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![]() Delphine et Solange sont des jumelles de vingt cinq ans ravissantes et spirituelles. Delphine, la blonde, donne des leçons de danse et Solange, la rousse, des leçons de solfège. Elles vivent dans la musique, comme d’autres vivent dans la lune et rêvent de rencontrer le grand amour au coin de la rue. Une foire vient tout juste de s’installer en ville... |
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Les
Demoiselles de Rochefort (1) représente en 1967 un aboutissement
dans la carrière de Jacques Demy. Réalisateur atypique et
scénariste de l’intégralité de ses films, il
représente dans les années 60 un auteur dans le sens le
plus noble du terme. Né à PontChâteau près
de Nantes en 1931, il fait des études de photographie et de cinéma
en 1949 dans la rue Vaugirard à Paris. En 1959, à l’époque
où une ribambelle de réalisateurs de la Nouvelle Vague tournent
leur premier film : Jean Luc Godard avec A Bout de souffle,
François Truffaut avec Les 400 coups ou encore
Claude Chabrol avec Le Beau Serge, Jacques Demy rencontre
Agnès Varda. C’est elle qui l’aide à monter
son Lola (1960) qu’il tourne avec Anouk Aimée
et Marc Michel. Le film est dédié à Max Ophuls.La Baie des Anges (1962) marque une nouvelle collaboration de taille, cette-fois ci avec Jeanne Moreau, la splendide jeune actrice qui monte, et qui l’avouera plus tard, en entrant à la Comédie-Française dont elle fut la plus jeune pensionnaire, déclencha l’impassibilité de son père : « Il pensait que ce n’était pas un métier sérieux, et que je n’avais rien à y faire. Mon admission ne souleva chez lui qu’indifférence. Même pas de mépris, ou si peu », dit-elle en substance des années après, interviewée par James Lipton de Inside the Actor‘s Studio. On pense bien sûr à la même réaction du père de Claude Berri quand celui-ci lui annonça qu’il voulait être acteur. La France est alors en pleine ébullition. Les artistes nourrissent de nombreux projets, Serge Gainsbourg commence à se faire un nom du côté de la Rive Gauche, il a sorti Le Poinçonneur des Lilas en 1958 puis les deux albums Du Chant à la Une et l‘Étonnant Serge Gainsbourg, sans véritable succès, mais son physique peu banal et sa voix en font une figure de plus en plus remarquée de la scène musicale. Les cinéastes remodèlent le cinéma et cherchent une nouvelle liberté dans leur façon de filmer et de raconter des histoires. Tout ce petit monde bouge sous l’émulsion parfois remarquable de certains auteurs.
La France a envie de se distraire après les années de guerre,
les années noires, et vit en plein dans les Trente Glorieuses (2).
Un climat propice au divertissement qui offre l’opportunité
de réaliser des œuvres en phase avec les préoccupations
des jeunes adultes. Ainsi à partir d’un scénario traitant
d’un thème commun et simple, à savoir la recherche
de l’amour, le réalisateur parvient à créer
des triangles amoureux qui vont tous finir par se rejoindre. Les
Parapluies de Cherbourg est couronné d’une Palme
d’Or à Cannes en 1964. On racontera plus tard que celle-ci
divisa le Jury et les spectateurs. Entre ceux qui y voyaient une œuvre
étincelante et digne de figurer au palmarès et d’autres
plus réservés quant à la "naïveté"
du script, il fallut trancher et c‘est la décision la moins
pire qui l‘emporta. Quoiqu’il en soit, le cinéaste
entre dans l’Histoire. Il s’attèle dès lors
à un projet ambitieux, influencé par la comédie musicale
américaine de Broadway et des films de Vincente Minelli comme Un
Américain à Paris (1951), The Band Wagon
(1953) ou Gigi (1958).
