THE TALL T

Pat Brennan (Randolph Scott), un brave éleveur solitaire, se rend en ville pour acquérir un taureau. Ayant perdu un pari, il doit se séparer de sa monture et rentrer chez lui dans la diligence transportant également un couple de jeunes mariés. Au premier relais, venant d’abattre froidement les propriétaires des lieux, trois bandits les "attendent", désireux de leur faire subir le même sort. Apprenant que Doretta (Maureen O’Sullivan), la jeune épouse, est une riche héritière, ils préfèrent prendre tout le monde en otage dans l’espoir de toucher une éventuelle rançon...


DECISION AT SUNDOWN

Bart Allison (Randolph Scott) arrive à Sundown avec une seule idée en tête : abattre Tate Kimbrough (John Carroll), l'homme qui semble diriger la ville d’une main de fer et qu’il recherche depuis maintenant trois ans. Au risque de se faire trouer la peau à chaque minute, et de mettre aussi en danger la vie de son ami (Noah Berry Jr.), il met tout en œuvre pour y arriver et ne veut pas entendre raison. A priori rien que de très banal. Mais pourquoi un tel acharnement ? Quelles en sont raisons, et ces dernières sont-elles bien justifiées au point de mettre ainsi la ville sans dessus-dessous ?


BUCHANAN RIDES ALONE

Tom Buchanan (Randolph Scott), un aventurier ayant participé à la révolution mexicaine, décide maintenant de retourner dans son Texas natal pour s'y fixer. A la frontière californienne, il s'arrête dans la petite ville d’Agry sous la coupe de la famille du même nom. Pour avoir pris la défense d'un Mexicain venant de commettre un meurtre sur la personne du fils du juge, il se trouve malgré lui emporté dans un tourbillon de jeu de dupes entre les trois frères Agry (le juge, le barman et le shérif), qui espèrent chacun récupérer la rançon que le riche père du criminel doit apporter en échange de la vie de son fils...


RIDE LONESOME

Ben Brigade (Randolph Scott), un "bounty hunter", ramène à Santa Cruz Billy John (James Best), un meurtrier qu'il souhaite voir faire pendre. En cours de route, les deux hommes croisent la route d'une femme, dont le mari vient d'être tué par les Indiens, et de deux autres hors-la-loi intéressés eux aussi par le criminel, une amnistie ayant été promise à qui le livrerait à la justice. Ce petit groupe est également suivi par Frank (Lee Van Cleef), le frère du prisonnier qui, accompagné de son gang, souhaite délivrer Billy John. Malgré tous ces dangers alentours, Ben semble vouloir intentionnellement se faire rattraper par Frank...


COMANCHE STATION

En échange d’armes et de tissus, Jefferson Cody (Randolph Scott) obtient la libération par les Comanches de Nancy Lowe (Nancy Gates), autrefois faite prisonnière lors de l’attaque d’un convoi. En cours de route, ils rencontrent un groupe de trois hommes qui souhaitent eux aussi ramener la femme à son mari, ce dernier ayant promis une alléchante récompense de 5 000 dollars pour la lui rendre morte ou vivante. Au sein de cette association de fortune, les tensions augmentent alors qu'ils approchent de leur but, d'autant plus qu'un groupe d'Indiens est à leurs trousses...

L’Homme de l’Arizona
(The Tall T)

Réalisé par Budd Boetticher
Avec Randolph Scott, Richard Boone, Maureen O’Sullivan, Athur Hunnicutt, Henry Silva
Scénario : Burt Kennedy d’après une histoire d’Elmore Leonard
Musique : Heinz Roemheld
Photographie : Charles Lawton Jr.
Montage : Al Clark

Une production Columbia / Ranown Pictures
Etats-Unis - 78 mn - 1957

Le Vengeur agit au Crépuscule
(Decision at Sundown)

Réalisé par Budd Boetticher
Avec Randolph Scott, John Carroll, Karen Steele, Valerie French, Noah Berry Jr., John Archer, Andrew Duggan
Scénario : Charles Lang Jr. d’après une histoire de Vernon L. Fluharty
Musique : Heinz Roemheld
Photographie : Burnett Guffey
Montage : Al Clark

Une production Columbia / Ranown Pictures
Etats-Unis - 77 mn - 1957

L’Aventurier du Texas
(Buchanan Rides Alone)

Réalisé par Budd Boetticher
Avec Randolph Scott, Craig Stevens, Barry Kelley, Tol Avery, Peter Whitney, Manuel Rojas, L.Q. Jones, Robert Anderson
Scénario : Charles Lang d’après une histoire de Jonas Ward
Musique : Stock Music de George Duning, Heinz Roemheld, Paul Sawtell & Mischa Bakaleinikoff (Grève des compositeurs à l’époque)
Photographie : Lucien Ballard
Montage : Al Clark

Une production Columbia / Ranown Pictures
Etats-Unis - 78 mn - 1958

La Chevauchée de la vengeance
(Ride Lonesome)

Réalisé par Budd Boetticher
Avec Randolph Scott, Karen Steele, Pernell Roberts, James Best, Lee Van Cleef, James Coburn
Scénario : Burt Kennedy
Musique : Heinz Roemheld
Photographie : Charles Lawton Jr.
Montage : Jerome Thoms

Une production Columbia / Ranown Pictures
Etats-Unis - 73 mn - 1959

Comanche Station

Réalisé par Budd Boetticher
Avec Randolph Scott, Nancy Gates, Claude Akins, Skip Homeier, Richard Rust, Rand Brooks
Scénario : Burt Kennedy
Musique : Mischa Bakaleinikoff
Photographie : Charles Lawton Jr.
Montage : Edwin Bryant

Une production Columbia / Ranown Pictures
Etats-Unis - 74 mn - 1960

« Dans un western, vous devez aborder les choses en face. Il faut donner le pas aux personnages sur l’action, ne pas hésiter à improviser en fonction du décor, à changer son scénario, aimer les paysages et les comprendre, disposer d’un chef opérateur qui ne craigne pas les risques, savoir en peu de mots et en quelques images imposer un personnage ou une action, ne pas avoir peur du silence, ne pas abuser de la violence, ne pas hésiter à s’attaquer aux mythes, à la convention, avoir un sérieux sens de l’humour » disait Budd Boetticher en 1969 dans un entretien pour Positif (n°110). Par ce bref descriptif de sa conception du western, nous avons un bel aperçu de ce que nous réservent les cinq chefs-d’œuvre inclus dans le formidable coffret qui nous préoccupe ici ; ils se trouvent être aussi clairs, carrés, honnêtes, purs et concis que ce qu’on peut déceler à travers ces quelques phrases. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble intéressant de revenir sur de succinctes biographies, d’une part du cinéaste qui en est arrivé à de tels sommets, de l’autre du sous-estimé Randolph Scott, son acteur de prédilection, pour cette inégalable "série’" westernienne commencée en 1956 avec Sept hommes à abattre et qui s’achèvera cinq ans plus tard avec Comanche Station.

