Film de François Truffaut avec J
Avec Jean-Pierre Léaud, Albert Rémy, Claire Maurier, Patrick Auffay, Guy Decomble et George Flamant
Scénario : François Truffaut
Musique Jean Constantin
Les Films du Carrosse
1959



Zone 2 - DVD 10 -
Pal - N&B
Film : 95’ -
Court-métrage : 17’ -
Durée du DVD : 190’
Film 16/9 - Format vidéo 2.35
Version Française
Version anglaise sous titrée optionnelle sur le film et le CM
Son mono
Face 1 le film / Face 2 les bonus
Pas de sérigraphie (mais est-ce bien grave ?)

A noter que le film est accompagné d’un petit feuillet agréable de 8 pages avec chapitrage, citations, photos & affiches, crédits des films et du DVD.


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Petit parigot de 14 ans entrant tout juste dans les affres de l’adolescence, Antoine Doinel sèche les cours et tente d’échapper à une vie familiale morne et à des parents absents. Avec son ami René, il fera l’école buissonnière, vivant de débrouille et partageant ses journées entre errances dans le Paris des années 50, chapardages, lectures de Balzac à la bougie et séances de cinéma. Antoine et René, deux gamins lâchés dans Paris découvrent la vie en faisant… les 400 coups.

Film phare de l’Histoire du cinéma, Les 400 Coups (dont le premier titre était Les 4 Jeudis) fit l’effet d’un chien dans un jeu de quilles tant à sa sortie qu’à sa présentation au Festival de Cannes 1959 (où il gagnera le Grand Prix de la Mise en Scène). La révélation de Truffaut cinéaste est en effet foudroyante et le film marque les esprits pas sa liberté de ton et par la qualité de sa mise en scène, alors louée par les nombreux supporters de la Nouvelle Vague dont Truffaut fut l’un des fondateurs alors qu’il n’était encore qu’un journaliste pour Arts et Les Cahiers du Cinéma - le film est d’ailleurs dédié à André Bazin, figure mythique des Cahiers qui mourra le premier jour du tournage.

Le film arrive certes après Le Beau Serge de Chabrol ou Hiroshima mon Amour, mais aujourd’hui, ce n’est pas tant par son aspect "nouvelle vague" que le film nous touche encore, que pour sa beauté intrinsèque. Certes, on y retrouve tous les ingrédients qui font la Nouvelle Vague à l’époque : décors naturels, prises de vue en extérieurs, situations et personnages tirés du quotidien, langage de tous les jours, mise en scène décomplexée et audacieuse… Mais se contenter de ces simples détails serait occulter la beauté de la photographie de Henri Decae, qui nous offre un Paris magnifié. Ce serait négliger la majesté de ses cadrages dans un splendide 2.35, l’audace du montage… Ce serait oublier enfin la partition de Jean Constantin, qui atteint des summums d’émotion notamment dans les derniers plans du film - partition dont Truffaut d’ailleurs semble avoir regretter l’utilisation plus tard, mais qui aujourd’hui contribue à la beauté du film.

Reste que si le film nous bouleverse aujourd’hui encore, alors que les innovations d’alors sont devenues monnaie courante, c’est que ce qui fera le cinéma de Truffaut tout au long sa carrière est déjà en germe dans ce premier opus : enfance, lyrisme, émotion, liberté…

Sur un scénario simple et linéaire - comme pour les deux Doinel suivants - Truffaut s’affranchit des carcans de l’époque, descend dans la rue caméra au poing et suit les aventures du petit Doinel avec une fraîcheur et une liberté de ton effectivement novatrices mais surtout réellement bouleversantes. Son regard sur l’enfance est empreint d’une humanité et d’une tendresse que l’on retrouvera plus tard dans L’Argent de poche ou L’Enfant Sauvage par exemple. Le tout dans un style déjà très personnel. Il faut voir sa caméra s’aventurer à l’air libre, prendre les chemins de traverse du cinéma français et se sentir tellement affranchie qu’elle en finit par tourner, tourner, tourner sur elle-même dans une scène de manège d’une beauté et d’une fraîcheur franchement épatantes.

Le film retraçant la vie d’un petit parisien qui pourrait tout à fait être Truffaut, on aura souvent glosé sur le côté autobiographique du film (le père de Truffaut s’opposera d’ailleurs violemment aux 400 Coups, lui reprochant une description à charge de la vie familiale du petit Doinel - lire à ce propos les passages bouleversants du "François Truffaut" de Antoine de Baecque et Serge Toubiana). Mais cela reste finalement un détail : le film vaut plus que cela. Il est le portrait de toute une génération de petits parigots, et plus généralement une évocation universelle de l’enfance où tous les spectateurs pourront puiser. On est loin ici des enfants stars ou de ces portraits d’enfance bourrés de clichés. En témoigne la séquence de Guignol, quelques minutes d’éternité et une évocation de l’enfance qui n’est pas sans rappeler le grand Doisneau. D’une certains manière, Truffaut livre ici un film proche du cinéma-vérité, un quasi-documentaire sur la vie d’un adolescent dans les années 50 qui pourrait tout aussi bien être Truffaut que.. Léaud.

