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![]() Andaz Neeta, une jeune femme moderne habillée à l’occidentale, hérite de l’empire industriel de son père. Elle en confie la responsabilité à Dilip, un ami qui l’a sauvée d’un accident de cheval. Dilip s’éprend de Neeta alors que celle-ci décide d’épouser son fiancé, un jeune play-boy désinvolte. Frustré, Dilip se met à négliger la gestion du patrimoine. Mangala, Fille des Indes
Le Prince Samsher Singh et sa sœur, Rajshree, règnent sans partage sur la région. Ils vivent dans un monde luxueux qui ne connaît aucune peine, aucune contrainte et aucune privation. Ils usent de leur force pour asservir un peu plus les villageois. Un jeune homme nommé Jai soulève cependant la grogne et mène un combat contre la royauté. Il séduit Rajshree et jure d’en faire sa femme. Mais cette dernière, pédante, refuse ses avances, tandis qu’une campagnarde amoureuse de lui se sacrifie pour le sauver d’une mort atroce. Dès lors, il jure de se venger. |
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Andaz « Tout ce que tu fais, tu le dois à Dieu. L’homme est à l’image de Dieu. » La sortie dans un coffret soigné de Andaz / Mangala, Fille des Indes (1) coïncide avec celle, quasi simultanée en salles de New York Masala (2003) de Nikhil Advani, l’organisation du deuxième Bollywood Week-End au cinéma Trianon, et la programmation, un peu plus tôt en février dernier, d’une semaine thématique sur Arte consacrée au cinéma indien et qui resta une preuve d’audace car se voulant accessible sans être dogmatique. Plus généralement, la promotion d’un cinéma qui il y a quelques années restait encore une grande inconnue pour la cinéphilie française - elle connaît encore un certain succès dans les pays d’Afrique du Nord avec qui elle entretient une longue histoire d’amour tout en s’ouvrant de plus en plus au cinéma américain - favorise la visibilité d’un pan du cinéma mondial qui fut, sinon ignoré, au pire méprisé pendant des années avant de se voir attribuer une sélection à Cannes en 2002 avec Devdas et la sortie de Lagaan (2001) de Ashutosh Gowariker la même année - n’oublions pas à ce propos que Devdas ne fut pas le premier film indien projeté en France puisque qu’il est plus vraisemblable que ce soit Qurbani qui l’ait été en 1979 au… Festival de Cannes justement. D’autant que ce double DVD aujourd’hui disponible s’adresse autant aux fans de longue date qu’aux néophytes, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités. Une reconnaissance tardive ? Une légitimité tout du moins. Bollywood
(2), d’ailleurs, qu’est-ce que c’est ? Il ne s’agira
pas ici de dresser la liste des films qui l’ont marqué, la
tâche serait fastidieuse et réservée aux spécialistes
de la question, mais plutôt de faire découvrir - et aimer,
l’idée n’est pas saugrenue en soi - une production
qui reste globalement, à l’exception des films qui ont eu
un certain succès commercial en Occident, encore obscure puisqu’elle
vient d’une part d’un continent éloigné du nôtre
et d’autre part, parce que la curiosité, si elle pousse le
cinéphile à aller chercher les perles rares, n’empêche
pas de rater ou par manque de temps de passer à côté
d’œuvres qui le méritent pourtant ô combien. Ce
double programme est donc une chance quasi inespérée de
se confronter à une cinématographie qui déploie des
trésors d’imagination pour tenter de trouver un nouveau public
tout en se basant sur son histoire, son identité, puisque qu’il
s’agit ici de films tournés entre 1949 et 1952, il y a donc
plus d’un demi-siècle déjà. On pouvait d’ailleurs
penser - à tort - vu le peu de longs métrages qui parviennent
à arriver dans l’hexagone, que ces copies seraient laissées
dans quelques cartons poussiéreux ou, pire, qu’elles soient
perdues à jamais. Mais ce n’est pas le cas et nous pouvons
