
Réalisateur
: Robert Aldrich
Année : 1956
Avec : Jack Palance , Eddie Albert, Lee
Marvin, Robert Strauss, Richard Jaeckel, Buddy Ebsen, William Smithers
Scénario : James Poe d’après
la pièce de Norman Brooks
Musique : Frank Devol
Directeur de la photo : Joseph Biroc |

MGM
- USA - 1956
Noir et Blanc - 103 mn
Zone 2
Format cinéma : 1,37
Format vidéo : 4/3
Langues : anglais, allemand, français,
italien et espagnol en mono 2.0
Sous-titres : anglais, français,
allemands, italiens, espagnols, hollandais, suédois, finlandais,
norvégien, danois et portugais.
Menus fixes |


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Hiver 1944. L’armée américaine
progresse dans les Ardennes belges et fait reculer les Allemands.
La compagnie "Fragile Fox" commandée par
le capitaine Cooney est en première ligne. Lors d’une
bataille, l’incompétence tactique et surtout
la peur pathologique de Cooney coûtent la vie à
une section entière. Le lieutenant Costa, un solide
et brave officier bénéficiant de la confiance
de ses troupes, enrage de la situation et s’oppose violemment
à son capitaine. Avec son camarade, le lieutenant Woodruff,
il demande au lieutenant-colonel Bartlett de suspendre Cooney
de ses fonctions. Mais celui-ci refuse habilement pour des
motifs et des intérêts personnels. En effet,
ami d’enfance de Cooney, Bartlett compte sur le père
de ce dernier, un juge influent, pour l’introduire dans
la vie politique une fois la guerre terminée. Lorsqu’une
nouvelle bataille s’annonce, la prise risquée
d’un village occupé par l’armée
allemande forte de ses tanks, Costa fait la promesse solennelle
de revenir tuer Cooney si celui-ci abandonne une nouvelle
fois ses hommes sans intervenir en renfort. Mais le combat
se révèle terriblement meurtrier et le peloton
commandé par Costa, comme prévu livré
à lui-même, se fait exterminer presque jusqu’au
dernier par des Allemands sur le point d’engager une
contre-attaque. |
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Attack ! :
le titre du film sonne comme un cri, une injonction. La
priorité est donnée au mouvement, à
la vitesse de déplacement, au langage des signes
et à l’expression du corps. Et cela au-dessus
de toute autre considération morale, intellectuelle
ou émotionnelle. C’est la guerre et rien ne
doit freiner la progression des troupes et la perspective
de l’emporter. Et pourtant… Et pourtant, nous
sommes devant un film de guerre volontairement bavard, adapté
d’une pièce de théâtre, dans lequel
s’expriment toutes sortes de sentiments et de pensées
contradictoires. Et pourtant nous sommes ballottés
de huis clos en huis clos, d’un lieu confiné
à un autre, chaque endroit étant propice à
l’explosion de la colère des hommes et à
la mise à nu de leurs angoisses les plus profondes.
Si le film n’est pas une charge antimilitariste, il
révèle toutefois comment la guerre peut détruire
physiquement et moralement les hommes qui la mènent,
et adopte surtout le point de vue de l’ennemi surgissant
de l’intérieur (intérieur à la
fois de l’homme lui-même et du groupe). Si les
extérieurs sont rares et l’action circonscrite
dans quelques scènes, le mouvement des corps est
lui perpétuel. Mais y a-t-il alors contradiction
dans tous ces éléments ? Non, car il s’agit
d’une œuvre de Robert Aldrich. Et surtout de
l’un des films de guerre les plus brillants et intelligents
jamais produits, profondément humain, jamais manichéen,
où le fatalisme et l’aliénation le disputent
à la noblesse et au courage. Aldrich le rebelle tonitruant,
mais attaché au système hollywoodien, porte
un regard corrosif et distant sur une institution militaire
capable de révéler le pire comme le meilleur
des hommes.
Robert Aldrich a réalisé
bon nombre de films marquants et quelques chefs-d’œuvre
qui, dès les années 1950, aussi bien dans
leur forme que dans leurs propos, ont bouleversé
les codes des genres bien établis qu’il a approchés.
Et Aldrich a fréquenté quasiment tous les
genres : du film policier avec En quatrième vitesse
(1955) au film de guerre avec Les
Douze salopards (1967) ou Trop tard
pour les héros (1970), en passant par les
drames enfiévrés comme Le
Grand couteau (1955) ou Qu’est-il
arrivé à Baby Jane ? (1962), les
westerns avec Bronco
Apache (1954), Vera
Cruz (1954) ou Fureur
Apache (1972), et les chroniques sociales,
acerbes et picaresques telles que L’Empereur
du Nord (1973) et Bande de flics
(1977). Avec un regard affûté, l’esprit
frondeur et la rage au cœur, le cinéaste a fait
exploser le carcan de la bienséance. Le cinéma
de Bob Aldrich est caractérisé par une exaltation
de tous les instants, un attachement viscéral à
la dynamique des corps et une attirance pour les environnements
confinés, propices aux déchaînements
psychologiques les plus violents et aux affrontements les
plus brutaux. Passionné très jeune par le
théâtre, c’est justement par une théâtralisation
assumée, voire outrée, que Aldrich met en
forme ses idées. Mais avec le soucis constant du
cadre, de la lumière (le plus souvent agressive)
et du découpage qui tranche dans le vif. Cette approche
particulière est mise au service de personnages toujours
en mouvement et évoluant dans un no man’s land
moral dans lequel le Bien et le Mal n’ont pas toujours
d’identité bien définie.
