Réalisé par James Edward Grant
Avec John Wayne, Gail Russell, Harry Carey, Bruce Cabot
Scénario : James Edward Grant
Musique : Richard Hageman
Photographie : Archie J. Stout
Un film Republic
Usa – 96 mn - 1947


Ciné Horizon
96 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais
Sous titres : Français
Mono d’origine


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Quirt Evans, ancien adjoint du shérif Wyatt Earp et gunfighter réputé, est poursuivi par une bande d’individus qui finit par le blesser. Caché, recueilli et soigné par une famille de Quakers, il va découvrir avec étonnement la doctrine de ses hôtes pacifistes prêchant la non-violence même face aux pires agressions. Penny, la fille charmante et naïve de la maison, se sent immédiatement attirée par Quirt. Malgré les sentiments amoureux respectifs qui vont naître entre eux deux, Penny aura cependant beaucoup de mal à le convaincre d’abandonner ses idées de vengeance vis-à-vis de l’assassin de son père adoptif. Il le faudra cependant s’ils veulent avoir l’espoir de s’épouser, Penny ne voulant pas d’un ‘meurtrier’ pour mari…

Quelle heureuse découverte que ce petit western méconnu, l’un des deux seuls films réalisés par le scénariste James Edward Grant, surtout connu pour avoir signé le magnifique scénario de Alamo sans oublier celui non moins beau du sublime La Dernière caravane de Delmer Daves. La collaboration du scénariste avec John Wayne durera jusqu’à la mort de Grant en 1966. Malgré son gigantesque échec au box office qui explique la sorte de purgatoire dans lequel il demeure encore, ce film tient néanmoins une place très importante dans l’histoire du cinéma car il crée un précédent qui va en quelque sorte ébranler le système hollywoodien en place. En effet, c’est la première fois qu’un acteur s’intéresse à la production. John Wayne, la quarantaine, sent déjà la nécessité d’évoluer en pensant au jour où il ne pourra plus interpréter les héros purs et durs. Le 18 janvier 1946, il signe alors un nouveau contrat avec la Republic dont la principale clause est d’avoir la possibilité d’être producteur de chacun de ses prochains films. Le patron Herbert J. Yates accepte sans difficultés et facilite même le travail de l’acteur en cette occasion de peur de perdre sa "star maison". De plus, connaissant mieux que personne les difficultés de la profession, il pense que l’acteur s’en rendra compte très vite et reviendra sur ses exigences ; et en effet, le Duke va vivre un véritable calvaire sur le tournage de L’Ange et le mauvais garçon. En tout cas, c’est une chose peu commune à l’époque qu’un acteur soit cité au générique en temps que producteur, et, alors qu’avant un acteur n’avait pas vraiment le droit à la parole, le fait qu’ils s’intéressent désormais à ce poste clé de l’industrie cinématographique va leur donner davantage la mainmise sur les films dont ils auront la vedette, au grand dam des moguls des studios. D’autres grands acteurs suivront l’exemple un peu plus tard comme Kirk Douglas ou Burt Lancaster.

Sur ce western, les difficultés commencent dès la pré-production car James Edward Grant, choisi par Wayne lui-même pour écrire et mettre en scène, veut que tout le film soit authentique et pour cela que tout soit tourné en décors naturels. Le ranch et la ville seront alors entièrement construits en Arizona. Pleinement conscient des difficultés qui l’attendent, John Wayne cherche un acteur susceptible de le remplacer pour le rôle de Quirt mais Herbert J. Yates insiste pour qu’il en soit la vedette. Le tournage débute sous les plus mauvais auspices : météo capricieuse, emballement du bétail, caractère acariâtre de John Wayne… Finalement, le film sort en 1947 : l’échec est cuisant, les recettes sont déplorables et il en ressort déficitaire à la grande joie de Zanuck et de ses confrères qui étaient entrés dans une rage folle face à l’incursion de cet acteur qui marchait sur leurs plates-bandes : "Les acteurs se mêlent de tout faire. Ils écrivent les scénarios, les produisent, les mettent en scène. Ils contrôlent le moindre bouton de guêtre du dernier figurant. Ils évincent le producteur traditionnel. De quel droit je vous le demande ? On ne traite plus d’individu à individu. Coproduction, cogestion, pourcentage, finalement tout le monde y laisse sa chemise !" Pour l’anecdote, Alamo, devenu entre temps un film culte, a connu le même sort et n’a dû sa redécouverte et ses bénéfices qu’à son passage sur le petit écran.