Oscar Boetticher Jr. est né le 29 juillet 1916 à Chicago (Illinois). Après des études dans l’Ohio, il commence une carrière de boxeur, puis devient une star du football avant de s’envoler pour le Mexique où il finit par se retrouver matador professionnel à seulement 20 ans. Sa connaissance de la tauromachie lui donne l’occasion d’être engagé en 1941 comme conseiller technique de Rouben Mamoulian sur Arènes sanglantes (Blood and Sand), film ayant pour vedettes Tyrone Power et Rita Hayworth. Il demeure alors à Hollywood comme assistant réalisateur : il le sera sur cinq films jusqu’en 1944, année au cours de laquelle il dirige son premier long métrage. « J’ai commencé par travailler comme assistant réalisateur sur de nombreux films... J’ai vite abandonné ce poste qui n’avait rien à voir avec la mise en scène. Un assistant, aux Etats Unis, dépend plus du producteur que du metteur en scène. C’est la plupart du temps un jeune homme qui fait plus ou moins office d’espion pour le producteur. Il doit lui rapporter les erreurs du metteur en scène, les retards qu’il prend sur le plan de travail. J’étais un très mauvais assistant car je prenais toujours le parti du réalisateur… Le dernier cinéaste que j’ai assisté fut Charles Vidor pour Cover Girl (La Reine de Broadway). » (1) Il réalise alors onze œuvres à petits budgets sous son vrai nom pour les compagnies Monogram ou Columbia, des films noirs et des thrillers pour la grande majorité. Ils n’ont jamais été distribués en France, mais voici ce que le principal intéressé écrivait sur eux avec son laconisme habituel : « Moins j’en parlerai, mieux ça vaudra ! » (2) Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, dans leur 50 ans de cinéma américain, en sauvent néanmoins quelques-uns.

C’est seulement en 1951, après avoir opté pour le prénom de Budd, qu’une de ses réalisations, The Bullfighter and the Lady (La Dame et le toréador), film partiellement autobiographique, fait se braquer les projecteurs sur sa personne. D’abord bloqué par les producteurs, qui le trouvaient trop long et qui n’y croyaient pas une seconde, il est entièrement remonté par John Ford qui était tombé amoureux de la première version rejetée. Grâce à lui, il peut enfin être projeté. Les deux cinéastes garderont toujours de cette expérience une estime réciproque. John Wayne qui en était le producteur n’en restera pas là avec Boetticher et, même s’il ne tournera jamais avec lui en tant qu’acteur, produira un autre de ses films, celui qui entame la série avec Randolph Scott, le glorifié - à juste titre - Sept hommes à abattre. L’osmose entre le réalisateur et l’acteur est en grande partie à l’origine de la perfection et du ton unique des sept westerns qu’ils tourneront ensemble.

Car Randolph Scott est loin d’être un acteur médiocre, contrairement à ce qu’on a pu lire parfois ! L’homme impassible "au visage en lame de couteau" a tâté de tous les genres avant de se spécialiser quasi exclusivement dans le western. Son choix volontaire de ne tourner que dans des films à petits budgets lui fermèrent beaucoup de portes ; il se trouva alors catalogué comme étant "le John Wayne du pauvre". Qu’importe ! Peu avide de gloire, il passa à la production dans le but de pouvoir travailler tranquillement avec ses amis Ray Enright, André De Toth, Joseph H. Lewis et Budd Boetticher, sans aucun doute les réalisateurs de série B les plus doués des années 1950. Les conditions de productions créées par sa firme Ranown (de RANdolph Scott et Harry Joe BrOWN) se résument à ces quelques points essentiels : de très faibles budgets, des temps de tournages très courts et la plupart du temps en extérieurs, un casting de second plan très costaud, un choix d’excellents scénaristes et de chef opérateurs… « Less is sometimes more », telle pourrait être la devise de Boetticher qui s’est accommodé à la perfection de ces conditions minimales de production et de tournage, ces dernières l’ayant obligé de conjuguer débrouillardise et efficacité. Quant à l’acteur, son chant du cygne n’est autre que le premier chef-d’œuvre de Sam Peckinpah, Coups de feu dans la Sierra (Ride the High Country). Estimant avoir gagné assez d’argent, il se retire des affaires cinématographiques à 61 ans préférant, plutôt que de continuer à travailler, jouer au golf et aller visiter ses amis. Ne courant pas nécessairement après un statut de star, Randolph Scott aura eu une carrière rondement menée, longue et discrète, qu’il décida de stopper assez tôt pour pouvoir encore presque 20 années durant pleinement profiter de la vie. Quel plus bel hommage pouvait-on lui rendre que celui de… Budd Boetticher justement : « Randy est un homme extraordinaire…J’ai toujours pensé que s’il avait toujours été employé dans nos films [Boetticher et le producteur Harry Joe Brown], il aurait pu devenir une plus grande vedette que John Wayne ou n’importe quelle autre vedette de western, à l’exception de Gary Cooper. » (3)

Pour en revenir au cinéaste, avant sa collaboration avec Randolph Scott, il réalise pour Universal quelques westerns à petits budgets très intéressants, la plupart très réussis à défaut d’être tous inoubliables : A feu et à Sang (The Cimarron Kid, 1951) avec Audie Murphy, Le Traître du Texas (Horizons West, 1952) avec Robert Ryan, L’Expédition de Fort King (Seminole, 1953) avec Rock Hudson, ou encore Le Déserteur de Fort Alamo (The Man from the Alamo, 1953) avec Glenn Ford. Sans atteindre les futurs sommets du réalisateur, ils n’en comportent déjà pas moins quelques-uns de leurs traits caractéristiques comme un étonnant sens du rythme et du découpage lors des scènes d’action (l’attaque finale dans The Man from the Alamo est déjà un modèle du genre), une utilisation judicieuse des paysages mis à sa disposition, une forte caractérisation de tous les personnages, des "bad guys" souvent croqués avec une certaine sympathie… C’est en 1956, avec Seven Men from Now, qu’il entame sa coopération avec Randolph Scott et le producteur Harry Joe Brown, un film qui lui apporte la célébrité aussi bien dans son propre pays qu’en Europe. André Bazin dans Les Cahiers du Cinéma est époustouflé par ce premier jet de "néo-classicisme" qu’il considère non moins que comme le meilleur western tourné depuis la Seconde Guerre mondiale. Au début des années 1960, le cinéaste réalise un superbe petit film, de gangster concis et nerveux, qui n’a pas à rougir aux côtés de ses westerns : La Chute d’un caïd (The Rise and Fall of Legs Diamond).

Vient ensuite la période la plus noire de sa carrière. Parti au Mexique tourner un documentaire sur son ami, le matador Carlos Arruza, il lui faut sept ans pour y mettre un terme après avoir vécu les pires difficultés aussi bien professionnelles que privées : divorce, déchéance, ruine, prison et même asile psychiatrique ! Cette expérience, il la relate dans un livre sorti en 1968 et intitulé When in Disgrace. Bien que terminé après qu’Arruza ait trouvé la mort dans un accident de voiture, le film ne sort que cinq ans plus tard ; il subit un échec cuisant au box office. Entre-temps, Boetticher était rentré à Hollywood avec l’intention de refaire surface en s’associant avec l’acteur Audie Murphy, lui aussi dans une période déclinante. Qui tire le premier (A Time for Dying) sort en salles en 1969 et ce sera son dernier film. Sa réputation est plus que flatteuse mais, devenu rarissime, il est malheureusement encore aujourd’hui difficile de le voir. Pensant poursuivre cette collaboration avec Audie Murphy, il voit ses projets d’avenir réduits à néant quand ce dernier est tué dans un accident d’avion. La dernière contribution de Boetticher pour le septième art est son écriture du scénario de Sierra Torride (Two Mules for Sister Sarah) de Don Siegel avec Clint Eastwood et Shirley McLaine. Il se retire ensuite dans son ranch pour se livrer à son autre passion, les chevaux, auprès d’une femme qu’il vient d’épouser et avec qui il s’entend à merveille. Il décède le 29 novembre 2001 ; on peut le voir encore fringuant, à peine une année avant, dans le passionnant documentaire inclut dans ce coffret. En 1964, avec une grande modestie, il disait : « Je n’aimerais pas faire un film en voulant y mettre une "Budd Boetticher touch" parce que les gens diraient "Gee, quel grand metteur en scène", et oublieraient ce qui se passe sur l’écran. Je veux que les gens vivent mes films et disent à la fin "Quel beau spectacle, qui en est l’auteur ?", et si un jour quelqu’un répond "Budd Boetticher" qu’ils disent "mais oui, j’aurais du m’en douter…", Voilà ce qu’être un grand réalisateur représente pour moi et j’espère que j’en serai un bientôt. » Qu’il en soit rassuré ! Non seulement il l’est devenu mais, de plus, il avait bel et bien sa "touch" quoiqu’il s’en défende !

