Réalisé par Jean renoir
Avec Jean Gabin, Simone Simon, Fernand Ledoux, Blanchette Brunoy ...
Scenario : Jean Renoir
Musique : Joseph Kosma
Photographie : Curt Courant
Un film Paris Film
France - 96' - 1938



Studio Canal
Zone
2
Format : 4/3-1.33-N&B-Pal
Audio : mono d’origine en Français et Allemand
Sous-titres : Anglais


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Jacques Lantier, conducteur de locomotive, est témoin d’un meurtre : celui d’un homme ayant approché de trop près la femme de l’assassin, Severine. Dès lors se lie entre elle et Lantier une passion dépassant le strict cadre amoureux.

Il y a deux mouvements dans l’œuvre de Renoir, aussi distincts que complémentaires.

En schématisant, le premier serait composé de films tels que La Chienne ou Boudu : la noirceur des sentiments, le cynisme voire le pessimisme prennent le dessus. Dans le second mouvement figureraient les films qui ressembleraient à priori le plus à Renoir, à savoir philanthrope et profondément humaniste au sens strict du terme (mettre l’homme au-dessus de tout) : La grande illusion ; Vivre Libre.

La Bête humaine est un film passionnant car il est à l’embouchure des deux axes précités. Dans les films de la première catégorie, si le Mal ne faisait que côtoyer le Bien, dans La Bête humaine, il le contamine progressivement. Le "positif" et "le négatif" finissant par se mêler et se confondre.
La maladie de Jean Gabin qui le ronge ou son impossibilité progressive d’aimer sont autant d’indices de ce mal (littéralement la bête humaine du film) prenant le dessus sur le bien.
C’est dans ce sens que vont les plus belles scènes du film : les fois où Simone Simon et Jean Gabin s’enlacent, croisent leurs regards et finissent par regarder dans la même direction : Regard commun appuyé par un mince filet de lumière.
C’est cet aspect inédit du cinéma de Renoir qui rend La Bête Humaine précieux.

Le générique du film annonce un film inspiré de l’œuvre de Zola.
Inspiré est bien le mot qui convient. Certaines sources affirment que Renoir avait lu le livre jeune et qu’il ne voulait pas le relire de peur d’être influencé dans son travail.
D’autres disent qu’il aurait lu le livre juste avant le tournage.
Quelle que soit la vérité, il est évident que le film pert en noirceur et en pessimisme "Zolaïen" ce qu’il gagne en humanisme, et par ce biais en beauté. Comme si le film ne s’était bâti que sur des bribes de mémoire, de souvenirs et que le cinéaste n’en avait retenu que ce qu’il jugeait bon, émouvant et intéressant.

A la fois peinture sociale d’une époque, oeuvre moderne de par son sujet et son traitement, La Bête humaine est tout simplement un film indispensable, "à recommander fortement" comme l’indique la bande-annonce du film de l’époque.

L’image : comme à son habitude, Studio Canal nous offre une image belle, dépoussiérée et supérieure à tous les autres formats connus jusqu’alors. Seul bémol : une ligne blanche est omniprésente sur l’écran mais ce n’est guère genant.

Son : mono d’origine qui ne demande qu’à être intelligible. C’est le cas sauf au début du film où les dialogues sont parfois assez durs à suivre, le reste du film ne souffrant pas de ce problème.


Suppléments :

- Interview de Renoir de 1962 où il revient avec son humour et sa bonhomie habituelle sur le tournage du film et les conditions qui l’ont amené à le faire.

- Présentation du film de Jean-Jacques Bernard, tournée initialement pour CineCinemas.

- Bande-annonce d’époque.

- Interview d’un ami d’enfance de Jean Gabin et non pas de Jean Gabin lui-même, comme il est annoncé sur la jaquette.

- Revue de presses, filmographies, affiches et photos.


Un film chroniqué par Leopold Saroyan