Réalisé par Michael Curtiz
Avec Humphrey Bogart, Ingrid Bergman, Paul Henreid, Claude Rains
Scénario : Julius J. et Philip G. Epstein, Howard Koch et Casey Robinson d’après ‘Everybody comes to Rick’s’ de Murray Burnett et Joan Alison
Musique : Max Steiner
Photographie : Arthur Edeson
Un film Warner Bros



Warner Home Video
97 mn
Zone 2 1° Edition & Collector
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Noie et blanc
Langues : Anglais / Italien
Sous titres : Français / Anglais / Italien / Néerlandais / Arabe / Espagnol / Portugais / Allemand / Roumain / Bulgare / Anglais pour malentendants / Italien pour malentendants
Mono d’origine
Chapitrage et menus fixes


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Le Roman de Mildred Pearce (Z2)

 

 



1942, en pleine tourmente de la Seconde Guerre Mondiale, des milliers de réfugiés fuyant le joug hitlérien en Europe, affluent à Casablanca dans l’espoir d’obtenir un visa pour les Etats-Unis et la liberté. Le Major Strasser (Conrad Veidt), important dignitaire allemand, arrive en ville pour enquêter sur l’assassinat de deux émissaires nazis ; il demande pour son investigation l’aide du capitaine Renault (Claude Rains), chef de la police locale vichyssoise. La solution de cette énigme ne peut se trouver qu’au Café Américain où se presse chaque soir une foule cosmopolite et bigarrée et dont le propriétaire (Humphrey Bogart) est un ancien opposant aux fascistes en Ethiopie et en Espagne. Miné par un chagrin d’amour, Rick est devenu un homme amer, désenchanté et opportuniste qui affecte désormais un complet détachement vis-à-vis de la situation internationale : il peut à la fois laisser se dérouler dans son établissement tout un tas de trafics et ne pas lever le petit doigt pour empêcher l’arrestation du meurtrier des soldats allemands. L’arrivée d’Ilsa (Ingrid Bergman), la femme qu’il avait aimée avant l’occupation de Paris par l’armée ennemie et qui l’avait quitté brusquement, en remuant de vieux souvenirs, va le faire sortir de sa ‘léthargie humaniste’ ; il se réengage dans la bataille livrée contre les nazis. En effet, Victor Laszlo (Paul Henreid), le mari d’Ilsa, n’est autre qu’un chef réputé de la Résistance, échappé d’un camp de concentration et qui souhaite rejoindre les Etats-Unis. Rick fera tout pour favoriser la fuite du couple préférant sacrifier son amour pour se battre de nouveau aux côtés des alliés…

"Nos petits problèmes personnels ne pèsent pas lourd dans la balance au milieu de tout ce gâchis" dira en cours de film Humphrey Bogart à Ingrid Bergman ; en effet, Rick, le personnage qu’il interprète, finira par sacrifier l’amour au profit de la lutte pour un monde libre. Il s’agit donc effectivement avant tout d’un film de propagande, d’une oeuvre de circonstance en faveur de l’interventionnisme militaire et politique des Etats Unis dans le conflit mondial. Mais, si Casablanca n’avait été que ça, pensez vous sérieusement qu’il aurait pu traverser toutes ces années sans prendre la moindre ride et sans entamer le potentiel d’amour et de fascination qu’il véhicule avec toujours autant de ferveur qu’il y a 60 ans chez toutes les générations confondues ? Car avec Autant en emporte le vent, le film de Michael Curtiz est paraît-il le film le plus apprécié du public américain. Comme le fait remarquer Jacques Lourcelles dans son passionnant dictionnaire du cinéma, "cela tient sans doute, dans ce qu’il a de bon et de moins bon, à sa nature de feuilleton. Le caractère exceptionnel de Casablanca dans la grande production hollywoodienne est qu’il a été involontairement conçu, écrit et tourné comme un feuilleton, aucun de ses créateurs connaissant la destination de l’histoire, laquelle resta jusqu’au bout ‘à suivre’."

