Mime, un forgeron ermite, recueille les dernières volontés d’une femme mourante qui lui confie son nouveau né Siegfred. Il est élevé par le vieillard retors dans le but secret de tuer le dragon Fafnir, gardien du trésor des Niebelungen, Venu à bout de la créature grâce à l’épée de son père, un fier guerrier du nom de Sigmund, Siegfred se baigne dans le sang du dragon qui a la vertu de rendre invincible. Siegfred, ayant déjoué le traquenard de Mime, riche du trésor et quasiment invincible, se rend au château de Worm où vit, dit-on, la plus belle des femmes, Krimhilde, sœur du roi Gunther.

Le Chevalier blanc
(Sigfrido) / (La Leggenda dei Nibelunghi)

Réalisé
par Giacomo Gentilomo
Avec Sebastian Fischer, Ilaria Occhini, Rolf Tasna, Katharina Mayberg, Giulio Donnin, iAlberto Cinquini, Enrico Olivieri, Germano Longo
Scénario : Antonio Ferrigno, Giorgio Constantini et Giacomo Gentilomo
Musique : Franco Langella
Photographie : Carlo Nebiolo
Décors : Beni Montresor
Une production AEFFE Cinematografica et Titanus
Italie - 96 mn - 1958
A mi-chemin entre les films de chevalerie et les péplums fantastiques qui connaissent en ce milieu des années cinquante un écho retentissant, Le Chevalier blanc est bien en mal d’égaler les œuvres de Vittorio Cottafavi ou encore de Riccardo Freda. Même sans citer ces maîtres, Mario Camerini (Ulysse, 1954) ou plus tard Giorgio Ferroni (La Guerre de Troie, 1961) et Pietro Francisci (Hercule et la Reine de Lydie, 1959) apporteront au genre une beauté et une invention qui manquent cruellement à cette adaptation de la légende de Siegfred. Giacomo Gentilomo était, selon le livret d’accompagnement, un réalisateur spécialisé dans le réalisme social. Si l’on ne sait s’il brillait dans cette frange du cinéma, on peut par contre constater ici qu’il ne parvient guère à donner de l’ampleur à ce récit mythologique. Avec Maciste contre les vampires (1961) et Maciste contre les hommes de pierre (1964) le cinéaste montrera un peu plus d’assurance dans le genre, même si ces deux volets sont à cent lieues de Maciste en enfer de Freda… Pour l’heure, si ce réalisateur amateur de culture germanique (il fit des études d’art en Allemagne) semble sincère dans sa volonté de rendre hommage à l’œuvre musicale de Richard Wagner, le résultat est assez désolant. Il faut voir Siegfred, arborant un brushing improbable, courir niaisement dans les paysages verdoyants, tel un cabri pris de la danse de Saint-Guy, ou encore combattant un dragon impotent, baudruche hémiplégique qu’un Passe-partout sous tranxène pourrait aisément étriller. On imagine d’ailleurs difficilement que l’auteur de la créature légendaire est l’immense Carlo Rambaldi (Alien, Possession, E.T....), qui fait ici ses débuts dans le cinéma.

Gentilomo, à la différence de ses prestigieux collègues cités plus haut, ne parvient à aucun moment à sublimer le manque de moyens évident, à transcender par la poésie les décors de carton-pâte et les effets spéciaux brinquebalants, à offrir des visions magiques, à saisir ne serait-ce qu’un brin de légendaire. De même, le film, s’il lorgne vers une représentation historique purement hollywoodienne, qui d’Ivanhoé aux Chevaliers de la Table Ronde fleurit sur les écrans, subit le contre coup d’une production fauchée. Les tournois sont suivis par quatre spectateurs et une vingtaine de mannequins, les banquets comptent une petite dizaine de convives... A vouloir rivaliser avec le luxe des production américaines, Gentilomo se retrouve dans un no man’s land, incapable d’une part d’égaler ces modèles et d’autre part de retrouver la légèreté et l’inventivité du cinéma de ses compatriotes. Le fait qu’il calque à plusieurs reprises la version de Fritz Lang, est également un aveu de son impuissance à offrir une version personnelle de la légende.

Seule la partition épique de Franco Langella, brodant assez intelligemment autour des thèmes de Wagner, parvient à donner du souffle à certains passages. Et lorsque le compositeur cède la place à des extraits de la sublime tétralogie, lorsque Le Crépuscule des Dieux retentit sur l’enterrement de Siegfred, on se prend à ressentir un frisson quasi extatique, certes à mille lieues de celui qui peut nous emparer à la vision d’Excalibur où John Boorman offrait un tout autre écrin au chef d’œuvre du compositeur.

