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Filmographie complète
de
Hugo Fregonese
Longs
métrages
Beyond the Sun (1975)
Mala vida, La (1973)
Monstruos del terror, Los (1971)
Savage Pampas (1966)
Les Rayons de la mort du
Dr. Mabuse
Les Cavaliers rouges (1964)
Marco Polo (1961)
Harry Black and the Tiger (1958)
Seven Thunders (1957)
The Wanderers (1956)
Black Tuesday (1954)
Raid, The (1954)
Man in the Attic (1953)
Decameron Nights (1953)
Blowing Wild (1953)
Untamed Frontier (1952)
My Six Convicts (1952)
Mark of the Renegade (1951)
Apache Drums (1951)
Saddle Tramp (1950)
One Way Street (1950)
De hombre a hombre (1949)
Apenas un delincuente (1949)
Pampa bárbara (1945)
Donde mueren las palabras (1944)
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Comme tant de cinéphiles vous aviez découvert, émerveillé,
ce modèle de western de série B qu’est
Apache Drums (Quand les tambours s’arrêteront)
et vous rêviez depuis de le revoir et de découvrir
d’autres pans de la carrière de son auteur,
le réalisateur argentin Hugo Fregonese (1908-1987)
! Alors réjouissez-vous : depuis le 6 novembre et
jusqu’à la fin du mois la Cinémathèque
Française vous donne l’occasion de remédier à ces
lacunes cinéphiliques en programmant une rétrospective
presque exhaustive des films de ce petit maître,
selon l’expression choisie pour le qualifier par
Jacques Lourcelles lors de sa présentation à la
Cinémathèque des Grands Boulevards. Ce sont
en effet 21 de ses 25 réalisations qui seront projetées,
malheureusement parfois dans des copies en VF. Il faudra
toutefois déplorer l’absence de deux titres
importants : celle de Mark of the renegades, objet cinématographique
fantasmé par tous les admirateurs de Cyd Charisse
et surtout, celle de Saddle tramp, chronique westernienne
révérée par les exégètes
du cinéaste pour sa poésie malicieuse et
sa nonchalance heureuse. Les organisateurs n’ont
pu in fine obtenir de copie de ces titres si rares.
A
la manière d’un Jacques Tourneur, Fregonese
découvre le monde du cinéma dans la cité hollywoodienne
(il y est conseiller technique à la fin des années
trente pour des productions censées se dérouler
en Amérique du Sud) avant de faire ses premières
armes dans son pays d’origine (avec Pampa Barbara
qui inspirera le chef-d’œuvre de Wellman Westward
the women et qu’il refera plus ou moins vingt ans
plus tard sous le titre Pampa Salvaje) et de s’expatrier
aux Etats-Unis comme émule de ses maîtres
Thomas Ince et John Ford. Cet exil volontaire s’articule
en deux temps. Le premier essai à la MGM n’est
pas concluant et Fregonese préfère racheter
son contrat pour 50 000 dollars. Mais la seconde approche
est la bonne. Fregonese signe un contrat de réalisateur
avec la Universal. Débute alors une prolifique mais
très courte carrière dans le cinéma
de genre hollywoodien : dix films en tout et pour tout
entre 1950 et 1954, à la Universal d’abord
puis pour d’autres studios ou producteurs indépendants.
Comme Tourneur, Fregonese œuvre surtout dans le cinéma
de genre et dans la série B, et comme tous ses pairs
ne tarde pas à ressentir la concurrence accrue de
la télévision. Adieu Hollywood ; le talent
de cet artiste insatisfait et trop modeste ne trouve plus à s’exprimer
que dans le cadre du Vieux Continent. Peu à peu
les commandes se font de plus en plus fauchées,
l’inspiration laisse place aux conventions et au
pillage des bisseries italiennes et autres séries
B allemandes. Ce ne sont plus bientôt qu’improbables
bandes d’aventures exotiques (Marco Polo) et westerns
teutons inspirés de Karl May, contant les aventures
du trappeur Old Shaterland et de l’Indien Winnetou
: quiconque a 30 ou 35 ans aujourd’hui se souviendra
non sans quelque émotion de ces rendez-vous télévisuels
du mardi soir dans les années 70 de son enfance.
Fregonese retournera aux sources après son remake
de Pampa Barbare (Pampa sauvage donc, coproduction internationale),
signant ses derniers films en Argentine dans l’indifférence
la plus totale.
