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Réalisation : Howard Hawks
(1948)
Scénario : Charles Lederer,
Hagar Wilde, Leonard Spigelgass, Howard Hawks d'après une
histoire de Henri Rochard
Directeur de la photographie : Norbert
Brodine
Musique : Cyril Mockridge
Studio : 20th Century Fox
Durée : 105 minutes
Distribution : Cary Grant, Ann Sheridan,
Marion Marshall, Randy Stuart, Martin Miller, William Neff, Eugene
Gericke …
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Zone
2
DVD 9
Editeur : Carlotta
Format 1.33
Langues : anglais et français
mono
Sous-titres : français
7 chapitres |

Hawks
- Todd McCarthy - Edition Solin “Actes sud”
50 ans de cinéma américain
- Tavernier Coursodon - Editions Omnibus
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Après
la seconde guerre, les troupes alliées occupent l’Allemagne
et participent à la reconstruction du pays. Un capitaine
de l’armée française, nommé Henri
Rochard (Cary Grant), doit partir en mission avec la jeune
et frétillante Catherine Gates (Ann Sheridan) qui lui
sert d’interprète. Après de nombreuses
péripéties, les deux jeunes gens tombent fous
amoureux et se marient. Miss Gates est américaine et
malheureusement Rochard n’a pas le droit de la suivre
aux USA. Elle invente alors un subterfuge loufoque pour que
son époux puisse s’embarquer avec elle à
bord du navire qui les mènera de l’autre côté
de l’Atlantique… |
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En
mai 1947, Darryl Zanuck contacte Howard
Hawks pour lui proposer de réaliser une comédie
basée sur un récit autobiographique. Son auteur,
Henri Rochard, est un ancien officier belge fiancé
à une Américaine qu’il rencontra pendant
la guerre. Après le conflit, il souhaite émigrer
aux USA, ce qu’il ne peut faire que dans le cadre
de la loi 271 qui réglemente l’entrée
des fiancées de guerre. Rochard devient alors "A
male war bride", littéralement "Une
fiancée de guerre mâle" ! Si Zanuck
propose ce film à Hawks ce n’est naturellement
pas un hasard : avec ses "screwball comedy" à
succès, le renard argenté est devenu le spécialiste
du thème "masculin/féminin" comme
aiment à le rappeler Bertrand Tavernier et Jean-Pierre
Coursodon dans 50 ans de cinéma américain
(1).
Hawks accepte le projet et propose à Hagar Wilde,
scénariste et créatrice de L’impossible
Monsieur Bébé, de se joindre à Charles
Lederer (His
Girl Friday) pour rédiger l’adaptation.
Pendant deux mois, le duo travaille sur le texte de Rochard
en collaboration directe avec Hawks qui commence à
préparer son casting. La Fox souhaite que Cary Grant
tienne le rôle de Rochard et pense à Ava Gardner
pour celui de sa fiancée. Hawks est enchanté
de retrouver Grant, qu’il a déjà dirigé
dans L’Impossible Monsieur Bébé
(1938), Seuls les anges
ont des ailes (1939) et La Dame
du vendredi (1940), mais affiche son
scepticisme vis à vis de Gardner. Certes la jeune
femme est une star confirmée, elle est très
séduisante, mais pour donner la réplique à
Grant il recherche une comédienne capable d’improviser
et d’enchaîner les dialogues avec vivacité.
Hawks aurait pu choisir Rosalind Russell ou Katherine Hepburn
avec lesquelles il avait déjà collaboré,
mais, fidèle à lui-même, il part en
quête d’un nouveau talent et impose Ann Sheridan
à la Fox. La
comédienne, qu’il avait repérée
chez Walsh (They
Drive by night) et à laquelle
il fit faire quelques essais pour Les Chemins de
la gloire (1936), accepte immédiatement
le projet.
L’équipe est alors prête et s’embarque
à bord du Queen Elizabeth le 21 août 1948 pour
tourner I was a male war bride en Allemagne,
en Grande-Bretagne avant de terminer les derniers plans
en Californie. Le tournage, riche en rebondissements (2),
dure près de huit mois et s’achève le
27 mai 1949. Le film rencontre un énorme succès
: avec deux millions de dollars de budget, et plus de quatre
millions de recettes nettes il rentre largement dans ses
frais, atteint la cinquième place du box office américain
et offre à Hawks un de ses plus grands succès
!
Malgré ce triomphe incontestable, Allez coucher
ailleurs n’a pas la reconnaissance de L'Impossible
Monsieur Bébé ou de La
Dame du vendredi aux yeux des critiques contemporains
! Très peu diffusé à la télévision,
oublié par Tavernier et Coursodon dans leur ouvrage
(l’ont-ils vu ?), ce 23eme film du renard argenté
n’a pas la réputation des comédies citées
précédemment ou de ses grands westerns et
ses films d’aventure… Comment expliquer ce dédain
de la critique au regard du succès public du film
lors de sa sortie ?
