ET POUR QUELQUES NOMS DE PLUS…
Ho Meng Hua entre à la Shaw en 1957 et y fera toute sa carrière.
Il débute par des mélodrames (Day Time Husband
en 1958, The Secret of Miss Pai en 1960) et passe au
Wu Xia Pian en 1965, avec l’adaptation d’un classique de
la littérature : Pèlerinage vers l’ouest.
Il en fait un film hystérique, souvent absurde, au visuel détonant.
Le réalisateur se désintéresse du sérieux
de la philosophie martiale, et ne jure que par l’efficacité
du spectacle. Les combats sont surréalistes, délirants
(The Flying Guillotine). En 1971 il réalise
Les Griffes de Jade (The Lady Hermit)
où il retrouve Cheng Pei Pei qu’il avait dirigée
dans Princess Iron Fan en 1966. C’est le dernier
rôle de l’actrice avant qu’elle ne quitte l’écran
pour se marier, un rôle accepté uniquement par l’amitié
qui la lie au réalisateur. Il dit d’elle : « Cheng
est la meilleure actrice que le cinéma de Hong Kong ait jamais
eue (…) C’est ici une femme qui tombe amoureuse, qui souffre
(…) puis qui se met à déraciner des arbres, à
porter des troncs sur ses épaules, à se construire une
maison (…) ». Marque de la singularité de ce cinéaste
qui égayera constamment la production de la Shaw.
Li Han-Hsiang est un réalisateur proteiforme, abordant tous les
genres. Il signe quelques classiques tels The Kingdom and the
Beauty (1958) qui lance la mode du Huangmei Diao, The
Enchanting Shadow (1960), The Magnificent Concubine
ou encore Empress Wu Tsi-Tien. King Hu signe deux scénarios
pour le cinéaste dans la veine du Huangmei Diao, The
Bride Napping (1962) et The Love Eterne (1963).
Lorsqu’il s’attelle au film martial, il est considéré
comme un puriste du genre. C’est lui qui donnera à l’acteur
Fu Keng la possibilité d’exprimer ses talents d’acteur
en dehors des arts martiaux . Il développera également
la carrière de David Chiang en lui accordant de plus en plus
d’importance dans ses rôles. Autre protégé,
l’acteur Paul Chun apprend toutes les facettes du métier
au côté du réalisateur (montage, direction artistique,…).
Lia Han-Hsiang quitte la Shaw en 1963 pour monter sa propre société
à Taiwan, la Guolian. Au cours de sa carrière, le réalisateur
emploiera très souvent Lo Wei en tant qu’acteur, notamment
dans le très remarqué Diau Charn / Diao Chan produit par
la Shaw.
Lo Wei est d’abord acteur avant de passer à la réalisation.
Il tourne pour de nombreuses compagnies, la Yung Hwa Motion Pictures
Industries Limited, la Asia Pictures, et surtout la MP&GI. Il se
spécialise rapidement dans les rôles de méchant,
enchaînant une galerie de personnages machiavéliques et
fourbes. La Shaw débauche Lo Wei à plusieurs reprises
(The Adventures of the 13th Sisters en 1959, The
Empress Wu Tsi-tien en 1963, tout deux de Li Han-hsiang). Lo
Wei débute en 1965 sa carrière de réalisateur à
la Shaw avec deux mélodrames écris par Chang Cheh (Crocodile
River et Call of the Sea). Il réalise
par la suite des films d’espionnage sous forte influence James
Bondienne (Golden Buddha en 1966, Angels With
the Iron Fist en 1967). C’est en 1968 qu’il met
en scène son véritable premier film d’art martiaux
avec Black Butterfly. Il enchaîne les films de
sabre dont cinq films avec la star Cheng Pei-pei : Dragon Swamp
(1969), Raw Courage (1969), The Golden Sword
(1969), Brothers Five (1970) et L’Ombre
du fouet (1971). Cette série de film rencontre un succès
public considérable. Chang Pei-pei,
bien
qu’à la « retraite » tournera avec le réalisateur
au milieu des années 70 None But The Brave et
Whiplash pour la Golden Harvest.
Chung Chang-wha est un cinéaste coréen qui réalise
une œuvre éclectique pendant 13 années avant d’être
remarqué par la Shaw Brothers avec le film Special Agent
X7 (1966). Cet intérêt ne se démentit pas
l’année suivante avec la sortie de Swordsman in
the Twilight, un film de sabre sous forte influence de Western
Spaghetti. Durant ses années en Corée, le réalisateur
brille par les scènes d’action qui parsèment ses
films, rythmées et construites sur ces modèles italo-américains.