Alors ce mystérieux Fregonese serait-il en définitive
un cinéaste négligeable ? Que non ! Car s’il
nous est impossible de juger de ses premiers essais argentins
(ils ne seront programmés que durant la deuxième
quinzaine de la rétrospective) et notamment du très
réputé film musical Donde mueren las
palabras (1945) qui devançait
chronologiquement Yolanda
and the thief de Minnelli et The red shoes de
Powell par l’introduction
d’une très longue séquence de ballet
onirique, la découverte de sept de ses dix films
hollywoodiens atteste d’un talent singulier. Ce talent
est avant tout celui des princes de la série B :
caractérisation exemplaire et presque allégorique
des personnages (le mauvais garçon, la femme amoureuse,
l’homme ‘de bonne volonté’ dans
Apache drums), exploitation dramatique de la topologie
et des décors (l’oppression de lieux clos
et claustrophobiques de Black tuesday ou d’Apache
drums), sens de l’action sèche et elliptique.
Sur ce dernier point, il suffit de comparer sa version
de The lodger - l’excellent Man in the
attic avec Jack Palance, qui
ne sera malheureusement pas rediffusé - à celle,
très expressionniste, de John Brahm huit ans plus
tôt pour constater à quel point Fregonese œuvre
dans le sens de l’épure. Mais à ces
qualités naturelles à tous les petits maîtres,
Fregonese semble en ajouter une autre, essentielle, qui
l’élèverait bien au-dessus du niveau
d’un Phil Karlson, d’un André De Toth
ou d’un Don Siegel : il ne se contente pas d’illustrer
un genre, il le dynamite de l’intérieur, n’hésite
pas à brouiller les cartes à tordre le coup
aux conventions pour se le réapproprier, à la
manière d’un Ulmer ou d’un Tourneur.
Blowing
wild (Le souffle sauvage), s’il n’est
pas le plus parfait de ces films de genre n’en est
pas moins peut-être l’exemple le plus patent.
A première vue, tout semble d’emprunt dans
ces péripéties aventureuses : les deux prospecteurs
en situation de précarité (Gary Cooper et
Ward Bond) ne dédaignant pas les mauvais coups évoquent
Bogart et Tim Holt dans The treasure of the Sierra
Madre de Huston ; la peinture
de la loyauté et de l’amitié indéfectible
comme la gestion des rapports amoureux (cf. les rapports établis
entre Coop et Ruth Roman) offrent plus que des réminiscences
des scripts de Hawks et Furthman, et particulièrement
de To have and have not ; les aléas de
l’action
semblent parfois plus qu’inspirés par quelque
glorieux aîné (le convoyage en camion de la
nitroglycérine décalqué sur notre
Salaire de la peur national, sorti un an plus
tôt)
; jusqu’aux personnages eux-mêmes qui semblent
fermement ancrés dans la mythologie de leurs prestigieux
interprètes : l’aventurier placide et vertueux
(Coop), la mauvaise femme castratrice (Stanwyck), l’aventurière
rouée mais finalement fille de bonne volonté (Roman),
le fier à bras picaresque (Anthony Quinn), le sidekick
grande gueule et pittoresque (Ward Bond). Mais en poussant
les conventions jusqu’à leurs plus extrêmes
limites, en bousculant sans vergogne les péripéties
les plus dissonantes durant les 90 minutes de métrage,
Fregonese en arrive bientôt à développer
un récit en trompe-l’œil et à l’orienter
dans une direction à priori totalement inattendue.
Le film d’aventures exotiques vire sans crier gare à la
mini-fresque aux dimensions réduites, perdant petit à petit
son lustre solaire - en même temps que le personnage
d’Anthony Quinn - pour favoriser bientôt le
woman drama obsessionnel au rythme des percussions sourdes
et de plus en plus envahissant asséné par
les pompes de derricks dans leurs mouvements phalliques
; le récit finit par atteindre un paroxysme presque
malsain, culminant avec le meurtre du mari impuissant au
cours d’une séquence d’une cruauté effarante
bien qu’allusive et s’éteignant dans
un affrontement final d’une violence presque cataclysmique
qui laisse le spectateur totalement abasourdi... et conquis.
Telle
semble être la force principale de Fregonese
: savoir prendre le contre-pied des attentes du spectateur
en ne lui permettant jamais de s’installer dans le
confort des conventions du genre qu’il tend à illustrer.
Ainsi le remarquable western psychologique The raid (malheureusement
proposé dans une copie dont les couleurs ont dramatiquement
viré), qui conte le projet de mise à sac
d’une petite ville Yankee par une bande de confédérés
emplis de haine et fraîchement échappés
d’un camp de prisonniers, s’impose-t-il non
seulement par la rigueur exemplaire de sa mise en scène,
par la gradation parfaite instaurée dans la tension
narrative, mais aussi et peut-être surtout, par le
fait que contrairement à ce que peut laisser présager
le développement des relations nouées entre
Anne Bancroft, le petit Tommy Rettig et Van Heflin, ce
dernier ira jusqu’au bout de sa "mission",
flirtant avec le véritable crime de guerre.
