
Réalisé
par Henry Hathaway
Avec John Wayne, Kim Darby, Glen Campbell,
Robert Duvall
Scénario : Marguerite Roberts
d’après le roman de Charles Portis
Musique : Elmer Bernstein
Photographie : Lucien Ballard
Un film Paramount
Usa - 123 mn - 1969 |

Paramount
123 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.78
Format vidéo : 16/9 compatible
4/3
Langues : Anglais / Français /
Italien / Espagnol / Allemand
Sous titres : Français / Anglais
/ Allemand / Italien / Espagnol / Hollandais / Suédois / Norvégien
/ Danois / Arabe / Bulgare / Croate / Tchèque / Finlandais
/ Grec / Hébreu / Hongrois / Islandais / Polonais / Portugais
/ Roumain / Slovène / Turc
Dolby Digital Mono d’origine
Chapitrage et menus fixes |


|

|
1880 en Arkansas. Issue d’une famille aisée,
la jeune Mattie Ross (Kim Darby) arrive en ville pour y trouver
de l’aide. En effet, son père vient de se faire
voler et assassiner par son propre employé Tom Chaney
(Jeff Corey). Pour le faire arrêter et condamner, elle
loue alors les services d’un vieux shérif borgne,
tapageur et buveur, Rooster Cogburn. Ils sont bientôt
rejoint par un jeune Texas Ranger (Glen Campbell) qui recherche
lui aussi le même homme, aussi coupable du meurtre d’un
sénateur au Texas. L’assassin s’est réfugié
dans les territoires indiens où il s’est joint
à la bande de malfaiteurs dirigée par Ned Pepper
(Robert Duvall). Après maintes chamailleries et dissensions
entre nos trois ‘héros’ entrecoupées
de nombreuses péripéties drôles ou violentes,
très peu sortiront indemnes de cette expédition. |
|
 |
1969.
Depuis maintenant une dizaine d’années
et la sortie du mythique Rio Bravo, l’âge
d’or du western est révolu. Dans les années
50 en effet, on ne comptait pas moins de 5 ou 6 chefs-d’œuvre
du genre par an. La décennie suivante sera beaucoup
plus chiche en la matière et Sergio Leone, malgré
la qualité indéniable de ses films, viendra
finir d’enterrer le classicisme des westerns américains
de la grande époque. Pourtant, on trouve encore ici
et là quelques joyaux comme Alamo
de John Wayne, Coups
de feu dans la Sierra de Sam Peckinpah ou El
Dorado de Howard Hawks. La décennie se clôturera
par deux succès phénoménaux, aux antipodes
l’un de l’autre, le moderne, violent, nihiliste
et crépusculaire La
Horde sauvage, une nouvelle fois de Peckinpah,
et le plus classique film qui nous intéresse ici
: 100 dollars pour un shérif. Henry
Hathaway réalisera d’ailleurs plusieurs westerns
parmi les meilleurs des années 60 en commençant
par le ‘quasi-burlesque’ Le
Grand Sam, dans lequel John Wayne a pour partenaire
Stewart Granger et Capucine. S’ensuivront le sympathique
Les 4 fils de Katie Elder, l’hybride
et malheureusement peu convaincant Nevada Smith
et le surprenant Cinq
cartes à abattre dans lequel Mitchum
nous fait une variation sur son rôle de La
Nuit du chasseur. Surtout spécialisé
dans le film d’aventures et le film noir, Hathaway
se retirera de la circulation en 1974 avec près de
70 films à son actif : Cent dollars pour
un shérif est l’un de ses tout derniers.
Il donnera l’occasion à John Wayne d’obtenir
le premier et unique oscar de sa carrière, oscar
mérité mais qu’il aurait pu avoir pour
de multiples autres précédentes interprétations
; il est cependant bien connu que les films dit "de
divertissement" avaient moins de chance d’être
reconnus et récompensés que les films plus
"intelligents" et à portée sociale
ou politique plus évidentes !
Le roman de Charles Portis ayant été
bien apprécié, deux personnes vont se disputer
avec acharnement pour l’obtention des droits d’adaptation.
Jusqu’à la fin des négociations, aucun
des deux hommes n’aura jamais eu connaissance de l’identité
de son adversaire. Le producteur Hal Wallis, raconte cette
anecdote : "Comme j’ai toujours eu un faible
pour le western, je me suis farouchement battu contre un
autre candidat pour obtenir les droits de True Grit,
car c’était un sujet fantastique. Ca m’a
coûté 350 000 dollars, après quoi j’ai
appris que l’acquéreur était John Wayne.
Finalement, j’ai à la fois le film et John
Wayne puisqu’il joue le rôle principal".
