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De
nuit, arrive dans une auberge isolée à la lisière
du désert un cavalier tuberculeux qui se présente comme
étant le fameux Doc Holliday (Stacy Keach), joueur de cartes professionnel
et invétéré. A l’intérieur se trouvent
déjà réunis, Ike Clanton (Michael Witney) et le jeune
‘The Kid’ (Denver John Collins), ainsi que la prostituée
Kate Elder (Faye Dunaway). Ike et Doc ont pour idée de jouer cette
dernière aux cartes. C’est Doc Holliday qui la ‘remporte’
; il décide de l’emmener à Tombstone où il
se rend pour revoir son meilleur ami, le Marshall Wyatt Earp (Harris Yulin)
à qui il a autrefois sauvé la vie. Wyatt a des aspirations
politiques en Arkansas et aimerait beaucoup devenir shérif de Tombstone
; pour ce faire, il propose une association à Doc afin que ce dernier
puisse l’aider à assainir la ville. Ainsi, pendant qu’il
ferait régner la loi, son ami s’occuperait de gérer
les jeux dont ils pourraient alors, tous deux, se partager les gains.
Les Clanton ne voient pas la candidature de Wyatt d’un bon œil
et tentent de la contrecarrer. Dans le même temps, l’amour
naît entre Doc Holliday et Kate Elder : « Tu ne tapines
plus, tu prends ta retraite et viens vivre avec moi ». Une
diligence est alors attaquée, pillée, ses conducteurs abattus.
Une aubaine pour le clan Earp qui va faire peser la suspicion sur la famille
qui leur barre la route. Wyatt et Doc se rendent chez les Clanton afin
d’éclaircir l’affaire. Ike, ne supportant pas cette
méfiance, roue de coups Wyatt qu’il laisse complètement
groggy. Ce dernier jure de le tuer pour réparer cet affront. Les
deux clans adverses se retrouveront à OK Corral pour un Gunfight
devenu anthologique. |
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La
démystification des mythes d’un Ouest glorieux avait déjà
été entamée par Sam Peckinpah dans les années
60 avec des chefs-d’œuvre crépusculaires, nihilistes,
mais profondément romantiques malgré tout dans leur manière
d’être filmés, par l’utilisation d’une
musique ample ou de couleurs automnales de la photographie et enfin par
la sympathie que nous éprouvions pour des ‘héros’
pourtant fatigués et peu fréquentables. Cela eut pour résultats
Coups de feu dans la Sierra (1962) ou La horde
sauvage (1969).
Le western italien enfonça le clou, montrant un Ouest désormais
sale, violent, dominé par le cynisme, en totale opposition avec
la vision hollywoodienne assez idéalisée des décennies
précédentes. Les Américains poursuivirent, en ce
début des années 70, la mode du déboulonnage en règle
de personnages vus peu de temps auparavant sous un angle totalement différent
: Custer dans Little Big Man d’Arthur Penn, John
McCabe dans le film homonyme de Robert Altman, le juge Roy Bean
dans Juge et hors-la-loi de John Huston. Frank Perry
(qui avait fait ses classes auprès de Lee Strasberg à l’Actor’s
studio avant de passer à la réalisation avec David
& Lisa en 1962, recevant du même coup le prix de la
meilleure première œuvre au Festival de Venise) s’attaque,
quant à lui en 1971, à Doc Holliday.Le véritable John H. Holliday est né en 1852. Il fait des études de dentiste et vient se fixer à Dallas, ville dont l’air lui est recommandé pour ses problèmes de santé (il est tuberculeux). Après avoir pratiqué le métier qui lui avait été inculqué (d’où son surnom de Doc), il préfère devenir joueur professionnel. Lors d’une rixe, il abat un homme et doit fuir à Denver. En 1877, il fait la connaissance de Wyatt Earp tandis que Kate Elder devient sa maîtresse. Il sauve la vie de Earp et, peu de temps après, se rend à Tombstone pour aider ce dernier à assainir la ville. Il meurt de tuberculose en 1887 après avoir encore écumé quelques villes au jeu pendant une dizaine d’années. Ce personnage mythique peut se vanter d’avoir eu, en à peine 50 ans, de nombreux interprètes d’exception pour le faire revivre à l’écran. Dès 1939, c’est Cesar Romero dans Frontier Marshall de Allan Dwan (1939) ; puis Walter Huston dans Le Banni de Howard Hughes (1941), Victor Mature dans My Darling Clementine de John Ford (1946), Kirk Douglas dans Règlements de comptes à OK Corral de John Sturges (1957), Jason Robards dans Sept secondes en enfer du même John Sturges (1967), Val Kilmer dans Tombstone de George Pan Cosmatos (1993) et Dennis Quaid dans le Wyatt Earp de Lawrence Kasdan (1994).
