Réalisation : Don Siegel (1956)
Scénario : Daniel Wainwaring d’après la nouvelle de Jack Finney
Directeur de la photographie : Ellsworth Fredericks
Musique : Carmen Dragon
Studio : Allied Artist
Durée : 80 minutes
Distribution : Kevin McCarthy, Dana Wynter, Larry Gates, King Donovan, Carolyn Jones, Sam Peckinpah …



Zone 1
Editeur : Artisan
Format 2.00 (superscope), 16/9
Langues : anglais mono
Sous-titres : Anglais, Français


Article sur Imdb.com


Votre avis nous intéresse

Chroniqués par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour

 

 

 





Le docteur Miles Bennel raconte, à l’hôpital, les évènements qu’il vient de vivre à Santa Mira : le petit Jimmy ne reconnaît plus sa mère, la jeune Wilma pense que le corps de son oncle est habité par un étranger, des cosses prennent les corps des habitants pour les recopier et prendre leur apparence… Tous ces évènements transforment la petite ville en colonie extra terrestre et l’invasion risque de se propager.

L’histoire narrée dans Invasion of the body snatchers est issue d’une nouvelle publiée dans le magazine de science fiction Collier’s. Walter Wanger la découvre, en achète les droits pour en faire un film et en parle à Donald Siegel qui a déjà réalisé pour lui Riot in Cell Block II. Le projet passionne les deux hommes qui proposent à Daniel Wainwaring d’adapter la nouvelle pour l’écran. Quelques semaines plus tard, la première ébauche du scénario est entre les mains du studio Allied Artist qui lui alloue un budget de 380 000 dollars et quatre semaines de tournage. Dans ces conditions particulièrement restrictives, Don Siegel fait preuve d’une maîtrise de la mise en scène qui servira de tremplin à sa carrière et nous livre un des films de science fiction les plus terrifiants de l’histoire du cinéma.

Si l’on compare le budget de cette production aux deux millions de dollars de Planète interdite ou aux 995 000 dollars du Jour où la terre s’arrêta, le projet mis en œuvre par Wanger paraît bien ridicule. Mais Siegel est inspiré par cette histoire d’invasion "alien" et il va réussir à installer une ambiance de paranoïa dans les salles obscures, le succès commercial sera au rendez-vous.

Sa mise en scène démarre calmement (plans larges, mouvements lents), il crée ainsi un climat tranquille dans la petite ville de Santa Mira. Les habitants sont des personnages comme le public en croise chaque jour et auxquels il peut facilement s’identifier. Mais au fil des évènements, il devient évident que la paranoïa détectée par le docteur Miles chez certains de ses patients repose sur des faits réels. Puis les spectateurs doivent faire face à une évidence horrible : les extra-terrestres sont à leurs porte. Pour exprimer cette sensation d’urgence née du récit, Siegel utilise des focales plus courtes et accélère son montage. La scène où le docteur Miles fuit avec sa compagne en est un parfait exemple : les deux protagonistes se cachent sous le plancher et paniquent à l’idée que les « aliens » au corps humain les découvrent. Pour traduire cette sensation, il colle sa caméra sur les deux visages figés par la peur, le public a alors l’impression d’être caché avec eux. Grâce à la multiplication et l’accélération de ces effets, la tension ne cesse d’aller crescendo jusqu’à cette scène mythique où Kevin McCarthy essaie de se faire entendre au milieu d’une autoroute. Désespéré, il fini par se tourner vers le public, et lui crie "You’re the next"; un sentiment d’effroi et de panique envahit alors les salles de cinéma !

Comme Siegel l’avouera plus tard, on peut regretter que le film ne se termine pas sur ce plan. Le studio Allied Artist dans un contexte de guerre froide ne pouvait accepter ce récit sans faire intervenir la CIA pour régler l’affaire et offrir un happy end. Le récit est donc plombé par un prologue et un épilogue que Siegel ne souhaitait pas. Cependant il est facile de faire abstraction de ces deux scènes inutiles pour apprécier pleinement ce chef d’œuvre de science fiction.

Lorsque le film sort sur les écrans en 1956, Hollywood vit une période de censure liée à la lutte contre le communisme. Ce contexte donna naissance à des interprétations farfelues de l’invasion extra-terrestre de Siegel. Certains y ont vu une métaphore sur la menace soviétique, mais quand on analyse la biographie du scénariste (Daniel Wainwaring), cette théorie est ridiculisée : en 1950 il écrit The Lawless que réalise Losey, ce travail lui value beaucoup d’ennuis avec la commission McCarthy et une réputation d’homme de gauche. On ne peut donc pas imaginer que cet homme vit en Body Snatcher une parabole sur l’invasion communiste ! Invasion of the body snatchers peut être apprécié comme une allégorie de la société américaine, mais c’est celle qu’en fera Don Siegel dans son autobiographie qui paraît la plus juste. Le réalisateur y voit une métaphore sur l’absence d’humanité et de passion d’une certaine population. A sa façon, il rejoint les premiers écrits beatnik en dénonçant une uniformisation de la société américaine.

Vingt deux ans après la sortie du film aux USA, Philip Kaufman réalise un premier remake dans lequel apparaissent Siegel et MacCarthy. En 1993 Abel Ferrara, à la recherche d’un financement pour ses projets personnels, accepte à son tour de réaliser une version du récit. Malgré des qualités indéniables ces deux films n’atteindront jamais l’intensité du film de Siegel qui lançait alors sa jeune carrière. Quelques années après, il réalise deux nouveaux chef d’œuvres avec Clint Eastwood comme interprète (The Beguiled et Dirty Harry), et confirme son immense talent de cinéaste …

Image : Le DVD édité par Artisan est le seul à proposer un format respecté. Sur la seconde face du disque on trouve la version recadrée et honteusement imposée sur le zone 2. Le contraste est le point faible de cette édition. Il n’y a que très peu de nuances dans les gris et l’image parait très terne. En revanche la définition est plutôt bonne et le master utilisé est en bon état. Dans l’ensemble le traitement proposé ici ne peut que réjouir les adorateurs du film qui le redécouvriront enfin dans son format d’origine.

Son : La piste proposée est le mono d’origine. Très claire, elle ne souffre d’aucun défaut flagrant. Là encore, Artisan nous offre un travail très honnête. Des sous-titres français sont proposés.



Interview with Kevin Mc Carthy
(non sous-titré) : Cette interview rapide provient d’une émission de TV américaine. Mc Carthy est alors beaucoup plus vieux et parle avec nostalgie de ce rôle. Quelques anecdotes sont révélées : on apprend par exemple que Sam Peckinpah qui participa au scénario du film y fait une apparition dans le rôle du "Gas man" !! En dehors de ces quelques souvenirs l’interview est peu intéressante. Le journaliste joue la star et gâche le plaisir des fans du film en coupant McCarthy dans ses réponses …

Une bande annonce d’époque au format 4/3 vient compléter la section bonus.


Un film chroniqué par George Kaplan