Ainsi dans Attaque, Robert
Aldrich met moins en scène la guerre et ses péripéties
traditionnelles que la projection de cette guerre à
travers le prisme des forces mentales en présence,
du peureux et névrosé capitaine Cooney au
sévère mais juste lieutenant Costa, en passant
par le calculateur colonel Bartlett et tous les soldats
de la Compagnie "Fragile Fox", psychologiquement
fragilisés (le nom de la Compagnie n’a pas
été choisi au hasard) par les luttes intestines.
Au-delà du débat basique, mais passionnant,
propre au scénario (peut-on tuer un officier incompétent
et irresponsable dans le but de sauver la compagnie), c’est
cette approche psychanalytique qui retient toute notre attention.
Dans cet univers favorable à la promiscuité,
le psychique contamine le physique et inversement. Le film,
dans son ensemble, se révèle alors être
une caisse de résonance de tous ces affrontements
psychologiques atteignant parfois le délire paroxystique.
Soutenue par des dialogues souvent percutants, l’intrigue
est réduite à sa plus simple expression. Et
Robert Aldrich trouve régulièrement des angles
visuels saisissants confinant parfois à de l’expressionnisme.
Le film commence par une attaque avortée,
dans laquelle un peloton entier est décimé.
Ce drame est causé par la lâcheté manifeste
du capitaine de la compagnie. Cette introduction se fait
par toute une série de gros plans dynamiques et découpés
par l’environnement rocailleux introduisant les personnages
principaux. Jusqu’à la présentation
de Cooney dont on ne voit que la silhouette morcelée
et les mains tremblantes, avant de découvrir son
visage sortant de l’ombre dans la maison qui lui sert
de logis. Ainsi donc, d’entrée de jeu, cadrages
serrés et impacts visuels liés aux corps en
présence installent un climat angoissant qui ne s’effacera
jamais. Cette propension à la concentration de l’espace
et des déplacements est également liée
aux conditions de production d'Attack !,
film à petit budget produit par Aldrich pour la United
Artists. On remarquera cependant avec bonheur la fusion
parfaite entre les moyens techniques mis à la disposition
du cinéaste et ses ambitions narratives qui prouve,
s’il en était encore besoin, la capacité
d’épanouissement de Aldrich au sein de productions
modestes (auxquelles le réalisateur sera de plus
en plus condamné avec les années). Ni la dramaturgie,
ni les personnages ne seront en aucun cas affectés
par ces conditions de production particulières. Les
visages expressifs et les corps restent la priorité
devant les scènes d’action peu nombreuses (mais
ultra violentes).
Cooney est interprété par
le petit et rondouillard Eddie Albert, dont le physique
malléable ne semble donner que peu de prises au contact
et renforce ainsi le sentiment de gêne et de frustration.
Une petite virgule musicale, légère et ironique,
lui est fréquemment associée lorsque le personnage
se laisse envahir par sa névrose obsessionnelle,
issue d’un traumatisme de jeunesse. Joe Costa, lui,
est campé par le grand et sec Jack Palance ; son
visage anguleux est justement découpé par
la photographie très contrastée de Joseph
Biroc, partenaire régulier du réalisateur.
L’opposition entre les deux hommes est autant physique
que psychologique. La troisième figure du triangle
est le colonel Bartlett, joué par le grand et charismatique
Lee Marvin. Essayant de faire le lien entre Cooney et Costa,
soucieux du problème mais tentant d’arrondir
les angles en ayant recours à l’intimidation
et aux manœuvres les plus suspectes, il est le représentant
corrompu d’un système tout aussi corrompu mais
indispensable à la cohésion de l’armée
et de la société en général.
Ce trio est au cœur de l’univers aldrichien,
le socle d’une réflexion sur l’Amérique
que Aldrich répercute de film en film.
La corruption et la subversion du modèle
américain, perverti par un mouvement perpétuel
et irréfléchi proche de l’hystérie,
sont au cœur du cinéma de Robert Aldrich. Plus
témoin qu’accusateur, Aldrich recherche plutôt
l’étincelle de vie chez le personnage capable
de faire preuve de courage pour échapper à
cette aliénation. Qu’importe si ce personnage
est en proie à des pulsions malsaines (la figure
du héros propre sur lui n’existe pas chez Aldrich)
ou s’il est victime de mésaventures douloureuses
(son œuvre est parsemée de personnages tourmentés
et torturés mentalement et/ou physiquement). La faculté
de survivre l’emporte sur toute autre considération.
