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Les Démons de la liberté
Au pénitencier de Westgate, la cellule R-17 est occupée
par six hommes parmi lesquels un comptable (Whit Bissell) ayant détourné
de l’argent pour acheter un vison à son épouse, un
soldat (Howard Duff) qui, durant la Seconde Guerre mondiale, s’est
dénoncé pour un crime commis par sa fiancée, et un
joueur (John Hoyt) trahi par sa compagne. S’y trouve aussi le gangster
Joe Collins (Burt Lancaster) qui, sachant que sa femme malade n’acceptera
d’être opérée qu’à condition qu’il
soit à ses côtés, ne pense plus qu’à
une chose, "se faire la belle". Excédés par la
tyrannie et les brimades de Munsey (Hume Cronyn), le gardien-chef sadique
qui souhaite secrètement prendre la place du directeur, les autres
prisonniers sont prêts à se révolter et décident
de prendre part à cette évasion annoncée.La Cité sans voiles
New York endormie ; il est une heure du matin. Dans un appartement de Manhattan, Jane Dexter, jeune mannequin, est assassinée par deux hommes dont l’un est à son tour tué par son complice. Dès l’aube, l’enquête est en route, menée par un vétéran des affaires criminelles, l’inspecteur Dan Muldoon (Barry Fitzgerald) et le novice Jimmy Halloran (Don Taylor), à la Brigade Criminelle depuis seulement six mois. Ils se mettent consciencieusement à effectuer leur labeur journalier dénué de tout héroïsme et comportant moult filatures, interrogatoires, réunions… Alors que la traque du meurtrier se poursuit dans les rues de Big Apple, les policiers découvrent que la jeune femme assassinée était liée à un gang spécialisé dans le trafic de joaillerie... |
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Les
Démons de la liberté En
1946, lorsqu’il tourne Brute Force, Jules Dassin
n’en est pas à son premier essai. Il a déjà
tourné sept films pour la MGM parmi lesquels quelques obscures
comédies musicales. Aucun de ses sept titres ne restera dans les
annales pas plus que dans les souvenirs ; malheureusement si l’on
s’en réfère à Patrick Brion qui y trouve des
choses intéressantes, heureusement d’après leur réalisateur
qui les dénigre de A à Z. Jules Dassin a en effet toujours
eu en sainte horreur sa première partie de carrière, haïssant
par dessus tout le patron du studio, le despotique Louis B. Mayer. C’est
le producteur Mark Hellinger qui lui offre la chance d’exercer son
talent sur un matériau plus noir qu’à l’accoutumée
en lui donnant l’occasion de réaliser Les Démons
de la liberté (Brute Force) qui deviendra
ainsi sa première œuvre mondialement reconnue et appréciée.
Hellinger fut d’abord journaliste new-yorkais avant d’écrire
des pièces de théâtre puis des scénarios pour
la Warner Bros. Son premier succès en tant que scénariste
sera The Roaring Twenties (Les Fantastiques années
20) de Raoul Walsh. Mais la production l’intéresse
plus que l’écriture et, après avoir appris son métier
dans l’ombre de Hal Wallis, il devient producteur indépendant
en 1941. Cinq années plus tard, c'est la sortie de The
Killers (Les Tueurs) de Robert Siodmak d’après
Ernest Hemingway ; retentissant succès et apparition sur les devants
de la scène d’un jeune et athlétique acteur au fort
charisme :Burt Lancaster. Mark Hellinger pense aussitôt à
sa nouvelle recrue pour tenir le premier rôle du prochain film qu’il
décide de mettre en chantier : Brute Force. C’est
Humphrey Bogart qui avait donné à lire à Mark Hellinger
le roman de Richard Brooks intitulé The Brick Foxhole
qui sera porté à l'écran en 1947 par Robert Siodmak
sous le titre Crossfire (Feux croisés).
Il apprécie énormément le livre. Démobilisé
à la fin de la guerre, à peine rentré à Hollywood,
Brooks est happé par le producteur qui l’engage immédiatement
dans son équipe. Il sera scénariste jusqu'en 1950, date
à laquelle il passera avec brio à la réalisation.