Effectivement, le tournage (comme celui de Autant en emporte le vent) fut véritablement feuilletonesque. Toute l’équipe est sceptique dès le premier clap car déjà la préparation du film fut conflictuelle : tous les comédiens prévus au départ (Ann Sheridan, Ronald Reagan et Dennis Morgan en dernier ressort après bien d’autres célébrités restées déjà sur la brèche) ne se retrouvèrent finalement - et heureusement - pas dans la version que nous connaissons. William Wyler fut remplacé par Michael Curtiz, qui à 54 ans, avait déjà prouvé à maintes reprises sa capacité à diriger de gros budgets à Hollywood (Captain Blood, Les aventures de Robin des Bois, L’aigle des mers, Le vaisseau fantôme…) Enfin, de nombreux scénaristes travaillèrent chacun dans leur coin sans jamais se consulter, Julius J. et Philip G. Epstein, Howard Koch et Casey Robinson écrivant et modifiant le script au jour le jour. Trois mois après le début du tournage, le producteur Hal Wallis constatera que "nous avions toujours affaire à un metteur en scène récalcitrant, à une distribution qui détestait en partie son dialogue, à des acteurs surpayés attendant sans rien faire et sans être sûrs qu’on aurait besoin d’eux et à une actrice qui rêvait d’être libre pour jouer dans Pour qui sonne le glas. Mike et Bogey se disputaient si fréquemment que je devais venir sur le plateau pour arbitrer leurs querelles". L’anarchie la plus complète règnera ainsi pendant tout le tournage à tel point que le choix entre deux fins possibles ne sera fait qu’au dernier moment. Personne ne saura jamais (y compris les scénaristes) de quel personnage Ingrid Bergman était réellement amoureuse. Le réalisateur lui demandera même de jouer ‘entre-deux’ ne connaissant pas l’aboutissement de cette histoire d’amour. Bref, un film qui accouche dans la douleur et le désordre.

Et pourtant, en découvrant le film, on imagine assez difficilement comment un tel fouillis a pu donner naissance à une œuvre aussi attachante, entêtante, romantique et passionnée, défiant toute analyse, Curtiz fonçant tête baissée à travers les clichés et trouvant encore le moyen d’en ressortir grandi. En effet, même si le temps n’a pas eu de prise sur ce mélodrame (tiré d’une obscure pièce de théâtre qui n’a jamais été représentée mais seulement rachetée pour son exotisme), si on essaye de l'étudier plus en profondeur, on se rend vite compte qu’il comporte pourtant son lot de lieux communs les plus éculés aussi bien dans les situations que dans la caractérisation des personnages. C’est donc bien une sorte de miracle qui a eu lieu, le résultat d’une alchimie parfaite entre l’élégance d’une mise en scène, la perfection technique du studio Warner de l’époque, et une interprétation prodigieuse de tous les acteurs, seconds rôles compris, les furtives apparitions de Sidney Greenstreet et Peter Lorre étant par exemple inoubliables. Mais revenons en au tout début du film proprement dit…

Le générique se déroule sur fond d’un thème à la fois exotique et patriotique (déjà des accords de "La Marseillaise") du grand Max Steiner et le film s’ouvre sur un rapide topo historique expliquant ce que viennent chercher tous ses exilés à Casablanca, sur fond d’images d’archives et d’une carte représentant le trajet de Paris à Casablanca. Les images suivantes montrent la police française tirant et tuant un homme tentant de s’échapper, ce dernier tenant dans sa main l’image d’une Croix de Lorraine et tombant foudroyé au pied d’une affiche représentant le Maréchal Pétain. Suivent des plans des habitants levant les yeux au ciel pour regarder un avion, symbole de toutes leurs aspirations, l’autre côté de l’Atlantique vers la liberté. Le film se pose donc sans tarder comme un drame propagandiste tout ce qu’il y a de plus sérieux mais toutefois dépaysant puisque se déroulant très loin des Etats Unis ou de la grisaille européenne, dans un Maroc reconstitué sans aucun réalisme mais avec tout le faste nécessaire à Curtiz pour y situer son intrigue ; ou plutôt ses intrigues puisque Casablanca contient assez de pistes et de personnages pour alimenter un grand nombre de scénarios. Nous sommes en pleine guerre mondiale mais ici, point de combats ni de batailles sanglantes, le spectateur peut respirer et s’immerger dans ce "‘bar américain", raccourci étonnant du conflit mondial dont les différentes forces en présence sont personnifiées par la clientèle, lieu quasi unique de l’intrigue où se retrouve en terrain neutre toute la société cosmopolite de la ville marocaine. Une clientèle panachée de policiers corrompus, d’élégants officiers nazis, de pickpockets sympathiques, de résistants courageux, de réfugiés touchants… Un foisonnement à travers lequel la caméra s’insinue tout en douceur et élégance, passant dans les 10 premières minutes du film d’un personnage à l’autre avec une fluidité incroyable : à peine avons nous fait le tour de l’établissement qu’il nous semble connaître tous ses recoins ainsi que toutes les personnes le fréquentant. Le métier du réalisateur est ici flagrant et annonce en quelque sorte les circonvolutions qui ouvriront certains films de Martin Scorsese, la caméra se baladant de l’un à l’autre des multiples protagonistes dans un lieu bien défini sans que jamais le réalisateur ne perde le fil de son intrigue assez complexe (je pense entre autre à Casino).