S’il est avant tout connu en tant que réalisateur de westerns, c’est que ces derniers composent quasiment la moitié de sa filmographie ; pour l’anecdote, la plupart tournés en à peine 15 jours ! Par l’intermédiaire de ceux-ci, on doit lui être reconnaissant d’avoir pu mettre le pied à l’étrier de nombreux futurs célèbres acteurs tels Raymond Burr, Rock Hudson, Dennis Weaver, James Coburn, Lee Marvin, Richard Boone, Henry Silva, Craig Stevens, Claude Akins... Avant de s’attarder un par un sur les cinq westerns présents dans le coffret, tous ceux-ci possédant de nombreux points communs aisément identifiables, essayons d’en faire le tour en laissant le plus possible parler le cinéaste lui-même, très lucide sur son travail même si parfois trop modeste, avec sa tendance à se révéler beaucoup trop sévère à son égard, souvent injustement.

Budd Boetticher a toujours été avant tout à la recherche de l’efficacité scénaristique, à tel point qu’il semble peu conscient de son génie de la mise en scène qu’il réfute souvent : « Je ne suis pas fidèle à l’histoire quand elle risque de gâcher le film… Il vaut mieux arranger la vérité historique et faire un film chouette, du moment que cela se tient, plutôt que de la respecter scrupuleusement et faire un film terne et ennuyeux comme on en voit tellement aujourd’hui… Je n’aime pas les réalisateurs qui mettent la caméra entre les jambes, qui filment dans les miroirs. La caméra n’est pas un jouet. Elle sert à raconter une histoire, pas à étaler votre style sur un écran... » (4) Il prend rarement partie pour l’un ou l’autre camp, l’un ou l’autre protagoniste, trouvant toujours le moyen de faire apprécier au public même les personnages les plus "sombres" : « Je n’ai jamais fait de film qui soit pour ou contre quelque chose. Dans mes films, surtout dans ceux que j’ai aimé tourner, je ne m’intéresse pas à ce qui est vrai ou faux et pourquoi. Il faut que j’aime beaucoup tous les personnages que je mets en scène. Par exemple, dans Legs Diamond, il fallait que je m’intéresse au personnage sinon le film n’aurait eu aucun intérêt. Il fallait que je l’aime, lui, ce misérable salaud. » Il s’intéresse plus aux actions que ses protagonistes mettent en branle pour défendre leurs idées qu’à leurs idées elles-mêmes : « (…) Les personnages m’intéressent plus que les idées qu’ils défendent. Les idées transparaissent tout naturellement après. Je ne m’intéresse pas aux causes que défendent les gens mais à ce qu’ils font pour les défendre. » (5) On peut affirmer sans grand risque de se tromper, surtout après avoir revu le cycle en un laps de temps très court, que le manichéisme dont on l’affuble souvent n’est que pure invention : « Dans mes films, les héros ne sont pas de vrais héros et les méchants pas de vrais méchants. Je voudrais que tous les personnages qui s’opposent à Randolph Scott vous soient un peu sympathiques… Dans mes films, je voudrais que l’on sente ce qu’il y a de bien dans ces personnages (de méchants), ce qui les a fait devenir ce qu’ils sont. S’ils n‘étaient pas tués, ils pourraient revenir à une vie normale. Je veux que vous soyez effrayés par le fait que ce sont des hommes normaux. Ils ont commis des erreurs comme tout le monde ; ce sont des êtres humains, plus humains parfois que Scott… » (6)

A propos de sa principale thématique, le cinéaste disait : « Tous les films avec Randolph Scott racontent à peu près la même histoire, avec des variantes. Un homme dont on a tué la femme recherche le meurtrier. Cela me permet de montrer les rapports assez subtils entre un héros qui s’enferme à tort dans sa vengeance et des hors-la-loi qui, au contraire, essaient de rompre avec leur passé. Ce sont les rapports les plus simples du western, mais aussi les plus essentiels. » (7) Généralisation quelque peu hâtive puisque le thème de la vengeance ne peut s’appliquer qu’à trois des sept films du cycle Scott. En revanche, un hors-la-loi souhaitant rompre avec son passé est effectivement présent dans quasiment chacun d’eux. Quand à son affirmation comme quoi « Je ne crois pas avoir réussi un véritable portrait de femme », il suffit de se replonger dans le cycle "Ranown" pour se rendre compte à quel point Boetticher se sous-estimait. Que ce soient Gail Russel dans Seven Men from Now, Maureen O’Sullivan dans The Tall T, Karen Steele dans Ride Lonesome et Westbound, Valerie French dans Decision at Sundown ou Nancy Gates dans Comanche Station, le cinéaste leur a au contraire offert à toutes de magnifiques personnages féminins qui ne sont pas uniquement là pour meubler, mais qui au contraire participent grandement au déroulement de l’intrigue tout en étant richement décrits et beaucoup plus complexes que dans nombre d’autres westerns plus célèbres. Mais nous en reparlerons plus longuement au moment d’aborder les différents films ; sachez seulement pour l’instant que, pour le plus grand plaisir du spectateur, Boetticher aimait non seulement les personnages féminins à fort caractère mais aussi les belles femmes plantureuses, les deux en une la plupart du temps. De même, nulle part ailleurs que dans ses westerns, la photogénie et la "cinégenie" du cheval n’auront été aussi bien exploitées ; sa passion pour l’animal n’y est pas étrangère et il faut bien se rendre à l’évidence : peu d'acteurs peuvent se prévaloir de chevaucher avec autant d’élégance que Randolph Scott, en quelque sorte le "gentleman des cow-boys". Rarement aussi la géométrie, les reliefs, les aspérités et les singularités des différents paysages (les collines et les crêtes tout particulièrement) n’auront été aussi bien mis en valeur que par Boetticher ; les montagnes et paysages californiens secs et rocheux de Lone Pine (que l’on retrouve dans les quatre westerns écrits par Burt Kennedy), sont les arènes d’affrontements extrêmement stylisés et sont filmés avec une précision d’orfèvre.