L’idée de Frank Perry et de son scénariste, le journaliste
new-yorkais Pete Hamill, était très intéressante
sur le papier : prendre le contre-pied des films précédents
narrant le fameux Gunfight et les faits qui l’ont déclenché
en ne montrant de cette histoire que le côté non glorieux.
Ce qui a pour résultat à l’écran un Wyatt Earp
cupide, démagogue, obsédé par le pouvoir et sans
scrupules (« s’il n’y avait pas de salauds, tu serais
au chômage Marshall »), un Doc Holliday avare de paroles,
un peu vulgaire, assoiffé de reconnaissance et malade («
il n’a peur de rien car il n’a rien à perdre
»), une Kate Elder putain jusqu’au bout des ongles, aucunement
glamour et même affublée d’un vilain plombage…
Mais en voulant aller trop loin dans la noirceur, le scénariste
fait du Gunfight final un meurtre collectif prémédité
par Wyatt Earp, ce qui est tout aussi abusif historiquement que celui,
long et plein de suspense représenté par John Sturges dans
son chef-d’œuvre de 1957. Comme on peut le constater, même
Frank Perry n’a pas tout à fait respecté la vérité
historique malgré ce qui nous avait été laissé
entendre (de plus, Kate et Doc se connaissaient bien avant ; Virgil Earp
était devenu Marshall et non son frère Wyatt…) et
malgré sa volonté d’un plus grand réalisme.
Mais enfin, pourquoi pas cette vision plutôt que celles de Ford
ou de Sturges puisque ni les unes ni les autres ne correspondent pas plus
à la réalité même s’il est vraisemblable
que Frank Perry s’en rapproche d’un peu plus près ?
Certes, rien à redire là dessus !Mais là où le bât blesse, c’est au niveau d’un scénario se révélant moyennement bien écrit - Peter Hamill n’arrivant que rarement à nous intéresser à ses personnages -, de dialogues bien médiocres et de la mise en scène de Frank Perry bien trop frileuse pour arriver à faire accepter la vision de son auteur. Même s’il ne cède jamais à la tentation d’imiter le western italien dans son style et dans son évocation de cette époque parfois grotesquement déformée (comme elle pouvait l’être aussi par le cinéma hollywoodien, ce dernier la magnifiant au contraire), il demeure par ailleurs bien trop sage dans son entreprise de dynamitage. Son Ouest est mort, figé : aucun souffle ne vient lui donner vie ! Peckinpah, lui, nous offre sur celluloïd des personnages de chair et d’os jusque dans les figurants qu’il se plaisait à filmer avec un respect de tous les instants ; son Ouest fourmille, vibre et existe. Celui de Frank Perry est triste, morne, privé de chaleur, déprimant, et somme toute - et c’est un comble quand on recherche le réalisme - paraissant assez factice à cause d’une esthétique qui pourrait se rapprocher de celle d’un téléfilm de luxe. Bref, ‘le cul entre deux chaises’, le film finit assez vite par ennuyer : peu d’action mais pas plus de psychologie contrairement à ce qui a été dit un peu rapidement. Les personnages demeurent monolithiques malgré le traitement original qui leur est accordé au départ. Et quand le cinéaste se met à filmer un barbecue caméra à l’épaule pour faire ‘plus vrai’, l’idée se révèle plus ridicule et ‘cheap’ qu’inspirée.