Mais cette maîtrise serait bien vaine si tout ce qui l’entourait n’était pas aussi de très haut niveau : les merveilleux gros plans sur les visages et clairs-obscurs de la photographie de Arthur Edeson, les thèmes passionnés et tragiques de Max Steiner ; la direction artistique somptueuse… N’oublions pas les dialogues plus d’une fois éblouissants, tour à tour spirituels ou enflammés, ironiques ou colorés. En voici quelques exemples. Alors que le capitaine Renault demande à Rick sa nationalité, ce dernier lui rétorque "Ivrogne" ; sur quoi le capitaine lui répond "Ce qui fait de vous un citoyen du monde". Une autre séquence voyant Rick et Laszlo se lancer dans une discussion sur l’engagement et le patriotisme se déroule ainsi :

"Rick : Vous ne vous demandez jamais si tout ça en vaut la peine ? Ce pour quoi vous combattez ?
Laszlo : Est-ce qu’on se demande pourquoi on respire ? Ne plus respirer c’est la mort. Ne plus combattre et le monde mourra !
Rick : Et alors ? Il cesserait de souffrir !
Laszlo : Vous me faites penser à un homme qui veut se convaincre de quelque chose en quoi il ne croit pas. A chacun son destin, pour le meilleur et pour le pire."


Personne n’a dû non plus oublier cette réplique qui aurait été ridicule dans 99 % des cas mais qui passe ici comme une lettre à la poste grâce au climax éminemment romantique à cet instant du film quand Rick et Ilsa se retrouvent tous les deux dans la petite chambre d’un hôtel parisien : Ilsa entendant une déflagration au dehors dit cette phrase que même dans un roman de gare on aurait eu du mal à accepter mais qui dans ce contexte précis ne choque absolument pas : "Est-ce le bruit du canon ou celui de mon cœur qui bat ?". Un des prodiges de l’alchimie miraculeuse de ce merveilleux mélo. Il faut quand même dire que, grâce à Michael Curtiz et sa directive à Bergman de jouer entre-deux (voir le second paragraphe), le personnage d’Ilsa acquiert un bien plus grand mystère, l’actrice n’en étant encore que plus convaincante.

Mais les séquences mythiques de ce film ne sont pas uniquement basées sur les dialogues (les regards sont aussi extrêmement importants) : elles viennent en tout cas s’enchaîner sans aucun répit, pour le plus grand bonheur des cinéphiles que nous sommes : Ingrid Bergman demandant avec une nostalgie non feinte au pianiste noir (joué par Dooley Wilson) d’entamer sa chanson : "Play it Sam, play ‘As time goes by’" ; Paul Henreid faisant jouer et chanter "la Marseillaise" à pleins poumons par les clients du bar pour couvrir l’hymne nazi : même si vous n’avez pas la fibre patriotique, il est à parier que vous aurez pourtant tous la gorge serrée à ce moment là ; la sublime idée de mise en scène soutenue par un thème déchirant et passionné de Max Steiner, voyant Bogart, vêtu de son célèbre imperméable, attendant sa compagne à la gare après qu’ils aient tous deux décidé de fuir Paris ensemble, et inquiet de ne pas la voir venir, recevoir à ce moment précis une lettre d’adieu que l’on voit alors en gros plan et dont l’encre se met à couler sous l’effet des gouttes de pluie : image d’une tristesse et d’un romantisme déchirant accentuée par le visage au bord des larmes de Rick montant alors seul dans le train. L’émotion qui vous étreint à cet instant est indescriptible, preuve du génie fulgurant de Curtiz quand il s’agit de faire vibrer la corde sensible du spectateur. Mais l’humour n’est pas non plus absent de ce grand film romantique et tragique : Claude Rains, pétainiste plus par résignation que par conviction, jette à la fin dans la poubelle…une bouteille de Vichy !