nous en réjouir.Bollywood n’est pas né en 1990 avec Shah Rukh Khan et Kajol, mais rétrospectivement un an après la projection de L’Arrivée d’un train en Gare de la Ciotat (1895). Le premier film indien de fiction réalisé par D.G Phalke, et intitulé Raja Harischandra (1913), (il serait intéressant d’un strict point de vue historique de trouver, si c’est encore possible, une trace de ce film, ciment du cinéma indien) prouve qu’il tient une longévité aussi importante que le nôtre. Les Indiens ont très vite tourné mais il reste un nombre incroyable de films muets, probablement réalisés en 8 ou 16 mm ; disparus, ils sont donc effacés du patrimoine mondial, sans laisser de traces matérielles. C’est en 1931 que naît le cinéma parlant avec Alam-Ara d'Ardeshi Irani. Rappelons à cette occasion que dans le reste du monde, et en particulier aux Etats-Unis, c’est Le Chanteur de jazz (1927) qui marque le début de cette période. Dès lors, ce seront des péplums, comédies musicales et autres films d’aventures qui s’inscrivent dans une tradition littéraire empruntant autant à la danse qu’à la musique - deux des fondamentaux de la culture indienne, inspirés de la culture sanskrit et des mythes fondateurs - qui fleuriront et pousseront dans les salles obscures des spectateurs toujours plus nombreux et avides de dépaysement. C’est en 1949 qu’est réalisé Andaz, par Mehboob Khan qui allait mettre en scène Mother India (1957) considéré comme un grand classique. Film
à la retenue rugueuse, au noir et blanc contrasté, minimaliste,
il conte une histoire déjà vue mille fois mais ajoute un
charme suranné et une ambiance exotique qui, loin du ridicule craint,
offrent une œuvre à la mélancolie douloureuse et à
l’amertume certaine. Autour du thème rebattu du triangle
amoureux, Mehboob Khan force les caractères, met en lumière
des questions essentielles pour l’époque, le tout avec un
sens certain du dialogue, même si le film par certains aspects accuse
son âge si on le découvre après la multitude de films
se tournant aujourd’hui, et souffre d’une certaine pesanteur
qui n’est pas due qu’à sa durée mais aussi à
son statisme. Il sacrifie ainsi l’intrigue, par moments décousue
ou trop simpliste, aux sentiments et au mélodrame. Il faut dire
que 1949 est une année charnière si l’on se base sur
les événements culturels et politiques du pays : en 1947,
le pays obtient son indépendance grâce à l’extraordinaire
action de non-violence engagée par Gandhi, qui, dès les
années 1920-1930, s’engagera dans la voix de la résistance,
laquelle aboutira à son mouvement "Quit India" mis en
œuvre en 1942 dans tout le pays. L’Inde entre dans une ère
nouvelle après de nombreuses années sous l’enclave
britannique. Aussi, il n’est pas rare de voir poindre au milieu
d’une scène des propos relatant la difficile lutte pour la
liberté qui ont encore plus d’impact avec le recul.Le thème éternel qui revient dans Andaz et qui n’échappera à personne est celui de l’amour impossible. Le couple initial a des désirs qui sont contrariés et il est confronté à des barrières sociales, politiques, ou religieuses, parfois les trois en même temps. De ces dichotomies profondes naissent les enjeux et l’intrigue principale. La société et ses dogmes, les castes, les conflits générationnels ne sont pas rares. Les questions sont soulevées tout du moins. L’excès de larmes, l’épanchement lacrymal qui font autant la force que la faiblesse du Bollywood n’ont pas une très grande place ici. Andaz est sobre. Trop par moments même. Sa mise en scène se rapproche des canons occidentaux que le film paradoxalement rejette en bloc par le biais de certaines tirades explicites à ce sujet. C’est ce qui fait son intérêt
même s’il ne brille pas souvent par son originalité.
Il n’est pas non plus kitsch, adjectif utilisé à toutes
les sauces et amalgamant trop facilement tout le cinéma indien,
et en particulier Bollywood. Le kitsch, par définition, désigne
la laideur ou le mauvais goût. Or, par son emploi, la confusion
est souvent faite entre ce qui en résulte (l’utilisation
de couleurs pastels inadéquates, la surabondance des décors
aux tons en décalage complet avec le sujet abordé, etc.)
et ce qui du fait tient davantage de l’opulence, du gigantisme et
de l’effluve sentimental. Il est bien dur de trouver une quelconque
once de kitsch dans ce Andaz. Ce cinéma, qui lutte
contre l’intériorisation (les personnages pleurent souvent
et ne résistent pas à l’envie de dire très
fort qu’ils aiment ou se détestent, contrairement au cinéma
européen qui joue plus sur le non-dit, le silence et l’abstraction)
aura du mal à convaincre les réfractaires aux grandes questions
religieuses, mais son mysticisme profond est passionnant pour les autres.