Pour écrire Brute Force, Richard Brooks se sert
de l’histoire d’un journaliste du San Francisco Examiner,
Robert Patterson. Mark Hellinger organise pour lui des rencontres avec
des directeurs de prison et des gardes de San Quentin. Pour l’époque,
Brooks livre un scénario d’une rare violence sans aucun espoir
ni rémission pour ses différents personnages. Mark Hellinger
lui impose cependant d’y insérer quatre personnages féminins
vus par l’intermédiaire de quatre flash-back qui sont autant
de passages ratés, inutiles et ralentissant l’action. Ce
sont les séquences au cours desquelles chaque prisonnier de la
cellule revoit le moment qui l’a fait arriver là où
il se trouve à présent, chacun amené dans cet enfer
par la "faute" d’une femme. Loin de renforcer l’émotion
et de nous rendre les personnages plus sympathiques (ils le sont déjà
tous au départ), elles s’intègrent au contraire laborieusement
à l’intrigue et s’accommodent assez mal de leur proximité
avec le dur réalisme des autres scènes étouffantes
se déroulant en prison. Cette concession à la sensiblerie
que pouvait avoir le producteur en certaines occasions est l’une
des causes de ma semi insatisfaction à la vision de ce film par
ailleurs étonnamment sec et musclé.![]() Le film est bouclé en deux mois dans un garage de Universal faisant office de décor pour la prison. William Daniels assure la fonction de chef opérateur, travail bien éloigné mais tout aussi réussi que ceux qu’il a pu effectuer dans les années 1920 pour les films de Greta Garbo ou Erich Von Stroheim. Mark Hellinger réutilise cinq des acteurs de son hit The Killers et donne la chance au commentateur de base-ball Jay C. Fippen d’effectuer sa première apparition à l’écran. Sa silhouette de second rôle illuminera ensuite nombre de films, ceux entres autres de Nicholas Ray et d’Anthony Mann. Charles Bickford, le patriarche de nombreux westerns, réussit lui aussi une excellente interprétation. Quant à Burt Lancaster, il confirmera tout le bien qu’on pouvait en penser après sa percée spectaculaire dans le film noir de Siodmak. Son torse nu révélant une charpente sexy et athlétique fit beaucoup pour le succès du film. Cet érotisme masculin ajouté à la brutalité inhabituelle de Brute Force fera interdire ou censurer ce dernier dans certains pays comme le Danemark ou l’Australie. Si Jules Dassin est un peu moins sévère sur ce film que sur ses précédents, il n’en est pourtant pas entièrement satisfait parlant même plus tard en interview de « script idiot ». Mais le cinéaste a toujours eu l’habitude de dénigrer sa période américaine pour pouvoir valoriser ses œuvres européennes sur lesquelles il avait eu un contrôle absolu. Jules Dassin supportait mal la mainmise des producteurs hollywoodiens sur le travail des cinéastes. Ce qui peut expliquer aussi ces jugements lapidaires est la période sombre de "La Chasse aux sorcières" qu’il a beaucoup de mal à occulter. 1947 est l’instauration du soupçon dans les milieux cinématographiques avec les premières auditions de la commission Parnell Thomas enquêtant au nom du Congrès sur l’emprise communiste en leur sein. ![]() Munsey, le gardien sadique qui fait tout pour rendre la révolte inévitable afin de mieux pouvoir la réprimer et devenir ainsi le directeur de la prison n’imite-t-il pas les comportements des politiciens de l’époque en mal de notoriété qui, comme McCarthy, n’hésiteront pas à trouver des boucs émissaires (en l’occurrence, les "Rouges"), en les chargeant
de tous les maux et d’être à l’origine de la
crise de confiance traversée par les USA pendant la Guerre Froide
pour pouvoir se faire "mousser" en les éradiquant de
la société bien-pensante et conservatrice ? Hume Cronyn
est formidable et inquiétant dans ce rôle de bourreau psychopathe
qui n’hésite pas à utiliser la torture aussi bien
physique (avec du Wagner en arrière-fond pour couvrir les bruits,
il n’hésite pas à frapper à la matraque certains
prisonniers pour qu’ils acceptent de devenir des mouchards) que
morale (par l’utilisation du mensonge afin de pousser les plus faibles
au suicide) pour arriver à ses fins. Vicieux et peut-être
pas insensible à la force musculaire et au corps de certains détenus
(la séquence du début sous la pluie où l’on
découvre pour la première fois Burt Lancaster est à
ce propos tout à fait troublante), Munsey représente cette
"Brute Force" que Dassin veut montrer comme vouée elle-même
à terme à détruire la puissance qu’elle a fait
acquérir à son détenteur. Le réalisateur et
le scénariste tentent de dire que la prison ne fait que rendre
les détenus encore plus mauvais qu’ils ne
l’étaient avant de s’y trouver enfermés. Une
noirceur radicale sans aucune issue car cette "force brutale"
ne se situe finalement pas uniquement du côté de l’oppresseur