Ces ruptures
de tons et ces contre-pieds scénaristiques
ne sont jamais de simples twists narratifs comme se complaisent à les
cumuler nombre de productions hollywoodiennes modernes,
ils sont toujours cohérents avec l’esprit
de la fable (One way street, admirable poème existentialiste
tout autant que film noir marqué du sceau indélébile
de la fatalité) ou justifiés par les remises
en question et/ou les mises à nu psychologiques.
Il en est ainsi du refus de tout manichéisme dans
la description des caractères de cette réussite
décidément exceptionnelle qu’est Apache
drums, alors même que l’exposition préalable
semblait orienter le récit vers la convention du
genre : aspirations à la bienséance puritaine
d’une société conservatrice prompte à sacrifier
les brebis galeuses (filles de joie et joueurs marginaux)
sur l’autel de la vertu retrouvée et à conspuer
de défiance le sauvage Peau-Rouge. Reste que le
pasteur puritain s’avérera plus sage et plus
humain que nombre de ses ouailles (le joueur refoulé qu’on
aurait cru paré de toutes les vertus y compris)
sans pour autant se départir d’un à priori
raciste presque endémique ; que les citoyens hypocrites
sauront défier l’autorité du maire
pour se ranger aux côtés du paria lorsqu’il
s’agira de risquer leurs vies pour leurs enfants
; que l’étroitesse légendaire de l’esprit
militaire sera battue en brèche par le portrait
tout en nuances d’un officier ; les exemples seraient
légions mais on ne saurait passer sous silence la
grande honnêteté témoignée par
Fregonese dans la description des mœurs et comportements
apaches et leur appréhension par les Blancs. Manifestement,
le Ulzana’s raid d’Aldrich lui doit
beaucoup.
Certes parmi les sept films qu’il m’a été donné de
voir jusqu’à présent, tous ne témoignent
pas d’une telle subtilité d’expression.
Black tuesday, par exemple, ne fait preuve d’une
réelle originalité que dans sa première
partie, durant les dernières heures dévolues à deux
condamnés à mort (E.G. Robinson et Peter
Graves), qui réussiront à s’échapper.
Le portrait de ce psychopathe sanguinaire reste très
(trop ?) inspiré par ceux du même Robinson
dans Little Caesar ou plus encore de Cagney dans White
Heat. Néanmoins, une recherche évidente de
l’insolite (la passion infantile du gangster pour
les jouets mécaniques) lui confère ce supplément
d’âme onirique qui empreint presque entièrement
le sublime et douloureux One way street ou la séquence
finale du siège de l’église par des
Mescaleros fantomatiques et peinturlurés dans Quand
les tambours s’arrêteront. En outre, un sens
du découpage particulièrement nerveux et
des expérimentations brillantes sur le montage sonore
(les prières de Canelli et du prêtre à la
mort de la petite amie du truand, couverte par le bruit
des rafales de mitraillettes environnantes) sans oublier
quelques fulgurances marquées au coin d’un
sadisme presque insoutenable confèrent à ce
thriller implacable une modernité étonnante.
Et ce sont ces quelques fulgurances sadiques, distillées
de façon totalement impromptue (le vacher encorné suite à son
attendrissement face à un jeune veau ; la cautérisation
d’une plaie humaine au fer rouge), qui sauvent de
l’ennui le moins intéressant de cette poignée
de films, Untamed frontier, croisement hybride entre Duel
in the sun, autour duquel l’intrigue dresse des variations
en mineur, et Vengeance valley dont il partage l’acuité documentaire.
Vous
l’aurez compris, cette rétrospective
Fregonese est une véritable aubaine pour tous les
amateurs de cinéma hollywoodien de l’âge
d’or. Et ce serait à tout le moins pêcher
que de ne pas se jeter tel un mort de faim sur les prochaines
diffusions de Quand les tambours s’arrêteront (copie absolument somptueuse bénéficiant
de sous-titres réels et non d’une traduction électronique)
ou de L’impasse maudite, servi par l’inoubliable
couple constitué de James Mason et de la sublime
Marta Toren. Même si dans le deuxième cas
la copie proposée est loin d’être optimale,
l’œuvre est si rare (Mason déclarait
en 1974 n’avoir jamais rencontré à sa
connaissance quelqu’un qui l’ait vu) et si
unique que sa découverte vaut bien quelques sacrifices.
Personnellement, je piaffe d’impatience de pouvoir
découvrir les opus des débuts de carrière
argentins...
Un dossier de Otis
B Driftwood
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