Les cinq films du coffret, excepté peut être Buchanan Rides Alone un peu à part, pourraient être rapidement décrits tel que l’a fait Jean A. Gili dans le n°455 de Positif datant de 1999 : « Une rigueur de tragédie… Des épures linéaires avec une sorte de suspense obtenu, non pas tant par les rebondissements de l’action, que par l’attente des réactions des personnages dont la psychologie est plus fouillée qu’il n’y paraît au premier abord. » Car oui, contrairement à ce qu’on a l’habitude de dire à propos de la série B, l’action ne prime pas obligatoirement au point d’évacuer toute réflexion et approfondissement de la psychologie des personnages ; les westerns de Boetticher en sont les exemples les plus flagrants. La tension qui règne dans ses films provient souvent, plus que des confrontations physiques dans l’action, des relations qui lient les protagonistes ; et notamment celles entre Randolph Scott et le chef des hors-la-loi avec qui il doit faire un bout de route tout en sachant, l’un comme l’autre, qu’il devra n’en rester qu’un au final (ce qui ne sera d’ailleurs pas toujours vrai, je vous laisse la surprise). Les "méchants" de Boetticher sont souvent attachants et très loquaces contrairement aux personnages impassibles et rigides qu’interprète Randolph Scott ; le soir au coin du feu, un café à la main, ce dernier, ne pouvant guère faire autre chose, se voit souvent contraint d’écouter stoïquement les déblatérations souvent intéressantes et touchantes du "bad guy" qui l’accompagne. Aux travers de ces conversations, les deux êtres se jaugent constamment jusqu’à se rendre compte qu’ils possèdent énormément de points communs et que, hormis le fait de ne pas avoir choisi la même voie à un moment donné, ils se ressemblent sur bien des points. L’éthique et le sens inflexible de l’honneur de Randolph Scott se retrouvent souvent aussi, même si à un degré moindre, chez ses adversaires ; nombreux étant ceux tombés dans le banditisme suite à un malheureux concours de circonstances, dans le fond plus influençables et intellectuellement limités que réellement détestables.

Une autre constante totalement jouissive dans ce cycle westernien (alors que bon nombre de films ultérieurs, et jusqu’à aujourd’hui, "n’en finissent pas de finir") : leur final qui se révèle toujours aussi inattendu que rapide ; il faut avouer que cela fait énormément de bien de se retrouver devant des films aux durées aussi courtes que richement remplies. Nous n’avons pas le temps de nous ennuyer et la chute a beau être parfois abrupte, elle n’est jamais décevante : « La fin de mes films est toujours très rapide. Jamais de discours. J’estime que les derniers plans sont d’une importance capitale. La plus grande erreur que l’on puisse faire, c’est de faire traîner l’histoire pendant une demi-heure, à la fin, alors que l’intrigue est terminée. Dans neuf films sur dix, tout est terminé deux ou trois bobines avant que l’on vous laisse rentrer chez vous… Quand j’arrive à la fin, je n’ai absolument rien à rajouter. Je veux en finir en vitesse et rentrer chez moi en espérant que vous garderez un bon souvenir du film ; mais je ne vais pas vous casser les pieds avec tout un tas de laïus. » (7) Enfin, il ne faudrait pas non plus oublier ce dernier élément très important qu’on ne remarque pas nécessairement tout de suite : ce constant humour sous-jacent avec dialogues laconiques à la clé (dus, de l’avis même de Burt Kennedy, à Boetticher lui-même), qui éclatera au grand jour dans ce monument d’ironie qu’est Buchanan Rides Alone.

Tout ce que nous venons d’évoquer fait qu’il n’y a aucun doute quant au fait qu’aucun autre western plus que ceux du cycle que Budd Boetticher tournera avec Randolph Scott n’a autant influencé des cinéastes comme Sam Peckinpah ou Sergio Leone. Ce "septet" représente à merveille ce point d’intersection entre le classicisme et le modernisme, un véritable "néo-classicisme" comme l’avait décelé André Bazin voici quasiment 50 ans. Après Sept Hommes à abattre, produit par John Wayne et sa compagnie Batjac, Harry Joe Brown prit le relais avec The Tall T, ne changeant pas grand chose à une équipe qui venait de gagner de la plus belle des manières.

Attention, je déconseille à ceux qui n’aiment pas trop en savoir à l’avance sur les éléments importants de l’intrigue d’un film de ne lire ce qui suit qu’après les avoir visionnés. Pour faire plus bref et plus actuel : attention, spoilers à gogo !

 

L'HOMME DE L'ARIZONA (THE TALL T)

1956, le plus lugubre, d’une étonnante noirceur pour l’époque, celui du cycle comptant le plus de tués et qui, peut-être pour cette raison, demeurera inédit en France jusqu’en 1970. Interrogé sur le sens du titre original, Boetticher a toujours affirmé ne pas le savoir ; pourtant, d’après un quidam ayant assisté au tournage, il s’avère que le premier titre choisi avait été The Tall Terror, ce qui aurait été tout à fait logique au vu de l’insupportable tension morale qu’auront à subir dans le courant du film les deux "survivants". Adapté de The Captives, une courte nouvelle d’Elmore Leonard (3h10 pour Yuma, Jackie Brown…), l’histoire de The Tall T est celle d’un brave éleveur solitaire se rendant en ville acquérir un taureau. Ayant perdu un pari, il doit se séparer de sa monture et rentrer chez lui dans la diligence transportant également un couple de jeunes mariés. Au premier relais, venant d’abattre froidement les propriétaires des lieux, trois bandits les attendent pour leur faire subir le même sort. Apprenant que la jeune épouse, est une riche héritière, ils préfèrent prendre tout le monde en otage dans l’espoir de toucher une éventuelle rançon… Contrairement à Seven Men from Now), pas question ici de vengeance ou d'héroïsme ; le Pat Brennan de Randolph Scott est un homme simple, vieillissant, éleveur solitaire et sans problèmes qui se retrouve malgré lui embarqué dans cette histoire de prise d'otages. S’il s‘agit du film le plus sombre de la série (Pat Brennan voit se faire abattre ses trois seuls amis avant que le film n’atteigne la première demi-heure !), le premier quart d’heure ne nous l’aura fait guère deviner et nous étions loin de nous attendre à un changement de ton aussi brutal. Alors que le début bon enfant et presque guilleret se déroule avec nonchalance (les dialogues décontractés entre Randolph Scott et Arthur Hunnicut, l’histoire des sucres d’orge qu’un enfant demande à Pat de lui ramener de la ville, le sourire enfantin de Pat lorsqu’il pense pouvoir remporter un pari, le rodéo raté et le "bain" forcé qui s’ensuit, la séquence des chaussettes trouées à force d’avoir trop marché...), le virage à 180° qui s’opère ensuite est assez sidérant, la chronique se transformant d'une seconde à l'autre en un ténébreux et angoissant cauchemar. Avant de retrouver son impassibilité et son visage renfermé de circonstance, Randolph Scott nous aura fait montre de ses dons réels pour la comédie : « Je me suis aperçu - raconta le cinéaste - qu’il avait le sens de l’humour. Il ne savait pas du tout qu’il pouvait être drôle » disait le réalisateur dans une interview du n°110 de Positif en 1969. Son interprétation est à nouveau de tout premier ordre et contraste à merveille avec la non moins fabuleuse performance de Richard Boone dans la peau de ce redoutable chef de gang rêvant de jours paisibles et qui doit malgré lui supporter son entourage de psychotiques, personnage très différent, plus subtil et moins d’un seul bloc que le précédent "méchant" joué par Lee Marvin dans Seven Men from Now.