Jacques Demy fait appel à une brochette d’acteurs, pour la
plupart débutants ou presque - on retrouve George Chakiris qui
était à l’affiche de West Side Story
! - qui ont pour noms Jacques Perrin et Catherine Deneuve. L’un
et l’autre auront des carrières exceptionnelles, soit en
tant qu’acteur, soit en tant que producteur. Jeune, impertinente,
Catherine Deneuve campe ici un personnage à l’apparente frivolité.
En fait, comme ses ami(e)s, elle cherche l’amour. Dans de grands
ballets chorégraphiés, les personnages expriment leurs désirs
et leurs attentes. Dès lors, on sait tout de suite celles et ceux
qui aimeront ou rejetteront en bloc ce film. A partir du moment où
l’on ne supporte pas les paroles chantées poursuivant la
narration des dialogues et décrivant les états d’âmes
des personnages, associées à des pas de danse, on risque
fort de ne pas aller plus loin que le chapitre deux. A contrario, si chanter
la vie, ses déboires amoureux ou ses rencontres fortuites ou déterminantes
vous emballent et vous font voyager sur un petit nuage, le film est fait
pour vous, car c’est un concentré de trouvailles du genre.
A partir de cet instant, le regard des deux jumelles ne peut que vous
faire succomber. Célèbre, la chanson éponyme reste
dans toutes les mémoires : « Nous sommes deux sœurs
jumelles nées sous le signe des Gémeaux, MI FA SOL LA MI
RE, RE MI FA SOL SOL RE DO etc… » En fait le "la"
est donné dès ce début tonitruant et nous emmène
dans une immense parade de couleurs et de sons. On pense à une
certaine époque, à celle des Yé-Yé qui firent
un carton entre 1962 et 1966, à Salut les Copains ! Les
français découvraient le rock’n’roll américain,
Les Beatles ou Johnny Hallyday après son Olympia en 1962. Ils écoutaient
Elvis Presley ou se déhanchaient fiévreusement sur les Chaussettes
Noires (Eddy Mitchell of course) et Les Chats Sauvages (Dick Rivers, eh
oui). Des chansons qui faisaient trépigner les adolescents tandis
que les jeunes filles écoutaient Françoise Hardy ou France
Gall leur chanter leurs émois en buvant une grenadine avant d’entamer
un twist. Nos parents, pour les plus jeunes, avaient alors quinze ans. Ce
feu d’artifice des sens, Jacques Demy l’illustre grâce
à sa caméra virtuose. Un tour de force technique qui met
à profit toutes les techniques imaginables : grues, travellings
arrière et avant, mouvements de caméra amples en panoramiques.
La caméra ne cesse de bouger et Jacques Demy invente des plans
osés comme celui montrant la caméra suivre deux danseurs
puis monter et aller se faufiler dans la chambre ouverte des deux jumelles
répétant devant leur piano, sans aucune coupe. Un peu plus
loin, la caméra suit à nouveau Catherine Deneuve marcher
sur deux trottoirs, et le plan des retrouvailles entre Gene Kelly et Françoise
Dorléac (3), tourné dans la galerie, servira de clou final.
Avec sa modernité, Les Demoiselles de Rochefort
utilise à merveille les nuances de la langue et le jeu des mots.
Jacques Demy est cultivé et, avec une grande précision,
insuffle rythme et poésie à ses dialogues. Ils ne sont pas
récités, ils sont joués. Il utilise ainsi la prosodie
en vers et les rimes féminines ou masculines, croisées et
embrassées, gage de richesse sonore pour retranscrire les différents
états par lesquels passent les héroïnes, du bonheur
au doute, de la tentation à l‘hésitation, enfin de
la tristesse à la joie. Les mots résonnent et dansent, se
percutent, s’entrechoquent, comme les noirs, les croches et les
clés d’une partition. On peut certes dater les costumes,
les coiffures et certains décors, les devantures de magasin en
particulier. Mais du point de vue technique, le film reste intemporel.