Si certains films de Hawks sont oubliés aujourd’hui,
il faut remarquer qu’aucun d’entre eux n’avait
connu une réussite à la hauteur de celle de
I was a male war Bride. On pense à
Si bemol fa dièse ou (1948) ou La
Ligne rouge 7000 (1965) qui, dès leur sortie
sur les écrans, étaient considérés
comme mineurs par le public et la critique. L’objet
de notre analyse fait donc figure d’exception dans
la filmographie du réalisateur.
Dans
chacune de ses "screwball comedy", Hawks oppose
un homme infantilisé à une femme dominante.
Ici, cette thématique atteint son paroxysme puisque
Grant finit par se travestir (et perdre toute forme de virilité)
tandis que sa fiancée dirige le couple et adopte
des attitudes habituellement réservées aux
hommes. Dans ce contexte, Cary Grant et Ann Sheridan incarnent
un couple en proie à des situations à la fois
cocasses et particulièrement bien vues dans le cadre
de l’analyse des rapports hommes/femmes. Dès
le début du film, le capitaine Rochard se ridiculise
en essayant de traduire les initiales LADIES inscrites sur
une porte. Soudain, une femme ouvre la porte et Rochard
réalise qu’il est devant les toilettes femmes
!! Par extension, cette incompréhension du mot "ladies"
pourrait se traduire par une incapacité à
gérer ses rapports avec les femmes. Ce plan sans
le moindre dialogue aura suffi à caractériser
le personnage de Henri Rochard.
Par la suite, Cary Grant et Ann Sheridan partent en mission
dans un side-car. Dès cette scène, Sheridan
impose sa position dominante en conduisant le véhicule.
Elle prend les initiatives lorsqu’ils sont bloqués
pendant leur trajet, elle les sauve de la noyade quand leur
barque se précipite vers une chute d’eau et
enfin, c’est encore elle qui prend les devants pour
l’embrasser. Plus le film avance et plus le rôle
de Grant se réduit à celui d’un spectateur
incrédule, une sorte de potiche au masculin !! A
chaque fois qu’il veut prendre une initiative le sort
s’acharne sur lui : il essaie par exemple d’escalader
une barrière ferroviaire, mais celle-ci se lève
et le pauvre Rochard se retrouve suspendu au-dessus du vide
dans une situation plutôt ridicule !! Finalement,
l’entreprise de destruction du mâle est à
son comble dans la scène ou Grant se déguise
en femme pour devenir une "fiancée de guerre".
Affublé d’une perruque confectionnée
avec la queue d’un cheval, il finit par monter à
bord du bateau qui l’emmène en Amérique,
son visage exprimant alors le désarroi le plus total.
Au fond, Hawks termine ainsi une trilogie autour du sexe
qu’il avait débutée avec His
girl Friday puis L’Impossible
Monsieur bébé qui voyait déjà
Grant commencer à se travestir dans la fameuse séquence
où il crie "Je suis devenu gay…"
!!! Sous la direction de Hawks, le couple américain
vole en éclat et impose un équilibre des forces
entre les hommes et les femmes dont les ligues féministes
se féliciteront auprès du cinéaste.
Mais
si I was a male war bride permet à
Hawks de développer sa thématique et d’offrir
au public une belle succession de gags, il demeure un cran
en dessous de ses deux comédies phares que sont La
Dame du vendredi et L'Impossible
Monsieur Bébé. On peut imputer cela
à un rythme légèrement moins soutenu
et un scénario plus avare en rebondissements. Dans
Allez coucher ailleurs la partie la plus
drôle du récit est décrite dans la scène
où Grant se déguise, soit dix minutes de purs
gags offertes au final. C’est d’ailleurs cette
image qui sert à l’affiche du film et c’est
cette séquence dont le public se souvient. En dehors
de cela, les dialogues n’ont n’a pas la richesse
de ceux de La Dame
du vendredi - ni leur rapidité
d’ailleurs - et le récit n’offre pas
la diversité des situations de L'Impossible
Monsieur Bébé. Mais cessons de chipoter,
car si les deux comédies précédentes
du cinéaste n’avaient pas mis la barre si haut,
I was a male war bride serait certainement
considéré comme une grande réussite
par tous les critiques. Il faut parfois prendre un peu de
recul, oublier les chefs-d’œuvre précédemment
réalisés et apprécier Allez
coucher ailleurs comme un divertissement de premier
plan proposant de surcroît une analyse décapante
des rapports hommes/femmes. Il est donc temps de cesser
de dénigrer ce Hawks, car lire que ce film est un
ratage du réalisateur c’est un peu comme entendre
que Catch me if you can est un film mineur
de Spielberg. De temps à autre il faut arrêter
de se torturer l’esprit et avouer qu’un "petit"
film (notez les guillemets) d’un auteur majeur restera
toujours supérieur au meilleur Michael Bay ou consorts.
Qu’on se le dise !
