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Rome,
1960. Une voix qui susurre « Marcello », deux mains
tendues vers Mastroianni, une robe mouillée qui épouse les
contours d’un corps sculptural, un visage renversé en arrière,
de l’eau ruisselante qui plaque une chevelure blonde…Fellini : « Coupez ! » La scène de la fontaine de Trevi est dans la bobine ; l’actrice peine à sortir de l’eau, l’équipe se précipite pour l’aider , la sécher. Elle, c’est bien sûr Anita Ekberg, la nouvelle muse de Federico Fellini. Le film fera
le tour du monde, décrivant une société blasée,
se perdant dans des divertissements avilissants, et la scène de
la fontaine deviendra son emblème.Mais quel est donc le parcours de cette femme saisissante de beauté, qui vient de marquer le cinéma mondial par son charisme ? Née à Malmö, en Suède, le 29 septembre 1931, Anita, issue d’une famille nombreuse, remporte le titre de Miss Suède en 1951, et part aux USA, concourir le titre de Miss Univers ! Bob Hope dira à son endroit que ses parents auraient mérité le prix Nobel d’architecture ! Ce qui n’empêche pas ses détracteurs de la surnommer The Iceberg. Bien lui en pris, car si elle ne remporte pas le précieux titre (!), la plantureuse suédoise aux longs cheveux blonds obtient un contrat à Hollywood et illuminera de sa sensualité de sirène, tout droit sortie d’une légende scandinave, plusieurs long métrages, dont quelques perles. Anita
a, semble-t-il, une petite expérience de la caméra, puisqu’en
1951 elle participe à un film suédois, dont le titre est
Terras Förster N°5. Mais ses vrais débuts
remontent à 1953, quand elle intervient auprès d’Abbott
et Costello dans Deux nigauds chez Vénus de Charles
Lamont. La même année, on la retrouve dans un film de Douglas
Sirk, partageant l’affiche avec Ann Sheridan et Sterling Hayden,
dans Take Me To Town, en tant que danseuse. Sa filmographie
commence à s’épaissir, tout comme ses rôles,
sa silhouette encore indemne faisant pâlir tout les sex-symbols
de la planète. (Ses mensurations :99-56-92). C’est ainsi
qu’on la retrouve dans un film anti-rouge, L’Allée
sanglante de William Wellman, avec Lauren Bacall et John Wayne
(1955), dans un rôle qui lui permettra de décrocher un Golden
Globe Award en tant que Meilleur Espoir Féminin, ainsi que dans
Les Echappés du néant de John Farrow (1956)
où, sur huit survivants d’un accident d’avion en pleine
Amazonie, cinq échapperont aux coupeurs de têtes ; Anita
sera-t-elle des leurs ?C’est en 1955 que commence sa collaboration avec Frank Tashlin, avec en tête, Artistes et modèles, « satire des bandes dessinées et meilleur film de Jerry Lewis et Dean Martin » (Tulard), puis reprend son propre rôle dans Un vrai cinglé du cinéma (1956), qui est une satire des milieux hollywoodiens. Elle retrouvera Frank Tashlin pour une adaptation d’un roman d’Agatha Christie, ABC contre Hercule Poirot (1966).
C’est dans les films d’aventures qu’Anita va peut-être
s’illustrer le plus brillamment, lui permettant d’arborer
des tenues antiques à même de la mettre en valeur. Elle sera
donc Salma dans Zarak le valeureux (1956) de Terence
Young, splendide film d’aventures, Huluna pour André De Toth
dans Les Mongols (1960) avec Jack Palance, et Zénobie
pour Guido Brignone dans Sous le signe de Rome (1958),
son premier film italien. Elle aura eu l’occasion de montrer ses
talents d’actrice dans Guerre
et Paix (1956) de King Vidor, fresque historique adaptée
du roman de Tolstoï, où ses formes généreuses
tranchent avec la silhouette gracile d’Audrey Hepburn, et dans Valerie
(1957) de Gerd Oswald, où elle retrouve Sterling Hayden dans «
un film inédit devenu culte pour certains cinéphile,
traitant d’un drame dans l’Amérique profonde, à
la manière de RASHOMON » (Tulard). C’est dans
ce dernier film qu’elle croise celui qui deviendra son mari, Anthony
Steel, acteur britannique à l’allure guindée et bel
homme, mais qui restera dans l’ombre de sa femme, qu’elle
épouse à Florence, pour divorcer en 1959.La télévision la réclame également, et c’est ainsi qu’elle obtient le rôle d’Ilsa Lund, en 1955, dans la version TV de Casablanca, mais se voit par contre éliminer au profit de Debra Paget pour interpréter le rôle principal de Sheena, Queen of te Jungle. Gerd
Oswald la fera ensuite tourner dans Screaming Mimi (1958),
film noir où sa sensualité fera merveille dans une danse
effrénée, thriller captivant, qui, dans les mains d’Hitchcock
serait devenu un classique ; Oswald fera d’Anita l’enjeu d’une
compétition entre Fernandel et Bob Hope dans A Paris tous
les deux (1958), année où elle se tourne vers l’Italie,
pays dans lequel se poursuivra l’ensemble de sa carrière,
gratifiant au passage le cinéma italien d’images devenues
cultes.