Bien sûr, cela ne peut pas être du goût de tout le monde
et c’est compréhensible, mais il a la force de ses ambitions
et les maintient jusqu’au bout par ses reconstitutions riches, ses
décors monumentaux, la toute puissance des mouvements de caméra,
sa capacité à remodeler des schémas narratifs éculés
en leur offrant une seconde jeunesse par la foi de sa spontanéité
et de son premier degré, dénué de tout cynisme, véhiculant
des clichés certes, mais visant avant tout le grand spectacle,
une certaine idée du "cinéma total".Filmé au format carré 1.33 alors que le Scope n’existait pas encore, Andaz est d’une qualité technique tout à fait honnête : gros plans, travellings discrets, mouvements de grue, montage avec fondus enchaînés. La grammaire cinématographique ne change pas sous le prétexte que le continent indien se charge de la mettre en pratique. Il aborde des thèmes majeurs tels que ceux de la pauvreté et de la richesse avec deux personnages principaux n’ayant rien en commun : lui, garçon de la campagne naïf, elle, fille riche et héritière d’un empire industriel. Une figure qu’on retrouvera souvent par la suite et jusqu’à nos jours. Si les quatre fondations du cinéma Bollywood demeurent en gros : Dieu, la Famille, l’Amour et la Musique (est-il possible d’envisager un film indien sans musique ?), d’autres thématiques sont abordées telles que le mariage
arrangé ou d’amour, l’honneur, les problèmes
sociaux, la justice ou encore la politique, traitées avec frontalité
ou avec des allusions plus ou moins directes. L’Inde, pays aux ethniques
multiples et aux contours géographiques sujet à de nombreux
troubles, a de quoi parler en long et en large de ses agitations enracinées
: Hindouisme et Islam, conflits indo-pakistanais, tensions au Pendjab
entre sikhs et hindous, au Sri-Lanka entre minorités tamoules,
hindi et population cinghalaise, etc.). Andaz est aussi
un témoignage sur les années d’après l’indépendance,
tel que le rappellent certains dialogues qui ne passent pas par quatre
chemins : « Elle voulait vivre à l’occidentale
» hurle Rajan dans une scène du tribunal ou encore les piques
adressées à l’égard de l’Empire Britannique
ou encore celle-ci, plus cinglante : « Les fleurs de notre pays
ne s’épanouissent jamais à l’étranger
» que Neeta assène vers la fin du film.Il contient aussi ses instants de grâce, sortis parfois d’on ne sait où, comme la danse autour du piano de Sheela habillée en sari traditionnel pendant une chanson d’amour, un plan en travelling arrière faisant penser au cinéma fantastique de Murnau, ou
encore ces images en surimpression faisant parfois penser à La
Belle et la Bête (1946) de Jean Cocteau. Les chorégraphies,
si elles sont réduites au minimum, possèdent un sens par
rapport aux dialogues et à la narration qu’elles illustrent.
