Réalisé par Alfred Hitchcock
Avec John Blythe et The Molière Players
Scénario : J.O.C. Orton, Angus McPhails, d’après le sujet d’Arthur Calder-Marshall
Photographie : Gunther Krampf
Production : Phoenix Films pour le Ministry of Information
Angleterre - 26 mn & 31 mn - 1944



Image Entertainment
26 mn & 31 mn
Zone all - NTSC
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Français
Sous titres : Anglais (obligatoire)
Chapitrage fixe


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Bon voyage : Londres, 1943. A la suite de son évasion hors de France, le sergent John Dougall a rejoint l’Angleterre avec l’aide de Stefan Godowski. Il raconte les péripéties de sa fuite au colonel des Forces Françaises Libres. Mais le récit prend une nouvelle tournure lorsque ce dernier révèle au sergent la véritable nature de son compagnon de voyage…

Aventure Malgache : Londres, 1944. Des acteurs écoutent le récit d’un comédien, Jacques Clarus, parlant de ses rencontres avec un dénommé Michel. En 1940, à Madagascar, ce dernier était partisan du régime de Pétain. Alors que plusieurs évasions ont lieu sur l’île, Clarus décide de rester pour organiser la résistance, tout en prétextant qu’il est vichyste. Michel soupçonne les activités de Clarus, et va à tout prix tenter de trouver une preuve de celles-ci…

Ces deux titres du Maître du Suspense sont deux petites perles enfin disponibles, grâce au support numérique. Tournés en 1944 pour le British Ministry of Information, Hitchcock ne prend la guerre que comme un lointain prétexte pour nous livrer deux étranges curiosités qui préfigurent les futures Alfred Hitchcock Presents, petits récits d’une vingtaine de minutes à la structure narrative rapide et solide. Le nom de Hitchcock au générique ne laissait préfigurer que le meilleur et en effet, les deux épisodes se révèlent purement jouissifs.

Le premier, Bon Voyage, nous présente d’abord une intrigue narrée selon un point de vue unique, celui du sergent John Dougall, puis grâce aux renseignements appris par le FFL. Dougall n’a pas menti, mais a juste mal perçu ce qui lui a été présenté. La vérité n’est plus alors qu’une simple représentation de la réalité. Le spectateur retrouve une variation de la célèbre Allégorie de la Caverne de Platon. Le spectateur retrouve une variation du célèbre Mythe de la Caverne de Platon : ce que raconte Dougall, c’est la caverne. Pour voir l’ensemble de la réalité, le colonel lui livrera certaines informations sur Godowski. Le second, Aventure Malgache, avec son intrigue compliquée, est une histoire assez déroutante qui se présente à l’aide d’une série de flash-back.

La guerre n’apparaît qu’en arrière plan, et d’autres thèmes "hitchcockiens sont ici développés : le double, la traîtrise, le suspense, la manipulation, les faux-semblants, l’importance du point de vue…Cela a d’ailleurs posé des problèmes à la diffusion des films, qui auraient dû être détruits (ceux-ci portaient d’ailleurs la fameuse mention ‘à brûler’ et devaient disparaître), car la commande des producteurs n’avait pas été respectée.

La photographie et les éclairages s’avèrent magnifiques et rappellent les grandes heures du cinéma expressionniste allemand, et notamment Fritz Lang. La scène dans la cave de Bon Voyage, à elle seule, exprime toute l’ambiance du film et se révèle inoubliable de beauté plastique.

La symbolique hitchcockienne qui se compose d’une alchimie parfaite entre humour et métaphore (la plus célèbre étant le train qui s’engouffre dans le tunnel lors de la scène du "baiser sur la couchette" de La Mort aux Trousses) est elle aussi présente, comme dans le second court métrage, lorsqu’à l’annonce du débarquement des Anglais à Diego Suarez, Michel affiche un portrait de la reine Victoria et jette une bouteille de Vichy !

Ces deux programmes présentés ensemble se révèlent être une très bonne surprise, une cerise posée sur le gâteau filmographique hitchcockien dont le goût est certes excellent, mais que nous connaissons trop. Et même si le scénario d'Aventure Malgache ne peut cependant pas rivaliser avec d’autres métrages, courts – Four O’clock, Incident at the Corner, mais surtout le magnifique Lamb to the Slaughter, … - ou longs - en 1944, Hitchcock sortait de L’Ombre d’un doute et le trop invisible Lifeboat, et préparait l’âge d’or de sa carrière américaine, avec La Maison du docteur Edwardes et Les Enchaînés – Hitch nous régale avec Bon Voyage, de son scénario à tiroir magistralement orchestré comme il nous a si souvent habitué et de quelques superbes scènes, comme la scène de la cave, ou le meurtre de la jeune résistante avec laquelle notre narrateur semblait fonder les prémices d’une histoire d’amour. D’ailleurs la mort de l’être aimé est quelque chose de rare chez le réalisateur.

Notons pour finir quelque chose d’étrange : les films ont été tournés en français. En effet, ils étaient destinés à un public de résistants français de Londres. Cela donne au jeu d’acteurs une dimension plus théâtrale, parfois un peu fausse ou pas toujours très audible, spécialement au début du premier court métrage.




Ce disque possède tout d’abord deux avantages : celui d’exister, ce qui n’était pas le cas de la VHS ou bien il fallait se tourner vers l’import, et celui d’être Zone All, ce qui décidera beaucoup de fans possédant un lecteur non dézoné.


Image : Mais ensuite, les problèmes débutent. La compression, pour commencer, est désastreuse. De temps en temps, des légers pixels apparaissent à l’écran. Mais ceux-ci sont légers, et ne sont que très peu dérangeants, tout comme sur les premières éditions américaines des DVD Warner. Il faut préciser que le titre est sorti en 1999, ce qui n’excuse rien, mais qui éclaire sur l’état général de la copie.

L’étalonnage du Master n’est pas trop mauvais, même si certains jeux d’ombres sont atténués. Les quelques poussières et rayures présentes ainsi que le flou constant des arrière-plans font de ce disque une copie moyenne, qui reste néanmoins regardable.

Son : La piste audio du disque est en mono français d’origine et se révèle malgré tout assez claire et audible. Mais le pire reste à venir. Les sous-titres anglais sont gravés sur la pellicule, et donc vous devrez regarder les deux épisodes en version originale (le français) accompagnés de la traduction anglaise. Cependant, la taille des caractères est assez réduite et ne nuit pas trop à la vision du film. Très rapidement, le spectateur les oublie au profit des images.


Il n’y a pas - chose rare ? de menu, et les bonus sont inexistants, à part la jaquette, riche en information, pour les personnes connaissant assez bien la langue de Shakespeare.

Malgré ces menus mais nombreux défauts, se tourner vers cette seule édition peut être une bonne acquisition pour tout fan du Maître, et notamment de ces court-métrages. D’autant plus qu’il paraît improbable que ces titre ressortent dans n’importe quelle zone que ce soit.

Un film chroniqué par Homergana