mais s’est aussi emparée des détenus révoltés
par tant d’injustices mais qui n’hésitent plus eux
non plus quant il s’agit de tuer. Une vision pessimiste sur la condition
humaine et une représentation de la violence engendrant la violence
et n’apportant ainsi aucune solution satisfaisante d’un côté
comme de l’autre des barreaux.Brute Force conjugue donc, par l’intermédiaire d’un scénario carré et d’une mise en scène musclée, un réalisme proche du documentaire et une violence hallucinante pour l’époque. Il est le prototype des "films de prison" à venir mais, à cause de certaines concessions dues au producteur et au manque d’épaisseur des personnages, je ne le considère pas comme étant une grande réussite d’autant plus que quinze ans plus tôt, Mervyn LeRoy réalisait un pamphlet beaucoup plus fort, osé et virulent sur les prisons avec le sublime Je suis un évadé (I Was a Fugitive from a Chain Gang) qui n’hésitait pas en outre à porter un regard acerbe et impitoyable sur la société de l’époque, ce que Dassin et Brooks n’ont fait qu’effleurer ici, l’efficacité prenant le pas la plupart du temps sur la réflexion. Efficacité, à l’image de la puissante partition de Miklos Rozsa, qui trouve son apogée dans l’étonnante scène de révolte finale qui ne démérite pas du titre original du film. Les Démons de la liberté est un bon film en l’état mais nous ne pouvons que déplorer qu’un libéral comme Richard Brooks n’ait pas poussé plus loin ses idées. Il le fera par la suite dans se propres films. Mark Hellinger produit également l’année suivante The Naked City, second volet de la "trilogie américaine" de Dassin, qui s'achèvera avec Les Bas-fonds de Frisco en 1949. Hellinger ne verra jamais ce dernier ; il décède au début du tournage alors qu’il était également sur le point de s’associer avec Selznick et Bogart pour produire les films de l’acteur. La Cité sans voiles « There are eight million stories in The Naked City. This has been one of them. » Telle est la célèbre phrase finale de ce film noir qui marque un tournant historiquement très important pour le genre. Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle génération de cinéastes arrive, influencée par les images documentaires des combats.
Germent dans l’esprit d’Hellinger des idées de tournage
en environnement naturel combinées avec une approche semi documentaire
d’un quelconque sujet. Le genre policier sera un prétexte
au producteur pour faire en définitive un portrait de la ville
de New York. Suivre des policiers dans leur fastidieuse enquête
sera une occasion de pouvoir dépeindre toutes sortes de lieux,
dans toutes sortes de lumières et à différents moments
de la journée. « J'ai accepté de faire Naked
City en dépit de l'histoire... J'ai dit oui, si on me
laisse tourner dans les rues de New York, dans des intérieurs réels,
avec des inconnus », déclarait Jules Dassin. Et ce sera
le premier film tourné entièrement en décors naturels
au cœur même des rues de New York, souvent qualifié
pour cette raison de film "néo-réaliste américain".
Jusqu’ici cantonné dans un univers empreint d’une extrême
sophistication et d’un certain glamour (si l’on excepte les
films de gangsters), le film noir devient avec ce film de Dassin un genre
fondé sur beaucoup plus de réalisme et moins tourné
vers le studio.Pour connaître un peu la genèse de The Naked City, grâce à l’aide du passionnant livret inclus dans le coffret Wild Side, laissons parler Malvin Wald, l’auteur de l’histoire commanditée par Mark Hellinger lui-même, tout en ayant en
tête le manque de modestie du bonhomme qui s’attribue lors
du commentaire audio tous les mérites et idées du film y
compris celle de tourner dans les rues de New York ainsi que l’invention
de la fameuse formule finale. « J’avais bien une idée.
Celle de suivre une enquête faite par la police de New York, qui
à l’époque avait la réputation d’être
incapable de trouver un marin sur un porte-avion. N’empêche
que c’est comme ça que sont élucidés les crimes
: pas par un détective à la Bogart, mais de façon
fastidieuse, scientifique. Je voulais montrer tout le processus. Alors
Hellinger me dit, ‘’qu’est-ce que vous savez sur la
question ?’’ Rien, je lui fais, mais j’ai passé
six mois dans la US Air Force à faire des documentaires sur des
sujets dont je ne savais rien non plus. Je sais par contre me renseigner.
Envoyez-moi à New York une semaine, et je vous ramène un
sujet. Là-dessus, il m’a proposé mille dollars la
semaine... Le maire de New York était très enthousiaste
sur l’idée. Il voyait ça comme une occasion de valoriser
un service qui avait toujours été la risée des New
Yorkais... Hellinger ne comprenait pas ce que je voulais faire, et quand
je lui ai dit que l’idéal serait de tout filmer dans les
rues de New York, il était tout de suite prêt à abandonner.