De toute manière le romancier aurait refusé
de le vendre à John Wayne de peur que celui-ci ne
veuille augmenter son rôle au détriment de
celui de la fille. Si Hathaway affirme avoir suivi le roman
de très près, la fin n’était
cependant pas celle qui nous est exposée dans le
film. Dans le livre, le final était assez noir et
pessimiste puisque Rooster devenait une attraction de cirque
puis mourrait. La dernière image du film au contraire,
montrant, en une image figée, John Wayne à
cheval faisant tournoyer son Stetson, finit de faire entrer
l’acteur dans la légende. Hathaway essaye de
démontrer que pour lui et les spectateurs, le Duke
gardera une éternelle jeunesse, témoin, hormis
un fameux duel dont nous reparlerons plus loin, cette scène
finale où malgré son âge et son embonpoint,
il réussit à faire sauter une barrière
à son cheval. D’ailleurs ce sera le plus gros
succès de la carrière de John Wayne avec 15
000 000 de dollars de recettes pour le seul territoire américain
!
A propos du film dont l’éloge
fut unanime de la part de la critique américaine,
Christian Viviani écrit dans son livre indispensable
sur le western aux éditions Henri Veyrier : "True
Grit est la contribution la plus indiscutable qu’Hathaway
ait faite au genre. Il avait choisi d’y statufier
John Wayne en prenant un malin plaisir à dénombrer
ses blessures, son manque d’agilité, et son
âge avancé. Plus profondément, True
Grit voyait John Wayne laisser la place à
une incroyable petite, têtue et calculatrice, symbole
assez noir d’une Amérique en train de s’installer.
C’est tout juste si le mordoré de l’automne
ou le bleuté des premières neiges masquaient
la profonde tristesse de l’adieu." Aujourd’hui
un peu dépréciés, voire méprisés,
les westerns d’Hathaway méritent effectivement
une réévaluation. S’il ne peut raisonnablement
pas être comparé positivement à tous
les chefs d’œuvre du genre, True Grit
mérite toute notre attention car il se suit avec
beaucoup de plaisir déjà par le fait qu’Hathaway,
comme Anthony Mann, Delmer Daves ou John Ford, n’avait
pas son pareil pour mettre en valeur les somptueux paysages
qui défilaient devant sa caméra ; le dépaysement
est assuré d’autant plus que la photographie
automnale de Lucien Ballard fait des miracles et rappelle
étrangement celle d’un autre western photographié
par le même chef opérateur, le magnifique Coups
de feu dans la Sierra.
True Grit raconte donc
l’histoire d’une vengeance, l’un des sujets
favoris du réalisateur, thème qui hantera
quasiment tous ces derniers westerns. Le film débute
par la mort du père de l’héroïne,
sèche, rapide et violente, le genre de séquence
pour lesquelles Hathaway a toujours été très
doué. Ensuite, durant ¾ d’heure, le
film présente les personnages et l’intrigue
dans des scènes longues, bavardes, mais malgré
cela, jamais ennuyeuses. Nous découvrons la seule
"famille" qu’il reste à Rooster,
à savoir un vieux chinois et un chat nommé
"Général Sterling Price". Nous assistons
à une scène de pendaison assez étonnante
et très réaliste : tous les badauds endimanchés
se rendent ‘au spectacle’ puisque même
des enfants circulent au milieu de la foule en proposant
d’acheter des friandises ! Toute cette mise en place
jamais laborieuse, bénéficie au contraire
du sens de l’observation minutieux du cinéaste,
témoin aussi la description du repas pris dans une
pension de famille. L’expédition étant
enfin organisée, l’aventure peut débuter
: Hathaway n’accélère pourtant pas son
rythme assez nonchalant, mais continue à prendre
son temps n’hésitant pas à réaliser
de longs travellings latéraux voyant défiler
au loin ses personnages au milieu de paysages grandioses
dans des plans d’ensemble très larges ; et
on en redemande ! C’est aussi tout à l’honneur
du réalisateur de ne pas avoir fait trop de concessions
à la mode, en restant très classique et ne
s’estimant pas devoir imiter le western italien hormis
dans son utilisation de deux ou trois zooms assez mal venus
et filmés malgré l’avis contraire de
Lucien Ballard.
Ce western décrivant également
l’opposition de deux personnages aux caractères
très forts mais aux tempéraments opposés,
le ton du film oscille sans cesse du drame à la comédie
mais n’est jamais parodique et ne cède jamais
ni à la sensiblerie ni au sentimentalisme contrairement
à ce qui a été souvent dit à
son sujet. John Wayne accusé à tort ici de
cabotinage à outrance, incarne un personnage truculent,
espèce de "Falstaff caustique" (Walter
C. Clapham dans Panorama du western), grisonnant,
cupide, bedonnant, ivrogne, bourru, égoïste,
irascible et baroudeur ne se souciant que des récompenses
obtenues pour l’arrestation des hors-la-loi. En fait
l’acteur va plus loin que la simple caricature et
apporte au personnage une grande chaleur humaine ; un antihéros
en quelque sorte, bourré de défauts, ex voleur
de banque, délaissé par sa femme et mal aimé
par son fils unique. John Wayne ose accepter de paraître
son âge, s’enlaidit même avec son bandeau
sur l’œil et habite Rooster Cogburn avec une
émotion et une verve renouvelées.