Elles racontent tous les bonheurs ou malheurs du monde. Un autre plan,
comme celui de Neeta à sa fenêtre écoutant la larme
à l’œil la complainte de Dilip, possède une force
dramatique des plus touchantes. Il dit à la fois la tristesse d’un
homme et le cadrage à venir du personnage, qui se basera sur des
plans américains puis des gros plans successifs emprisonne ce dernier
vers un destin inéluctable.La musique comme toujours, et comme toute production qui se respecte, est le moteur sinon le cœur même du film. Elle fait tout passer. Elle s’accompagne de légers pas de danse qui ont la caractéristique de reprendre la danse traditionnelle indienne que l’on retrouve dans bon nombre d’autres films. Si les danses ne possèdent pas la folie et la virtuosité de celles de Farah Khan, une des plus célèbres chorégraphes contemporains, elles restent très agréables à regarder. C’est sur celles-ci que repose en grande partie la dramaturgie du triangle amoureux originel, qui dans une spirale de plus en plus mouvementée amènera ce dernier vers une conclusion assez sèche. L’interprétation de Raj Kapoor, un grand acteur de l’époque, le minois au sourire délicieux de Nargis, le calme apparent de Dilip Kumar (premier rôle) permetttent au spectateur de suivre tout cela sans véritable ennui, malgré le rythme très posé et très (trop ?) lent qui empêche d’en faire un film majeur. Les dernières images laissent un goût particulier, car on y sent poindre une certaine aversion pour le modèle de vie occidental et un certain nationalisme. Il faut aussi replacer le film dans son contexte pour en comprendre sa teneur et sa philosophie un peu vieillottes. Mangala, Fille des Indes « Et la couleur fut ! » Mangala, contrairement à Andaz, ne fait pas dans la demi-mesure. S’ouvrant sur un générique avec lettrines en rose imprimé, il s’inscrit d’office dans le registre de la démesure et du gigantisme. On y retrouve la même équipe technique que sur Andaz. Quand ce dernier film était confiné dans un lieu presque unique et une unité de temps que l’on pouvait deviner d’une journée, Mangala vise à la description minutieuse d’un univers trop grand
pour lui-même, si bien que la caméra se penche hors du cadre
pour aller chercher vers l’avant ce qui s’y passe, dans un
mouvement perpétuel. Emporté par un tourbillon de couleurs,
dans un Technicolor saturé, le spectateur ne sait au début
plus où donner de la tête. A fortiori pourtant, les réfractaires
au style reconstitution d’époque avec décors en carton-pâte
risquent de très vite lâcher l’affaire tant ce parfum
exotique risque de dérouter, voire énerver, par sa propension
à la surcharge. Ce que veut faire Mehboob Khan, c’est impressionner
par la débauche de moyens, et rivaliser avec les productions américaines
de l’époque, et en particulier Hollywood. Il se place sur
le même terrain que Cecil B De Mille (3). Le spectacle s’il
est orgiaque, démesuré, pourra aussi déplaire aux
estomacs fragiles qui ne supportent pas l’énorme pâtisserie
qui est ici offerte.Bollywood s’est souvent inspiré de Hollywood, en recopiant parfois allègrement des scénario ou des scènes existantes, mais il se réapproprie des canons de la dramaturgie immuables en y apportant une saveur typique. Mangala jouit d’un soin visuel de tous les instants, mais s’il impose des plans très travaillés et composés avec talent, on sera aussi surpris d’en voir d’autres bien plus banals. La séquence d’ouverture dans les champs est très belle, mais une autre séquence en intérieur avec des décors faits avec du papier peint collé sur les murs choquera l’œil contemporain. C’est là tout le paradoxe : le flamboyant et la magie des couleurs peuvent très bien répondre à la banalité ou au déjà-vu. Reste que la première chorégraphie du film, avec ses mouvements de caméra amples, emporte l’adhésion grâce à ses plans larges et américains fignolés. Les
couleurs sont ici un personnage à part entière : rouge explosif
des sari ou carmin profond des lèvres féminines, jaune naturel
des champs ou verdure fraîche des pâturages, bleu des costumes
masculins ou blanc saturé des uniformes. Un régal pour les
uns, une torture pour les autres. Le réalisateur poursuit dans
les thématiques abordées dans ses autres films ou à
venir. Ici, c’est la force de l’Empire, l’univers des
Maharadjahs, la loyauté, l’indépendance de l’Inde
ou encore le sujet des castes qui sont abordés. On est à
la fois dans le péplum, la comédie musicale, la fresque
historique, le film d’aventures. On nage en plein mélange
des genres, tout comme le scénario parfois décousu mêle
les rixes à l’épée au mélodrame premier
degré. Et les moyens se voient à l’écran car
le film est riche en péripéties qui demandent une scénographie
précise : courses poursuites à cheval, duels à la
façon d’un George Sydney avec cape et moult sabres. Prouesses
techniques, affrontements moraux et physiques, coups bas, trahisons, honneur,
vengeance, tout cela décrit sans aucun cynisme, avec une foi dans
le cinéma qui est à la fois admirable mais à laquelle,
par ses raccourcis, il est parfois difficile d’accrocher ou d’adhérer.
Les personnages sont traités d’une façon très
primaire : les gentils sont tous gentils et les méchants tous méchants.
