Augustin reçoit l’investiture d’évêque d’Hippone, tâche à laquelle il avait d’abord tenté de se soustraire. Il craint de s’aventurer hors de sa vie monacale et d’avoir à composer avec une réalité trop complexe. Il consacre une partie de sa mission à combattre les hérétiques et, en particulier, les donatistes qui ont juré sa mort. Mais les barbares arrivent aux portes de Rome.

Augustin d'Hippone
(Agostino d’Ippona)

Réalisé
par Roberto Rossellini
Avec Dary Berkani, Virginio Gazzolo, Cesare Barbetti, Bruno Cattaneo, Leonardo Fioravanti, Dannunzio Papini, Bepy Mannaiuolo, Livio Galassi, Fabio Garriba, Giuseppe Alotta...
Scénario : Roberto Rossellini, Luciano Scaffa, Marcella Mariani (et avec la consultation de Carlo Cremona)
Dialogues : Jean-Dominique de la Rochefoucauld
Musique : Mario Nascimbene
Photographie : Mario Fioretti
Direction artistique : Franco Velchi
Montage : Iolanda Benvenuti

Une production Roberto Rossellini
pour Orrizzonte 2000 / RAI / ORTF
Italie - 117 mn - 1972

Tournage Février 1972 - Avant Première : Turin, Prix Italia, le 19 septembre 1972
Diffusion en deux parties sur RAI Uno
le mercredi 25 octobre et 1er novembre 1972

TROISIEME PARTIE :
AUGUSTIN D'HIPPONE

 

Tourné à Pompeï, Ercolano et à Rome, Augustin d’Hippone a été diffusé en deux parties et en noir et blanc sur la RAI les mercredi 25 octobre et 1er novembre 1972. Le sujet du film intéresse moins que Blaise Pascal qui avait attiré 16 millions de téléspectateurs. La figure de Saint Augustin intéresse moins Roberto Rossellini que la période charnière à laquelle il vécut. C’est peut-être ce qui explique son relatif échec artistique alors que le film est le moins long de la série.

Augustin d’Hippone s’ouvre alors qu’Augustin reçoit l’investiture. Il redoute de s’éloigner de sa vie contemplative. Rossellini insiste pour qu’Augustin revienne souvent sur son passé profane et sur ses erreurs de jeunesse. On sait qu’Augustin rencontra beaucoup de femmes dans la première partie de sa vie et qu’il devait épouser l’une d’elle qui n’était encore qu’une enfant. Augustin craint d’avoir à affronter le réel et à se dominer lui-même. Pourtant, ce contact avec le monde va se révéler primordial pour l’essor de la pensée occidentale. Comme dans Blaise Pascal, Augustin doit travailler tout en liant ses aspirations religieuses à sa vie terrestre. Augustin va trouver le moyen de donner à l’homme les moyens de prendre en main son existence pour accéder au Royaume de Dieu.

Il y a aussi beaucoup plus de personnages à l’écran que dans Blaise Pascal, puisque le dessein de Rossellini est d’abord de rendre compte de la décadence d’une civilisation. Il explique avoir voulu « capter l’atmosphère, cette terrible atmosphère de décomposition, qui dut accompagner la mort de la civilisation romaine. » (1) Augustin cherche à conserver du passé les meilleurs acquis pour pouvoir se tourner vers l’avenir et envisager un monde après la chute de Rome. Il est en cela semblable à tous les personnages de l’Encyclopédie rossellinienne : il veut réaliser un projet d’harmonie entre les hommes par un jeu dialectique entre passé et le présent.

On peut même voir une autre correspondance entre Rossellini et Augustin : tous deux chrétiens, ils cherchent une voie pour se repérer dans un monde qu’ils jugent corrompu et décadent. Vers la fin du téléfilm, Augustin marche sur une route à la croisée des chemins qu’il compare à l’histoire du monde. Il affirme que cette histoire est bien la nôtre : « Celui qui sort de cette route, périt dans le désert. Celui qui se retourne en arrière sera arrêté par la nuit. Christ nous a montré la route du salut. »

Augustin aime les débats et les discussions. Il sait écouter et n’hésite pas à laisser la parole à ceux qui cherchent à le contredire. Il prodigue la charité et n’accuse jamais personne en particulier. Les hommes sont victimes de leur nature pécheresse. Augustin les écoute, les comprend, leur pardonne et tente de leur montrer la voie de l’illumination. L’immense amour dont fait preuve Augustin avec les hommes est à l’image du dessein moral que s’est donné Rossellini depuis toujours : l’art est compréhension et amour. C’est pour cela qu’il filme à hauteur d’hommes. Jamais, il ne cherche à mépriser ses personnages, à les prendre de haut, à les enrôler dans une aventure qui n’est pas la leur. Pour comprendre l’histoire des hommes, il faut savoir les écouter sans les juger, sans tenter de les dominer ou de les convaincre.