Comme nous le disions au début, ce film modeste et attachant mérite vraiment de sortir de l’oubli où il est tombé. Déjà l’histoire est originale et préfigure Witness de Peter Weir (il ne serait pas étonnant que ce dernier se soit inspiré du film de Grant). L’intrigue, pleine de nuances et de délicatesse, prône le renoncement aux armes à feu et l’abandon de la violence. Mais la générosité du propos ne passe pas par une quelconque mièvrerie ou moralisme lourdaud. Le film, au ton très personnel, se déroule à un rythme nonchalant et paisible, se plaisant à décrire avec attention et beaucoup de tact la vie quotidienne de cette famille de Quaker. Les amateurs d’actions, de chevauchées, de bruits et fureurs ne sont pas oubliés pour autant même si tous ces éléments sont dispensés avec beaucoup de parcimonie : on y trouve une bagarre homérique, une cascade spectaculaire de chariot tombant dans une rivière et un vol de bétail mouvementé. La mise en scène de James Edward Grant se révèle aussi très efficace à ces occasions mais il faut dire qu’il est grandement aidé par l’indispensable Yakima Canutt qui en règle toutes les cascades avec son savoir-faire habituel. Le duel final est même assez inhabituel et original pour John Wayne puisqu’il n’y joue aucun rôle, le personnage du shérif interprété par Harry Carey s’en chargeant in extremis sans que Quirt ne dégaine même son arme : grâce à cette pirouette, il pourra convoler en juste noce et devenir un paisible fermier.

Parlons en justement de Harry Carey. Décédé en 1948, un an après ce film, il laissera la place à son fils qui débutera la même année dans Le Fils du désert de John Ford et qui deviendra, comme son père à l’époque du muet, l’une des figures récurrentes de la filmographie du réalisateur. Harry Carey tient un petit rôle dans L’Ange et le mauvais garçon mais son personnage reste dans le souvenir du spectateur longtemps après la vision du film. Il apporte une touche "fantastique"à ce western puisque, ses apparitions sont toujours soudaines, inattendues : nous sommes aussi étonnés que John Wayne de nous rendre compte que le shérif est là devant nous, comme s’il y était arrivé par enchantement. Grant a eu la bonne idée de ne jamais le faire voir ni entendre arriver et il se trouve instantanément dans le cadre comme s’il était en fait l’ange gardien du héros, un personnage assez fantasmatique se montrant aux moments où on s’attend le moins à le voir. Le final nous conforte dans cette opinion puisque c’est grâce à lui que notre héros ne se fait pas tuer et que peut avoir lieu le happy end attendu. Mais la distribution est composée aussi, outre un excellent John Wayne débordant d’humanité et d’humour (son expression quand son compagnon de "débauche" le surprend un bébé dans les bras, se sentant blessé dans sa virilité, est savoureuse), d’une des actrices dont nous regrettons le plus qu’elle soit morte si jeune, la belle Gail Russell, si fragile et si touchante, dans son plus beau rôle, celui de cette jeune fille naïve mais allant droit au but, d’une grande pureté et d’une immense tendresse dont on ne peut faire autrement que de tomber sous le charme. Toutes les scènes qu’elle partage avec John Wayne sont d’une vibrante sensibilité et ce, dès leur première rencontre qui voit Quirt s’évanouir dans les bras de Penny qui le recueille avec extase et enchantement. Nous sommes aussi extrêmement ému par ses larmes dans la séquence du retour de Quirt après sa virée en ville. Elle sera tout aussi inoubliable dans le splendide Réveil de la sorcière rouge d'Edward Ludwig.

Pour le reste le film bénéficie d’une belle photographie de Archie Stout, d’une fougueuse musique de Richard Hageman, qui en passant, nous concocte un très beau thème d’amour, d’une mise en scène discrète qui, sans être remarquable, se révèle très efficace aussi bien dans toutes les séquences paisibles que dans les rares scènes d’action. Et puis il ne faudrait pas oublier un élément important que nous n’avons pas encore trop abordé : l’humour. Un humour fin, léger et donnant même quelques séquences "capraesques", celle notamment dans laquelle, John Wayne part régler un différent qui existe entre la famille des Quakers et celle du voisin qui leur refuse l’accès à sa source d’eau potable. Nous pourrions penser que Quirt va aller secouer ce voisin gênant mais au contraire, par la discussion et profitant de sa réputation, il arrive à ce que ce dernier vienne à la ferme des quakers et y découvre l’amitié, l’entraide et le bon voisinage : "On ne rend jamais trop visite à ses voisins" dira t-il. Un autre moment fort savoureux est celui au cours duquel, Quirt, surveillé dans son sommeil par Penny déjà amoureuse, délire en racontant sa vie parsemée de femmes.

Bref, un western qui, même s’il n’atteint pas des sommets, mérite une très belle place dans le genre par son originalité, sa tendresse, son humanité et sa modestie qui font vraiment plaisir à voir à cette époque de cynisme à tout crin.