En effet, si son cinéma met en présence des
êtres cyniques, Aldrich lui ne l’est pas, glorifiant
plutôt la vie et la lutte pour la survie. Dans Attaque,
Jack Palance est le "héros aldrichien"
par excellence. Il est dur et violent, à la frontière
du nihilisme, n’hésitant pas à frapper
brutalement l’un de ses hommes pour négligence,
et même à faire abattre froidement un SS prisonnier
pour faire parler un soldat allemand capturé. Car
il est avant tout un officier responsable, conscient de
son devoir de meneur et tout entier tourné vers la
protection de ses hommes. On retrouve d’ailleurs plus
ou moins ce type de personnage dans Platoon
(1986) de Oliver Stone, à savoir le rude sergent
Barnes interprété par Tom Berenger, dont la
seule priorité est de mener à terme sa mission
et de protéger ses soldats, toute autre considération
étant accessoire. Joe Costa n’est pas jugé
moralement, seuls ses actes comptent. Il est celui qui traduit
le mieux le besoin impérieux qu’ont les personnages
hargneux du réalisateur d’aller au bout de
leurs forces, jusqu’à leur dernier souffle
s’il le faut. Le spectateur n’est pas prêt
d’oublier le visage de Jack Palance, figé dans
une dernière expression de rage extatique, avec ses
grands yeux révulsés.
C’est justement avec une violence
inouïe pour l’époque que Aldrich met en
scène les quelques scènes d’action de
Attaque. La séquence d’attaque
du village dans laquelle la plupart des soldats trouveront
la mort, puis celle qui voit Costa s’opposer à
des chars, témoignent d’une sécheresse
et d’une brutalité dans les plans qui décrivent
une réalité horrifique. Comme il continuera
de la faire dans la plupart de ses films suivants avec cet
excès qui le caractérise, Aldrich expose et
martyrise les corps. La sueur, le sang, la boue, les cris,
les larmes, la pierre et le métal mélangés,
tout concourt à organiser un tableau hyperréaliste
d’une intensité et d’une agressivité
presque sans pareilles en 1956 (seuls Samuel Fuller et peut-être
Raoul Walsh avec Aventures en Birmanie
ont œuvré dans ce sens).
La violence physique et psychologique
imprégnant le film sont aussi l’expression
de la violence sourde et discrète de la société
des hommes. Ainsi Attaque ne se veut pas
une dénonciation simpliste de la guerre sous toutes
ses formes. Mais plutôt le constat réfléchi
et implacable d’une aventure humaine pleine de bruit
et de fureur, dans laquelle l’être humain est
partagé entre ses instincts les plus noirs et sa
noblesse d’âme. L’épilogue du film
est assez éloquent en la matière. Les relations
entre chacun des personnages atteignent un tel point d’incandescence
que la frontière entre le Bien et le Mal n’est
plus de mise. Sous l’ombre tutélaire d’un
lieutenant-colonel Bartlett, s’imposant comme le gardien
de valeurs morales totalement entachées et le représentant
d’un système absorbant tous les coups portés
contre lui, les braves soldats font le deuil de leurs récriminations,
intègrent le mensonge et réécrivent
l’histoire dans un sens plus favorable. Car il n’est
plus temps de s’appesantir, le combat continue et
il faut se remettre en mouvement (l’éternel
mouvement aldrichien). Et c’est tout à l’honneur
de ces hommes fourbus qui doivent poursuivre leur mission
en tentant toujours d’échapper au fatalisme
qui les poursuit, en ayant en tête l’image glaçante
de leur lieutenant Costa, dont le visage affiche les stigmates
de leur enfer sur Terre. N’hésitez pas à
découvrir ou à redécouvrir ce portrait
sans concession de la guerre qu’est Attaque,
prix de la critique italienne au Festival de Venise 1956.
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Image
: Le DVD propose une bien belle image avec d’excellents
contrastes et une précision exemplaire. La compression
est également de qualité. Malgré
la présence de quelques rayures et points blancs
(surtout au début du film), la copie est relativement
propre et permet donc un confort visuel appréciable
On déplorera néanmoins, à un moment,
une légère instabilité dans le défilement
des images (35’55’’).
Son : Le
son est très clair et bien défini. Les voix
se font parfaitement entendre au milieu d’ambiances
et d’effets sonores bien présents. La version
originale reste la meilleure au niveau de la définition
et du mixage. Mais les différentes versions sonores
ont également un bon rendu et, une fois n’est
pas coutume, n’écrasent pas trop les ambiances.
La version française propose un doublage intéressant,
mais l’animalité de Jack Palance n’est
plus de mise.
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Les menus sont accessibles en cinq langues.
Ils sont fixes et muets. Les suppléments
comportent le chapitrage fixe et muet
: 16 vignettes réparties sur 4 pages. La
bande-annonce originale (2’24’’),
en anglais non sous-titré, assez abîmée
avec sa multitude de rayures et de points blancs
Cette édition est donc
plutôt avare en suppléments, mais elle est
vendue à bas prix (aux alentours de 15 Euros).
Dans ces conditions, on aurait tort de se priver d’un
tel chef-d’œuvre.
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