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Born to Kill, mélange assez étrange (sinon détonant) de film noir et de mélodrame, est le sixième opus de Robert Wise, l’un des derniers talentueux touche-à-tout apparu dans l’Hollywood de l’âge d’or et qui nous a quitté récemment. Malgré les violentes attaques lancées à l’encontre de Born to Kill par les ligues de vertu pour sa complaisance supposée dans la description de protagonistes amoraux et foncièrement mauvais, les critiques américains n’ont jamais tari d’éloges à son propos, n’hésitant pas à le placer parmi les plus belles réussites du genre. En France en revanche, on le connaît encore assez peu ; que ce soit dans les ouvrages généralistes ou plus spécialisés dans le film noir, il est rarement évoqué ou sans enthousiasme réel. Autant dire tout de suite qu’il ne vous sera donc pas facile de vous faire une idée à priori sans l’avoir jugé par vous même car, souvent qualifié de chef-d’œuvre outre-Atlantique, il n’en sera pas question ici non plus, ayant été aussi déçu par ce film qu’ont pu l’être Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon par exemple dans leur 50 ans de cinéma américain. James Gunn, dans le cadre d’un exercice de créativité
littéraire, écrivit à 20 ans Deadlier than
the Male paru en France en tant que cinquantième numéro
de la Série Noire sous le titre Tendre femelle. Il collabora
par la suite à l’écriture d’une douzaine de
scénarios pour Hollywood mais rien de bien extraordinaire n’en
est ressorti. En 1986, Benoît Jacquot signa une nouvelle adaptation
de ce roman avec Corps et biens dont Et en effet, c’est lui qui, avec son visage fermé et sévère
et une aisance plutôt inquiétante, porte le film sur ses
épaules dans le rôle de ce tueur monolithique, brutal et
antipathique, psychopathe totalement immoral et froid. Jamais rien ne
nous le fera passer pour sympathique, Wise et les scénaristes
évacuant tout romantisme à l’inverse d’un
Billy Wilder pour son Double Indemnity (Assurance
pour la mort) film auquel Born to Kill nous
fait parfois penser. Sam Wilde est un homme amoral, sans problème
de conscience et maladivement ambitieux : « Je dois avoir
tout ce que je veux ». S’il tue sa maîtresse,
ce n’est pas par jalousie mais parce qu’il n’aime
pas qu’on se moque de lui : « Je me fous d’elle
mais on ne me double pas ». Etrange par ailleurs que la plupart
des commentateurs parlent de jalousie comme motivation principale du
tueur alors qu’elle me semble au contraire ne jamais effleurer
Sam Wilde puisqu’il n’éprouve d’amour pour
personne d’autre que pour lui-même. Il est donc prêt
à tout et à utiliser tout A ses côtés donc, Claire Trevor, la prostituée
au grand cœur dans Stagecoach
de John Ford et l’Oscar du meilleur second rôle féminin
en 1948 dans le
Key Largo de John Huston. Complexe portrait de femme tiraillée
entre deux homme et qui ne sait pas où aller, attirée
par l’argent et le confort de la haute bourgeoisie représentée
par son époux et la vie aventureuse et dangereuse que lui offre
son amant : « Fred, c’est la bonté et le salut,
toi, tu es la force, le plaisir et la perversité ».
Originalité de l’intrigue, c’est la femme qui cette
fois éprouve un attachement morbide pour un ‘homme fatal’
qui va l’amener à la dépravation et non l’inverse
comme le veulent les ‘clichés’ habituels du film
noir. Néanmoins glaçante et calculatrice, pas plus sympathique
que Sam, Helen se révèlera ‘Deadlier than the Man’
comme le titre du roman nous le faisait envisager. Le jeu de Claire
Trevor manque ici un peu de finesse et les mimiques de l’actrice
lorsque sa conscience la déchire peuvent sembler un peu crispantes.
Moins cependant que celles de Esther Howard, caricaturales et plutôt
pénibles. Quant aux deux seuls personnages ‘positifs’
(les deux conjoints des ‘tueurs, Audrey Long et Phillip Terry),
ils sont tellement fades qu’ils n’attirent pas plus la Pour le reste, après un début absolument formidable culminant par la fameuse séquence du double meurtre réellement angoissante, l’histoire finit par piétiner et le film par perdre de son rythme portant bien enclenché. Cette intrigue sordide aurait pu être dérangeante si elle n’avait pas été aussi bancale et tirée par les cheveux surtout que les dialogues, malgré leur crudité, sont loin de faire des étincelles et se révèlent la plupart du temps plutôt lourds et simplistes. Mais étonnamment perverse et crue, la série noire de James Gunn aurait pu néanmoins, malgré ses défauts de construction, donner un résultat assez jouissif si la mise en scène de Wise n’avait pas été aussi propre et sage. Il aurait peut-être fallu le baroquisme d’un Samuel Fuller ou d’un Jules Dassin pour tirer ce concentré de noirceur vers le sublime. Etais-je en droit d’attendre beaucoup plus de ce film ayant redécouvert peu de temps auparavant un pur chef-d’œuvre noir du cinéaste, The Set-Up (Nous avons gagné ce soir) ? Cette déception ne viendrait elle pas confirmer une fois encore mon faible degré d’affinité pour le film noir ? Dans tous les cas de figure, que ce texte ne décourage surtout pas les amateurs du genre car il se peut très bien qu’ils découvrent en Born to Kill un de ses joyaux comme la plupart des personnes étant allé poster leurs avis sur le site américain IMDB. |
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Son : Rien à redire sur le mono
d’origine présenté ici, clair, intelligible et sans
souffle, et un mot efficace.
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Ce commentaire ne comporte aucun sous-titre.
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