C’est donc avec La Dolce Vita
(1960) de Federico Fellini, qu’elle inaugure son cycle fellinien,
et dans ce film qu’elle accède à la postérité,
laissant pantois des spectateurs devant la scène de la fontaine
de Trevi, scène maintes fois parodiée, aussi célèbre
que celle de Marilyn Monroe et sa robe virevoltante dans Sept
ans de réflexion, où Anita se baigne toute
habillée, laissant couler l’eau sur son visage devant un
Marcello Mastroianni médusé, en proie à un monde
désabusé, dans un film échevelé et baroque.
Suivra Boccace 70, film à sketchs transposant
au XXème siècle l’esprit de Boccace, célèbre
écrivain italien du Moyen Age à l’esprit satirique.
Dans l’épisode avec Anita, qui incarne le Diable, la tentation
de la chair face au virginal docteur Antonio, elle est l’instigatrice
de sa folie, sorte d’objet du désir transformé en
King Kong femelle, aux dimensions démesurées, jouant de
ses charmes et de son rire, et nous plongeant dans un univers fantastique
entre onirisme et inconscient. Son cycle fellinien se poursuit avec Les
Clowns (1971), une description de l’univers du cirque à
la sauce Federico ; un hommage à La
Dolce Vita sera rendu avec Intervista (1987),
où Fellini projette la scène du bain à Marcello et
Anita, film dans lequel elle interprète son propre rôle.![]() Elle renoue pour un temps avec sa période américaine avec Quatre du Texas (1963) de Robert Aldrich, où elle retrouve Dean Martin et rencontre Frank Sinatra. C’est durant cette période qu’elle rencontre celui qui deviendra son deuxième mari, l’acteur Rick Van Nutter, qu’elle épouse en 1963 à Viganelle, en Suisse. En 1964, le cinéma suédois la réclame, (après tout, n’est-elle pas un pur produit "made in Sweden" ?), mais Anita, forte de sa popularité, déclare tout de go que le réalisateur prévu, Bob Widerberg, est un amateur, et la belle dame voit son projet rejoindre les limbes… A propos de la Suède, elle fera la déclaration suivante : « Comment puis-je savoir qui est au gouvernement dans ce pays ; cela fait 40 ans que je voyage à l’étranger ! » Elle travaillera avec Vittorio de Sica pour Sept fois femme (1966), dans lequel Shirley MacLaine tient la vedette. A partir des années 70, Anita vit sa traversée du désert, et, excepté Les Clowns de Fellini, sa filmographie laisse dubitatif... Pour couronner le tout, son mariage se solde par un divorce en 1975, et celle dont le corps défrayait la chronique il y a seulement quelques années, voit sa silhouette s’alourdir, peut-être en partie dû à la rancœur. Elle garde cependant son humour et déclare à propos de son tour de taille : « Certes, je suis plus grosse qu’à mes débuts, mais cela n’est pas vraiment de la graisse, c’est du développement ! » En 1978, un producteur allemand lui propose un tour de chant : Anita retrouve sa silhouette et démarre une seconde carrière. Elle enchaîne en 1979 un film plutôt violent, La Petite soeur du Diable (Suor Omicidi) de Giulio Berruti, avec Alida Valli. Vingt ans plus tard, en 1998, Anita toujours d’aplomb, se distingue dans un film d’Yvan Le Moine, Le Nain rouge, d’après une nouvelle de Michel Tournier, qui est « une vision poétisée de la revanche d’un frustré. » (Tulard). Pour donner un aperçu du personnage, elle fit ce film pour donner « un pied de nez » à l’une de ses concurrentes de l’âge d’or : Gina Lollobrigida ! Y avait-il une revanche là-dessous ? Mystère ! ![]() Sa dernière apparition est une interview de 2004, où son physique devenu ingrat, rend bien compte de la grande beauté dont elle bénéficiait, et nous fait regretter une carrière qui méritait d’être encore plus riche. Reste ces émotions de cinéphile, aussi saisissantes qu’elles sont parfois furtives mais tenaces, à l’image d’un Marcello Mastroianni effleurant à peine le visage d’Anita Ekberg, n’en revenant pas d’une telle beauté, apparition aussi émouvante que peut l’être un coup de foudre ! |
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Un
texte de Kim |
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