Ce
film de série fait partie de tous ceux tournés
entre 1941 et 1945 alors que les américains étaient
engagés jusqu’au cou dans la seconde guerre
mondiale. Ils avaient pour but, outre le divertissement
et la propagande, de maintenir ou remonter le moral des
troupes ainsi que des civils restés au pays. Dans
le lot, sortiront des chefs d’œuvres mémorables
comme Casablanca
de Michael Curtiz et, dans une optique plus proche du film
qui nous intéresse ici, Aventures en Birmanie
de Raoul Walsh ou Les Sacrifiés
de John Ford.
Il faut donc aussi replacer le film de
Ludwig dans le contexte de l’époque pour en
accepter au préalable toutes les conventions : le
rictus sadique et méchant (insupportable aujourd’hui)
collé sur les "bridés" apparemment
tous ravis de tuer, la vision diabolique de l’ennemi
et au contraire héroïque des alliés,
le manichéisme ambiant… Et bien, malgré
cette mise en conditions et l’absence d’à
priori, il est difficile de trouver quelque chose à
sauver de ce film belliciste d’une totale médiocrité
!
La déception est d’autant
plus grande que l’idée de départ (pas
mauvaise au demeurant : qui connaît les fighting seabees
aujourd’hui) et le scénario ont été
écrits par Borden Chase qui signera plus tard les
merveilleux Rivière
rouge de Hawks, Vera
Cruz de Aldrich et qui collaborera surtout
à 3 des westerns de l’association miraculeuse
Anthony Mann/James Stewart. Contrairement à ces réussites,
le scénario est ici très mal construit, mélangeant
maladroitement humour plutôt balourd, comédie
romantique sans intérêt avec l’éternel
triangle amoureux pas crédible une seule seconde,
film de guerre (comme il se doit) sans énergie ni
vrai progression dramatique et même, le temps d’une
scène ridicule, comédie musicale (la vision
de John Wayne se lançant avec la grâce d’un
éléphant dans une danse endiablée est
vraiment pénible).
Le manque flagrant de moyens (quasiment
une transparence par scène) n’est malheureusement
pas contrebalancé par une mise en scène inventive.
Au contraire, elle se révèle très terne
sans aucune personnalité ni aucun rythme. Les seules
visions assez originales sont celles des combats entre bulldozers
alliés et tanks ennemis qui virent même au
surréalisme du fait de l’utilisation pour ces
scènes de maquettes qui pourraient être les
ancêtres des Playmobils !!!
L’interprétation n’apporte aucune consolation
mais abaisse au contraire le niveau du film si cela est
encore possible : John Wayne a rarement été
aussi inexpressif (pourtant il est défini par le
personnage féminin comme un rustre caractériel
et soupe au lait), et sa mort ne nous touche absolument
pas tout en permettant à la morale d’être
sauve ; Dennis O’Keefe est aussi charismatique qu’un
porte-manteau et la seule question que nous nous posons
en voyant Susan Hayward est de savoir si elle n’a
pas eu une dispute avec sa coiffeuse avant le tournage tellement
cette bonne actrice est peu mise à son avantage ici.
Et des seconds rôles pittoresques ou savoureux (à
la Walter Brennan ou Thomas Mitchell) ne sont même
pas de la partie pour rattraper le coup.
Une phrase du film pour le résumer
et en terminer : "nous allons faire un barbecue,
il y aura assez de pétrole pour faire griller 6 générations
de japs". Tavernier et Coursodon ont parlé
de "pire histoire guerrière tournée
par la Républic", il est difficile de leur
donner tort ! Navrant !