En arrivant à Hong Kong, il donne libre cours à cette
tendance en réalisant des films d’arts martiaux ingénieux,
où les gags, les description de la vie quotidienne chinoise,
côtoient les scènes d’action spectaculaires. Temptress
of a Thousand Faces (1969), psychédélique et
coloré, est le premier film hongkongais à être diffusé
en occident. Sa réussite majeure demeure cependant La
Main de Fer (Five Fingers of Death) qui, en
1973, rencontre un énorme succès public, et participe,
avec ce récit de l’initiation d’un garçon
de cuisine au kung-fu, au renouveau du genre. C’est également
ce film qui va lancer la carrière de Lo Lieh.
KUNG FU PIAN
En 1970, Jimmy Wang Yu explose le box office avec son premier film en
tant que réalisateur La Vengeance du Tigre (The
Chinese Boxer). C’est un des premiers Kung Fu Pian que
produit la Shaw Brothers. C’est la même année que
Chang Cheh réalise Vengeance !
qui donne cependant encore la primauté à l’arme
blanche. Le réalisateur commence à s’intéresser
au style du Kung-fu. Liu Chia-liang l’initie à l’art
du « Hung Gar » et du « Wing Chun » (deux styles
du sud). La légende veut que Chang Cheh ait proposé à
la Shaw d’employer un jeune débutant, Li Xiao-long, plus
connu sous le nom de Bruce Lee.
En
1972, Chang Cheh joue des pieds et des mains pour imposer un débutant
Pao Hsueh-li comme réalisateur du Justicier de Shanghai
(The Boxer From Shantung). Mais la Shaw préfère
mettre en avant le nom du réalisateur phare (les deux compères
collaboreront encore sur La Légende du Lac et The Delightful
Forest en 1972). Pao Hsueh-li est un directeur de la photographie renommé,
et il met en scène avec brio les scènes d’action
qui émaillent le film (l’hallucinant combat final et celui
contre un catcheur étant dirigés par Chang Cheh), toujours
avec l’aide de Liu Chia-liang et de Tang Chia. Il réussit
surtout à mettre en valeur la gestuelle de Chen Kuan-tai qui
tient là son premier grand rôle. Véritable champion
de Kung-fu, il rend, avec Bruce Lee qui tourne Big Boss
l’année précédente, toute sa beauté
à ce sport. Les deux styles diffèrent et montrent la palette
que propose l’art martial. Brut et massif pour Chen Kuan-tai,
félin et racé pour Bruce Lee.
Le film a un succès considérable, et les suites produites
à Taiwan s’enchaînent à un rythme effréné
(The Avenger de Florence Yu Fung-chi sort trois mois après, et
trois autres suites suivront rapidement).
Autres participations au genre, Chang Cheh réalise par la suite
Frères de Sang (1973) avec Ti Lung, David Chiang et
Chen Kuan-tai ou encore 2 Héros (1974) avec
Chen Kuan-tai et Alexander Fu-sheng. Ce dernier film est un nouveau
tournant pour le réalisateur qui pour la première fois
aborde le Shaolin, un thème qui marquera bientôt sa mise
à l’écart du cinéma d’art martial.
C’est également son premier film produit par sa toute nouvelle
société, la Chang’s Film Co (Chang Gong) basée
à Taiwan, une société quasi fictive entièrement
liée à la Shaw Brothers.
Le
Wu Xia-Pian a alors cédé la place au Kung Fu Pian au panthéon
du box office sous l’impulsion essentielle du « petit dragon
». Liu Chia-liang se réjouit de pouvoir développer
un style de combat qui lui tient particulièrement à cœur,
et tout particulièrement par l’évocation du Kung-fu
développé par les héros Shaolin dont il est l’un
des héritiers. Hung Hsi-kuan (l’un des personnages du film)
est un spécialiste du Hung Gar (le Poing Hung) et Liu Chia-liang
a été baigné dans son apprentissage par son père
(tandis que sa mère pratiquait le Wing Chun). Ce style a été
crée par un moine Shaolin, Hu Te-ti, et sera l’objet quelques
années plus tard d’une série de film réalisés
par Lia Chiu-liang (série de La 36ème chambre). Si Chang
Cheh semble n’avoir que peu d’engouement pour le Hung Gar,
Liu Chia-liang se passionne à l’évocation de sa
beauté, se réjouit de pouvoir enfin montrer le vrai Kung-fu.