Par quel sorte de miracle, Les Demoiselles de Rochefort
parvient-il à conserver sa jeunesse éternelle ? Sans doute
parce qu’il compte une réunion de talents hors du commun
: Michel Legrand à la musique, Gene Kelly (en français dans
le texte, s‘il vous plaît), Michel Piccoli, Catherine Deneuve,
Danielle Darrieux...Une œuvre qui, sous ses aspects de simple bluette ou d’amourette gentille et un peu fleur bleue, dévoile une richesse insoupçonnée. Françoise Dorléac et Catherine Deneuve se sont rapprochées grâce à ce tournage : « Heureusement qu'on a fait ce film là. Jusque là, nous étions complices, on ne se voyait ou fréquentait pas tant que ça. Les Demoiselles nous ont rapproché physiquement. J'ai un souvenir de ce tournage, extraordinaire. » Mais la tragédie rattrape le cours des évènements. «
Aujourd'hui ça me demande un effort personnel, mais l'envie
que le portrait d'elle existe est plus importante que mes préoccupations
personnelles... Il s'agit de la déchirure la plus importante que
j'ai éprouvée. Ça a changé mes relations avec
les gens, ceux présents... Accepter l'inacceptable. (...) Nous
étions comme deux sœurs jumelles, très complémentaires,
très différentes. Françoise s'exprimait beaucoup,
de façon violente... J'étais plutôt extrêmement
discrète, rentrée, introvertie... » dit encore
Catherine de sa sœur. Quel plus bel hommage que celui là ?Les Demoiselles de Rochefort est une petite merveille exaltant la vie dans un océan de bonne humeur. Avec le recul, on peut dire avec joie que la comédie musicale n’est pas morte, et voir en Jeanne et le garçon formidable (1998), un hommage au cinéma de Demy sur un sujet bien plus lourd, certes, mais avec des comédiens heureux de jouer la comédie. Et puis, si l’amour frappait à votre porte, seriez vous assez fou pour laisser la clé sur la serrure et ne pas ouvrir ? (1) Lorsque Jacques Demy écrit les premiers jets d'un scénario des Demoiselles de Rochefort, le film s'appelle "Boubou", nom du petit frère de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans le film. (2) Terme trouvé par Jean Fourastié pour décrire l’essor économique et le plein emploi dont a jouit la France après-guerre, de 1945 à 1975, au moment de sa reconstruction et qui s’achèvera au moment du premier choc pétrolier en 1973. (3)François Dorléac, sœur de Catherine Deneuve tourna quelques films dans les années 60. Elle décèdera tragiquement dans un accident de voiture le 26 juin 1967. Un livre de Patrick Modiano et Catherine Deneuve parle des relations des deux actrices, Elle s’appelait Françoise aux éditions Canal+ Editions. |
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Image
: Nettoyée et proposant un nouveau télécinéma,
l’image des Demoiselles de Rochefort époustoufle
par la précision de son piqué, son niveau de détails
pour un film tourné en 1966, dont le grain a disparu sans, miracle,
paraître lisse, bien au contraire. Dès le générique
de début le ton est donné et il en sera de même sur
toute la durée : contrastes bien appuyés, couleurs rutilantes
et douces sans jamais baver grâce à une excellente colorimétrie,
compression idyllique que ce soit pour le premier comme l’arrière-plan,
il suffit d’ailleurs de regarder le ciel à ce niveau, et
de constater qu’il ne tremble ou ne fourmille pas. De même,
les taches que l'on pouvait craindre pulluler, comme les défauts
de pellicule, le phénomène de "cigarette brûlée"
ou les griffures de toutes sortes sont quasi absentes du fait du travail
de titan effectué pour redonner une jeunesse à cette œuvre
ô combien colorée ! Un transfert au format Cinémascope
respecté mais de plus en 16/9 qui fait retrouver un éclat
inimaginable à l’image : la VHS, paraîtrait préhistorique
aujourd’hui. Vous pouvez la jeter, et foncer sur cette impressionnante
restauration, qui souffre cependant d’un seul défaut, décelable
à 1h24’05s, quand Gene Kelly commence à jouer du piano
pour la première fois. De petites rayures verticales blanches apparaissent.