Peu de personnages (neuf au total et une figuration par ailleurs réduite au strict minimum), peu de décors si ce n'est, au bout de 20 minutes, les uniques paysages désertiques et rocailleux de Lone Pine (déjà utilisés dans le film précédent), et une intrigue se déroulant dans un laps de temps très limité : Boetticher invente l’âpre théâtre westernien en plein air, la scène étant cette arène de rochers et de sable. Les principaux éléments constitutifs de cette "pièce" sont une violence sèche et fulgurante (toujours en hors champ - les cadavres dans le puits - ou en plans secs et brefs - la mort d’Arthur Hunnicut, la tête de Skip Homeier arrachée par un coup de fusil à proximité -), des relations passionnantes entre les personnages de Randolph Scott et Richard Boone qui semblent être les deux faces d’une même personne, chacun d’eux pouvant aisément imaginer, en se projetant sur l’autre, ce qu’il aurait pu devenir s’il avait suivi une autre voie , un "bad guy" à vous glacer les sang (Henry Silva, avec sa chemise rose et son rictus démoniaque), une protagoniste féminine introvertie et pathétique (interprétée par la "Jane" de Johnny Weissmuller) que l'on croit au départ sacrifiée par le scénariste avant que ce dernier la fasse intelligemment évoluer dans une direction inattendue (ses relations avec Randolph Scott sont fascinantes et atteignent une forte ambiguïté lorsque l’homme, dans l’idée de la secouer et la faire retrouver ses esprits, n’est pas loin de la violer), et le style plastique et dynamique habituel du réalisateur : longs plans d'ensemble en plongée sur l'immensité des paysages au sein desquels évoluent les chevaux, scènes d'action parfaitement maîtrisées… Si l'on ajoute à tout cela un scénario très carré de Burt Kennedy jouant sur l’épure des dialogues et des situations, un score très réussi de Heinz Roemheld (compositeur qui mériterait d’être sorti de l’oubli) ainsi qu'une photographie belle et sobre de Charles Lawton Jr. qui n’a pas besoin de filtres pour faire de la "belle image", et on tient là encore un très grand western de Budd Boetticher, qui ne paie pas de mine au premier abord mais qui se révèle ensuite un parfait modèle de concision et sans aucune graisse.

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DECISION AT SUNDOWN

1957, le plus intriguant quoique le moins connu du cycle. On quitte les paysages secs et désertiques de Lone Pine pour aller se cloîtrer en ville car, comme Rio Bravo, il s’agit d’un western urbain, peut-être le plus original qu’il m’ait été donné de voir avec Le Cavalier traqué (Riding Shotgun) d’André de Toth datant de 1954 et déjà avec Randolph Scott. Ici, Bart Allison arrive à Sundown avec une seule idée en tête : abattre Tate Kimbrough, l'homme qui semble diriger la ville d’une main de fer et qu’il recherche depuis maintenant trois ans. Au risque de se faire trouer la peau à chaque minute et de mettre aussi en danger la vie de son ami, il met tout en œuvre pour y arriver et ne veut pas entendre raison. A priori rien que de très banal donc. Même lorsque nous apprenons que la cause en est une femme, sa femme qui l’aurait trompée avec Tate Kimbrough avant de se suicider. Seulement voilà : même si Tate Kimbrough se trouve avoir été le dernier à l’avoir côtoyée, il est loin d’être le seul homme avec qui elle semble avoir frayé alors qu’elle était encore l’épouse de Bart. Le personnage de Randolph Scott a été sans le savoir cocufié à de très nombreuses reprises ; il n’a donc aucune raison de vouloir aveuglément se venger sur l’homme qu’il a choisi d’abattre d’autant plus que c’est son ex-femme, nymphomane, qui s’est jeté à son cou. Il est clair que le scénario est loin d'apparaître aussi conventionnel qu’on l’imaginait au départ. Burt Kennedy n'était donc pas le seul garant de la perfection des autres films du duo Scott-Boetticher puisqu'il n'est pas l’auteur de ce chef-d'œuvre écrit par Charles Lang. Malgré ce changement de scénariste, tous les personnages s'avèreront une fois encore bien plus riches qu'ils ne le paraissaient de prime abord. Randolph Scott interprète un homme obnubilé par la vengeance au point de frôler la folie paranoïaque, le "bad guy", malgré ses innombrables défauts, se révèle vraiment attachant, et la réputation de machisme du cinéaste est encore mise à mal car les deux personnages féminins sont richement décrits et ô combien importants pour le déroulement de l'histoire, en plus d'être touchants. L’une des femmes, interprétée par Karen Steele (Mme Boetticher à l’époque), est la mariée à qui Bart a annoncé qu’elle serait veuve le soir même et qui suite à cela, va se mettre à réfléchir à sa situation ; l’autre femme est une prostituée amoureuse du futur marié, ce dernier semblant en retour éprouver pour elle une grande estime et une amitié indéfectible sans que sa future épouse en soit outrée. Le scénario de Charles Lang et Budd Boetticher apparait d’une modernité étonnante au sein d’un genre parfois déprécié pour sa misogynie.

Unité de lieu (Randolph Scott ne sort pas d'une pièce unique pendant quasiment trois-quarts d'heure), unité de temps (l'histoire se déroule en moins d'une journée), resserrement maximal du scénario, dépouillement de la mise en scène (sans pour autant oublier un côté spectaculaire bien présent dans les scènes d'action) et thématique passionnante, la vengeance étant le révélateur de la prise de conscience collective de tous les habitants de la ville face à la violence du conflit qui se déroule sous leurs yeux ; la mauvaise conscience et la honte finiront par céder la place à la rébellion envers l’homme et ses sbires qui tenaient la ville sous leur coupe… Gestion parfaite de l'espace (nous avons rapidement l'impression de bien connaître la topographie de la ville), beau travail du chef opérateur Burnett Gufey avec des cadrages toujours aussi étonnants et précurseurs des westerns des années 1960 (Sergio Leone entre autres), score encore superbe et entêtant du décidément excellent Heinz Roemheld, éclairs de violence parfois fulgurants pour un western qui n'en oublie à aucun moment d'être intriguant et intelligent, même parfois drôle, avec toujours un profond sens de l'éthique (représenté principalement ici par le personnage du docteur) qui fait honneur au cinéaste. Enfin, aucun des innombrables seconds rôles, peu importe leur temps de présence, n'est sacrifié. En plus d'être techniquement parfait, le film démontre une nouvelle fois l’irréprochable direction d'acteur de Boetticher. Randolph Scott est grandiose et nous fait venir les larmes aux yeux lors de la séquence suivant celle au cours de laquelle son ami se fait tirer dans le dos ; mais on pourrait aussi le dire de Karen Steele, Valerie French, John Archer et John Carroll, ce dernier composant un "gentleman dictateur" vraiment charismatique, un rôle qui aurait été comme un gant à Clark Gable vingt ans plus tôt. Un chef-d'œuvre dont le final n'a pas fini de nous hanter tellement il va à l'encontre de celui d'un western conventionnel ou, plus globalement, traditionnel : les détracteurs de Randolph Scott devraient pouvoir lui reconnaitre à ce moment là un sacré talent, ou tout du moins un certain courage pour avoir été autant à l’encontre de ses personnages habituels, "lonesome cow-boy" ambigu, au bord de la folie et repartant de Sundown totalement dépressif ! Véritable catalyseur malgré lui des peurs de chacun, s’il aura permis de réveiller les consciences et faire retrouver le respect aux habitants de la ville, lui, quittera cette dernière complètement lessivé. Une "fable" atypique, constamment tendue et autrement plus passionnante que High Noon sur un thème dans le fond assez similaire.