Si le film est entré dans la légende hollywoodienne, un autre mythe continue de se forger, celui d’Humphrey Bogart qui est pour beaucoup dans la fascination exercée par le film. Il y avait eu le Sam Spade du Faucon maltais de Huston, il y a désormais le Rick de Casablanca, deux personnages somme toute assez semblables et indissociables, dans l’esprit du public, de l’acteur : Bogart, c’est Rick, Sam Spade et Marlowe, un homme cynique, la cigarette au bec et qui passe du smoking impeccable au vieil imperméable usagé. Dans Casablanca, le héros foncièrement positif du film est le rationnel Laszlo joué par Paul Henreid : rien ne peut lui être reproché. Il est droit, courageux, loyal, sincère, sans aucun défaut apparent. Pourtant il reste froid car trop parfait, manquant paradoxalement d’humanité ! C’est plutôt à Rick que le spectateur s’identifie le mieux, avec qui il se sent le plus d’affinités. Il s’agit d’un personnage solitaire, amer et désenchanté mais que l’on devine pouvoir se sacrifier. Un homme secret portant sur ses épaules le poids d’un lourd passé. Au début, un individualiste farouche ("Je ne prends de risque pour personne") mais dont on sent qu’il ne l’a pas toujours été (il déchire même les chèques allemands au lieu de les encaisser) ; effectivement on apprend en cours de route que c’est un chagrin d’amour qui l’a transformé ainsi : en somme un grand romantique capable de sentiments derrière son impassibilité. C’est une nouvelle fois l’amour qui lui rendra sa dignité en lui faisant choisir le bon camp, celui des Alliés. Il retrouve à la fin son visage impénétrable, son idéalisme à toute épreuve dans lequel l’Amérique toute entière s’est reconnue. Le temps du combat est revenu pour Rick, celui qu’il avait déjà mené en Ethiopie et en Espagne et que l’acteur lui même continuera dans la vie en compagnie de Lauren Bacall, un combat pour la liberté entre autres.

Ce film démontre donc qu’il n’y avait pas nécessairement besoin de combats et de spectaculaires batailles pour faire vibrer l’opinion américaine et pour soutenir l’effort de guerre. Sans se soucier d’un quelconque réalisme, Casablanca réussit pourtant à capter ce que devait être l’atmosphère de cette époque. Curtiz, par sa mise en scène fluide, feutrée, concise, élégante, sa parfaite direction d’acteurs, passe au travers des ficelles grossières avec un détachement serein et une conviction certaine qui transforment ce qui aurait pu être un mauvais mélo en une sublime histoire d’amour en même temps que la célébration des sentiments nobles et de valeurs patriotiques nécessaires pour remonter le moral du public alors que les USA étaient entrés jusqu’au cou dans le conflit mondial depuis une année. Un critique dont je m’excuse de ne plus me souvenir du nom a dit que Casablanca montrait trois formes d’engagements, un rationnel (Laszlo), un sentimental (Ilsa) et un chevaleresque (Bogart). Le film sortira aux USA au moment de la conférence des Alliés à Casablanca en janvier 1943, conférence qui suivit de peu le débarquement en Afrique du Nord. Casablanca obtiendra 3 Oscars, ceux de la réalisation, du scénario et du meilleur film. Une légende dit que chaque soir sans exception, il y a au moins un cinéma à Paris, Londres ou New York qui affiche Casablanca. Belle légende qui traduit l’engouement de ce film à toutes époques et auprès de tous les publics. D’ailleurs le film ouvrira le chemin à d’innombrables films du même genre comme, toujours de Curtiz, Passage to Marseille ou encore cette autre merveille d’après Hemingway qui vient juste de sortir en zone 1, Le port de l’angoisse de Howard Hawks. Ah, j’avais oublié de vous dire : Casablanca est un chef-d’œuvre !