Pourtant, il y avait de quoi espérer : à de nombreuses reprises, l’on se prend ressentir de l’empathie pour les personnages. Mais, alors que le rythme est plutôt faiblard, paradoxalement les scènes sont quasiment toutes coupées trop tôt et abruptement, le film perd toute l’ampleur et le souffle qu’il aurait pu avoir par la faute d’un montage mal pensé. Le spectateur n’a, de ce fait, pas le temps de s’attacher à des personnages tels que Kate Elder ou Doc, deux figures qui, plus fouillées et sur lesquelles nous aurions passé un plus de temps, auraient fini par nous émouvoir. Les acteurs ne peuvent être remis en cause : que ce soit Stacy Keach (superbe dans Fat City l’année suivante) ou Faye Dunaway (inoubliable Bonnie Parker), ils sont tous deux loin d’être mauvais. Ils n’arrivent cependant pas à donner plus d’épaisseur à des personnages aussi peu définis sur le papier et ne peuvent pallier l’indigence des dialogues qu’ils ont à réciter. Le résultat est que nous avons du mal à nous attacher à eux malgré, quand même, quelques très belles scènes venant parsemer ce western. Parmi
elles, la séquence initiale dans l’auberge et sa partie de
cartes ; celle au cours de laquelle Doc Holliday finit par crier avec
une émotion sincère « I want to live »,
écœuré par la violence qui règne autour de lui,
fatigué de tuer et de voir tuer ; certaines de celles se déroulant
entre Doc et Kate une fois vivant tous deux sous le même toit ;
et enfin le fameux règlement de comptes final, bref, sec et sans
concessions, d’une durée de moins d’une minute comme
il le fut dans la réalité. George Pan Cosmatos (on se demande
bien encore comment, vu sa navrante filmographie) filmera ce Gunfight
d’une manière encore bien plus étonnante par sa concision
et son film mérite absolument d’être découvert.
Concernant Doc Holliday, il s’agit donc plus d’un
film d’auteur raté que d’un mauvais film. En 1973,
Sam Peckinpah (encore lui) démontrera qu’on pouvait faire
beaucoup mieux dans le même style avec son excellent Pat
Garrett et Billy Le Kid. Cependant, si certains aimeraient connaître
ce qui s’est passé pour les personnages principaux de cette
histoire après le règlement de comptes, je les incite fortement
à se diriger vers le très intéressant Sept
secondes en enfer de John Sturges qui débute là
où se termine Doc Holliday. Pour conclure, précisons
tout de même, pour ceux qui auraient été échaudés
par mon ressenti vis-à-vis du film, que le western de Frank Perry
est cependant bien apprécié d’éminents historiens
et critiques de cinéma comme Tavernier et Coursodon. A vous désormais
de vous forger votre propre opinion ! |
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Image : Les amateurs du film n’ont pas d’hésitation à avoir quant à l’achat car le petit éditeur Ciné Malta a fait du bon travail niveau restauration : belle luminosité, très belle définition, contrastes assez bien rendus et copie d’une très grande propreté sur ce titre. La photographie, dans les tonalités bistres, jaunes, tirant parfois vers le sépia, était à l’origine un peu granuleuse. Si l’on rajoute le grain numérique par dessus, cela donne des scènes sombres et peu éclairées très difficiles à regarder, fourmillantes et granuleuses au-delà quasiment de toute visibilité (13’50 ; 64’). Heureusement, elles sont assez rares mais il faut prévenir que la séquence du générique en fait partie et pourra d’emblée faire peur au plus grand nombre. Rassurez-vous, le travail de compression, qui se fait sentir dans les séquences assombries, est dans l’ensemble d’un bon niveau, et toutes les scènes un peu plus claires possèdent un excellent rendu. Un autre point faible à signaler pour les possesseurs de téléviseur rectangulaire : le transfert 16/9 n’est malheureusement pas proposé mais le format original de 1.85 est bel et bien respecté. Son : Les deux pistes sonores, l’anglaise et la française, sont exemptes de tous défauts, claires et sans aucune trace de souffle. Le doublage français est même plutôt pas mal. |
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