Jean-Pierre Léaud, dont c’est alors le premier film... D’une énergie et d’une aisance tout bonnement démentielles, Léaud EST Doinel, un adolescent gouailleur au naturel confondant. Le film lui doit énormément et sa performance épate encore aujourd’hui. Découvert par casting (dont vous pouvez voir de larges extraits, jubilatoires, dans les bonus), c’est lui et lui seul qui porte le film sur ses épaules. Jetez vous sur le chapitre 18 (confrontation avec le psychologue), sûrement un des moments les plus bouleversants du film : une scène telle que celle-ci démontre la palette d’émotions dont était déjà capable Léaud, alors débutant de 14 ans.

Un jeune acteur qui s’engage sur les nouvelles voies du cinéma français tracées par Truffaut et son film, mais aussi par Chabrol, Godard, Rivette, Demy, Varda et les autres – et dont la route croisera à nouveau celle de son pygmalion pour d’autres aventures de Doinel qui, toutes réussies qu’elles seront, n’auront toutefois jamais la fraîcheur et l’éclat de ce premier joyau.

Le film est achetable à l’unité ou dans un coffret regroupant les quatre long-métrages Truffaut/Doinel. Il est publié dans la collection Mk2 dont la qualité du travail éditorial commence à être reconnue dans le petit monde du DVD. Et ce dernier ne fait pas exception à la règle. Attention les mordus, on s’accroche !

Image : Sur une première face, le film dans une superbe copie restaurée. Restent bien quelques points et tâches ici ou là, une compression MPEG parfois visible en arrière plan dans certaines séquences, mais ce serait vraiment chercher la petite bête à un DVD de haute tenue. La qualité du contraste N&B est un hommage vibrant à la photographie de Decae, et il suffit de se rendre sur la scène du Guignol pour se rendre compte de la beauté du master. On se croirait alors devant une reproduction haute-qualité d’un tirage de Doisneau.

Son : Le son Mono est d’une belle clarté. Rien à redire, tant sur le film que sur le court-métrage.

Présentation du film par Serge Toubiana (5') : une introduction précise et bourrée d’anecdotes par l’ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, et actuel directeur de la collection Mk2. Sur une succession de photogramme, le propos de Toubiana est divisé en quelques thèmes majeurs qui viennent s’inscrire à l’écran. Instructif. A noter, c’est appréciable, que Toubiana nous épargne tout spoiler intempestif ;-)

Le film commenté par Robert Lachenay, camarade d’enfance de François Truffaut et modèle avoué du petite René dans Les 400 Coups - accompagné de Serge Toubiana qui oriente les débats. Un commentaire émouvant mais pas forcément instructif sur le plan cinématographique, Lachenay se contentant surtout d’évoquer Truffaut adolescent et les analogies entre la réalité et le film. Reste une mine d’infos, malgré quelques silences parfois gênants et de rares trous de mémoire. Heureusement Toubiana sait remettre le tout sur de bons rails quand le besoin s’en fait sentir. A noter que Robert Lachenay fait de la figuration dans la séquence de la visite à la maison de discipline.

Sur la seconde face…

Superbe bonus que le court métrage des Mistons (1957 - 17'), qui, c’est à noter, n’est pas bêtement présenté en face B mais mis en valeur par une présentation de Serge Toubiana (5’) sur le même modèle que pour le long métrage, plus un commentaire audio véritablement passionnant de Claude de Givray, ami, collaborateur, monteur et producteur de Truffaut sur Les Mistons. Ce dernier s’attarde autant sur la vie de Truffaut que sur les aspects purement cinéma du court. Bref, une perle rare que ce CM mettant en scène Gérard Blain et Bernadette Lafont, et qui démontre déjà de nombreuses facettes du talent de Truffaut, ainsi que certains de ses thèmes de prédilection.

Bouts d’essai des comédiens (1958 - 06'28") le plus beau et le plus émouvant des bonus de ce riche DVD. Il faut voir Léaud dire qu’il est venu "parce qu’on cherchait un adolescent gouailleur". Peu importe la qualité toute relative de ces rushes, c’est un vrai bonheur de voir Jean-Pierre Léaud, Patrick Auffay et Richard Kanayan se donner à la caméra en toute décontraction, ce dernier se lançant dans une imitation impayable d’Aznavour. DU BONHEUR EN BARRE !

Portrait de François Truffaut (1961 – 24'50") Parsemé d’interviews de Truffaut en 1961, ce documentaire d’époque retrace la carrière de Truffaut spectateur, puis du journaliste, du cinéaste et de son rôle dans la Nouvelle Vague. Un documentaire comme on en faisait il y a quarante ans : qui prend son temps, n’hésite pas à creuser son sujet et ne manque pas d’intérêt, loin de toute promo.

Jean-Pierre Léaud à Cannes (1958 – 05'56"). Petit reportage composé d’interviews de Léaud à 14 ans , lors de la présentation du film à Cannes. On en apprend un peu plus sur la "méthode de travail" de Léaud jeune acteur. Très intéressant et là encore, loin des featurettes actuelles.

Bande-annonce (3'50"). Une bande-annonce d’époque, assez amusante et dont le style semble inimaginable aujourd’hui (cf. le rôle de la voix-off).


Un film chroniqué par Margo Channing