sur Vendetta.
Mais il tomba malade juste avant les premières prises
et Enterprise confia l’intérim à John
Berry qui assura le tournage pendant quinze jours avant
d’être remplacé par Ophuls. Il reste
du travail de Berry les séquences dans le magasin
dans lesquelles Leonora et son amie présentent les
manteaux de vison à la clientèle. Cependant
la continuité stylistique du film ne s’en ressent
pas vraiment, chose que l’on doit également
au travail du grand directeur de la photo Lee Garmes (Scarface,
Shanghai Express, Le Livre de la jungle,
Duel au soleil ou La Terre des Pharaons).
C’est donc en ayant pleine connaissance des aléas
de la production que doit être appréciée
cette expérience américaine particulière
que constitua Caught. Car le film se révèle
intéressant à plus d’un titre, et parvient
à exposer par petites touches les figures romanesques
et stylistiques du cinéma de Max Ophuls, ainsi que
sa grande capacité d’adaptation et de travail,
un effort salué par tous ses collaborateurs.
Si l’on ne retrouve que rarement le style baroque
du cinéaste et ses arabesques visuelles légendaires,
force est de relever d’une part l’ingéniosité
des rapports de force entre les deux personnages masculins
vus à travers les décors et, d’autre
part, le subtil balancement entre la part de rêve
et le retour cruel à la réalité vécu
par le personnage de Leonora. Le docteur Quinada et le milliardaire
Smith Ohlrig évoluent dans des lieux qui renforcent
leur psychologie : la caméra serpente dans le cabinet
médical étroit de Quinada en impulsant de
la vie et de la chaleur, alors que Ohlrig hante froidement
sa demeure, une maison gigantesque filmée avec de
longs travellings latéraux et des courtes focales
qui renforcent le sentiment de réclusion et d’écrasement
(cet endroit fait penser au Xanadu de Citizen Kane,
d’autant que l’épouse de Kane était
aussi la prisonnière d’une cage dorée).
Leonora, de son côté, n’est pas traitée
avec toute l’empathie dont le cinéaste est
coutumier. Ophuls marque une distance objective vis-à-vis
d’une héroïne, distance qu’on ne
retrouve dans aucun autre des ses films. Cette distance
facilite la transition entre la chronique sociale et le
conte cruel dans lequel s’est enfermé la jeune
femme rêveuse. La douce Barbara Bel Geddes réussit
parfaitement à faire ressentir tout le trouble d’une
telle situation et l’obsession naïve qui la tourmente,
jusqu’au profond désarroi issu de sa confrontation
intime avec un réel cauchemardesque (la photographie
du film s’assombrit au fur et à mesure du récit).
Si Caught est souvent apparenté aux films
noirs (ce qu’il est parfois visuellement), il n’en
a que très rarement la puissance expressionniste.
Ophuls, sa mélancolie éternelle et le vague
à l’âme élégant que traduit
généralement son style de mise en scène
ne peuvent que difficilement s’épanouir dans
le genre du film noir. Le cinéaste, malgré
les contraintes de tournage (qui lui ont fait par exemple
renoncer à un prometteur plan séquence dans
l’hôpital, ou bien qui l’ont obligé
à filmer un grand nombre de gros plans alors que
Ophuls se sentait mal à l’aise avec ce type
de cadre resserré), parvient à dépasser
le genre et faire de ce film une œuvre personnelle
en restant peu ou prou fidèle à son langage.
On n’oubliera pas cette formidable séquence
dans le cabinet médical où la caméra
balance ostensiblement d’un docteur à l’autre
en passant par le bureau inoccupé de Leonora, faisant
ainsi ressentir douloureusement l’absence de la jeune
femme (comme une comédienne qui hanterait une scène
qu’elle ne foulerait plus de ses pas).
La carrière de Max Ophuls aux Etats-Unis est souvent
mésestimée. Le peu de films tournés
(quatre) et leur absence de renommée (à part
Lettre d’une inconnue) semblent démontrer
que Ophuls a raté son intégration à
Hollywood. Si l’on doit en effet admettre que le cinéaste
connut plus de mésaventures et de désillusions
que de francs succès, on peut aussi remarquer qu’il
a réussi par moments à insuffler sa petite
musique à des films dont on n’attendait pas
qu’il en fut le maître d’œuvre. Si
Caught n’a pas été préparé
à l’origine par Max Ophuls, le thème
de la confrontation/association entre la chimère
et la réalité correspond étrangement
à ce que le réalisateur franco-allemand a
maintes fois traité dans ses œuvres passées
ou a venir. Ainsi que le désenchantement progressif
qui voit une fausse "happy end" poindre à
travers une fausse couche qui règle le problème
tout en faisant avorter le rêve naïf de son personnage
féminin. Caught a également fait
office de terrain d’expérimentation pour son
film suivant, Les désemparés (toujours
avec James Mason) dans lequel Ophuls se montrera bien plus
à l’aise, achevant ainsi une longue parenthèse
américaine marquée sous le sceau de l’observation
et de la confrontation entre un romantisme intimiste, européen
et littéraire et un romantisme hollywoodien habituellement
plus débridé, coloré et affecté,
dont le réalisateur sortira vainqueur aux points.