Kim Darby, dont le personnage a agacé
plus d’un spectateur, représente l’Amérique
moderne : forte tête, impitoyable et intraitable quand
il s’agit d’argent, elle se réfère
sans cesse à son avocat "qu’elle sort
comme un revolver". Mais elle est le moteur de l’intrigue,
personnage à la fois empêcheur de tourner en
rond, catalyseur et instrument de vengeance. Dans ce rôle
assez ingrat, la jeune actrice s’en sort plutôt
très bien car elle arrive au bout du compte à
forcer notre sympathie, la scène finale la voyant
avec John Wayne à l’intérieur du cimetière
familial étant, grâce à elle, assez
poignante. Heureusement que l’actrice a suivi les
conseils du réalisateur au début du tournage
sans quoi le film aurait certainement tourné à
la parodie lourdingue : "Dans le film, la fille
est le boss, c’est elle qui dirige Wayne. C’était
ce qui faisait tout l’humour, tout le sel de l’histoire.
Elle voulait jouer un grand nombre de scènes sur
un rythme de comédie. Je l’en ai empêchée.
Si elle interprétait son personnage en ayant conscience
qu’il était drôle, les rapports s’écroulaient.
Il fallait qu’elle le joue ‘straight’,
en se prenant très au sérieux."
dira Henry Hathaway dans une interview de 1972 accordée
à Michel Ciment. En revanche, nous ne pouvons rien
dire de positif sur l’interprétation totalement
fade du Texas Ranger joué sans aucun talent par Glen
Campbell.
Parmi les scènes anthologiques
du film, il faut signaler une séquence avec le jeune
Dennis Hopper d’une violence fulgurante, sèche
et sans concession dont certains jeunes réalisateurs
devraient s’inspirer pour comprendre qu’une
scène de cette sorte, pour être forte, n’a
pas besoin d’être spectaculaire ni outrée.
Une autre séquence, mythique celle-ci, est le fameux
duel à un contre quatre entre Rooster Cogburn et
les malfaiteurs. A cheval au milieu d’une immense
prairie, John Wayne charge ses adversaires, les rênes
entre les dents, un fusil dans une main, un revolver dans
l’autre : une image qui fait aussi entrer le Duke
dans la légende. Enfin, la chevauchée finale
épique et émouvante pour sauvegarder la vie
de Mattie mordue par un serpent à sonnette, bonifiée
par la partition magnifique de Elmer Bernstein dont il faut
dire au passage que son association avec Hathaway est moins
célèbre mais encore meilleure que celle qu’il
aura eue avec John Sturges. A l’arrivée, un
bon dosage entre action, humour, aventure, émotion
et suspense. Une belle réussite dont le succès
donnera aux producteurs la mauvaise idée de tourner
une suite dans laquelle cette fois l’acteur et sa
partenaire Katharine Hepburn ne pourront pas s’empêcher
de cabotiner affreusement : l’exécrable Une
bible et un fusil de Stuart Millar.
|
|
 |
Image : Une bien belle copie que celle
qui nous est présentée ici, même si
elle n’est pas exempte de défauts. Malgré
quelques minimes variations de teintes et points blancs
ici ou là, deux trois plans mal définis et,
il faut bien l’avouer, quatre ou cinq courtes séquences
abîmées aux couleurs très délavées
et fades, l’ensemble rend un formidable hommage au
travail de Lucien Ballard. Sa photographie de paysages automnaux
ressort splendidement et la compression est de très
bonne qualité même si elle laisse passer parfois
quelques fourmillements dans les ciels. Une image dans l’ensemble
assez chatoyante aux noirs bien profonds qui se révèle
donc, si l’on ne porte pas attention aux menus détails
ci-dessus, de très haute tenue.
Son : La bande son
monophonique de très bonne qualité laisse
entendre des dialogues très clairs et offre à
écouter, avec un dynamisme bienvenu, une partition
d’Elmer Bernstein guillerette, épique et
émouvante qui ravira vos oreilles. Evitons de parler
de la version française qui, à elle seule,
m’avait fait ne pas apprécier le film à
sa première vision tellement Kim Darby est mal
doublée et se révèle ainsi insupportable
: il faut absolument l’éviter. A signaler
aussi que les sous titres blancs sont un peu plus discrets
que ce que nous propose souvent l’éditeur.
|
 |

L’interactivité n’est
constituée que d’une bande annonce aux couleurs
passées mais au bon format, ponctuée par
des extraits de la critique écrite de l’époque.
Et c’est tout !
|
|
|
|