Rien de traumatisant cela dit, le reste tient du travail d’orfèvre.
Un grand coup de chapeau à l’équipe de Cine-Tamaris
pour cette copie exemplaire.Son : La jaquette n’indique pas le format sonore du film. On découvre pendant le visionnage qu’il est encodé en MPEG Mono. A l’entendre pourtant on jugerait qu’il s’agit d’une piste Dolby Stéréo. Nettoyée elle aussi, elle permet d’apprécier le film sans le moindre souffle. Bien entendu, le mixage ne permet pas de créer artificiellement une piste multi canal en DD 5.1 ou DTS (sauf si le procédé Arkamys avait été utilisé à partir d’une source audiophonique mono, mais le résultat n’a pas été concluant pour l’instant, voire très décevant pour certains films - on se contente de cette piste-ci). A bien des égards, cette piste rivalise avec d’autres dont le format cache souvent un gonflage ridicule de pistes qui n’étaient pas prévues pour l’être à l’origine. A noter que la piste italienne, pourtant annoncée, n’est pas disponible. Une erreur de jaquette ? Par fantaisie ou pour améliorer son espagnol, on pourra lire les sous-titres dans cette langue. |
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L'édition double DVD est présentée
sous la forme d'un très beau Digipack en trois volets, de couleur
rose bonbon, qui détonne des autres habillages des DVD, souvent
de couleur sombre, avec deux disques sérigraphiés ainsi
que des images tirées du film. Il ne manque qu’un petit livret
pour nous combler de bonheur, mais c’est déjà une
belle initiative de le proposer dans une si belle édition.
Outre quelques Critiques d’époque, des Photos
du film, et la bande-annonce originale, on trouve
le principal supplément,
à savoir le film de Agnès Varda : Les Demoiselles
ont eu vingt cinq ans, réalisé en 1992 qui dure
1h 02 min. Se basant sur des images d’archives réalisées
sur le tournage en juin 1966 et cadrées par Agnès Varda
elle-même, le film propose un large panorama sur le sujet, en passant
de la production du film à sa réalisation. Les images nous
démontrent que la ville de Rochefort fut réhabilitée
après le tournage qui fit exploser sa côte de popularité
et fit participer tous les commerces sur place. On y voit le Maire de
l’époque et celui d’il y a treize ans, manifestement
très reconnaissants envers toute l’équipe pour la
formidable ambiance de travail qui régna durant quatre mois. A
l’occasion de l’anniversaire des 25 ans du film, une grande
fête fut ainsi organisée pour lui rendre hommage, et célébrer
la mémoire des disparus en inaugurant deux places à l’honneur
de Françoise Dorléac et Jacques Demy ainsi immortalisés.
Agnès Varda parle en voix-off un peu comme elle le fait sur ses
propres films, et autour d’un plan on aperçoit un jeune Claude
Miller alors assistant. Fourni, documenté, proposant de belles
images de tournage avec un réalisateur attentif et souriant répondant
aux exigences des acteurs tout en les dirigeant, ce petit film nous plonge
dans un état de nostalgie évident. Si l'on n’en vient
tout de même pas à penser que « c’était
mieux avant », il n’empêche que la joie et la bonne
humeur communicatives poursuivent de façon convaincante le long
métrage, dont ce making of avant l’heure, tout du moins dans
sa version standardisée sur la majeure partie des DVD, pourrait
bien être l’un des plus complets jamais produits et réalisés.
Une source d’infos pour les amoureux du film sur laquelle il ne
manque que des sous-titres (comme sur le film). L’émotion
pointe même quand deux anciens enfants jouant avec Gene Kelly se
remémorent la scène le sourire aux lèvres. Leur pincement
au cœur est alors aussi le nôtre. |
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