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L’AVENTURIER DU TEXAS (BUCHANAN RIDES ALONE)

1958, le plus iconoclaste, un film à l’ironie mordante et qui confirme la richesse du cycle Ranown, loin de ne comporter que des films interchangeables mais au contraire, malgré leurs innombrables points communs, très différents les uns des autres. Ici, Tom Buchanan, un mercenaire ayant participé à la révolution mexicaine décide maintenant de retourner dans son Texas natal pour s'y fixer. A la frontière californienne, il a la mauvaise idée de s'arrêter dans la petite ville d’Agry sous la coupe de la famille du même nom. Pour avoir pris la défense d'un Mexicain venant de commettre un meurtre sur la personne du fils du juge, il se trouve malgré lui emporté dans un tourbillon de jeu de dupes entre les trois frères Agry (le juge, le barman et le shérif) qui espèrent chacun récupérer la rançon que le riche père du criminel doit apporter en échange de la vie de son fils… Autant les trois films précédents étaient tendus, autant celui-ci s’avère détonant par son humour dévastateur et sa dérision constante. J'ai évoqué à plusieurs reprises une certaine filiation entre les westerns de Boetticher et ceux de Leone. Alors que dans les autres films, elle se situerait au niveau plastique (et plus encore à partir des deux derniers films de la série, ceux en Cinémascope), elle est encore plus flagrante ici mais cette fois plus dans le fond que dans la forme. Charles Lang a écrit un scénario (avec l’aide de Burt Kennedy, non crédité) qui, avant Yojimbo, aurait très bien pu inspirer le réalisateur italien pour l'intrigue de Pour une poignée de dollars. En effet le Buchanan de Randolph Scott, comme "l'homme sans nom" de Leone, se retrouve coincé entre deux camps qu'il va petit à petit conduire à s'entretuer sauf que si Clint Eastwood agit à dessein, Randolph Scott, ne comprenant rien à ce qui lui arrive, provoque les choses presque sans s’en rendre compte. De même que les deux autres films de la trilogie semblent avoir subi une influence de ce final qui voit tout un petit monde agité prêt à risquer sa vie pour s’approprier une sacoche de dollars jetée au centre de la rue. Tout aussi nonchalant que l’homme au poncho et au cigare mais beaucoup plus naïf et dépourvu de tout cynisme, Tom Buchanan prend tout à la légère et a constamment le sourire aux lèvres, ce à quoi l’acteur ne nous avait guère habitué et qu’il accomplit à merveille. Malgré tout, il se fait presque parfois voler la vedette par L.Q. Jones dans le rôle savoureux de Pecos Hill, adjoint du shérif qui va choisir de passer dans le camp de Buchanan pour la simple et unique raison qu’il est Texan comme lui. Après qu’il ait placé son coéquipier, qu’il vient de tuer, en haut d’un arbre pour qu’il ne se fasse pas dévorer par les animaux, il lui adresse ces mots de prière : « Lew, you always was a good guy. But you did have your faults. Like cheatin' at stud. And emptyin' my pockets when I was drunk…”, cette litanie se poursuivant sous l’oeil amusé de Buchanan.

L'humour est donc sans cesse présent mais jamais forcé, ne faisant jamais sombrer le film dans la lourdeur ou le burlesque : à son origine, nous trouvons surtout le personnage décomplexé de Buchanan et un comique de répétition (le barman bedonnant et couard courant sans cesse d'un de ses frères à l'autre suivant le vent, ballotté comme une balle de ping-pong ; les prisonniers constamment enfermés et sortis de prison…). Même Howard Hawks dans ses films les plus décontractés n’aurait jamais proposé un tel dialogue : alors que Buchanan et son associé de fortune (quelques heures auparavant, il était chargé de le trucider) viennent de faire prisonniers leurs poursuivants, le second demande au premier : « What're we gonna do now, Buchanan ? », ce à quoi Buchanan lui répond : « Foist we take care of the hawses. Then I….. I don't know ! » avant de tourner les talons et passer hors champ. Le raconter par écrit n’est peut-être pas très drôle, mais voir à l’écran un Randolph Scott (et son curieux chapeau trop petit) aussi "je-m'en-foutiste" et inconséquent s’avère bougrement réjouissant. Voir ensuite les prisonniers arriver à se dépêtrer de leurs liens en à peine 10 secondes nous semble alors bien plus drôle que peu crédible, les deux séquences procédant plus ou moins du même "humour ZAZ" avant l’heure. A côté de cela, le scénario, rocambolesque à souhait, est parfaitement bien mené, les scènes d'action ne manquent pas de punch, la photographie de Lucien Ballard magnifie les paysages, et l'interprétation est globalement excellente que ce soit les premiers ou seconds rôles ; il s'agit vraiment d'une constante du cinéaste que de faire vivre autant de personnages sans en sacrifier un plus que l'autre. Parmi ceux-ci nous trouvons Carbo interprété par Craig Stevens (le futur Peter Gunn de Blake Edwards), tout de noir vêtu, le seul habitant d’Agry-Town ayant l’air loyal, Barry Kelley dans le rôle du shérif corrompu ainsi que Peter Whitney dans celui du barman, sorte d’idiot du village. Joel et Ethan Coen sembleraient avoir vu et revu ce Buchanan Rides Alone tellement certains des personnages de Blood Simple, Miller’s Crossing ou Fargo font penser à ces trois là. Certainement pas aussi parfait que la plupart des autres films du cycle Ranown mais déconcertant, extrêmement jouissif et fichtrement original par son ton. Après trois films aussi sombres, voilà une bouffée d’air frais bienvenue au milieu du cycle, bourrée de "punchlines" enthousiasmantes !



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LA CHEVAUCHEE DE LAVENGEANCE (RIDE LONESOME)

1959, le plus parfait, que ce soit au niveau scénaristique que plastique, une sorte d’aboutissement de l’épure et du style "boetticherien" alors que le cinéaste utilise pour la première fois le Cinémascope avec une maestria qui laisse pantois. Entre Buchanan Rides Alone et ce film ci, il y eut un autre western distribué par la Warner, le plus conventionnel du cycle quant à son scénario mais toujours aussi captivant par sa mise en scène, et donc loin d’être aussi mauvais que sa réputation le laisse entendre : Le Courrier de l’or (Westbound). Ride Lonesome raconte l’histoire de Ben Brigade, un "bounty hunter", qui ramène à Santa Cruz, Billy John, un meurtrier qu'il souhaite voir faire pendre. En cours de route, ils croisent la route d'une femme dont le mari vient d'être tué par les Indiens et de deux autres hors-la-loi intéressés eux aussi par le criminel, une amnistie ayant été promise à qui le livrerait à la justice. Ce petit groupe est également suivi par Frank, le frère du prisonnier qui, accompagné de son gang, souhaite délivrer Billy John. Malgré tous ces dangers alentours, Ben semble vouloir intentionnellement se faire rattraper par Frank… Une intrigue apparemment limpide sauf que les motivations de chacun ne sont pas forcément celles que l'on croyait au départ ; ceci est valable pour tous les protagonistes de ce western palpitant mais d’un extrême dépouillement tourné en à peine 12 jours. Comme pour The Tall T dont il se rapproche beaucoup, nous y trouvons en tout et pour tout à peine une dizaine de personnages, pas bien plus de chevaux, une cabane, une ruine et quelques paysages désertiques. Mais contrairement à ce dernier, aucun prologue, on rentre immédiatement dans le cœur de l’action, le film débutant où bien d’autres se seraient terminés : l’arrestation d’un hors-la-loi par un chasseur de primes. A peine le générique terminé, on n’arrêtera plus de s’extasier sur la maîtrise absolue des cadrages (que ce soit pour les plans serrées ou plus larges), sur les choix de montage et la grâce des mouvements de caméra, travellings et panoramiques étant tous d'une beauté à couper le souffle, notamment celui qui suit les cavaliers discutant dans le désert en chevauchant alors que l’on découvre en arrière-plan les Indiens se rassembler derrière eux au sommet d’une dune. On retrouve aussi ce savoir-faire unique dans les scènes d'action : l’attaque du relais dévasté par les Indiens est un modèle du genre, le mouvement donné à Boetticher à cette séquence étant assez stupéfiant. Une virtuosité formelle confondante et un panache constant qui aboutissent à la séquence inoubliable du panoramique horizontal sur l’incendie de l’arbre aux pendus (planté tout spécialement au centre d’un lac asséché), ce dernier étant la représentation de tout ce qui hantait Brigade et de ce qu’il pouvait haïr.

