![]() |
|||||||||||||||||||||||||
![]() |
![]() |
||||||||||||||||||||||||
![]() |
|||||||||||||||||||||||||
![]() |
|||||
Antonio
Magnano (Marcello Mastroianni), fils d’une famille sicilienne aisée
et respectée, revient à Catane, après avoir passé
trois ans à Rome où il s'est essayé à la carrière
diplomatique. Jeune homme d’une grande beauté, Antonio a
toujours exercé un charme profond sur les femmes et excité
la jalousie des hommes. Sa renommée de séducteur a encore
pris de l’ampleur à la suite de son séjour romain
; son père, Alfio (Pierre brasseur), y ayant grandement contribué,
lui pour qui honneur et virilité sont indissociables. A l’intérieur
de cette société machiste et patriarcale, où l’amour
n’est qu’une affaire d’entente financière, les
parents d’Antonio ont décidé de le marier à
Barbara Puglisi (Claudia Cardinale), fille d’un riche notaire. Contre
toute attente, Antonio tombe amoureux de sa douce et belle épouse
et le bonheur semble s’installer pour le couple qui s’est
retiré à la campagne. Mais une année s’écoule
et l’on apprend que le mariage n’a toujours pas été
"consommé". Avec l'aide d'un prêtre, membre de
la famille, les parents de la jeune fille en profitent pour demander l’annulation
du mariage, ayant trouvé entre-temps à leur progéniture
un bien meilleur parti. Les parents d’Antonio sont outrés
et cherchent à comprendre et à savoir ce qui s’est
passé, car le déshonneur n’est pas loin : s’il
s’avère qu’Antonio est impuissant, la honte va retomber
aussi sur eux… |
|
||||
Aborder de nos jours le thème de la virilité, de l’impuissance et des mœurs sexuelles dans notre société se révèle déjà assez délicat et quand il se trouve des cinéastes pour s’y plonger, cela ne va pas souvent sans verser dans la gaudriole, le grossier, la complaisance ou le scabreux. Imaginez la même chose au tout début des années soixante où le sujet devait être encore plus tabou ! Saluons l’audace et l’intelligence de Mauro Bolognini et de son jeune scénariste, un dénommé Pier Paolo Pasolini (déjà auteur de l’histoire et du scénario de ses deux films précédents dont une excellente chronique de la jeunesse italienne, Les Garçons - La Notte brava) d’avoir osé s’y attaquer de front et de nous avoir délivré, avec un regard féroce, une peinture satirique, grinçante et sans concessions d’une société italienne où l’anormalité sexuelle est vue comme une plaie, sans avoir eu besoin d’être vulgaire ou de mettre en scène une quelconque scène de sexe. Saluons aussi le courage de Marcello Mastroianni qui, quelques semaines après La Dolce Vita, ne craignait pas à cette occasion de remettre sa carrière en danger en mettant à mal une seconde fois son personnage de séducteur débonnaire (merci à Jacques Charrier d’avoir refusé le rôle), et celui de Claudia Cardinale qui a dû tenir ici un rôle ingrat assez déplaisant. Le jury de Locarno ne s’y est pas trompé, octroyant au Bel Antonio la récompense suprême de son festival en 1960, le Léopard d’or.
Ceux qui ne voient en Mauro Bolognini qu’un faiseur virtuose,
"le Visconti du pauvre" avec ses chroniques à costumes
sur la décadence de riches familles, dans un style qu’ils
jugent ampoulé et maniériste, esthétisant à
outrance ses images et ses cadrages, faisant crouler ses intrigues
sous le luxe de décors surchargés, risquent d’être
surpris par ce très beau film qui,
Il s’agit d’une radiographie particulièrement
cruelle d’une société sicilienne qui, paradoxalement,
fustige dans le même temps la luxure et l’impuissance
(à cet égard, le dialogue entre le père et
le curé est un pur régal : « Pourquoi êtes-vous
outré quand on vous parle de luxure alors que vous voulez
annuler un mariage qui n’a pas été consommé
? » demandera le père à l’homme d’église).
Avant qu’il ne se marie, l’homme n’est respecté
que s’il a pu conquérir et posséder le plus
de femmes possible. D’ailleurs, dans une des premières
séquences du film, le personnage du père, joué
de manière assez picaresque par Pierre Brasseur, se vante
et se félicite avec vigueur de savoir que son fils est réputé
pour avoir perpétué la tradition et assuré
sa succession dans le domaine des prouesses sexuelles
Pas de sensationnalisme ni de sentimentalisme pour autant. Mais au contraire un sens de l’ellipse culoté et étonnant (la mort du père), des dialogues qui font mouche surtout dans les nombreuses scènes en duo, un anticléricalisme de bon aloi, et un don certain pour filmer les lieux et paysages. Un peu de virtuosité (la très jolie scène à la campagne et son travelling à travers l’orangeraie), des seconds rôles formidablement bien campés (Rina Morelli entre autres), du pathétique toujours à la limite du scabreux sans jamais y sombrer (la vielle belle-mère tombée amoureuse de son gendre, le caressant pour le consoler) pour un portrait d’un homme impuissant qui aura marqué les esprits. Marcello Mastroianni raconte à ce sujet une anecdote assez amusante dans son autobiographie : « Un ou deux ans après la sortie du film, le Brésil ou l'Argentine - je ne m'en souviens plus - a acheté aux Etats-Unis un vieux navire de guerre, mais il n'a jamais fonctionné : alors, ils l'ont surnommé El bel Antonio ! - El bel Antonio : il ne marchait pas ! »
|
|||||
Image : Au début, la copie souffre de quelques blancs brulés, de certains flous, manque de contraste dans le noir et blanc et comporte des détourages intempestifs. Mais ça s’arrange assez vite, et l’on se surprend à ne pas avoir été gêné à la vision du film. Bref, une copie qui se révèle finalement ensuite très propre, bien définie et contrastée. La compression, si elle se devine dans certains arrière-fonds mouvants, est de très honnête qualité. Une bonne surprise. Son : Pas grand-chose à signaler si ce n’est un peu de souffle lors des séquences silencieuses. Possibilité de visionner le film sans les sous-titres pour les italianophiles. |
|||||
|
|||||
|
|||||
|
|||||
|
|||||