Une première édition du film était sortie chez Warner en 1999. A l’époque, la presse spécialisée s’extasiait sur cette galette qui aujourd’hui, à l’aune de ce qui s’est fait depuis en terme de DVD pour les classiques, si elle reste d’un niveau vraiment très honnête est loin d’être aussi satisfaisante que, pour en rester chez l’éditeur, l’étonnante beauté des copies et la parfaite compression de films comme Les contrebandiers de Moonfleet ou Aventures en Birmanie, sans parler de ce miracle de technologie que constitue la restauration prodigieuse chez Paramount de Sunset Boulevard. Nous serons donc assez succincts pour ce premier jet sachant que l’édition collector vient de sortir en France.

La copie est dans l‘ensemble très propre, le noir et blanc très beau, bien contrasté et la définition excellente. Cependant certaines séquences ou plans se révèlent assez abîmés (la scène précédent le flash-back au cours de laquelle Rick se retrouve seul et désemparé avec sa bouteille) et la compression laisse à désirer à de nombreuses reprises (de gros pâtés de compression ou des effets de brillance assez accentués lors de scènes sombres : voir par exemple à 32’11’’ ou à 1h15’34’’) sans qu’il n’y ait rien de rédhibitoire, ces défauts n’arrivant jamais à nous gâcher la vision du film.

La piste monophonique anglaise se révèle bien claire et d’excellente qualité, peu de souffle ou de grésillement venant gêner l’écoute des merveilleux dialogues ou de la musique de Max Steiner. La version française est quand à elle à vomir : la musique de Max Steiner a purement et simplement été supprimée en fond ; quand on sait à quel point elle est importante pour l’atmosphère éminemment romantique du film, c’est tout simplement scandaleux. A ce propos, comparez pour vous amuser la scène finale en anglais et en français et vous serez dégoûtés à vie de voir des films en VF !!! Une bonne thérapie finalement ;-)

Un menu assez plaisamment animé nous amène aux suppléments : une bande annonce assez abîmée et non sous titrée, non polluée par des slogans vieillots de l’époque venant saturer l’image mais dans laquelle une voix-off raconte le film sans malheureusement aucune retenue pour les éventuels spoilers. Un documentaire de 36 minutes sur la feuilletonesque histoire du tournage, brassant diverses anecdotes assez intéressantes. Vous ne trouverez en revanche aucune analyse du film. Un bonus intéressant mais qui nous laisse un peu sur notre faim. A signaler que le prologue est présenté par la grande Lauren Bacall.


Cette édition zone 1 du film de Curtiz est quasiment la même que celle du zone 2 français. Il ne lui manque que les sous-titres sur les bonus ainsi que le troisième disque contenant la bande originale du film. En revanche son prix est moindre et le packaging est, d’un point de vue graphique, beaucoup plus beau que celui de l’édition zone 2 (ce jugement est bien entendu très personnel ;-)). Semblable aux collectors Singin’in the rain ou Treasure of the Sierra Madre, il contient deux DVD : le premier étant réservé au film ainsi qu’à quelques bonus et le second intégralement consacré aux suppléments. Les menus animés et musicaux sont de toute beauté, un bel exemple dont certains éditeurs feraient bien de s’inspirer.

Le film bénéficie de sous-titres français et espagnols tandis que les suppléments en sont totalement dénués. Les collectionneurs non anglophones passeront donc leur chemin. Pour les autres, un niveau d’anglais moyen permet de bien comprendre l’ensemble des bonus.

Enfin, le film est chapitré en 32 segments qui permettront aux passionnés de jongler avec leurs scènes cultes sans aucune difficulté.