Cette réception négative du film, forcément subjective, doit cependant être tempérée pour les aficionados du genre qui trouveront certainement de nombreuses qualités à cette œuvre, nouvelle véritable rareté qu’Artus films déterre après l’excellent Empereur du boulanger. On retrouve ici tout ce qui fait le charme des productions italiennes des années 50, cette volonté d’embrasser plusieurs cultures dans un joyeux pêle-mêle (la culture Viking qui côtoie le Moyen-âge), de dépasser la maigreur du budget afin d’offrir au public un spectacle inoubliable. Mais sans poésie, sans vision personnelle du mythe, sans savoir-faire artistique véritable, ce Chevalier blanc souffre de la comparaison avec nombre d’autres productions de l’époque qui, elles, ne manquent pas de réveiller en nous un merveilleux enfantin. Il convient cependant de saluer une nouvelle fois la ligne éditoriale de ce jeune éditeur Montpelliérain pour ses choix audacieux et des bonus très intéressants. Mais notre enthousiasme a cependant bien du mal a passer outre le défaut majeur de cette édition qui se situe au niveau de la technique.



Image
: Le master est peut-être propre, mais il est difficile d’en juger tellement l’édition proposée accumule les défauts : fourmillements, couleurs délavées et baveuses, pixellisations, artefacts de compression, sautes d’images, contrastes inexistants, sautes constantes de chroma, flous… un véritable catalogue ! La deuxième partie du film est bien plus stable au niveau des couleurs, qui deviennent même parfois agréables. Il y a moins de défauts, même si l’on reste bien en deçà de ce que l’on attend d’une édition DVD. L’image semble légèrement recadrée, visible lors du générique. Le master est 4/3.

Son : La bande-son est correcte, assez dynamique, souffrant seulement d’un léger souffle durant tout le métrage. Il y a également une coupure du son vers le premier tiers du film. Attention cependant, il s’agit de MPEG et non de Dolby stéréo. Il convient de vérifier la compatibilité de votre matériel avec ce format.
Artus films
96 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.85 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Italien Mono MPEG
Sous titres : Français
L’aspect médiéval dans Sigfrido (25 mn). Entretien avec François Amy de la Bretèque, spécialiste du Moyen-âge au cinéma. Ce professeur d’histoire nous parle des différentes adaptations cinématographiques de cette légende, adaptations initiées par Fritz Lang, suivies de deux productions italiennes (aujourd’hui disparues) précédant celle de Giacomo Gentilomo. Si la légende n’a rien de médiéval (c’est une légende nordique, pré-chrétienne) les adaptations cinématographiques sont, elles, ancrées dans un Moyen-âge fantaisiste, syncrétique, anachronique. C’est cette facette que le prolixe historien décortique, expliquant en détail la représentation chrétienne et moyenâgeuse qui prime sur le versant païen et nordique de la légende, ou plutôt qui s’essaie à une étrange friction de ces deux époques. Il s’applique ensuite à montrer à quel point la version de Gentilomo reprend plan par plan certaines scènes du film de Lang, mais met également en avant les quelques spécificités de cette version. François Amy de la Bretèque conseille le film pour son intérêt historique dans le cinéma Italien, symptomatique de la réappropriation, typiquement méditerranéenne par son style, de genres issus d’autres contrées, ici les légendes nordiques, ailleurs le western américain. Un intervenant passionnant et érudit, toujours clair et agréable à écouter.

La légende des Nibelungen (15 mn). Entretien avec Pascal Landes, professeur d’histoire. En un petit quart d’heure vous saurez tout sur la genèse de la légende des Nibelungen par un commentaire détaillé et riche, sans être à quelque moment que ce soit abscons ou ennuyeux. Décidément Artus Films sait choisir ses interlocuteurs !

Les effets spéciaux de Carlo Rambaldi par Luigi Cozzi (7 mn). Le réalisateur et journaliste italien nous décrit sa rencontre avec le grand Carlo Rambaldi, l’un des maîtres mondiaux des effets spéciaux. Il décrit son arrivée dans un antre peuplé d’objets hétéroclites où il découvre stupéfait que Rambaldi était le créateur du dragon Fafnir qui l’avait marqué dans sa jeunesse. Exceptée cette anecdote, ce court entretien n’apporte pas grand chose, ne nous fait pas découvrir de ces secrets d’artisan dont nous sommes friands ni n’éclaire les débuts au cinéma de Rambaldi. On apprend seulement que les effets spéciaux n’étant pas reconnus à l’époque, Rambaldi était un artisan extérieur appelé sur les plateaux pour créer ses créatures, sans voir son travail vraiment reconnu ni son nom sur les génériques. Mais l’histoire rattrapera ces oublis en offrant ultérieurement trois oscars au maître.

Entretien avec Ilaria Occhini (15 mn). L’actrice égraine les souvenirs de tournage, de De Sica à Gabin en passant par De Seta, José Giovanni ou encore Clint Eastwood. Ses débuts au cinéma sous la caméra de Giacomo Gentilomo sont par contre très rapidement évoqués, l’actrice ne gardant que peu de souvenirs de ses expériences dans le péplum et la série B italienne.

Galerie de photos contenant l’affiche et deux photos d’exploitation

Fiche technique

Filmographies de Giacomo Gentilomo, Ilaria Occhini et Sabastian Fischer

Livret de 8 pages reprenant les filmographies, le chapitrage et la fiche technique
En savoir plus
La fiche Imdb du film
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William Lee

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