(1) Lire à ce propos leur excellent
chapitre consacré au sujet : "Masculin/Féminin
: le genre et la fonction"
(2) Pour plus de détails, lire l’indispensable
Hawks de Todd McCarthy
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 Le
DVD édité par Carlotta est présenté
dans un fourreau au design douteux. On a l’impression
que le graphiste des derniers Resnais s’est chargé
du travail et, même si c’est un avis très
subjectif, il faut avouer que le résultat n’est
pas à la hauteur du contenu. Néanmoins, le
DVD possède une jaquette beaucoup plus classique.
D’autre part, le film est découpé en
sept segments (ce qui est peu) mais malheureusement aucun
menu ne permet d’accéder à ce chapitrage.
Enfin, les menus sont sonorisés, animés et
restent dans l’ambiance de la jaquette du fourreau…
Certains apprécieront !
Image : L’image proposée par
Carlotta est parfaitement nettoyée. Le master a visiblement
bénéficié d’un lifting de haut
niveau quand on le compare à celui de la bande annonce
originale. Aucun point blanc ou griffure ne vient perturber
le film, tandis que la définition fait preuve d’un
rendu exceptionnel. Seul bémol à signaler
: la compression (trop forte ?) engendre un léger
voile granuleux qui assombrit légèrement la
photo et réduit le niveau des contrastes. En dehors
de ce point, aucun défaut inhérent au mastering
n’est à remarquer. Dans le cas d‘un DVD
d’une telle richesse au niveau des bonus, Carlotta
aurait peut-être intérêt à proposer
deux disques à l’avenir. Mais ne chipotons
pas, l’image proposée ici fait partie des plus
belles qu’il ait été donné de
voir pour des films de cette époque.
Son : Le travail effectué par Carlotta
est également de très bon niveau. Une version
originale sous-titrée est proposée en mono.
Les dialogues se détachent avec clarté, aucun
souffle ne vient parasiter l’ambiance et les bruitages
ne sont pas étouffés. Il y a une VF pour les
enfants : les bruitages y sont largement étouffés
par les dialogues, mais ça ne devrait pas gêner
les petits ;-)
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Les
Bonus :
La section bonus est une grande réussite. Plusieurs
documentaires passionnants y sont proposés, en
voici les spécifications.
Howard Hawks an american artist (56'57")
: ce superbe documentaire de près d’une heure
dresse un portrait détaillé d'Howard Hawks.
Produit par le très sérieux British Film
Institute et supervisé par Todd McCarthy (biographe
de Hawks) il retrace la carrière du renard argenté
ainsi que les plus grands évènements qui
rythmèrent sa vie. Nous y trouvons des interviews
de McCarthy, James Caan, Peter Bogdanovitch, Lauren Bacall,
Michael Mann et bien d’autres (on regrette juste
que le nom des intervenants ne soit pas indiqué
pendant le documentaire). Chacun parle de Hawks avec passion
et en évitant les poncifs habituels ! Parallèlement,
le programme propose des images de Hawks en tournage (on
le voit notamment diriger le Duke) ou en famille ainsi
que de nombreux extraits de films. Ce document passionnant
est un parfait complément pour ceux qui ont lu
la biographie de McCarthy et une belle découverte
de la vie du renard argenté pour les néophytes.
Bref, Carlotta offre ici un supplément qui justifie
à lui seul l’achat du DVD.
Bande-annonce originale (2’07)
: une bande annonce classique et dans un mauvais état
de conservation met en valeur le travail réalisé
par Carlotta sur le film.
MovieTone bandes d’actualité de l’époque
: Plusieurs documents d’archives muets mais intelligemment
expliqués par un insert avant chaque diffusion.
On y voit notamment un lieutenant de l’armée
US se rendre sur le plateau et discuter avec toute l’équipe.
Ce bonus nous offre encore une fois la possibilité
de voir Hawks au travail. C’est toujours un plaisir
!
Masculin
Pluriel (8’50) : ce documentaire produit
par Carlotta se propose d’analyser la thématique
homme/femme dans le cadre du film. Assez intéressant,
ce bonus apporte quelques éléments de lecture
inédits du cinéma d’Howard Hawks.
On peut regretter le ton monocorde des intervenants dont
on a l’impression qu’ils lisent un texte sans
penser à son contenu.
Howard Hawks, un indépendant à Hollywood
(17’06) : animé par Jean-Claude Bourget,
ce supplément également produit par Carlotta
propose une analyse de la carrière de Hawks. Même
s’il reprend certains thèmes évoqués
dans le film du BFI, il apporte également quelques
nouveaux éléments comme une comparaison
entre les films d’action et les comédies
du cinéaste.
Cary Grant, un acteur comique (6’42) :
consacré à Cary Grant, ce court document
est une interview de Luc Moullet qui compare avec beaucoup
de justesse Grant à Tati, évoque les relations
entre Grant et le cinéaste et tente une analyse
- légèrement tirée par les cheveux
- de "la thématique de la maison chez Grant".
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