Image : la remasterisation opérée sur ce titre fait débat : certains lui reprochent un aspect trop lisse en contradiction avec le grain Warner de l’époque ; d’autres - comme moi - sont éblouis devant cette image sublime. Contrairement au précédent DVD, le nouveau master est totalement exempt de tâches ou griffures et bénéficie d’une définition remarquablement précise. En dehors de certains effets concoctés par Curtiz pour accentuer le romantisme de ces prises de vue (sur Ingrid Bergman notamment), aucun plan n’est flou, et cela dans toute la profondeur de l’image. De son côté l’encodage est également réussi : les effets de pixellisation et de flottement des arrières plans de la précédente édition ont totalement disparu. Par ailleurs, aucun bruit n’est à signaler, c’est assez remarquable ! Mais cet effort se paie au niveau des contrastes et l’image paraît quelque peu lissée par rapport à la précédente édition. On perd ainsi en détail sur certains gros plans et les noirs et blancs ne sont pas très tranchés. A chacun, donc, de choisir son camp : l’image bruitée et mal définie de la précédente édition ou celle magnifique mais un peu (si peu !!) lisse de la nouvelle ?

Son : La bande son proposée est d’origine. On retrouve donc le mono présent sur la précédente édition. Point de remix en 5.1 mais on ne s’en plaint pas tant la piste mono est remarquable de précision. Aucun souffle n’est à signaler, les dialogues se détachent avec une précision diabolique tandis que la musique et le superbe As times goes by coulent avec clarté de votre enceinte centrale. Il existe bien entendu une VF, mais oseriez vous écouter "Bogey" en français ? ?Joue-la encore Sam !? Beurrrrrk !!

Bonus : Outre la remasterisation apportée au film, ce double DVD propose de nombreux bonus passionnants. A noter que malheureusement aucun d’entre eux ne bénéficie de sous-titrage. Mais il s’agit ici du DVD zone 1. Le zone 2 apportant des sous-titres sur la majorité des suppléments.

Premier disque :

Introduction by Lauren Bacall (2’03) : cette courte introduction proposée par la sublime Lauren Bacall faisait partie du supplément consacré à l’histoire du film sur la précédente édition. Warner a eu l’idée de la séparer de ce dernier et d’en faire un prologue au film. L’épouse d’Humphrey Bogart rappelle de façon concise le contexte historique de Casablanca et nous invite à nous plonger dans ce monument du septième art.

Commentary by film critic Roger Ebert : Ce commentaire audio animé par le célèbre critique Roger Ebert, est un condensé d’informations et d’anecdotes en tout genre sur le film, les comédiens, les techniciens … Ebert tente également de déceler les influences de Curtiz pour Casablanca (il parle notamment de l’expressionnisme allemand). Bref c’est une mine d’infos débitée à vitesse grand V. Autant être en forme et concentré avant d’attaquer ce document !

Commentary by film historian Rudy Behlmer : Behlmer est un historien du cinéma. Son commentaire est beaucoup plus posé que celui d’Ebert (et plus facile à suivre). Il replace Casablanca dans son contexte historique et nous ressort un bon nombre d’idées proposées par Ebert. Mais on a l’impression qu’il développe davantage son analyse. C’est moins tape à l’œil, plus fouillé ! Quitte à n’en choisir qu’un seul, le commentaire de Behlmer apparaît comme le plus intéressant.

A great cast is worth repeating : plusieurs diapos rappellent les films qui réunissaient les comédiens de Casablanca. Bogey et Peter Lorre avaient joué ensemble dans Le Faucon maltais, Bogey et Greenstreet dans Across the Pacific (1942) … etc. Ce bonus ressemble finalement à une recherche croisée sur IMDB : tous les films qui ont pu réunir deux des comédiens principaux de Casablanca sont listés.

Other legendary titles available from Warner Home Video : ce supplément est composé de trois bandes annonces de films édités récemment par Warner en DVD. Yankee Doodle Dandy, Adventures of Robin Hood - dont on peut d’ailleurs admirer la très belle restauration – et The treasure of the sierra madre de John Huston. Notez que pour ce titre la BA n’est pas restaurée et l’image proposée ne correspond pas du tout à celle du double DVD édité récemment !

Cast and Crew : résumé très succinct du générique du film. Une fiche complète aurait été beaucoup plus intéressante : ceux qui ne l’auraient pas remarqué auraient pu alors voir que Don Siegel fut un des monteurs de Casablanca ! Bref, un supplément très vide…

Awards : on continue avec les infos sur le film. Il s’agit ici des récompenses obtenues par Casablanca et décrites dans deux diapositives.

Theatrical trailer (2’16) : bande annonce originale de Casablanca. La copie non restaurée permet d’apprécier le travail effectué pour le DVD.