Après avoir révélé Chen Kuan-tai dans Le
Justicier de Shanghai, Chang Cheh donne une fois de plus sa chance à
un jeune débutant, issu de l’école de formation
de la Shaw, Alexander Fu Sheng (Cheung Fu Sheng), pour donner la réplique
à se récente découverte. Mais la brutalité
intrinsèque du cinéma de Chang Cheh s’accommode
mal à l’évocation des moines Shaolin. Le réalisateur
est contraint d’édulcorer la violence par l’utilisation
de filtres rouges (2 Héros) voire même
en filmant en noir et blanc les scènes les plus gores (une éventration
dans la scène finale de Men From Monastery).
Cet engouement du public pour le Shaolin marque la rupture entre Chang
Cheh et Liu Chia-liang. Ce dernier, en désaccord avec une représentation
trop violente de l’art martial, passe à la réalisation
dans l’espoir de faire découvrir aux spectateurs la philosophie
du Shaolin. Avant de voler de ses propres ailes, Lia Chia-liang participe
à d’autres réalisations du cycle Shaolin de Chang
Cheh, telles Shaolin Martial Arts et 5 Maîtres
de Shaolin (tous deux en 1974).
En 1978 Chang Cheh débute une nouvelle saga, celle des poisons,
avec 5 Venins mortels. Un cycle dans lequel le réalisateur
met en avant les prouesses martiales d’une nouvelle génération
de combattants, rapidement surnommés les 5 Venins : Lu Feng,
Chiang Shien, Sun Chien, Lo Meng et surtout Philip Kwok. La stylistique
des combats est outrancière, véritables actes super-héroïques
à base d’acrobaties surhumaines. Philip Kwok qui pratique
un art martial issu du Shaolin du Nord (coups de pieds sautés,
acrobaties…celui de Jackie Chan et Sammo Hung) impressionne le
public et devient l’artiste incontournable du genre (il signera
les chorégraphies du Pacte des loups de Christophe
Gans ou encore celles d’A Toute épreuve
de John Woo). 5 Venins mortels consomme la rupture
entre Liu Chia-liang et Chang Cheh. Le chorégraphe veut privilégier
la boxe de Hong Kong, alors que la troupe d’acteurs menées
par Chang Cheh veut valoriser le style du nord et ses culbutes. Un style
plus agile, moins vigoureux, mais visuellement plus spectaculaire encore
(les mouvements s’inspirent de l’imitation de mouvements
d’animaux). C’est ce style bigger-than-life qui détourne
Liu Chia-liang de ces projets. Ce n’est plus le vrai Kung-Fu qu’il
veut promouvoir, mais un Kung-fu irréaliste et esthétisant.
LIU CHIA-LIANG
Le père de Liu Chia-liang, Liu Zhan, est un élève
de Lin Chi-rong (Le Boucher volant) un des disciple du légendaire
Wong Fei Hung. Le chorégraphe et réalisateur a débuté
sa carrière sous l’auspice de ce personnage en travaillant
sur la longue série de films inspirés de sa vie, tournés
dans la péninsule à partir de la fin des années
40.
Cascadeur puis chorégraphe, il signe pendant plus de dix ans
les scènes d’action des films de Chang Cheh. Le désintérêt
de ce dernier pour ces séquences donne une liberté totale
à Liu Chia-liang, qui développe ainsi ses capacités
de réalisateur.
Alors
que Chang Cheh et Liu Chia-liang se brouillent sur la représentation
de la violence dans le Kung-fu, le cinéma hongkongais est de
nouveau à un tournant. En 1975, la Shaw produit le premier film
de Liu Chia-liang, Wang Yu défie le maître de karaté
(The Spiritual Boxer), qui va influencer toute une
génération de réalisateurs, de chorégraphes
et d’acteurs du cinéma de Kung-fu, tels Sammo Hung (The
Iron Fisted Monk, 77) et Yuen Woo Ping (Snake in The
Eagle’s Shadow 1978). Liu Chia-liang va initier le genre
de la Kung-Fu Comedy avec ce film, et ce dans une optique évidente
de réapropriation d’un public lassé et blasé
par le genre, mais toujours avec un respect et un amour de l’art
martial qui ne se démentira pas.