Burt Kennedy signe ici son scénario le plus riche avec une toujours aussi grande subtilité dans la caractérisation psychologique de tous ses personnages vulnérables, ses conversations coutumières autour du feu qui nous en apprennent beaucoup sur le caractère complexe de chacun, le laconisme et l’humour habituels de ses dialogues (Carrie Lane : « You don't seem like the kind that would hunt a man for money. » -Ben Brigade : « I am »), et une originalité de taille concernant le final : non seulement le duel annoncé et attendu est désamorcé mais de plus Brigade laisse partir ses "compagnons" de route avec la femme, préférant la solitude à la prime et à une nouvelle histoire d’amour. Une première version du scénario voyait Brigade abattre Sam Boone, mais le cinéaste, en accord avec son scénariste, décida de l'épargner en raison de la sympathie pour le personnage dont Pernell Roberts (plus connu pour son rôle d’Adam Cartwright dans la série Bonanza) donne une interprétation de tout premier ordre. Par son impassibilité (il a très peu de répliques) et sa gestuelle, Randolph Scott semble une fois encore annoncer "l'homme sans nom "de Leone et Eastwood ; il est ici tout simplement magistral. Tous les seconds rôles sont aussi richement décrits et l'on se surprend à s'attacher presque à chacun d'eux, tout autant au personnage féminin campé par la magnifique Karen Steele (Carrie Lane, objet de toutes les convoitises, y compris celles des Indiens, mais dans le même temps fortement respectée par chacun de par sa beauté et son caractère) qu'à ceux de Sam Boone, Whit (premier rôle, un peu en retrait, de James Coburn au cinéma) ou encore Billy John auquel James Best apporte un relief inattendu. Heinz Roemheld signe à nouveau un superbe score à la fois archétypal et d'une profonde mélancolie et Charles Lawton soigne particulièrement sa photographie ; même les nuits américaines sont magnifiques et somme toute assez crédibles. Tout ceci pour en arriver à ce célèbre final, assez sobre, qui peut se vanter de faire partie des plus beaux de l'histoire du genre avec ceux de 3h10 pour Yuma de Delmer Daves et de Comanche Station. Ride Lonesome atteint une sorte de perfection de par la densité des caractères, un admirable scénario, une interprétation en tout point remarquable et une mise en scène paradoxalement à la fois dépouillée et majestueuse. Un sens de l'épure rare et aujourd’hui quasiment disparue, une facilité à aller à l’essentiel tout en restant suprêmement intelligent. L’un des plus purs chefs-d’œuvre du genre et, de par sa conclusion, l’un des plus optimistes de son auteur contrairement à celui qui suivra.



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COMANCHE STATION

1960, le plus ascétique, sorte de continuité du précédent encore plus épuré et hiératique. En échange d’armes et de tissus, Jefferson Cody obtient la libération par les Comanches de Nancy Lowe, autrefois fait prisonnière lors de l’attaque d’un convoi. En cours de route, ils rencontrent un groupe de trois hommes qui souhaitent eux aussi ramener la femme à son mari, ce dernier ayant promis une alléchante récompense de 5 000 dollars pour la lui rendre morte ou vive. Au sein de cette association de fortune, les tensions augmentent alors qu'ils approchent de leur but d'autant plus qu'un groupe d'Indiens est à leurs trousses… Rien qu'à la lecture de ces quelques lignes, on peut remarquer de fortes similitudes entre l'intrigue de Comanche Station et celle de Ride Lonesome. Dans ces deux westerns jumeaux, on y trouve un petit groupe de personnes disparates réunis pour la circonstance qui doit en reconduire une autre à un endroit précis tout en étant poursuivi par un autre groupe, ici des hors-la-loi, là une tribu indienne. Encore un splendide scénario de Burt Kennedy (qui affirme que le cinéaste s’y est énormément impliqué aussi), qui opère des variations sur des thèmes similaires d'un film à l'autre, la différence principale étant que le final poignant de ce film se révèle bien plus pessimiste que celui du précédent ; Jefferson Cody, comme Ben Brigade, se retrouve seul mais alors que Ben a enfin pu évacuer ses démons et regagner sa sérénité, Jefferson, mû par son idée fixe et illusoire, doit partir de nouveau pour cette quête inaccessible à la recherche de sa femme après qu’il ait compris qu’il ne pourrait pas remplacer cette dernière, probablement morte, par celle qu’il vient de "rendre" à son mari. Quant à ses "compagnons" de voyages, ils auront tous été tués avant la fin du périple alors que dans Ride Lonesome ils se dirigent tous vers une vie enfin paisible. Hormis l’impassible Jefferson Cody, homme de l’Ouest fatigué, s’accrochant à ses rêves sans trop y croire, interprété par Randolph Scott (le visage de plus en plus sévère et buriné) avec toujours autant de classe et de charisme, les autres parlent énormément de leurs regrets et espoirs ; ils nous deviennent ainsi rapidement très familiers et attachants, y compris celui interprété par Claude Akins qui n’a pourtant pas vraiment le beau rôle. Les trois bandits possèdent certaines valeurs morales et pensent qu’avec la prime, ils pourront repartir de zéro tout en étant conscients qu’il n’est pas facile de survivre à cette époque dominée par la violence ; ils en feront les frais !

Malgré ces longues plages de dialogue et la très courte durée du film, le cinéaste a le temps de nous concocter quelques splendides scènes d'action et de se laisser aller (peut-être un peu trop cette fois) à filmer de longues minutes de chevauchées à travers des paysages spectaculaires. Encore plus épuré que tous ses autres films, quasiment ascétique de par sa volonté à faire table rase de tout pittoresque, Comanche Station est moins immédiatement jouissif que le précédent mais son final poignant d’une profonde humanité (le regard de Randolph Scott est aussi émouvant que celui de Robert Forster à la fin de Jackie Brown) fait vite oublier que l'on a failli s'ennuyer quelques secondes. Nous ne l'aurions pas pu, d’ailleurs, devant une mise en scène aussi rigoureuse et limpide, une partition aussi bouleversante de Mischa Bakaleinikoff et des paysages austères aussi bien utilisés (on y retrouve l’arbre aux pendus du film précédent, mais cette fois au milieu d’une étendue d’eau). Et Boetticher de conclure sur un travelling latéral de presque une minute sur Randolph Scott à cheval en contre-jour au fond d'un immense plan d'ensemble, qui disparait lentement pour la dernière fois d'un des somptueux westerns de Budd Boetticher. L'acteur ne remontera en selle que pour le sublime et crépusculaire Ride the High Country de Sam Peckinpah avant de mettre fin à sa discrète, très belle et prolifique carrière. Avant son baroud d’honneur à la fin de son dernier film, il nous aura déjà montré dans Comanche Station la rectitude morale de son personnage exemplaire, véritable archétype du cow-boy hollywoodien mythique. Alors qu’il discute en pleine nuit avec la femme qu’il a délivrée des Indiens, elle lui demande : « If you had a woman taken by the Comanche and you got her back... how would you feel knowing ? » Jefferson répond : « If I loved her, it wouldn't matter. » « Wouldn't it ? » rétorque-t-elle. Sur quoi il termine plus affirmatif et convaincu que jamais « No ma'am, it wouldn't matter at all ! »