Aucune nuance n’est apportée. Le foisonnement artistique,
sa valeur intrinsèque, n’empêche pas Mangala
d’être un film très linéaire, à l’intrigue
convenue, où les castes ennemies restent à leur place, où
le héros vaillant risque sa peau pour une femme qu’il n’aime
pas. En développant ses clichés, le film parvient heureusement
à créer de beaux moments de tension et des morceaux de bravoure
qui forcent le respect : celui de la fête du Holi qui dure près
de huit minutes (fête très populaire en Inde qui consiste
pour les hommes, les femmes et les enfants à se jeter des poudres
de couleurs multicolores et de l’eau pour fêter le printemps
et l’idée du renouveau) est un grand moment de cinéma,
qu’on retrouvera dans un film comme Mohabbatein
(2001) de Yaditya Chopra lors d’une chorégraphie y ressemblant
beaucoup, filmé ici d’une façon très moderne,
comparable à ce qui se fait aujourd’hui dans le genre, animé
d’un désir de grand spectacle qui éblouit. La dizaine
de figurants, les panoramiques de la caméra, l’amplitude
de cette scène en font une des plus belles avec le final.« Il n’y a aujourd’hui ni Reine, ni Roi, rien qu’une histoire d’amour » L’antagonisme des personnages, l’un issu de la monarchie, l’autre de la paysannerie, est le ciment de cette histoire. Comme pour bon nombre de Bollywood, le but ici est de montrer que les différences peuvent parfois être effacées par la bénédiction amoureuse. De même que ce sentiment est inexplicable, comment montrer à l’image que deux ennemis sur le papier peuvent se réconcilier et entamer une union ? Si Mangala répond moins à cette question qu’un film récent comme La Famille Indienne (2001) de Karan Johar, il ne cesse d’interroger l’Inde de l’époque, sa lutte pour la liberté et le regard d’un pays sur ses habitants. La princesse emmurée dans sa
demeure est belle mais dédaigneuse. Le paysan, quant à lui,
affiche un sourire indéfectible et un certain flegme. Il séduit
aussi grâce à son humour, même si elle y est indifférente.
Les registres de l’humour y sont exploités : Jai dissimule
son identité et, s’il ne se travestit pas, il se déguise
pour se faire passer pour un autre qui n’est pas de sa caste et
qui pourrait donc la séduire. L’usage de ce stratagème
ne fait pas évoluer la situation, mais le fait que deux femmes
portent un œil attentif sur ses faits et gestes fait avancer l’histoire
: c’est quand la tragédie arrive que l’homme finit
par réaliser qu’il en a peut-être aimé une autre
sans lui dire, ce dont il se cachait avant en tentant de séduire
celle qu’il ne pouvait avoir. Comme le cinéma est l’art
de l’illusion , la scène magistrale du vol de la dague par
la seule femme qui l’aime et qui se sacrifie pour lui, est celle
durant laquelle les personnalités et les affaires de cœurs
se dévoilent enfin. En sauvant la vie d’un autre, Nimmi -
Mangala dans le film - sauve la sienne d’une banalité atroce,
mais elle montre à quel point sa souffrance était grande
: elle n’a pas pu empêcher un homme d’en aimer une autre,
mais in fine elle permet à celui-ci de réaliser la grandeur
d’âme de son geste. La douleur n’en est que plus vive,
car contrairement au Bollywood moderne qui l’aurait peut-être
placée en fin de film, cette scène intervient au bout d’une
heure trente, soit assez tôt. L’issue funeste n’en est
que plus belle, vingt ans avant Sholay (1975).La reconstitution en studio accuse son âge lors de nombreux plans où les inserts, la surimpression ou le montage ne peuvent empêcher les effets et trucages multiples d’être très voyants. Les décors peuvent même choquer à cause de leur manque de vraisemblance. Le fait est que l’esthétique orientale le rapproche de ce qui est conté dans Les Mille et une Nuits. A bien des égards, la mise en scène est plus aérée que dans Andaz, plus étoffée aussi. Les petits détails surprennent, même si elle n’évite pas les faux raccords. Superproduction riche, Mangala, Fille des Indes, n’atteint cependant pas le statut de chef-d’œuvre et déçoit, peut-être parce qu’à défaut d’être ambitieux, il suscite un ennui poli malgré ses fulgurances. Il demeure à certains moments poussif,
à d’autres jouissif. La parabole sociale et politique pourra
aussi mal passer, la vision de la lutte des classes entre la bourgeoisie
(les nantis qui appauvrissent le petit peuple et vivent sur l’argent
amassé) et la paysannerie (qui est ici représentée
comme le courage absolu, la dignité et le travail juste) ne possédant
pas un trait des plus fins, mais restant historiquement intéressant
pour ce qu’elle dit de la société à ce moment-là.