Re-Release trailer (2’50) : bande annonce réalisée à l’occasion de la ressortie du film au cinéma en 1992. Ce trailer incite les jeunes spectateurs à découvrir le film de Curtiz sur grand écran. La célèbre vois off des bandes annonces US est là pour ajouter un côté "show" à l’affaire !

Second disque : ce DVD intégralement consacré aux bonus contient les documents les plus intéressants.

The children remember (6’47) : Stephen Bogart, écrivain de polar, et Pia Lindstrom parlent de leurs parents respectifs (Humphrey Bogart et Ingrid Bergman). Derrière le charme de voir ces deux grands enfants parler avec émotion de leur parent star, on n’apprend pas grand chose. Chacun des deux reste très discret sur leur vie privée et ne nous informe que de généralités connues et rabâchées sur la genèse du film. On ne saura donc pas ce que pensait la belle Ingrid du ténébreux Bogey … Stephen Bogart termine par une petite déclaration très… américaine : "A film that keeps my father alive".

Additional Scenes (1’39) : 2 scènes muettes mais sous-titrées en anglais ont été retrouvées et sont proposées ici. La première décrit une rencontre entre Rick et Lazlo. Rick lui explique qu’il va lui céder les laisser-passer contre une importante somme d’argent. La seconde montre un Allemand buvant un verre chez Rick, puis tombant visiblement empoisonné. On aurait aimé en savoir plus sur ces séquences coupées (pourquoi n’ont-elles pas été intégrées au métrage ?), mais Warner se contente de nous les servir sans la moindre explication. Dommage !

Outtakes (4’59) : il s’agit ici de prises muettes non retenues pour le film. Rien de bien passionnant…

Scoring Stage sessions : huit liens permettent d’écouter des enregistrements des morceaux musicaux du film avec certaines prises alternatives, notamment le As time goes by par Dooley Wilson.

Bacall on Bogart (1'23"24) : ce document est le plat de résistance de la section bonus. Un portrait de Bogart animé par Lauren Baccall en personne de près d’une heure trente. L’intérêt de ce document repose surtout dans la projection d’images rares : des photographies de Bogart jeune et au théâtre, des extraits de ses premiers films, des interviews… Les témoignages de nombreuses personnalités sont également instructifs : John Huston , Richard Brooks ou Katharine Hepburn parlent de Bogey avec respect et nous livrent quelques anecdotes croustillantes. Un très beau documentaire pour tous les admirateurs du comédien !

You must remember this : a tribute to Casablanca (34’37) : Making of de Casablanca animé encore une fois par Lauren Bacall. On y retrouve Rudy Behlmer, Pia Linstrom, Julius Epstein ou Dan Seymour pour de nombreux témoignages sur le film et son tournage auquel personne ne semblait croire. On reste ici dans une ambiance assez intimiste qui, contrairement aux nombreux making of d’auto promotion qu’on voit si souvent sur les DVD récents, donne un certain charme à ce documentaire.

Screen Guild Theater 1943 : adaptation radio de Casablanca avec Bogart, Bergman et Henreid. L’occasion d’écouter ces shows radio qui régnaient avant que la télévision n’écrase tout. Très sympathique !

Television adaptation – 1955 Who holds tomorrow (18’35) : il s’agit ici d’un remake télévisé de Casablanca. Très curieux ce téléfilm n’en est pas moins ridicule comparé à l’original !

Carrotblanca (8'02) : un concentré de bonheur mené par les personnages de la Looney Tunes. Titi joue Peter Lorre, Bugs est Bogart, Duffy est au piano ; ils parodient avec un humour décapant Casablanca ! L’image de ce dessin animé est splendide, les gags hilarants et la bande son est proposée en 5.1. Bref, un bonus qui vaut à lui seul le choix de ce collector.

Production research : diapositives reprenant des affiches et notes de production du film.


Conclusion : les bonus proposés sur Casablanca ne sont peut-être pas tous intéressants mais certains sont de vrais bijoux et on a du mal à imaginer un DVD plus complet pour ce chef d’œuvre. Les amoureux du film n’ont donc plus le choix : revendre leur ancienne édition et se jeter sur ce collector !

George Kaplan ;-)


Un film chroniqué par Jeremy Fox