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« L’Ouest chez Boetticher n’est pas cet espace mythique sur le sol duquel on peut lire, en lettres de sang, la genèse d’une nation - et c’est sans doute pour cette raison que son œuvre, encore aujourd’hui, reste dans l’ombre. Boetticher est un homme modeste qui ne s’occupe que de morale individuelle. Il abandonne aux autres l’écriture de la grande Histoire » écrivait Pascal Sennequier en 2003 dans le numéro de Positif n°509. J’espère de tout cœur que ce coffret sera l’occasion pour beaucoup de découvrir ce géant du cinéma et de le faire sortir de l'anonymat relatif dans lequel il demeure, écrasé par la réputation d’autres cinéastes plus prestigieux (les génies que sont aussi Howard Hawks, John Ford, Raoul Walsh, Anthony Mann ou Delmer Daves), mais pas forcément plus importants dans le genre.


(1) Amis américains, Bertrand Tavernier, chez Actes Sud
(2) Ibid.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) Ibid.

Il s’agit d’un coffret digipack sous fourreau, les DVD ne sont donc pas dans des boîtiers séparés. Beau, sobre et joliment illustré, il ne contient en revanche aucun livret. Les galettes sont des DVD 5, excepté celle contenant The Tall T qui comporte également le documentaire de presque 90 minutes sur le cinéaste, tout ceci ne pouvant tenir que sur un DVD 9.

Image : Si nous sommes enchantés de pouvoir découvrir ces chefs-d’œuvre dans des copies de bonne qualité, il nous faut néanmoins admettre que nous sommes loin de la perfection, la restauration n’étant pas exceptionnelle. Les défauts et qualités de chacune des copies se révèlent à peu près les mêmes, un film n’étant pas mieux ou moins bien traité qu’un autre. Assez claires, propres et bien définies, elles ne sont pourtant pas exemptes de quelques scories (avec en premier lieu les variations de colorimétrie, de piqué et de luminosité lors des changements de bobines mais qui sont le lot de beaucoup de films tournés en Eastmancolor) mais surtout d’un bruit numérique non négligeable : les fonds sont mouvants et cela fourmille pas mal, le grain n’étant pas seulement celui de la photographie mais aussi celui provenant d’une compression moyennement bien gérée. En revanche, malgré ce défaut, les scènes de nuit possèdent un bon rendu. Les couleurs assez sèches de l’Eastmancolor (qui n'ont rien à voir avec celles d'un Technicolor flamboyant) ont l’air elles aussi d’être assez bien respectées mêmes si parfois un peu sombres. Dans l’ensemble, quand même plutôt satisfaisant.

Son : A signaler tout d’abord que les cinq films bénéficient d’une version française, quatre d’entre elles étant d’époque et correctes, celle médiocre de Decision at Sundown ayant en revanche été doublée récemment. Les versions originales mono ne souffrent d’aucuns défauts apparents : claires, précises et sans trace de souffle (ou si peu), elles nous restituent voix, bruits de fond et musique de la plus belle des façons.
Sony Pictures Home Entertainment
78 mn / 77 mn / 78 mn / 73 mn / 74 mn
Zone 1 NTSC
1 DVD 9 et 4 DVD 5
Chapîtrage fixe et sonore
Format cinéma : 1.85 : 1 et 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais Mono / Français Mono
Sous titres : Anglais / Français

Un coffret contenant les films de l’association Randolph Scott / Budd Boetticher était certainement ma plus grosse attente en matière de DVD ; le risque de déception était donc très important. Le résultat dépasse pourtant mes espérances les plus optimistes, et avoir découvert (ou redécouvert) ces fabuleux westerns dans de telles conditions aboutit au fait que le cinéaste américain est désormais en passe de devenir mon réalisateur de prédilection. Malgré ses quelques défauts, ce magnifique objet est donc un must non seulement pour les admirateurs du cinéaste mais aussi pour ceux de Randolph Scott - puisque ce dernier est l’interprète principal des cinq films - et, plus globalement pour tous les amoureux du western américain, cette série faisant partie de ce qui s’est fait de plus pur et de plus parfait dans le genre. Un grand merci à Martin Scorsese et à sa société The Film Foundation qui est à l’origine de ce coffret conçu en partenariat avec Columbia.

Comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur d’avoir en notre possession un tel quinté de pépites, les bonus proposés se révèlent eux aussi passionnants mais attention, non sous-titrés. Nous trouvons des bandes-annonces d’époque ainsi que d’agréables présentations de plus de cinq minutes pour chacun des films par trois cinéastes : Martin Scorsese sur The Tall T et Ride Lonesome, Taylor Hackford sur le duo écrit par Charles Lang, Decision at Sundown et Buchanan Rides Alone, ainsi que Clint Eastwood sur Comanche Station. Ne surtout pas les regarder avant les films si vous craignez les spoilers. Trois des films nous offrent aussi un commentaire audio : Jeanine Basinger sur The Tall T, Jeremy Arnold sur Ride Lonesome, et enfin Taylor Hackford et son phrasé toujours très clair sur Comanche Station.

Enfin, le gros morceau est un documentaire de 84 minutes réalisé par Bruce Riker intitulé Budd Boetticher : A Man Can Do That. Réalisé en 2005 par la Paramount pour la chaine Turner Classic Movies, il est proposé en 16/9 et commenté par Ed Harris sur un texte de Dave Kehr ; nous y trouvons de nombreuses interventions de Taylor Hackford, Paul Schrader, Peter Bogdanovich ainsi que deux des créateurs du fan club, Quentin Tarantino et Clint Eastwood qui paraissent s’entendre comme larrons en foire. Le principal intéressé, Budd Boetticher en personne, décédé en 2001, est celui à qui l’on a octroyé le plus long temps de présence à l’écran et il faut se rendre à l’évidence, il ne nous déçoit pas et force immédiatement la sympathie, sa vie ayant l’air d’avoir été aussi mouvementée que ses films. Une véritable mine d’informations sur l’homme, sa vie privée et sa carrière, avec de nombreux extraits de films même parmi ses plus méconnus et surtout provenant de plusieurs compagnies, Majors comme studios de la Poverty Row. On regrettera juste que ces extraits soient pas toujours au bon format et que nous n’ayons aucun aperçu du mythique et rarissime A Time for Dying. Sobre, monté sans effets intempestifs, intelligent et passionnant de bout en bout, ce documentaire ne doit cependant pas être visionné avant les films si vous n’avez pas envie de trop en savoir à l’avance. Un must qui finit de faire de ce coffret un indispensable !

Les autres films de Budd Boetticher chroniqués par Classik
Le Déserteur de Fort Alamo
Sept hommes à abattre
Erick Maurel

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