Le cabotinage éhonté de Nadira pourra aussi repousser les
plus sensibles à ce genre de composition, mais Dilip Kamar est
quant à lui aussi bon sinon meilleur que dans Andaz
dans lequel il s’appuyait sur une composition tout en intériorité.
Pour un film datant de 1952, avec ses travers et ses qualités,
il reste un film à voir. Si ces œuvres pouvaient amener les
spectateurs à s’ouvrir à ce cinéma de Bollywood
et à découvrir d’autres films plus réussis,
il y a de quoi espérer qu’une autre salve nous parvienne
pour se plonger dans d’autres longs métrages. Nos repères
occidentaux conditionnent certains de nos réflexes de spectateurs,
et c’est bien normal en l’état. Mais en élargissant
sa perception, en faisant fi de l’analyse froide au profit de la
primauté de l’émotion et des sentiments - qui pourrait
être une petite définition du Bollywood - on verra sans doute
des trésors se profiler. Et les efforts bien entamés depuis
quelques années pourraient porter leurs fruits : le cinéma
indien contemporain et classique pourrait être enfin fier de faire
parler de lui en France pour d’autres raisons que parce qu’il
est kitsch ou parce qu’il est à la mode - on ne peut pas
nier ce fait quand les Galeries Lafayette organisent un mois spécial
aux couleurs indiennes ou la sortie annoncée de plusieurs films
dans les mois à venir, ce qui entraîne des excès comme
la pub ridicule de Canal + pour promouvoir la chaîne, comme des
choses plus réjouissantes telles que voir un public de plus en
plus ouvert à cette culture - mais parce qu’il est, quand
il s’en donne les moyens et qu’il reste fidèle à
ses préceptes créatifs (l’absolu pouvoir de l’innocence,
de l’enchantement et de l’imagination) l’un des plus
beaux et importants du monde.(1) Andaz, comme bon nombre de classiques du cinéma indien à l’instar du Devdas original de 1955 remake en 2002 par Sanjay Leela Banshali avec Aishwarya Rai, connaîtra des remakes en 1971 puis 1994. (2) Bollywood : Terme générique se basant sur la contraction de Bombay et Hollywood employé pour désigner l’industrie cinématographique de Bombay, aujourd’hui rebaptisé Mumbai et dont les studios portent le nom de FilmCity. Le terme masala est utilisé pour décrire des films dont la romance est contrariée par différents événements intervenant au sein de sa narration et reprenant l’épice utilisée dans la cuisine indienne et portant le même nom. La langue parlée dans les films Bollywood est principalement l’hindi, langue officielle de l’Inde. Kollywood désigne le cinéma de langue tamoule produit dans le sud de L’Inde (Tamil Nadu), dans la région de Madras. Le « K » provient du district de Kodambakkam. Mollywood désigne le cinéma de langue malayalam. Tollywood enfin désigne le cinéma de langue telegu. (3) En présentant son film à Cecil B De Mille, auteur de quelques péplums des années 30-40 dont le plus célèbre reste Les Dix Commandements (1956), le réalisateur de Mangala, recevra ses chaleureuses félicitations. |
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Les
deux films sont proposés dans deux éditions différentes,
trois si on compte le troisième film Kuch Kuch Hota Hai
(1998) qui peut-être quant à lui acheté seul. En fait,
pour les personnes intéressées par un seul des deux films
"naphtalinés", il faudra se résoudre à
l’achat du coffret, aucun des deux n’étant disponible
seul. Outre la présentation dans un boîtier amaray double
disque, un fourreau reprenant l’affiche des films est proposé.