Liu Chia-liang va ainsi reprendre à bras le corps un genre déclinant,
et reprendre même d’anciennes figures afin de montrer à
un jeune public l’essence même du Kung-fu. Ainsi, Le
Combat des maîtres (Challenge of the Masters,
1976) reprend le personnage du docteur Wong Fei-hung en jeune apprenti
avide de découvrir le Kung-fu et Les Exécuteurs
de Shaolin (1977) a pour protagoniste Hung Hsi-kuan (2 Héros).
La 36ème Chambre de Shaolin (1978) est une véritable
leçon de Kung-fu, de son apprentissage et de la philosophie qui
y est liée, portée par un autre personnage mythique, le
moine San Te.
Ce film, et ses suites (Retour à la 36ème Chambre
en 1980 et Les Disciples de la 36ème Chambre
en 1985), prennent pour cadre historique la domination du peuple chinois
par les Mandchous et content la résistance qui s’installe
par la création de sociétés secrètes telle
celle du clan Hung Gar (du nom de leur style martial). C’est dans
ce contexte que San Te (incarné par Gordon Liu, le frère
adoptif du réalisateur, qui reprendra ce rôle dans Les
Disciples…) va faire l’apprentissage du kung-fu
au sein d’un temple Shaolin, et par là même donner
au spectateur les clefs de cet art. Lia Chia-liang développe
les phases d’apprentissage, précises et ludiques, qui décrivent
presque de manière didactique ses mouvements et sa philosophie.
Dès le premier volet de la série consacrée aux
moines Shaolin, Liu Chia-liang évacue la violence inhérente
au cinéma de Chang Cheh et se focalise sur l’aspect non
létal (bien que dans La 36ème Chambre…
Sun Te met à mort ses ennemis) des combats.
LE DECLIN DE LA SHAW ET LA RELEVE
Malheureusement, malgré le succès de La 36ème
Chambre de Shaolin, le public se lasse du film d’art
martial « sérieux » et le genre périclite,
rentrant en hibernation jusqu’au début des années
90, entre autres avec une nouvelle série de films basés
sur la vie de Wong Fei Hung, cette fois ci interprété
par Jet Li sous la direction de Tsui Hark : la sublime saga d’Il
était une fois en Chine dont le premier volet sort en
1991.
C’est d’ailleurs le succès même du film de
Liu Chia-liang qui provoque la défection des spectateurs en initiant
à sa suite une myriade de productions cheap qui reprennent stupidement
les mêmes recettes.
De
manière générale, les œuvres précédemment
citées dans cet article, tant dans le Kung Fu Pian que dans le
Wu Xia Pian, ne demeurent que les exceptions d’une production
qui tourne à la routine et au laisser-aller. C’est ainsi
tout un pan qualitatif et novateur du cinéma d’action qui
est abandonné au profit des recettes éprouvées
et de la soumission à la soi-disant demande du public. Cette
production sclérosée va voir l’apparition d’un
concurrent qui va finir d’enterrer le rêve Shaw.
En 1970, Raymond Chow, ancien chef de production à la Shaw Brothers,
crée sa propre société de distribution : la Golden
Harvest (à partir du rachat de ce qui reste alors de la Cathay).
Tout d’abord dans la droite lignée des productions de la
Shaw, cette société va se propulser au premier plan avec
la découvert d’un jeune prodige des arts martiaux : Bruce
Lee. Big Boss et La Fureur de vaincre
de Lo Wei (transfuge de la Shaw) l’imposent comme la plus grande
star de toute l’Asie. De plus en plus d’insatisfaits délaissent
la Shaw pour gagner la jeune et prometteuse société (comme
Jimmy Wang Hu ou Lo Wei). Plus tard, Raymond Chow découvrira
Jackie Chan (que Lo Wei avait essayé d’imposer sans résultat
quelques années auparavant !) ou encore Michael Hui, qui dominera
le box-office avec ses comédies dont un public en pleine mutation
est alors friand (The Private Eye en 1976 ou encore
The Contract en 1978). La Golden Harvest se démarque
de la Shaw par l’usage du cantonais et par la volonté de
s’ouvrir davantage à l’exportation.Soumis à
l’assaut de la Golden Harvest, qui détrône le talent
des frères pour « sentir » le public, initier de
nouveaux mouvements et découvrir les acteurs et réalisateurs
de demain, la Shaw décline lentement mais irrémédiablement.
Tout
d’abord le public donne la part belle aux kung-fu comedies initiées
par Liu Chia-liang avec Le Boxeur sprituel en 1975.
Le réalisateur poursuit dans cette veine avec Dirty Ho
et Heroes of East en 1979, ou encore avec Retour
à la 36ème Chambre en 1980 qui, en se rapprochant
du genre, rompt avec le sérieux du précédent opus.