Mais quand il a montré mon truc à Jules Dassin, celui-ci
a tout de suite compris. ‘’C’est une nouvelle forme
de cinéma, Mark, je veux en être.’’ Il voulait
juste faire réécrire le script par Albert Maltz, un écrivain
respecté qui apporterait du poids à l’entreprise.
Je connaissais Albert de réputation, et j’étais flatté.
» Hellinger tenait en effet à avoir le nom d’un écrivain
prestigieux en tête du générique. Celui-ci n’était
pas encore sur la liste noire ; Albert Maltz fera en effet partie des
"Dix de Hollywood" fichés par McCarthy, condamnés
et emprisonnés pour outrage au Congrès. ![]() Selon les vœux de Dassin, la ville de New York aurait donc du être la star du film et pourtant, elle ne le sera pas assez à son goût et au vu du résultat, on ne peut qu’abonder dans son sens. Il sera floué par Hellinger après le tournage, ce dernier ne tenant pas sa parole, jurant de ne rien toucher au film mais le faisant malgré tout entièrement remonter derrière son dos. Dépité du résultat obtenu, Dassin sortira en larmes de la projection lors de l’avant-première. C’était déjà le producteur qui avait ajouté les pénibles flash-back dans Brute Force ; ce sera encore lui qui aura l’idée de ce remontage et de l’omniprésence encombrante de la voix off (la sienne propre) pour commenter le film. Lors de l’ouverture de The Naked City sur de superbes vues de Manhattan filmées d’hélicoptères, la voix-off a tout à fait sa place pour nous le présenter ; le générique est fait oralement (à la Guitry) avant que le commentateur nous explique ce que le film va avoir d’innovant : « This motion picture is a bit different from most films you've ever seen…It was not photographed in a studio and the actors played out their roles on the streets, in the apartment houses, in the skyscrapers of New York itself… This is the City as it is - hot summer pavements, the children at play, the buildings in their naked stone, the people, without makeup... » Mais ensuite, même si elle nous délivre encore de superbes "Taglines" comme, à propos de la fille assassinée : « Yesterday she was just another pretty face. This morning she's the marmalade on everybody's toast », ou encore en conclusion, après que l’affaire ait été dénouée : « Her name, her face, her history were worth five cents a day for six days. Tomorrow a new case will hit the headlines », elle devient la plupart du temps plutôt lourde, redondante avec les images défilant sous nos yeux. ![]() Pour en revenir à New York, nous aurions voulu encore plus ressentir sa respiration, sa vie propre, pouvoir prendre son pouls. Evidemment que cette vision à l’époque a du être formidablement novatrice mais à posteriori, après les innombrables autres films ayant été tournés dans des conditions identiques, force est de constater que l’intrigue assez peu enthousiasmante prend trop souvent le pas sur la description de la ville telle que l’aurait souhaitée le réalisateur. Le scénariste a du mal à bien imbriquer les différents éléments constitués par, d’une part l’aspect documentaire, de l’autre par l’intrigue policière proprement dite, sans oublier l’aspect hollywoodien qui demeure malgré tout encore bien prégnant ici, dans l’interprétation entre autres. Le contexte social et politique est bien présent mais discrètement et en filigrane. Tout ceci reste bien trop tiède. Le fait de vouloir décrire le travail quotidien et procédurier de la police dans ses aspects les moins glorieux, sans aucun
glamour est bien évidemment très honorable mais encore eut-il
fallu un scénario remarquablement écrit ou une vision très
personnelle du metteur en scène pour que le spectateur ait quelque
chose de solide sur quoi s’accrocher sous peine de rapidement s’ennuyer,
ce qui est parfois le cas ici. A la même époque, les films
produits par Louis De Rochemont ou Otto Lang pour la Fox et dirigés,
pour une grande partie, par Henry Hathaway (13 rue Madeleine,
Appelez Nord 777…) avaient eux aussi pour ambition
de témoigner de la réalité brute mais bénéficiaient
de scénarios bien plus solides et convaincants. La mayonnaise prenait
un peu mieux.Mais trêve de critique ! Si ce Naked City paraît quelque peu décevant, il demeure encore aujourd’hui le prototype qui a ouvert une brèche à toute une frange du film noir ou urbain dans laquelle se sont engouffrés des cinéastes comme Don Siegel, Robert Aldrich, Gordon Douglas, Martin Scorsese, William Friedkin et des centaines d’autres jusqu’aux créateurs de séries télévisées tel qu’aujourd’hui Law and Order. William Daniels innove en utilisant le plus possible des focales grand-angle pour dévoiler au maximum tous les recoins de la ville, inventant des projecteurs légers et souples d’emploi, se servant d’un camion avec miroir sans tain pour éviter que la foule ne regarde la caméra... Il obtiendra un Oscar mérité pour son remarquable travail : grâce à lui, des millions de spectateurs à travers le monde découvrent New York, les hommes qui y vivent, qui s’y pressent, qui y travaillent ; les enfants s’arrosant au milieu des rues surchauffées ; les jeunes filles faisant du lèche-vitrines ; le métro bondé. Le Williamsburg Bridge devient ainsi presque aussi célèbre par la séquence finale que l’Empire State Building par celle de King Kong.