Simple et attractif. Deux éditions donc : une avec les deux films
et une avec les deux films et Kuch Kuch Hota Hai, ce
qui fait pour l’occasion un coffret quatre DVD. Une démarche
commerciale qui aura de quoi séduire les amateurs au vu du rapport
qualité / prix, mais embarrassera les autres qui désiraient
ne voir qu’Andaz ou Mangala. Image
: Andaz : Compte tenu de l’âge canonique
du film et des contraintes dues au coût logistique et technique,
la copie proposée par Carlotta s’en tire avec les honneurs
si ce n’est davantage. Un carton initial nous prévient que
le master est le meilleur qu’il ait été possible de
retrouver. En effet, on constate tout de suite que le film a fait l’attention
d’un soin particulier malgré des défauts de pellicule
sur lesquels il semble que le temps ait eu une emprise et qui paraissent
irréversibles, à moins d’une restauration minutieuse
plan par plan mais fort coûteuse. On peut comprendre que cela soit
une tâche envisageable dans certains cas comme Bambi
ou Blanche Neige et les sept nains, mais ici, c’est
un cas plus compliqué et d’autres transferts offerts par
Carlotta nous ont déjà prouvé leur qualité.
Ne nous plaignons pas trop des artefacts, brûlures et taches apparaissant
sur le négatif et qui ne gênent en définitive nullement
la vision sans pour autant ne pas les mentionner. Le noir et blanc est
contrasté et solide, la définition miraculeusement ciselée,
seuls les fondus enchaînés posent problème car c’est
durant ces quelques instants que certaines pluies de drops apparaissent
et trahissent l’âge du film. Trois moments sont ainsi très
touchés par ces sautes qualitatives de l’image : de 08’
52’ à 09’15’’, de 21’ 40’ à
21’50’’ et de 2h 06’06’’à 2h09’18’’.
On pouvait craindre un voile sur l’image, des poussières
très nombreuses, une instabilité du télécinéma,
mais c’est tout le contraire. La compression est tout ce qu’il
y a de plus correcte, le format 1.33 étant respecté et permettant
de lire les arrière-plans qui restent fluides, sans anicroches
majeures, si ce n’est les mouvements d’appareil brusques qui
figent quelques instants le cadre avant de passer à une autre scène.
Mais c’est bien peu de choses et la satisfaction de se retrouver
devant une œuvre aussi bien conservée fait plaisir. Mangala
: La flamboiement outrancier du Technicolor est ici poussé jusqu’à
la saturation et, même dans son format 1.33, il est ici retranscrit
avec une gamme très chaleureuse, surtout au niveau des couleurs
qui ont la bonne idée de ne jamais baver. Pimpantes, elles permettent
de profiter du spectacle, même si l’on aurait préféré
qu’elles soient à la hauteur d’un autre monument filmique,
Mangala restant un film inégal. La richesse des teintes, l’aspect
outré de certains décors, sont reproduits fidèlement
par la définition qui fait ressortir en revanche le carton-pâte
qui semble, comme le papier peint des décors monumentaux, avoir
été posé deux minutes avant les prises. Les transitions
posent quant à elle problème par la baisse sensible de la
qualité de la compression qui laisse apparaître du grain
et des contours plus approximatifs. On observera aussi quelques fourmillements
mal venus mais inévitables. Comme pour Andaz,
le film est ici présenté dans un format plein écran
très télévisuel. Mais son approche décomplexée
de la mythologie et du péplum lui donne une facture BD très
appréciable à laquelle rend justice ce master. Quelques
menus pépins comme des taches négatives ou des variations
colorimétriques (des scènes plus chaudes et l’instant
d’après des teintes plus froides, ce qui n’est pas
un choix artistique), et une légère baisse de luminosité
peuvent faire tiquer, mais la copie reste très bonne.Son : Andaz : Un mono d’origine qui ne trahit pas les intentions du réalisateur tout en mettant en avant, sur l’enceinte centrale la musique du film. On regrettera ce souffle permanent faisant d’Andaz un film daté, marqué par son époque, mais dont la localisation des dialogues reste efficace. A condition d’augmenter le volume sonore en passant par le décodage Dolby Prologic en 1.0, la piste unique en hindi sous-titrée français reste des plus agréables. C’est tout ce qu’on lui demande. Mangala : Un son mono là aussi qui ne brille pas par sa clarté cristalline, mais pour un film de 1952 cela reste audible, malgré la présence d’un souffle