Le film, comme Descartes plus tard, est structuré par de courtes séquences de voyages. Ces déambulations en Afrique permettent aux idées d'être véhiculées, d’être transmises au-delà des frontières de l’Empire. A la toute fin des Onze Fioretti de Saint François d’Assise (1950), François envoyait ses frères et ses fidèles à travers le monde pour propager sa parole et sa doctrine. François les faisait tourner en rond sur eux-mêmes avant de les laisser partir droit devant. Qu’importe le lieu, seule la transmission de la pensée compte. À la fin de L’Âge de Cosmes, Alberti enseigne l’essentiel de sa pensée humaniste. Descartes s’achève par l’impression typographique de ses célèbres Méditations métaphysiques. Si Rossellini filme des idées, il s’agit de pouvoir les transmettre. Tous ses héros historiques n’auraient pas influé sur le destin de l’Humanité sans avoir cherché et trouvé un moyen pour diffuser leur pensée.

Les principaux ennemis contre lesquels Augustin dut combattre furent les donatistes : les membres d’une secte influente au IVème siècle, et dont la doctrine avait été fondée un siècle plus tôt, à la suite d’un sacrement accordé à d’anciens traîtres. Les donatistes ne veulent pas accorder les sacrements à des hommes dont le passé est douteux. Augustin prône la miséricorde et la charité. A cause de ses prises de position, il devra échapper à son assassinat. Rossellini rend bien compte du caractère vindicatif des membres de cette secte qui allaient disparaître quelques décennies après. Comme dans L’Âge de Cosmes, il décrit aussi l’atmosphère de complots et d’intrigues d’une civilisation menacée par la compétition entre les prétendants. Sans cesse, chaque parti doit trouver, par tous les moyens, des alliés plus puissants.

Malgré ces différents aspects qui éclairent la philosophie rossellinienne, Augustin d’Hippone semble beaucoup trop décousu. Le cinéaste veut filmer les germes de la décadence, mais il hésite dans la démarche à suivre. Il multiplie les intrigues secondaires sans cause apparente. Seule la parole d’Augustin émerge au cours de quelques belles scènes au milieu de l’agitation mondaine. On retiendra le portrait d’un homme s’offusquant très tôt de l’opulence (qui sera condamnée dans L’Âge de Cosmes), de l’égoïsme de l’Homme préoccupé par lui-même. A travers la bouche du père de la chrétienté, Roberto Rossellini condamne notre monde moderne qui accumule les biens matériels et isole l’homme dans la spécialisation. La force d’Augustin est d’avoir réussi à construire sur les fondements d’un système spéculatif une manière de vivre et de penser. Comme tous les autres personnages traités dans ce coffret, il aura appris aux hommes à penser par eux-mêmes, à se comporter en Homme, et à prendre ainsi la mesure de chacun de leurs actes.


(1) Adriano Aprà : Roberto Rossellini la télévision comme utopie. Page 170




Image :
De nouveaux masters restaurés sont présentés dans leur format plein écran respecté. La qualité générale est impressionnante malgré quelques griffures pendant les génériques, notamment celui de Blaise Pascal. Les couleurs sont magnifiques, rendant parfaitement bien les différents contrastes entre les habits des personnages et le décor qui sert de toile de fond. On a très souvent l’impression de voir s’animer des tableaux vivants de la Renaissance italienne et nordique. Augustin d’Hippone est de tous les films présentés celui dont les images paraissent les plus ternes.

Son : Le mixage est satisfaisant avec un vrai équilibre entre les voix doublées, les sonorités étranges de Nascimbene et les bruits d’ambiance, en particulier le bruit des pas qui renforcent parfois le caractère fantomatique de l’œuvre. Il y a très peu de grésillements dans l’ensemble. La version française est semblable à toutes les autres versions des autres films : il y a un vrai problème de raccord au niveau du doublage. Mais Rossellini aurait paraît-il cherché cet effet pour déshumaniser d’une certaine manière ses personnages et mieux faire entendre leurs discours. À deux reprises, dans L’Âge de Cosmes de Médicis en particulier et dans Descartes, les voix baissent soudainement durant quelques secondes et sont étouffées. Carlotta n’a sans doute rien pu y faire tant l’éditeur nous offre une fois de plus un objet rare d’une qualité exceptionnelle.
Carlotta
117 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe et sonore
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Italien DD 2.0 Mono
Sous titres : Français

Préface d’Aurore Renaut (9 mn) : Rossellini confia le rôle principal à Dary Berkani, un cinéaste algérien engagé. Le réalisateur de Stromboli rompit ainsi avec toute une tradition iconographique qui avait représenté le père de la Chrétienté sous une apparence caucasienne alors qu’il était originaire d’Afrique du Nord.

Roberto Rossellini (2001 - Couleurs et N&B - 63 mn) de Carlo Lizzani
Un documentaire exceptionnel sur la filmographie de Roberto Rossellini agrémenté de nombreux entretiens avec François Truffaut, Martin Scorsese, Ingrid Bergman et Isabella Rossellini !

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Frédéric Mercier

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