Jackie Chan (La Danse du Dragon en 1980, Le
Cri de la hyène en 1981) et Sammo Hung (Le Moine
d’acier en 1977, Warriors Two 1978,
Prodigal Son 1981) vont faire leur spécialité
de cette nouvelle approche de la représentation du kung-fu au
sein de la Golden Harvest, multipliant les succès et laissant
la Shaw au bord du chemin.
La kung-fu comedy capitalise sur le récent intérêt
du public occidental pour les films de Bruce Lee. Les producteurs de
la Golden Harvest laissent totalement les coudées franches aux
chorégraphes qui deviennent alors les piliers de ces productions.
Yuen Woo-ping (Drunken Master et Eagle’s
Shadow en 1978), Liu Chia-liang, Yuen Biao voient ainsi une
opportunité de s’émanciper de la coupe des réalisateurs
de Wu Xia Pian. Ils espèrent imposer au cinéma une représentation
réaliste du kung-fu et de sa philosophie. Pour cela, ils s’appuient
sur la comédie, genre qui recueille les faveurs du public, comme
vecteur de leur projet. Ainsi Keaton et Chaplin côtoient des expressions
populaires profondément ancrées dans la culture chinoise
(comme le théâtre bouffon) et le réalisme des combats
se mâtine de la fraîcheur des musicals venues d’Hollywood.
Liu Chia-liang va également, avec Spiritual Boxer
et ses inclinaisons surnaturelles, annoncer un autre courant, à
mi-chemin des films de fantômes si populaires et de la kung-fu
comedy en pleine explosion. C’est la Ghost Kung-fu Comedy dont
la série des M. Vampire de Lam Ching-ying et
L’Exorciste Chinois de Samo Hung sont les titres
phares.
Mais
la Shaw Brothers n’arrive plus à suivre l’évolution,
et sa production passe d’une quarantaine de films par an dans
les années 70 à à peine une petite vingtaine dans
toute la décennie 80. Chang Cheh et Chu Yuan ne sont plus que
l’ombre de leur talent passé, les permanents du studio
rejoignent la télévision ou la Golden Harvest, et les
jeunes réalisateurs n’entrent plus dans ce studio déclinant.
A la fin des années 70, une nouvelle vague déferle sur
la péninsule avec des techniciens ayant fait leurs armes à
la télévision : Ann Hui (The Secret,
79), Yim Ho (The Extras, 78), Tsui Hark (Butterfly
Murders, 79), Patrick Tam (The Sword, 80),
Allen Fong… Des films qui concurrencent par leur succès
et leur liberté de ton le cinéma ultra-commercial et formaté
de la Shaw et consorts, repliés sur les recettes éprouvées
du kung-fu. Des films aux budgets limités, faciles à monter,
qui concurrencent sans mal une industrie installée et sclérosée,
dont la qualité technique est en pente descendante et dont le
socle du Star System ne fait plus recette.
En 1984, aucun film produit par la Shaw ne se place dans le top 25.
En 1985, Les Disciples de la 36ème chambre sonne
le glas de la Shaw et marque sa fermeture la même année.
Son réalisateur, Liu Chia-liang, clôt ainsi une histoire
à laquelle il avait pris part dès la naissance, accompagnant
l’évolution du genre, des premiers Wong Fei Hung à
la Kung-fu comedy, du Wu Xia Pian aux Shaolin Kung-fu.
La Shaw s’efface et une nouvelle histoire commence…
L’auteur
de ce texte tient par avance à s’excuser pour les approximations
et les erreurs qui ne manqueront pas de s’y glisser. N’étant
pas un exégète (loin s’en faut) du cinéma
hongkongais, son travail a essentiellement consisté à
défricher une quantité impressionnante de littérature
ayant trait au sujet. Il tient donc à rendre hommage aux véritables
spécialistes qui sont à la source de ce travail : Christophe
Gans pour Starfix ; Julien Carbon et David Martinez pour Le Cinéphage
; Marc Toullec, Fathi Beddiar et Julien Sévéon pour Mad
Movies ; Patrice Blouin, Jean-Sébastien Chauvin, Olivier Joyard,
Emmanuel Burdeau, Antoine Thirion, Stéphane Delorme et Olivier
Assayas pour Les Cahiers du Cinéma ; Hubert Niogret pour Positif
; Philippe Serve sur le site Ecran noir pour nuits blanches ; L’équipe
de HK Mania…
Et surtout pour la mine d’information proprement hallucinante
proposée par Frédéric Ambroisine pour ses livrets
des éditions Wild Side.