et même parfois d’un crépitement qui fait penser au bruit en arrière-plan du sillon d’un tourne-disque. Une fois rentré dans le film, ce genre de détail s’oublie assez vite, et l’on se concentrera sur l’omniprésence des voix dans l’enceinte centrale, la seule à être utilisée. La musique ne profite donc pas d’un spectre élargi, ce qui est dommage quand les envolées lyriques commencent à donner la mesure ou pour retranscrire avec un peu plus de mordant la puissance évocatrice du sitar. Quelques scratches viennent conclure la fin des scènes lors des transitions ce qui peut surprendre. Les deux films sont présentés dans leurs versions originales en hindi sous-titrés français. Il n’y a pas de doublage VF. |
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![]() Les menus animés et musicaux. Les DVD ne proposent pas de chapitres. Les chansons proposées dans le menu d’accueil. Si l’on fait exception des bandes-annonces originales présentées dans des copies délavées et avec des sous-titres français, il n’y a pas de supplément digne de ce nom. On excusera Carlotta en raison de la rareté des deux films présentés, même s’il s’agit en définitive plus de curiosités que d’œuvres de référence. Un petit livret nous expliquant les origines des films n’aurait pas été de refus. ATTENTION : les bandes-annonces doivent être regardées après avoir vu le film, car elles sont bourrées de "spoilers" sur l’histoire et les personnages, ce dont on se rend compte une fois les films visionnés. Autant ne pas gâcher son plaisir tout de suite. A noter : l’absence de chapitres pour les deux films est perturbante. Il faut tout regarder et zapper d’une séquence à l’autre, si bien que pour se repasser ses séquences favorites, il faudra jouer de la télécommande. Les chansons, quant à elle, sont proposées dans une partie annexe, ce qui étonnant puisqu’elle ne disposent pas elles-mêmes d’accès direct ou de lecture en continu. Un petit mot sur Kuch Kuch Hota Hai, même si ce n’est pas l’objet du texte en soi puisque le film a été tourné en 1998. C’est une petite merveille et le premier film de Karan Johar qui réalisera ensuite un autre chef-d’œuvre , La Famille Indienne (2001) toujours avec le même couple mythique Shah Rukh Khan / Kajol. Une histoire simple et très émouvante d’un trio d’amis se déroulant sur plusieurs années avec flash-back, chorégraphies somptueuses signées de l’immense Farah khan et virtuosité technique et artistique à l’appui. En ce qui concerne le DVD, la déception est cependant à la hauteur de l’attente si l’on considère que le support devrait nous permettre de voir ce film dans les meilleures conditions possibles. Outre une instabilité de l’image (des plans tremblotants dans plusieurs scènes, lors du rendez-vous sous la pluie de 2h35’24’’ à 2h36’30’’ en particulier, ou lors de la séquence de Ladki Badi Anjali Hai), la définition n’est pas toujours à son top et certains plans fourmillent, les contours des visages sont parfois mal définis (c’est particulièrement frappant lors de certains panoramiques), et l’image est trop lissée. Résultat : sa tessiture est forcée et gomme l’aspect pellicule du film, décelable lors de la séquence de Koi Mil Gaya, durant laquelle on a l’impression de voir une chorégraphie tournée en DV, ce qui lui ôte une partie de son charme. Le rendu numérique donne des tons un peu trop durs et pousse les couleurs à leur maximum faisant d’autant plus ressortir les décors bleus. Ces "défauts" n’empêchent pas la compression d’être idéale, avec des arrière-plans souvent très stables mais ils gêneront ceux qui étaient habitués au DVD YashRaj anglais autrement plus naturel dans la restitution chromatique. Certaines scènes étaient marquées par des points blancs disgracieux à cause d’un master parfois abîmé mais le tout était plus homogène sur la durée. Au niveau du son, rien à redire en revanche, et il faudrait être de mauvaise foi pour lui trouver des reproches. Ample, riche, le mixage 5.1 équilibré n’oublie pas de se montrer doux et enveloppant grâce à la stéréo avant. Il permet de profiter au maximum des chansons du film qui exploitent tous les canaux pour le bonheur de l’auditeur. Seul reproche : les chansons sont offertes en bonus sur le deuxième disque mais en simple Dolby Prologic. |
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