"Version noir et blanc restauré et plus d’une heure trente de bonus" : C’est cette accroche publicitaire, de la véritable publicité mensongère, qui va faire le plus de mal à ce petit éditeur, bien malheureusement pour lui car nous ne voulons évidemment pas tomber à cette occasion sur le dos d’un éditeur n’ayant que très peu de moyens comparativement aux majors. Il est vrai que des DVD scandaleux sortent aussi chez les gros éditeurs mais ils sont en quelque sorte noyés dans la masse d’un catalogue très touffu.

Profitons en pour toucher du doigt un problème qui touche malheureusement beaucoup de petits éditeurs lorsqu’il s’agit d’exhumer de "vieux films". Qu’on arrête de nous ressortir la sempiternelle bonne vieille excuse comme quoi "mieux vaut sortir un film inédit quitte à ce que la qualité ne soit pas au rendez-vous que de ne pas le sortir du tout" ; ça ne marche pas avec la majorité des cinéphiles. Soignez vos DVD et préférez la qualité à la quantité, c’est tout le bien que l’on vous souhaite. Et halte aux suppléments bouches-trous, tous les moyens devant être mis en priorité sur une restauration de qualité, ça nous ferait bien plaisir.

Ici, devant la petitesse du catalogue de Ciné Horizon, ce DVD ne pourra que lui apporter une assez mauvaise image de marque et j’en suis le premier désolé. L’Ange et le mauvais garçon étant le seul DVD de l’éditeur que j’ai pu visionner, je ne tirerais pas méchamment sur l’ensemble de leur catalogue mais je vais exposer les raisons de ma colère en espérant que le traitement bâclé des classiques ne se renouvelle pas trop souvent (on peut toujours rêver non ;-)

En effet, non content d’avoir acheté ce petit bijou dans une version colorisée de la collection Atlas, quel bonheur de voir annoncer chez Ciné Horizon cette "version originale dans un noir et blanc restauré". Reprenez votre DVD Atlas et jetez un coup d’œil sur la copie de la version française qui était déjà en noir et blanc : beaux contrastes, compression correcte, noir et blanc bien tranché et belle définition. Revenez alors sur ce "noir et blanc restauré" : totale déception et grosse colère ; je n’en mettrais pas ma main à couper mais il me semblerait qu’il s’agisse là de la version colorisée à laquelle on aurait enlevée les couleurs, le résultat étant une grisaille d’ensemble très pénible et un manque flagrant de définition. Pas la peine de s’attarder sur cette pratique donnant un résultat aussi médiocre. S’il s’avérait qu’il n’a pas été procédé de la sorte, ça ne change rien au résultat et la version Atlas coupera cours à toute excuse du genre : "C’est le seul master existant". La colorisation est de ce fait même plus belle que ce "gris et gris".

A rajouter à ça une boulette technique assez considérable et impardonnable dans les 6 dernières minutes, les sous-titres (jaunes du plus mauvais effet) et les dialogues se mettant à être décalés d’à peu près 5 secondes. Ceci ayant été vérifié sur 3 DVD grâce à notre forum, on se demande si une seule personne de chez Ciné Horizon a vérifié le travail effectué : du bâclage éhonté qui continue de nous hérisser le poil.

Côté son, rien de spécial à dire, un mono d’origine assez moyen mais comparativement à l’image plutôt potable.

Mais ce n’est pas tout et venons en aux suppléments ; nous serons assez bref pour ne pas faire crouler ce DVD sous les injures : un chapitrage ressemblant ni plus ni moins à une banale grille de loto avec les numéros de chapitres les uns au dessus les autres sans aucunes photos ou titres de séquences ! Des notes de productions pas plus intéressantes ou inintéressantes que d’autres ! Et que dire de ces deux documentaires réalisés avec des bouts de ficelles, La Petite histoire du western se résumant pour les auteurs aux films dont ils ont pu dénicher quelques photos ou bandes annonces abîmées comme ce n’est pas permis : bref, le western c’est John Ford, James Stewart, John Wayne et Clint Eastwood : Un sens de l’ellipse assez surprenant ! John Wayne réalisateur est fait de manière tout aussi artisanale, ce qui nous fait assez vite décrocher même s’il est vrai qu’il est possible d’y glaner quelques informations intéressantes. Quand on sait que la compression des séquences est abominable, que la "musique" a été composée par l’équipe de production, que le montage est assez rébarbatif et mal réalisé (zooms sur photos à tout va), que Linda Tahir et Christophe Champcleaux se sont fait filmer sur fond de studio miteux en train de lire péniblement le texte situé à droite de la caméra, que le générique dure bientôt presque aussi longtemps que le reste du documentaire…

L’artisanat, c’est bien beau mais à condition de faire du bon travail : on a vu encore bien pire dans la collection Ciné-Club par exemple (voir le texte sur Scandal in paris) mais ce n’est pas une raison. Si on souhaite que nos classiques ne soient pas tous traités de cette manière, une seule solution, le boycott !


Un film chroniqué par Jeremy Fox