Cet article se base également sur les interviews et documentaires
présents sur les DVD Wild Side : Cheng Pei-pei, Sze To On, Ku
Feng, Shum Long-tin, Paul Chun, Philip Kwok, Lo Meng, David Chiang,
Chang Cheh, Cheng Hong-yip… mais également sur des entretiens
écrits de John Woo, Tsui Hark, Cheng Pei-pei…
D’autre part il importe de souligner que l’auteur n’a
pas eu la chance de voir de nombreux films cités dans ce texte.
Un remerciement tout particulier à Yannick Dahan, Roy Neary et
Swan qui ont eu la patience de lire cet article jusqu’au bout
et d’y apporter conseils et corrections.
Et pour finir, l’auteur tient à préciser qu’il
prend beaucoup de plaisir à parler de lui à la troisième
personne !
Les Films de la Shaw Brothers édités par Wild Side :
«
Wild Side a été crée en février 2001, avec
l’idée de commercialiser les films de la Shaw Brothers.
Cela n’avait jamais pu être fait auparavant, et beaucoup
d’éditeurs en rêvaient. A cette époque, je
suis parti pour Santa Monica, à L’American Film Market.
Lisant Variety dans l’avion, je tombe sur une page de publicité
annoncant : Celestial Pictures is proud to present the Shaw Brothers
Library. A l’AFM, je me suis aussitôt rendu sur le stand
de cet éditeur, où j’ai fait une sélection
de 18 films. Les négociations se sont poursuivies jusqu’à
Cannes 2002. D’autres sociétés françaises
étaient sur les rangs, mais nous avond obtenu les droits, soit
en offrant trop d’argent, soit en étant les plus convaincants
». Ainsi s’exprime Manuel Chiche en décermbre 2003
dans Les Cahiers du cinéma.
L’éditeur sort maintenant à un rythme soutenu le
catalogue issu de ces négociations, soit un total de 46 films
à l’heure actuelle. 16 films sont sortis en 2004, 14 sont
prévus en 2005 (notés à paraître dans la
liste en fin d’article) et 16 en 2006.
La beauté des copies, entièrement restaurées par
Celestial qui a monté pour l’occasion un laboratoire numérique
chargé de la totalité du catalogue (soit 760 films !)
où 30 personnes travaillent pour un budget avoisinant les 2 millions
de dollars, fait heureusement mentir les rumeurs insistantes qui disaient
les copies irrémédiablement dégradées. Certes
un film comme Come Drink With Me a nécessité
trois semaines pour récupérer les dégradations
subies par le négatif, mais le résultat est proprement
renversant. Que ce soit au niveau de l’image et du son, des couleurs
éclatantes, il faut vraiment saluer le travail entreprit sur
ces éditions. Wild Side avant de sortir les films en France,
procède à d’autres retouches ponctuelles, ajoute
sur un tiers des titres des doublages en français, et surtout
propose pour chaque DVD des interviews ou des documentaires souvent
pertinents. Il se sont adjoints pour l’occasion les services du
journaliste Frédéric Ambroisine qui signe un livret d’accompagnement
pour chaque DVD et resitue dans son contexte chacune de ces œuvres.

LIU
CHIA-LIANG
La 36ème Chambre de Shaolin
Retour à la 36ème Chambre
Les Disciples de la 36ème Chambre
A paraître :
Martial Arts of Shaolin
Executioners from Shaolin
The Eight Diagram pole Fighter
Shaolin Mantis
Legendary Weapons of China
CHU YUAN
Le Sabre infernal
La Guerre des clans
Legend of the Bat
Le Tigre de Jade
Le Combat des clans

LO
WEI
L’ombre du fouet
CHANG CHEH
Le Justicier de Shanghai
La Légende du Lac
5 Venins mortels
Frères de Sang
2 Héros
Le Trio magnifique
A paraître :
Le Retour de l’hirondelle d’or
The One-Armed Swordsman
The Deadly Duo
The Return of the One-Armed Swordsman
The New One-Armed Swordsman
KING HU
L’Hirondelle d’or

JIMMY WANG YU
A paraître :
La Vengeance du tigre
CHUNG CHANG-WHA
A paraître :
The King Boxer
SUN CHUNG
A paraître :
The Avenging Eagle
HO MENG HUA
A paraître :
Les Griffes de jade
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