Au cours de cette expérience au pays du rêve
et de l’illusion, à l’intérieur
duquel la vérité surgit souvent des représentations
scéniques les plus hardies, Max Ophuls aura ainsi
perfectionné son langage cinématographique
avant de revenir s’épanouir en France pour
livrer ses chefs-d’œuvre les plus accomplis.
|
|
 |
Image
: Grâce à une belle restauration, le DVD propose
une très belle image et une pellicule particulièrement
propre (avec toutefois quelques poussières et de
points blancs) pour un film d’une telle rareté.
Le master possède un beau contraste et une bonne
définition, malgré quelques rares plans un
peu floutés et d’autres avec une granulation
un peu excessive. Le compression est également de
qualité, même si elle se rend visible sur certains
arrière-plans (particulièrement en mouvement).
Son : La version originale
est très claire et cohérente avec un bon
équilibre entre les voix et les ambiances. Le choix
a été fait de mixer la piste sur une seule
enceinte plutôt que de l’étendre sur
les deux enceintes avant. La piste française, légèrement
étouffée et plus aiguë, contient quelques
scratches même si elle reste nette. Avant le lancement
de la version française, l’éditeur
prévient le spectateur des imperfections de cette
piste malgré le travail de restauration effectué.
Pour finir, on précisera que le doublage de Barbara
Bel Geddes, plutôt calamiteux, ne correspond en
rien à la voix originale de l’actrice.
|
 |

Il faut saluer les très beaux menus animés
et musicaux qui agrémentent cette édition.
Les transitions animées entre chaque menu s’inspirent
joliment des effets utilisés dans les bandes annonces
de l’époque consacrées au thrillers.
Les suppléments comportent :
- Le chapitrage fixe
et musical : 12 vignettes animées et sonores (en
français) réparties sur 3 pages.
- La bande annonce originale (2’14’’)
d’une qualité visuelle moyenne et avec un
souffle constant. Cette bande annonce insiste sur la volonté
des producteurs d’introduire James Mason à
Hollywood. Le nom de Max Ophuls n’est jamais mentionné.
- Les Filmographies déroulantes
sur fond musical de Barbara Bel Geddes, James Mason, Robert
Ryan et Max Ophuls.
- Deux liens Internet : pour les amateurs
équipés d’un lecteur DVD-Rom, le DVD
propose des liens vers les sites de Bac Films et Wild
Side Video.
- Le documentaire Max Ophuls ou le
plaisir de tourner : il s’agit d’un numéro
de la célèbre émission Cinéastes
de notre temps, produite par Janine Bazin et André
S. Labarthe. Réalisé par Michel Mitrani,
Max Ophuls ou la ronde (51’) a été
tourné dans un décor de cirque en référence
à Lola Montès, qui fut le dernier film de
Ophuls. Les entretiens avec les techniciens, les comédiens
et les proches collaborateurs du cinéaste (ainsi
qu’avec son fils Marcel Ophuls, également
réalisateur) sont particulièrement instructifs
et parviennent à dessiner le portrait d’un
artiste charmeur, élégant, sensible et cultivé
mais aussi très exigeant et parfois autoritaire
sur un plateau. Les témoignages mettent également
en lumière son goût du mouvement (celui de
ses personnages, de la caméra et donc de la vie)
et son travail avec les acteurs. Mitrani s’ingénie
souvent à faire évoluer ses intervenants
à l’intérieur du chapiteau en établissant
des correspondances visuelles et sonores entre son sujet
et l’œuvre de Max Ophuls. Ce documentaire en
noir et blanc daté de 1975 souffre malheureusement
d’une qualité technique décevante.
L’image, souvent surexposée, manque de définition
et de contraste. Le son, plutôt étouffé,
possède une faible dynamique et manque aussi de
clarté. Les extraits de films affichent une qualité
technique encore plus déplorable avec des griffures
et une mauvaise lisibilité. Cela ne doit pourtant
pas vous empêcher d’apprécier ce document,
pièce maîtresse de cette édition DVD,
à sa juste valeur car on s’attend presque
à voir surgir Max Ophuls derrière un pan
du décor et venir rejoindre ses compagnons dans
la ronde.
- Une galerie photos : 1 affiche du film
et 20 photos
- Le Livret d’une dizaine de pages,
plutôt instructif exposant les difficultés
rencontrées lors de la production de Caught et
les anecdotes de tournage.
|
|
|
|