Tout cela (la principale motivation de Dassin) ne représente finalement qu’un faible pourcentage de la durée du film, la quasi totalité se déroulant en intérieur. Ici, nous voyons nos policiers en pleine besogne dans les bureaux et appartements ; un travail de longue haleine, consciencieux, patient, laborieux et souvent frustrant, les journées se terminant parfois sans qu’aucun élément supplémentaire du puzzle n’ait put être décelé. Nous les apercevons également (trop) brièvement dans leurs vies quotidiennes. Le lieutenant Muldoon est un vieux de la vieille ayant déjà passé vingt-deux ans au sein de la Brigade Criminelle. Barry Fitzgerald a beau être excellent dans la peau de ce policier, il préfigure plus Columbo qu’un Inspecteur Lambda. Sa confrontation avec Howard Duff dans le rôle d’un menteur congénital est franchement savoureuse. Don Taylor est un peu fade dans la peau du jeune Halloran et Ted De Corsia n’hésite pas à cabotiner pour nous rendre son assassin franchement inquiétant. Comme on peut le constater, ce style d’interprétation n’est pas forcément en phase avec un film qui se serait voulu néoréaliste mais apporte une touche de fantaisie qui nous fait parfois oublier le caractère plutôt insignifiant de l’intrigue. Le 4 mars 1948, Universal sort le film à New York. Le studio ne débourse pas un dollar dans sa campagne pour les Oscars, ne misant pas un centime sur les chances pour The Naked City de l’emporter. Les dirigeants tombent des nues lorsque le film de Jules Dassin reçoit trois nominations à la récompense suprême. Le réalisateur, malgré sa déception suite au mauvais coup que lui joua Hellinger, tourne encore Thieves' Highway dans les rues de San Francisco, puis, sur le point d'être inquiété pour ses prises de position, s'expatrie et part pour l'Angleterre où il tourne Night and the City (Les Forbans de la nuit), le réalisme de ses dernières œuvres étant talentueusement saupoudrée ici d’un surprenant expressionnisme qui fait de lui un film noir unique et magnifique, le seul chef-d’œuvre de son auteur mais quel chef-d’œuvre ! |
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Somptueux
coffret comprenant un très intéressant livret de 60 pages,
un DVD uniquement composé de bonus et deux autres avec un film
sur chaque accompagné d’encore quelques suppléments.
L’interactivité, comprenant le chapitrage et les menus animés
et musicaux, mérite une nouvelle fois tous nos applaudissements
: le design est absolument remarquable tout en restant d’une grande
sobriété. Le traitement de Brute Force
et de The Naked City, que ce soit concernant l’image
et le son, est quasi identique. Mais voyons tout ceci plus en détails.
Image : Pour les deux films, Wild Side a ici récupéré des copies très propres malgré quelques inévitables stries, points blancs, lignes verticales ou rayures qui ne sont néanmoins pas légion. Un noir et blanc bien contrasté, une belle définition... des conditions presque idéales si ce n’était une compression qui, bien que de qualité, se révèle néanmoins visible surtout sur les arrière-plans. Toujours concernant la compression, pas trop de grain numérique mais quelques fourmillements et une certaine mouvance de l’image qui ne sont certes pas du tout gênantes sur un écran de taille standard mais qui risquent peut-être de l’être en vidéo projection. Un bilan néanmoins globalement très positif. Son : Les deux versions originales ont été parfaitement restaurées, se révèlent d’une clarté remarquable et ne souffrent d’aucun souffle intempestif. Les versions françaises, quant à elles, accusent un peu leur âge, mais sont tout à fait "écoutables". Saturées, stridentes et chuintantes mais pas catastrophiques, loin de là même si le souffle est cette fois très présent ! Encore une fois du très bon travail surtout concernant la version plus importante, la version originale. A signaler que les sous-titres ne sont pas amovibles sur cette dernière. |
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