Etudiant en médecine formé aux méthodes hollandaises et promis à un poste à la cour, le jeune Yasumoto se retrouve dans un dispensaire pour ce qu’il croit être une simple visite. C’est pourtant là qu’il poursuivra sa formation, guidé par Barberousse, un médecin idéaliste luttant contre la misère et l’ignorance.

Barberousse
(Akahige)
Réalisé par Akira Kurosawa
Avec Toshirô Mifune, Yuzo Kayama, Tsutomu Yamazaki, Reiko Dan, Miyuki Kuwano
Scénario : Masato Ide, Ryuzo Kikushima, Akira Kurosawa, Hideo Oguni, d'après le roman de Shugoro Yamamoto
Photographie : Asakazu Nakai, Takao Saitô
Musique : Masaru Satô
Japon - 177 mn - 1965

Avant de démarrer le tournage, Akira Kurosawa fit écouter à son équipe la 9ème symphonie de Beethoven : « Ce film sera comme cette musique : parfait. […] Un film que les spectateurs seront obligés de regarder ». Cette volonté de créer un chef-d’œuvre à tout prix a rebuté certains spectateurs. Barberousse est-il un film ‘trop parfait’ ? Il est vrai que tout fut mis en œuvre pour contribuer à sa réussite, à commencer par un décor méticuleusement reconstitué, où même les bois utilisés sont ceux qui poussent dans la région. Deuxième épisode de la ‘trilogie de la misère’ entre Les Bas-Fonds et Dodes’kaden, Barberousse est une œuvre construite en épisode où l’on suit l’évolution d’un novice qui petit à petit abandonne ses préjugés de classe. Il s’agira pour lui de laisser de côté ses certitudes et de regarder enfin la réalité en face. C’est d’abord laisser de côté ses riches habits de cour pour revêtir l’uniforme rêche du médecin. C’est ensuite ouvrir son regard et accepter de voir : accepter la souffrance, et l’odeur de la misère, celles « des fruits pourris ». Accepter de voir la souffrance, ce qui ne se fera pas sans mal, Yasumoto s’évanouissant lorsque Barberousse l’oblige à assister à une opération sans anesthésie. C’est aussi apprendre à voir et accompagner la mort. Parfois sereine, souvent ignoble. « Les derniers instants de la vie d’un homme sont sublime » lui annonce Barberousse. Et c’est l’occasion pour Kurosawa de signer certains des plus beaux plans de sa carrière. C’est seulement après avoir franchi cette étape que Yasumoto peut s’engager sur le chemin qui fera de lui un médecin, et ce chemin passe par l’acceptation de la responsabilité d’une vie, en l’occurrence une jeune fille muette arrachée par Barberousse à un bordel.

Mais Kurosawa ne réalisa pas le film parfait dont il rêvait, contrarié par son partenaire de longue date, Toshiro Mifune ; alors que le réalisateur souhaitait privilégier une figure de sage, attentif aux autres, Mifune développa d’autres aspects du personnage, le rendant plus volontaire, plus prompt à l’action – voir la séquence où il brise les os du service d’ordre de la maison de passe. Moins disponible à l’écoute ? « C’est dans cette direction que j’aurais voulu pousser le personnage. Malheureusement, Mifune n’a rien voulu entendre. Il a voulu jouer le personnage qu’il avait en tête, une sorte de héros sublime sans peur et sans reproche, et donc fatalement aussi sans humanité. Son interprétation héroïque, granitique, austère, a faussé le personnage. Être un homme, cela signifie avoir tout expérimenté de la vie, victoires et défaites, dit un proverbe japonais. Barberousse, à mon avis, devait être le portrait de cet homme intégral, un mélange d’ombre et de lumière : pour être crédible, Barberousse devait avoir des défauts. Mifune n’a pas voulu m’écouter. Alors j’ai décidé de ne plus travailler avec lui. Quand un acteur commence à jouer son propre personnage, c’est fini. » (1) Séparation logique, car avec Barberousse Kurosawa entame une nouvelle étape de sa carrière, celle des projets de proportions plus ou moins dantesques – il lui a fallu deux ans et demi pour venir à bout de son film -, où son sens du détail ne connaîtra pas de limites, faisant passer la construction du Château de l’Araignée pour une peinture murale en studio. Reste pourtant un film d’une splendeur plastique sans égale, comportant de très nombreuses séquences fort émouvantes, moins froide sans doute que Dodes’kaden, sans doute l’une de ses œuvres les plus importantes.

(1) in Tassone, p. 239




Image :
Wild Side nous présente ici une assez belle copie, visiblement bien restaurée, ne comportant que de rares rayures et impuretés. Si le réducteur de bruit a été employé, c’est avec parcimonie. La définition est précise, l’image lumineuse et contrastée, et en dépit de la durée du film, la compression ne se fait que rarement voyante, bref une édition satisfaisante.

Son : Premier film de Kurosawa en stéréo, Barberousse est hélas présenté ici en mono ; néanmoins, celui-ci est de grande qualité, sans souffle ni saturation.

Wild Side
177 mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapitrage animé

Format cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : japonais mono
Sous titres : français

Les bonus se trouvent sur le second disque :

- Barberousse, entre Ombre et Lumière – 22 mn 06 : un épisode de la série « Masterworks » très technique, puisqu’il revient en détail sur des aspects tels que la construction du décor, la création des bruits d’os brisés et l’éclairage des yeux des comédiens à l’aide du mizar. Mais il s’attarde également sur la méthode employée par Kurosawa pour travailler avec de jeunes acteurs.

- Mifune par Mifune, Portrait de Toshiro Mifune par Shiro Mifune – 26 mn 52 : Shiro Mifune considère que parler de son père fait partie de son héritage. Il raconte donc la jeunesse de son père en Mandchourie où il découvre la photographie, ses six années passées dans l’armée de l’air à former des kamikazes, auxquels il recommandait de remplacer le traditionnel cri de fidélité à l’empereur par une pensée pour leurs parents, puis ses débuts au cinéma et sa rencontre avec Kurosawa – il n’évoque toutefois pas leur rupture. Un témoignage fort et émouvant.

- Galerie photos : 25 photographies de plateau en noir et blanc.

- Filmographies : filmographies interactives d’Akira Kurosawa et Toshiro Mifune.

En savoir plus
Aldo Tassone, Akira Kurosawa (Flammarion, 1986)
Stuart Galbraith IV, The Emperor and the Wolf
(Faber & Faber, 2001)
Mitsuhiro Yoshimoto, Kurosawa (Duke University Press, 2000)
La fiche Imdb de Barberousse

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